pdv de evan peters:
il est 19h. cela fait quelques minutes que nous avons terminé de tourner le premier épisode de la saison 10 d'american horror story. cette saison va être d'enfer, je le sens. les fans vont adorer. mais ce qui m'impatiente vraiment, c'est de découvrir le rôle d'astrée, une nouvelle actrice arrivée dans l'équipe depuis cet été. je dois avouer qu'elle m'a impressionnée. elle semblait parfaitement à l'aise dans son rôle, son personnage pourtant en totale opposition avec son caractère-du moins ce que j'en ai vu. peut-être qu'elle n'est pas si timide qu'elle le laisse paraître? qui sait? je laisse échapper un sourire à cette idée.
- pourquoi tu souris comme un idiot peters? m'interpelle une voix que je reconnaîtrais entre mille, celle de sarah.
je relève la tête vers ma fidèle collègue et amie et lui adresse une sincère accolade. sarah paulson, en plus d'être une actrice énormément - voire trop - talenteuse, elle est si pure. elle a toujours été présente à mes côtés, que ce soit dans les bons ou les mauvais moments. elle représente un peu une mère pour moi, ma mère de cœur.
- non pas que je n'apprécie pas tes câlins, mon cher evan mais tu sembles avoir ommis de répondre à ma question. murmure sarah en riant gaiement.
je me rends compte que j'ai effectivement ignoré sa demande. un peu gêné, je lui réponds.
- rien en particulier. je pensais juste à tous nos souvenirs pendant le tournage!
elle sourit, cette expression faciale toujours contagieuse venant d'elle.
- comment tu vas?
vous pourriez vous interroger sur le sens de sa question sachant que notre conversation est déjà bien entamée. je sais parfaitement ce que la grande blonde sous-entend. à vrai dire, c'est au sujet d'une chose à propos de laquelle je ne me suis confié à personne, hormis elle. je ne l'ai même pas évoqué à ryan murphy, le réalisateur de la série.
- ça peut aller. disons que j'aurais apprécié un rôle un peu plus calme... acquiescé-je en un sourire un peu forcé.
- evan, je sais que ça peut te sembler défendu mais tu connais mon opinion là-dessus, je pense que tu devrais vraiment en parler à mr. murphy au moins. surtout que ça ne s'arrange pas avec le temps comme tu le pensais en arrivant dans le cast...
- je sais bien... mais imagine sa réaction, il pourrait m'en vouloir de n'avoir rien dit, culpabiliser, voire ne plus accepter de me garder dans l'équipe.
sarah me fait les gros yeux, visiblement en désaccord avec mes paroles.
- evan... il ne te virera pas pour ça, enfin!
elle a légèrement haussé le ton. très peu mais ça a le don de me crisper.
- ne t'énerve pas... j'y réfléchirai, je te le promets mais je ne te garantis rien.
elle fronce les sourcils, assurément pas convaincue.
- bon... c'est toi qui voit. mais fais attention, ne mets pas en danger ta santé pour ne pas "déranger". et excuse-moi d'avoir monté le ton.
sarah n'a pas tort, j'en suis bien conscient. mais franchement qu'elle se mette à ma place... ce n'est pas très commun comme phobie. et assez compliqué à gérer quand on a choisi de devenir acteur.
- evan, tu as peur de crier et d'entendre des gens crier, ça n'est pas anodin dans le milieu du cinéma... ajoute-t-elle en ayant chuchoté pour que personne d'autre que moi n'ait pu entendre.
- je sais sarah... bon, je vais te laisser, on a une journée chargée qui nous attend demain. conclué-je pour mettre fin à la conversation le plus vite possible.
vous l'aurez compris, j'ai la phobie de crier, des cris en général. c'est quelque chose que je n'arrive pas à expliquer, je ne le comprends pas moi-même. le simple fait d'entendre quelqu'un hurler me terrifie. à vrai dire, il n'y a pas vraiment de nom scientifique pour désigner cette phobie. les spécialistes parlent d'une forme rare de phonophobie. je dois reconnaître que garder cela pour moi n'est pas la meilleure chose à faire sachant que tous les rôles qui m'ont été attribués m'ont amené à crier de nombreuses fois et que la peur étant fortement présente au cœur de la série, mes coéquipiers ne cessent de crier...
- evan! s'exclame mr. murphy en m'apercevant dans sa direction.
je tressaillis à la simple entente de son "cri". c'est vraiment compliqué comme phobie putain... je ferais mieux de lui en parler. de plus, maintenant semble l'occasion rêvée. allez, je me lance.
- mr. murphy? pouvez-vous m'accorder une minute de votre temps?
mon supérieur me donne un signe d'approbation mais je vois ce qu'il me tend d'une main et me ravise peu à peu.
- voici votre augmentation, mr. peters, pour vous récompenser de tous vos efforts au cours des derniers tournages qui se sont révélés assez éprouvants. et tenez, ceci est une proposition d'un second rôle, vous offrant la possibilité de choisir votre personnage préféré et l'interpréter à nouveau.
je souris, les yeux écarquillés. une prime et un second rôle? j'ai vraiment l'impression de rêver. lui parler de mon petit problème - t'as raison de minimiser les choses evan - serait inapproprié pour l'instant.
- vous souhaitiez me demander quelque chose? ou me faire une quelconque confidence?
- non. déclaré-je peut-être un peu trop abruptement. non, non, ce n'était rien d'important. j'ai même oublié.
je suis stupide. vraiment idiot... mon patron ne semble pas avoir gobé mon mensonge. mais par chance, il ne s'en préoccupe pas plus que ça et repart dans une autre direction en haussant les épaules.
tu devras en parler un jour ou l'autre, et le plus tôt sera le mieux. sarah est sympa de n'en avoir parlé à personne mais tu n'es pas à l'abri d'une maladresse de sa part...
si j'écoutais plus souvent ma conscience, on en serait pas là aujourd'hui. quel crétin je fais.
ce soir, il est prévu que tout le casting mange ensemble. c'est un peu la tradition chaque année. après le tournage de chaque premier épisode d'une saison, on organise un repas qui a lieu le soir-même. cela sert à la fois à nous encourager mais aussi à apprendre à un peu plus nous connaitre quand il y a de nouveaux acteurs ou scénaristes. peut-être pourrais-je en savoir plus sur la nouvelle?
- peters! je te cherchais justement.
c'est elle. elle est belle, rayonnante et sa timidité plus qu'apparente me fait rire.
- que puis-je faire pour toi? demandé-je sur un ton enjoué pour qu'elle se sente à l'aise.
je baisse les yeux et la vois se tortiller dans tous les sens, ses pieds allant d'avant en arrière, comme si elle ne pouvait pas tenir en place ou avait peur de tomber à tout moment. je réprime un rire. mes yeux rencontrent à nouveau son visage, elle se mord la lèvre inférieure. elle semble presque hésitante à me répondre.
- hmm je voulais juste savoir comment tu allais... tu semblais assez distrait pendant le tournage... murmure-t-elle jouant avec ses doigts.
c'est bien la seule à avoir remarqué même si c'est comme ça à chaque premier épisode. disons que je me sens toujours plus ou moins tendu lors d'une reprise de tournage.
- t'inquiètes pas pour ça, va. juste le stress de recommencer les tournages au milieu de toute cette pagaille. réponds-je en désignant le masque posé sur une table pour faire référence à la situation sanitaire.
sérieusement evan? t'as pas mieux comme excuse?
ferme-là conscience de merde.
- bon, d'accord. tant mieux si ce n'est que ça. déclare-t-elle sur un ton peu convaincu. n'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit.
et elle tourne les talons, semblant quelque peu énervée. est-ce qu'elle m'en veut de ne pas lui dire la vérité? c'est pas comme si c'était simple... il te suffirait pourtant juste de lui expliquer clairement les choses. comment parler de quelque chose que j'ai parfois du mal à comprendre moi-même?
- astrée, attends!
la petite brune tourne la tête, les sourcils froncés et cesse d'avancer dans la direction opposée. puis elle revient vers moi.
- oui?
- tu viens au repas de ce soir? tu sais, ce qui est organisé avec tous les membres du cast à chaque début de tournage.
- je vois de quoi tu parles. et oui, je pense venir. pourquoi tu me demandes ça?
- bah... je me disais juste que ça va être sympa, on va pouvoir apprendre à se connaître, à te connaître.
elle me dévisage, mi-amusée, mi inquiète.
- hmm comment ça? tu veux dire que je vais devoirs faire un discours devant tout le monde pour me présenter ou quelque chose du genre?
je ris, un peu étonné par sa question.
- mais non... tu vas juste pouvoir te rapprocher de l'équipe en discutant avec eux au cours de la soirée. tu verras, la plupart sont adorables!
- la plupart?
- oui... je peux être chiant des fois.
- effectivement, j'avais remarqué...
je la fusille du regard et ricane pour lui montrer que j'ai compris le second degré.
- mais sérieusement, tu ne m'enlèveras pas de la tête que quelque chose clochait pendant le tournage, je suis sûre que tu me caches quelque chose.
elle me dévisage durement, sans doute pour que je comprenne qu'elle ne plaisante pas et souhaite que je la prenne au sérieux.
- c'est... compliqué. je ferai au mieux pour t'expliquer. mais ce n'est rien de très grave, t'inquiètes.
c'est elle que tu veux rassurer ou tu essayes d'y croire toi-même?
- ok. je sais qu'on ne se connaît pas du tout mais sache que si tu as besoin de te confier à propos de quoi que ce soit, je suis là.
elle me sourit amicalement. serait-ce de la pitié que je vois dans ses yeux? ai-je l'air aussi mal que ce qu'elle me laisse penser? je me pose beaucoup trop de question, je ferai mieux de commencer à réfléchir à mon speech de ce soir. parce que oui, contrairement à elle, je dois parler ce soir. chaque année, l'un d'entre nous doit dire ce qu'il a retenu de ces longs mois de tournage et ce qu'il souhaite pour les prochains.
- merci. de même pour toi. acquiescé-je timidement.
timide? moi? c'est bien une première... on dirait que cette fille va me montrer une autre facette de ma personne.
- à quoi tu penses?
merde... c'est ça de te faire des films sur toi et cette jeune fille.
- absolument rien. rien. du tout. haha!
je me suis senti rougir. je dois vraiment avoir l'air stupide.
- d'accord. bon, à ce soir alors. déclare-t-elle en me tendant la main.
je lui serre la main et un détail me choque. elle a la peau si froide. comme de la glace. je tente de masquer mon étonnement en lui souriant à nouveau et lui murmure "à ce soir".
une fois astrée disparue des parages, je me dirige vers ma loge.
cette journée est interminable. j'espère que la soirée se passera bien, qu'il n'y aura pas d'esclandre comme l'année dernière.
flashback:
tout le casting est réuni en un arc de cercle et leurs chuchotements sont incessant. la tension qui règne est palpable.
- que se passe-t-il ici? tenté-je peu serein.
personne ne me répond. on croirait presque qu'ils m'ignorent. tous. même sarah.
- sarah? j'ai fait quelque chose de mal? demandé-je inquiet.
elle daigne enfin me répondre, même si elle est toujours aussi loin de moi pour parler.
- evan... tout ça ne peut plus durer. il faut que tu leur dises.
je n'ai presque rien entendu de ce qu'elle a dit en raison du brouhaha ambiant. est-ce que ce sont des larmes sous ses yeux? presque l'intégralité de son mascara a coulé. j'espère qu'il ne s'est rien passé de grave.
- rapproche-toi, je ne t'entends pas.
elle exécute ma demande. je souris pour essayer de lui apporter du réconfort mais dès qu'elle se trouve à côté de moi, je perds mon sourire quand elle répète sa phrase.
- c'est ingérable... il faut que tu leur en parles, evan.
de quoi parle-t-elle? tu le sais très bien.
- je... je ne peux pas. déso-
elle me coupe la parole, je n'arrive pas à distinguer autre chose que la colère et la tristesse dans sa voix.
- evan. après ce qu'il s'est passé tout à l'heure, tu leur dois des explications.
- comment ça? que s'est-il passé?
- tu as... tu as fait un malaise lors des dernières minutes du tournage. evan, dis leur!
j'écarquille les yeux, ne me souvenant absolument pas de ce dont elle parle.
- si tu ne t'en rappelles pas, c'est sûrement à cause des cachets qu'ils t'ont donné. tes souvenirs ne devraient pas tarder à refaire surface. evan, je suis très inquiète pour toi. fais-le.
elle m'adresse un sourire amical mais je ne peux m'empêcher d'y lire de la pitié.
- sarah, tu as juste pitié de moi...
ses sourcils se froncent et elle perd son sourire.
- non. je me fais du soucis. tu ne peux plus continuer comme ça, tu ferais mieux d'en prendre enfin conscience! s'emporte-t-elle sans pour autant me hurler dessus.
sans que je ne puisse la refouler, une larme vient s'échouer sur ma joue. étonnement, la blonde me serre dans ses bras après avoir caressé tendrement ma joue humide.
- ne pleure pas. ça va bien se passer. dis-leur, c'est tout ce que tu as à faire.
