Ce court one-shot est inspire de la chanson I was here de Beyoncé.


Le bruit de l'eau se fracassant violemment contre les récifs me parvenait. L'odeur salé de l'eau était omniprésente et permettait aisément de savoir que j'étais au bord de la mer, malgré l'océan de ténèbres qui m'englobaient. Il était presque complètement impossible de voir à plus de quelques mètres tant la pénombre était profonde.

Pour autant, cela ne me dérangeait pas autant que quelqu'un aurait pu le croire.

L'obscurité était mon domaine, elle m'avait toujours entouré. Aussi noire et sombre que le nom qui était le mien.

Le sable crissait sous mes chaussures, au rythme de mes pas. Mes yeux se fermèrent quelques instants, l'espace de quelques secondes. Quelques minutes. Quelques heures, peut-être ? Ici, le temps semblait s'écouler indépendamment du reste du monde. Peut-être était-ce dut au fait que les alentours étaient aussi impénétrables que le néant lui-même. Je pouvais presque imaginer que ce sable qui creusait l'empreinte de mes pas à chaque fois que je mettais un pied devant l'autre était celui du sablier de ma vie. Celui qui mesurait, depuis mes premières secondes en ce monde, le temps qu'il me restait avant de mourir. Je n'étais que trop conscient qu'il arrivait bientôt à sa fin, que quelqu'un, n'importe qui, allait devoir retourner ce sablier pour qu'une nouvelle vie commence. Était-ce cela, qu'on appelait la « réincarnation » ? Un sablier dont le dernier grain venait de s'écouler mais que l'on avait prit la peine de retourner pour recommencer un tour ?

C'était une possibilité.

Qu'en savais-je, de toute façon ? Qu'en avais-je à faire, à présent que mes heures étaient comptées ? Peut-être même que cette vie ne se mesurait déjà plus en heure, mais en minutes.

Depuis le petit promontoire où je me trouvais, je pouvais voir l'imposant lac aux reflets émeraudes que je venais à l'instant de traverser, à bord d'une minuscule barque. Je ne pus m'empêcher, en voyant la couleur de la vaste étendue qui s'étendait sous mes yeux, de me dire que le Seigneur des Ténèbres était véritablement un Serpentard jusqu'au bout des ongles. Il en était venu à aller cacher un morceau de son âme au milieu d'un lac aux couleurs de sa maison.

En baissant la tête et les yeux, je vis Kreattur, mon fidèle elfe de maison. Le seul être vivant que je considérais comme un ami en ce bas monde. Le seul être vivant qui jamais ne me trahirais pour des histoires de divergences d'opinions. Le seul être vivant en lequel j'avais toujours une confiance totale, qui ne m'avais jamais fait la remettre en cause.

Kreattur aussi, me regardait, incertain. Incapable de savoir quoi faire, quoi dire. Nous savions tous les deux ce qui se passeraient bientôt. Qu'un seul de nous deux repartirait vivant d'ici, avec la mission de détruire cet objet empli de magie noire qui serai bientôt récupéré.

Mon corps était déjà froid, anticipant sa futur fin. Lui aussi avait compris que je ne ressortirai pas d'ici vivant. Que bientôt, la vie le quitterai.

C'était triste, en quelque sorte. Cependant, aucun des symptômes de la tristesse ne se faisait ressentir. Ma gorge n'était ni serrée, ni douloureuse. Aucune larme n'inondait mes yeux au point de rendre ma vision floue et c'était à peine si ma respiration était tremblante. Je ne parvenais pas à être réellement bouleversé par l'idée de bientôt m'en aller pour des contrées lointaines.

Parce que je laisserai quelque chose derrière moi. Que je quitterai ce monde sans regrets.

Tout du moins, c'était ce dont je voulais désespérément me convaincre, afin d'avoir la conscience tranquille. En réalité, mon cœur était alourdi par des regrets. Tant de regrets. Ceux de toute une vie d'existence.

Mes doigts s'ouvrèrent doucement, dévoilant un médaillon qui je tenais depuis un moment déjà au creux de ma paume. Il savait d'une réplique parfaite du médaillon de Salazar Serpentard. Une réplique de l'horcruxe du Seigneur des Ténèbres. J'avais glissé à l'intérieur un petit morceau de parchemin.

Une note pour le mage noir que j'adulais, fut une époque.

Je glissa le petit objet dans les petits doigts de Kreattur, de même que ma baguette magique qui à présent ne me serait plus d'aucune utilité. L'elfe de maison la remettrait à ma mère plus tard, une fois que j'aurai quitté ce monde, pour lui annoncer mon décès. L'arbre généalogique de notre famille, de toute façon, l'afficherai de lui-même au moment même où mon cœur aurait son ultime battement.

Je laisserai quelque chose en souvenir, pour qu'ils n'oublient pas que j'étais ici, que j'ai aimé et que j'ai vécu.

Tandis que la potion se traçait un chemin sinueux et douloureux dans ma gorge en direction de mon estomac, je pouvais voir ce qu'avait été ma vie défiler devant mes yeux. Doucereuse torture, la dernière que je subirais.

Je voyais celui qui fut un jour mon grand frère, Sirius. Je me voyais m'avancer à travers les rues du Chemin de Travers, aux côtés de ma famille, encore unie. Loin de se douter des problèmes qui commenceraient à survenir bientôt, qui la diviseraient. Chaque pas que cette fière et noble parfaite petite famille faisait était une craquelure qui souillait la vitre nous séparant du monde extérieur. Chacune de ces craquelures finiraient par tout briser, tout ravager sur son passage. Le feu brûlait déjà dans le cœur de mon frère et nous faisions tous, à cette époque, de notre mieux pour ignorer sa présence. Pour ignorer que Sirius n'était pas comme tous les Black, qu'il était différent d'eux et que ce serait certainement cela, le commencement de tout.

La dégringolade.

La chute de la noblesse.

Puis j'étais à nouveau dans cette sombre grotte, la respiration haletante, le corps douloureux et appuyé de tout son poids contre le petit bassin surélevé qui cachait toujours l'objet maléfique. Tout cela disparu une nouvelle fois après la seconde gorgée de cette infâme mixture qui me tordait les tripes.

Cette fois-ci, j'agitais ma baguette en murmurant une formule, à nouveau dans les ténèbres. Mais cette fois-ci, cette obscurité était le fait de la nuit qui englobait tout Poudlard. Seuls quelques infimes et insuffisants rayons lunaires éclairaient la salle de classe dans laquelle je m'étais installé pour m'exercer au sortilège de Patronus.

Un doux et étincelant filet argenté s'échappa du bout de ma baguette, se transformant bien vite en une forme animalière imposante que je connaissais déjà sur le bout des doigts : un lion. Le même lion que celui de la constellation dont je portais le nom. Mais également le même lion que celui du symbole de Gryffondor, la maison dans laquelle se trouvait mon frère renié.

Je m'isolais souvent tard le soir, durant ma sixième année, pour m'exercer au charme du Patronus. J'espérais qu'en m'entraînant dur, en changeant de souvenir heureux, je parviendrais à changer la forme qu'il adoptait. Bien sûr, j'avais déjà conscience que c'était impossible, mais l'espoir faisait vivre, hélas. Mais je ne voulais pas entraîner de nouvelles fissures au sein de ma famille déjà tant détruite. Déjà recollée à la sueur et au sang. Au moindre choc, elle s'effondrerait définitivement et sombrerait dans l'oubli, emportant tout un héritage ancestral avec elle.

Cette ébauche de famille, c'était bien plus que tout ce que j'aurai pu rêver après que Sirius ait été effacé de l'arbre généalogique suite à une ultime querelle ayant mené à sa fugue chez les Potter.

Retour à la réalité. Nouvelle gorgée, nouveaux souvenirs.

Ma mort fera-t-elle éprouver quelque chose à quelqu'un ? Au fond de moi, je l'espérais. Je voulais que tout le monde sache que j'étais ici, que j'avais foulé cette Terre. Que mon passage en ce monde ne fut pas vain et qu'au moins une fois dans ma vie, j'avais accomplis quelque chose. Que je n'étais pas qu'un des trop nombreux noms présents sur la tapisserie, dépourvu d'identité.

J'espérais que l'on saurait que Regulus Arcturus Black a vécu chaque jour de sa vie comme si s'agissait du dernier, jusqu'à ce que la mort l'emporte sur ce combat quotidien qu'il menait. J'aurai aimé avoir la certitude qu'à un moment donné, j'avais représenté quelque chose dans la vie de ne serait-ce qu'une seule personne, que rien ne fût inutile pendant ces dix-huit années d'existence. Parce que ma main avait frôlé tant de cœurs, les marquant d'une manière ou d'une autre. Peut-être que le fait qu'il ait respiré avait changé un tant soit peu l'existence de quelqu'un.

La famille, les professeurs, les élèves et même les Mangemorts… Ils étaient tous la preuve irréfutable qu'un jour, j'avais vécu. Que j'avais permis au destin de se courber sous le poids infime de mon existence.

Le monde avait vu.

Sirius avait vu.

Et c'était tout ce dont j'avais besoin pour savoir que je ne mourrais pas en vain, tandis que les Inferi me tiraient au fin fond du lac en m'arrachant la peau, griffant la peau, transperçant la chair de leurs ongles longs mais aussi de leurs dents voraces colorant le vert du lac en un profond rouge dans une resplendissante éclaboussure.

Le sang d'un Gryffondor qui n'était pas parvenu à montrer ses crocs.