Chapitre 4 :
Aurora rompit lentement le contact lorsqu'elle fut en manque d'air. Elle releva tout aussi doucement ses paupières, plongeant directement dans les iris noisette de l'homme qui l'avait embrassé. Elle ne bougeait pas, elle n'en avait pas la volonté, pas alors qu'elle avait rêvé de ce moment toutes ces années. Elle posa ses doigts sur ses lèvres, là où celles de Lucien les avaient touché. C'était son premier baiser, elle avait l'impression que tout son corps brûlait de l'intérieur.
-Tu n'as pas aimé ?, s'inquiéta-t-il de son silence.
-Si, beaucoup, c'est juste que c'était mon premier, confessa-t-elle gênée en rougissant d'un rouge aussi intense que le nez de son renne lorsqu'il l'allumait.
-Tu n'as jamais embrassé un garçon auparavant ?
-...Non...
-C'est le plus beau soir de ma vie, j'ai enfin pu goûter aux lèvres de celle dont je suis amoureux depuis vingt ans, ma fille du père Noël !, s'exclama-t-il en souriant.
Ses paroles au lieu de faire sourire la concernée lui remirent les pieds sur terre. Elle commençait à réaliser ce qui venait d'avoir lieu et la situation dans laquelle elle s'était mise. Elle s'éloigna de quelques pas, honteuse et mal à l'aise. Elle se sentait coupable d'avoir cédé à ses désirs. Cela avait été plus fort qu'elle, tout avait été parfait, le cadre, les étoiles dans le ciel, la neige partout autour d'eux, les yeux de Lucien dans les siens...
-Aurora, quelque chose ne va pas ? Tu ne te sens pas bien ?, la questionna-t-il en la voyant pleurer.
-Non, ne t'approche pas de moi s'il te plaît.
Rudolph vint se positionner auprès de sa maîtresse, il ne comprenait pas sa réaction et en jetant brièvement un coup d'œil en direction de l'homme il s'aperçut que lui non plus. Il y avait encore quelques minutes de cela tout se déroulait comme les deux humains l'avaient toujours rêvé, alors pourquoi sa propriétaire était triste et pleine de remords.
-Je suis désolée, je n'aurais jamais dû t'embrasser, pardon, pardon, s'excusa-t-elle en pleurant à chaudes larmes.
-Pourquoi est-ce que tu regrettes ce merveilleux moment ?, lui demanda-t-il perdu.
-Je ne le regrette pas, ce que je regrette c'est que cette histoire entre nous soit impossible et que je le savais parfaitement, que je l'ai toujours su et que c'était pour cela que je m'étais tenue à distance pendant ces vingt très longues années. Seulement cette année j'ai été faible, et j'ai désiré te revoir, j'aurais pu me contenter d'accomplir ma mission et rentrer en Laponie, mais non, il a fallut que je te cherche, que je traîne en ville en espérant te croiser...Tout ça parce que je suis faible, incapable de résister à mes sentiments, lui expliqua-t-elle le visage ravagé par les larmes.
Il serra les poings, il ne pouvait accepter ce qu'elle venait de lui dire, il ne pouvait renoncer à elle pas après goûté à ses lèvres dont il avait si souvent rêvé.
-Tu n'as pas le droit de dire cela, tu n'as pas le droit de me faire entrevoir ce qu'est le bonheur si c'est pour me le reprendre tout de suite après, lui reprocha-t-il.
-Cela me fait autant souffrir que toi si ce n'est plus, lui répondit-elle.
-Aurora, si toi et moi ressentons la même chose, alors je ne vois pas où est le problème, nous ne faisons rien de mal, et même la fille du père Noël a le droit de tomber amoureuse non ?
-Bien sûre que oui, mais nous ne sommes pas du même monde, je ne peux rester ici, je dois être auprès de ma famille, je dois les aider, c'est mon rôle, et toi, toi as une vie ici, une vie dans laquelle tu as des amis, des gens à qui tu tiens et qui tiennent à toi, tu as un travail dans lequel tu es utile. Tu ne peux quitter tout cela.
-Cela ne dépend que de toi, la contredit-il.
-Ne dis pas n'importe quoi je t'en pris, un jour où l'autre ils te manqueraient, et cela serait tout à fait normal, lui rétorqua-t-elle.
-Qu'est-ce que tu en sais, qu'est-ce qui te fais penser que je préférerais rester ici avec eux plutôt que de partir vivre en Laponie avec toi ?, la questionna-t-il.
-Je ne sais pas, peut-être un peu de bon sens et de logique, ils ont toujours été là pour toi et tu as passé d'excellents moments en leur compagnie, tu ne peux pas renoncer à cela pour moi que tu connais à peine.
-Je le peux pour toi, parce que je t'attends depuis vingt ans, depuis vingt Noëls, cela peut paraître fou, ridicule ou même enfantin mais lorsque je t'ai aperçu à travers la vitre du café je t'ai immédiatement reconnu et ce n'était pas à cause de tes cheveux roux ou bien de tes yeux verts. Si j'ai su que c'était toi Aurora c'est parce qu'à la seconde où j'ai posé mon regard sur toi mon cœur a eu la même réaction que le soir de notre rencontre. Je sais que tu es celle avec qui je veux être et ne plus être avec mes amis me semble être une perte moins douloureuse que si c'était à toi que je devais renoncer, affirma-t-il sincère.
Elle resta muette trop émue et troublée pour répondre à sa déclaration. Il l'aimait, et il était prêt à tout abandonner pour elle quant elle ne pouvait faire la même chose pour lui. Elle ne pouvait être heureuse loin des siens et de ses amis, c'était injuste et égoïste qu'il renonce à sa vie pour elle.
-Je ne peux te demander cela, je suis touchée de ce que tu es prêt à faire pour moi mais tu les regretterais et un jour tu me le reprocherais et je refuse que tu sacrifies ton bonheur pour moi !, s'exclama-t-elle.
-Tu n'entends pas ce que je te dis ou tu fais semblant de ne pas comprendre ? Mon bonheur il est avec toi, mon bonheur c'est toi, lui dit-il.
-Arrêtes Lucien, tu ne sais pas ce que tu racontes, aujourd'hui tu dis ça mais dans un an dans cinq ans, lorsque cela te sera pénible de ne pas être tout le temps avec eux, de ne plus faire partir de leur monde tu seras malheureux et tu voudras repartir. Je te laisserais me quitter parce que je ne supporterais pas de te voir ainsi, et mon cœur sera brisé, lui répondit-elle tristement.
-Non, notre histoire est hors du commun, elle est unique, je suis persuadé qu'elle est éternelle, déclara-t-il sûr de lui.
Aurora baissa les yeux en direction de Rudolph et s'adressa à lui comme s'il pouvait lui répondre et il se mit à aboyer sous le regard perplexe de l'autre humain.
-Tu as raison, si je ne prends pas le risque je le regretterais toute ma vie, et c'est un regret avec lequel j'aurais du mal à vivre, admit-elle à l'intention du canidé.
Son animal se rapprocha d'elle afin de se faire caresser et elle s'exécuta sans attendre, heureusement qu'il était avec elle.
-Quand est-ce que tu serais disponible ?, demanda-t-elle à Lucien.
-Disponible pourquoi faire ?, lui demanda-t-il à son tour.
-Un petit voyage en Laponie afin de rencontrer ma famille, et découvrir si le climat de mon pays te je sais c'est un peu précipité mais...
-Tu veux que je t'accompagne chez toi ?
-Si tu en as envie, cela me ferait très plaisir que tu viennes, répondit-elle avec un sourire timide.
-Quand tu le souhaites, pour toi je suis toujours libre !, s'écria-t-il de joie.
-Parfait, alors que penses-tu de demain soir vers vingt heure, lui proposa-t-elle, il faut que j'en parle à mes parents et à Tristan.
-Qui est Tristan ?, la questionna-t-il.
-Ah oui je ne t'en ai jamais parlé, réalisa-t-elle en riant, il s'agit de mon frère aîné.
-Tu as un grand frère, est-ce que je dois m'inquiéter ?
-Normalement non, Tris risque d'être un peu froid avec toi au début, mais il finira par t'aimer pas autant que moi mais je suis certaine que vous vous apprécierez, le rassura-t-elle.
-Je te fais confiance, lui dit-il croyant en elle.
-Nous allons rentrer, nous nous revoyons donc demain, annonça-t-elle.
-A demain mon amour, la salua-t-il en l'embrassant. »
Une fois que le contact entre leurs lèvres fut rompu, elle se tourna vers Rudolph et tous deux disparurent sous ses yeux. Dans vingt-quatre heures il s'envolerait pour la Laponie, et il serait enfin auprès d'elle, il n'y avait plus qu'à croiser les doigts que la famille de Martel l'accepterait.
