Chapitre 3 :
Nous étions le 25 décembre et la nuit venait de tomber, Lucien avait quitté sa maison à la minute où le soleil avait disparu. Il s'était terriblement ennuyé lors de cette journée qu'il avait dû passer seul puisque son père était mort il y avait deux ans de cela. Il parcourait les bois dans lesquels il s'était souvent rendu enfant en espérant recroiser la route d'Aurora. Cela ne s'était jamais produit et une fois qu'il était devenu adolescent il avait cessé d'effectuer ce petit rituel, ayant accepté le fait qu'elle ne reviendrait jamais.
Il marchait scrutant l'horizon à la recherche de la petite rousse. Il avait peur de la manquer, de rater ce rendez-vous qu'il avait attendu pendant vingt ans. Elle était son premier amour, et même s'il était sorti avec quelques filles il n'avait jamais pu oublier celle qui lui avait sauvé la vie. Il ne neigeait pas et cela l'arrangeait bien, il faisait sombre et c'était compliqué de se repérer, fort heureusement la lune éclairait le ciel, et quelques rayons parvenaient à filtrer à travers les arbres et à lui prodiguer un peu de lumière. Il ne se rappelait pas de l'endroit exact où il l'avait rencontrée, et tout se ressemblait, il commençait à se dire qu'il ne la retrouverait pas.
Soudain, alors que tout espoir semblait perdu, il aperçut un point rouge qui brillait faiblement à quelques mètres devant lui. Il se mit à courir dans sa direction, et une fois qu'il fut tout près il découvrit Rudolph sous sa véritable forme, et sa maîtresse assise sur la première branche d'un arbre.
« Oh Lucien, te voilà, pile à l'heure, commenta-t-elle en le remarquant.
-Bonsoir Aurora, bonsoir Rudolph, les salua-t-il, cela n'a pas été simple, mais j'ai vu un petit point rouge dans la nuit, et cela m'a guidé jusqu'à toi.
Le cervidé se rapprocha de lui, et Lucien su immédiatement ce qu'il désirait. Il le gratta au sommet du crâne d'une main, et au niveau du cou avec l'autre.
La jeune femme contemplait la scène d'un air ravi, son renne était adorable avec tout le monde, mais elle sentait bien que le brun avait une place particulière dans le cœur de l'animal. Elle même éprouvait des sentiments très forts pour l'humain qui était avec elle. Cela pouvait paraître ridicule puisqu'elle ne l'avait vu que deux fois dans sa vie (sans compter ce soir) mais elle avait tout de suite sentie une connexion très intense avec lui. De là où elle venait l'amour ne se vivait pas de la même manière que dans le reste du monde. L'amour en Laponie était pur, était fort, était éternel, en tout cas dans sa famille, et la flèche de Cupidon l'avait frappée en plein cœur lorsqu'elle n'avait que six ans, et qu'elle n'avait jamais retirée. Cet amour était impossible et cela lui faisait mal mais elle ne pouvait rien y faire. Elle descendit de sa branche et se rapprocha d'eux.
-Alors pourquoi tenais-tu tant à me revoir ?, le questionna-t-elle curieuse.
-Pourquoi ?, répéta-t-il ne sachant quoi répondre.
Il n'avait pas de raison précise, si ce n'était celle d'être en sa présence, elle à laquelle il rêvait depuis des années. Il n'allait pas lui dire cela, elle allait le prendre pour un fou, qui tombait amoureux d'une personne qu'elle avait vu deux fois dans sa vie ?
-Comme ça, pour prendre de tes nouvelles, tu devais vite partir hier, et nous nous étions pas revus depuis cette fameuse nuit où j'étais perdu en forêt. Depuis tu admettras que nous avons grandi, souligna-t-il en riant.
-Surtout toi, ajouta-t-elle en souriant.
-C'est vrai que l'écart entre nos tailles est plus conséquent que pendant notre enfance, déclara-t-il, mais on dit que tout ce qui est petit est mignon alors ce n'est pas grave si tu n'es pas bien grande.
-Merci pour le compliment, répondit-elle en rougissant.
L'animal entre eux fut ravi de la réaction de sa maîtresse, il avait deviné qu'elle était amoureuse de Lucien, et que ce n'était pas un hasard si la veille elle était intervenue dans cette ville. C'était pour lui, pour le revoir, pour découvrir ce qu'il était devenu...
-Alors, quoi de nouveau depuis la dernière fois ?, demanda l'humain.
-Pas grand-chose, j'ai pris quelques centimètres, j'ai développé mes pouvoirs magiques, et j'ai continué à aider ma famille et les lutins à préparer les fêtes de Noël, et toi, à partir devenir un homme que t'es-t-il arrivé ?
-Je suis allé à l'université, et je suis devenu banquier, j'ai perdu mon père, et j'ai vécu une vie relativement normal, raconta-t-il à son tour.
-Je suis sincèrement désolée pour ton père, toutes mes condoléances, lui dit-elle triste pour lui.
-Merci, mais tu n'y es pour rien, il avait un cancer qui a fini par gagner, précisa-t-il.
Elle ne su quoi dire après cela, sa famille était immunisée contre les maladies et c'était dans ce genre de situations qu'elle se souvenait à quel point c'était une chance extraordinaire. Il voyait bien qu'elle était gênée et qu'elle n'osait plus parler, il décida de briser le silence.
-C'est assez étrange comme lieu de rendez-vous.
-Je l'ai choisi pour sa symbolique, je n'aurais jamais imaginé croiser la route d'un petit garçon pendant ma promenade dans les bois.
-Qu'est-ce que je devrais dire, ce n'est pas tous les jours qu'on fait la connaissance d'une petite fille rousse se présentant comme la fille du père Noël accompagné d'un jeune renne qui a un nez magique, affirma-t-il.
-Surtout lorsque le jour est en réalité une nuit, rectifia-t-elle en souriant.
-Oui surtout, sourit-il à son tour. Aurora, cela te dérangerait si l'on marchait un peu, il commence à faire froid ?
-Non pas du tout, tu veux qu'on se rapproche de la ville ?, lui proposa-t-elle. Rudolph se métamorphosera en chien pour plus de discrétion.
-Parfait, faisons cela, approuva-t-il. »
L'animal alluma son nez, et devant leurs yeux se changea en canidé, et plus précisément en saint-bernard. Ils se mirent ensuite en route, et revinrent sur les pas qu'ils avaient fait à l'allée. Au bout de quelques minutes qui parurent très courtes à Lucien ils quittèrent les bois et revirent les lumières de la ville.
« Je suis content que tu aies accepté de me revoir, lui confia-t-il.
-Je suis ravie que tu me l'aies proposé, même si je suis désolée de t'avoir imposé une heure aussi tardive de la journée, s'excusa-t-elle.
-Ce n'est pas grave, je comprends que ce jour est capital pour ta famille, tu as pu venir et rien que cela me fait très plaisir, assura-t-il.
-C'est vrai que ces dernières quarante-huit heures ont été plutôt intense, confirma-t-elle.
-Aurora, cela te plairait que je te paye un chocolat chaud, deux de mes amis tiennent un café qui n'est pas très loin d'ici et après nous pourrions nous promener dans le parc, suggéra-t-il.
-Pourquoi pas, cela serait une manière très agréable de se réchauffer, accepta-t-elle. »
Ils se rendirent en direction du Snowlight et la de Martel ordonna à son chien de patienter bien sagement à l'extérieur. Ils pénètrent dans le bâtiment, et Lucien fut soulagé lorsqu'il constata qu'il n'était pas aussi bondé que la veille. Ils n'eurent même pas à faire la queue. Marcel les servit, et après que le Castle ait payé ils ressortirent et la fille du père Noël donna un morceau du bonhomme en pain d'épice à son animal qu'elle avait prit exprès pour lui et que monsieur Gérard le propriétaire du café lui avait généreusement offert.
Ils marchèrent ensuite jusqu'au parc de la ville. Lucien profitait de chaque seconde en sa compagnie comme si c'était la dernière. Ils avançaient lentement pendant que Rudolph courait autour d'eux.
« C'est endroit est vraiment magnifique, commenta-t-elle en s'arrêtant devant la fontaine qui avait été décorée en cette période de fêtes.
Il ne dit rien, il l'admirait, elle était tellement belle, tellement unique, et pas parce qu'elle n'était pas d'ici. Elle se tourna vers lui en sentant qu'il la fixait de manière insistante.
-J'ai quelque chose sur le visage ?, lui demanda-t-elle gênée.
Il secoua négativement la tête, et se rapprocha d'elle. Il posa ensuite sa main sur sa joue et la caressa. Leurs yeux étaient plantés l'un dans l'autre et aucun des deux n'avaient envie de briser ce contact.
-Aurora..., chuchota-t-il, son visage à quelques centimètres du sien.
-Lucien...répondit-elle sur le même ton.
Il déposa ses lèvres sur celles de la jeune fille, et à ce moment-là leur cœur explosèrent de joie dans leur poitrine. Elle ferma les yeux pour elle ne savait quelle raison, et il lui encercla la taille jusqu'à la coller contre lui, de peur qu'elle disparaisse, le tout sous le regard attentif et très content du quadrupède. Aurora savait qu'elle faisait une bêtise mais là tout de suite cela ne lui importait guère.
