Bonsoir bonsoir !

J'imagine d'ici votre surprise. Deux chapitres à deux semaines d'intervalle ? Impossible ! Mais vrai pourtant. Je vous l'avais promis non ? J'avais promis que je serais plus régulière et que je n'abandonnerais jamais. Après tout, cette histoire c'est mon bébé, et j'aime la vivre à fond avec vous. Parce que sans vous, elle ne serait pas là, alors merci à vous tous, qui êtes encore là après deux ans de pause. Vous êtes merveilleux.

Merci aux petits nouveaux, Mady qui est tout simplement adorable et qui a ensoleillé ma journée, Aurora Tunyri pour son superbe commentaire qui m'a fait rayonner de joie.

Merci à toi Daidaiiro30 d'être encore présente après tout ce temps ! Tu réchauffes mon coeur.

Et surtout merci à ma bêta Indifférente, qui fait un travail admirable sur cette histoire et sans qui je ne pourrais réellement pas continuer à l'écrire. Elle en est tout autant l'auteur que moi.

Et oui, nous en sommes à 215 reviews, 67 favoris et 125 followers. Merci à vous les crevettes :*


Un petit mot de ma merveilleuse bêta : Ce chapitre est une montée en puissance, on sait que quelque chose se prépare, ClaP74 joue avec nos nerfs, on en veut plus !


Bonne lecture !


Musique :

Dustin O'Halloran

Opus 38


Chapitre 25


10h42 – 12 heures avant la chute

Ron n'avait jamais été très perspicace. C'était en tout cas ce que lui-même pensait. Il ne se considérait pas comme courageux, ni très intelligent. Mais Ron, ce rouquin duquel on se moquait parce qu'il portait la robe de sa vieille tante, ou parce qu'il était un peu maladroit, était loyal et honnête.

Il avait en lui la sensibilité, l'humilité et la loyauté d'un Weasley. Oui, Ron avait parfois flanché, mais c'étaient ces erreurs qui lui donnaient aujourd'hui l'envie furieuse de se battre pour les gens qu'il aimait.

Il savait qu'on lui cachait des choses, et les évènements de la vieille ne dérogeaient pas à la règle. Il avait bien noté les regards fuyants de Harry ces derniers jours et, au fond, il n'arrivait pas à lui en vouloir. Les événements du Tournoi des Trois Sorciers lui avaient trop bien fait comprendre combien le poids qu'il portait était lourd. Egoïstement, le rouquin l'en remerciait même de ne pas l'avoir mis dans la confidence immédiatement. Il suffisait de voir les cernes du Survivant pour se rendre compte de la difficulté de ce qu'il gardait en lui.

Mais Ron se sentait prêt. Prêt à se battre aux côtés de son meilleur ami, prêt dorénavant à porter un peu de son fardeau. Il était prêt à se sacrifier pour ce qu'il pensait être la bonne façon de rendre ce monde meilleur. Il avait cru, toute sa vie, qu'il serait promis à un grand avenir, qu'un jour on l'adulerait pour être devenu le meilleur joueur de quidditch mais peut-être que le destin lui avait réservé autre chose.

Il souhaitait juste montrer qu'il était plus que ce qu'on pouvait penser de lui. Que derrière son apparence un peu simple, il chérissait le monde comme jamais. Tous ses choix, toutes les aventures qu'il avait connues auprès de Harry et d'Hermione l'avaient amené jusqu'à ce moment, celui où il décidait de mettre sa vie au service du bien.

Il n'en avait parlé à personne. Comme chacun des individus présents au Terrier lors de la révélation, il avait senti la vérité s'insinuer en lui, ses pensées se mouvant autour de cette seule idée : ils devaient les vaincre, coûte que coûte. Peu importait le prix tant qu'ils pouvaient offrir au monde tout ce qu'il avait toujours souhaité. La paix, l'amour, l'amitié.

Il n'avait jamais compris pourquoi Harry prenait parfois ces airs si graves, alors que la vie à Poudlard représentait pour Ron l'une des meilleures choses au monde. Mais il réalisait maintenant que ce qu'il ressentait aujourd'hui, cette envie de tout risquer pour les sauver, ce poids énorme, ce désespoir face à la difficulté de la tâche et la force qu'il en tirait, le Survivant vivait ça depuis toujours.

Ron ressentait une profonde admiration pour son ami. Il en avait déjà eu tellement de fois pour le brun, mais maintenant qu'il réalisait combien il lui devait, il sentait en lui ce sentiment étouffant de compassion et d'amour, cette envie d'aider jusqu'à en crever.

Quand il leva les yeux, s'échappant de ses pensées, il croisa le regard de sa mère. Il ne lui avait probablement jamais assez dit je t'aime, mais quand elle s'approcha de lui, il n'hésita pas un seul instant à la prendre dans ses bras, espérant lui faire comprendre par ce simple geste qu'il était prêt et qu'il la remerciait pour tout ce qu'elle avait fait pour lui.

Il la serra fort contre lui. Elle avait l'odeur de l'amour et pour rien au monde il ne voudrait oublier l'odeur de sa mère.


11h42 – 11 heures avant la chute

Hermione semblait dans un état second quand Ron entra dans sa chambre. Il avait frappé à plusieurs reprises mais elle ne semblait pas l'avoir entendu. Elle était assise sur le lit, les genoux repliés contre sa poitrine, fixant la fenêtre d'un regard vide. Il eut un pincement au cœur en la voyant ainsi, si vulnérable.

Ils ne s'étaient pas retrouvés tous les deux ainsi depuis une éternité. Pas depuis qu'il s'était mis en couple avec Lavande. Tout ça paraissait si loin. Ron s'était toujours demandé pourquoi les personnes qui souffraient le plus étaient celles à qui on n'avait jamais donné le choix. Hermione n'avait jamais eu le choix, et le rouquin aurait tellement voulu lui offrir toute la protection nécessaire mais il n'était pas suffisamment fort, pas suffisamment puissant pour être celui sur qui elle pouvait compter.

Elle était elle-même bien plus forte que lui. Derrière ces yeux bruns se cachait la femme la plus courageuse qu'il n'ait jamais vue. Il se sentait parfois si petit face à elle.

Face à son regard, si vide, il ne put s'empêcher de s'approcher d'elle avec précaution, comme par peur de l'effrayer un peu plus. Elle tourna la tête vers lui quand le matelas s'affaissa sous son poids et sourit précautionneusement, glissant sa main sur la joue de Ron, tendrement.

- Tu as l'air inquiet, lui dit-elle dans un souffle.

C'était vrai, d'une certaine manière. Il était inquiet, mais pas pour le combat. Il était inquiet pour tous ceux qui risquaient leur vie pour eux, pour sauver un monde qui n'était même pas conscient de son déclin. Il avait peur de voir ces beaux yeux bruns s'éteindre.

- Aussi inquiet que Harry ?

Son corps s'affaissa légèrement quand il posa la question. C'était si imperceptible qu'il crut ne pas le voir, mais il connaissait la jeune femme par cœur.

- Il y a quelque chose qu'il ne nous dit pas, n'est-ce pas ?

Il eut un sourire triste. Évidemment qu'elle savait, Hermione savait toujours tout et quand bien même Ron aurait aimé être au courant également, il savait au fond que la jeune femme était la meilleure oreille à laquelle se confier. Il repoussa les pensées les plus négatives au fond de son esprit, priant pour que ce qui taraude le Survivant ne soit pas aussi horrible qu'il ne le semblait.

Il vit avec effarement Hermione se replier sur elle-même, comme soudainement si épuisée par la vie qu'elle ne pouvait plus garder sa force plus longtemps.

- Qu'avons-nous fait Ron ?

Si seulement il pouvait le savoir. Il demanderait bien pourquoi le malheur s'acharnait sur eux.

- Est-ce que ça a un rapport avec ce qu'ils nous ont raconté tout à l'heure ?

Hermione renifla piteusement en hochant la tête. Ron avait beau se creuser la cervelle, il n'arrivait pas à comprendre ce qui pouvait bien rendre Harry aussi mal. Le Survivant avait toujours été soucieux du bien-être des autres et il comprenait que cette histoire soit un poids trop important pour lui, mais quand il voyait Hermione ainsi, il se doutait bien que ce n'était pas la seule chose.

Il puisa dans ses souvenirs, cherchant quelles informations pourraient l'amener à comprendre. Hermione le regardait en silence, attendant patiemment qu'il découvre la vérité par lui-même, comme elle l'avait probablement fait elle aussi.

Quand enfin il réalisa.

Harry n'avait pas parlé de Malefoy. Il avait parlé de Drago.

Il aurait dû tiquer, mais il était trop perturbé par toutes les informations accumulées pendant leur réunion pour remarquer que les yeux de Harry s'étaient voilés quand il avait avoué que Malefoy était l'Argent.

Il connaissait Harry par cœur. Harry aurait dû avoir du venin dans la voix, il aurait dû leur faire un discours révolté sur le fait que le blond était un Mangemort, mais au lieu de ça, le brun avait eu l'air triste, et dépité.

À la réflexion, cela faisait des mois qu'il n'avait pas entendu parler de Malefoy alors que Harry était persuadé qu'il était un partisan de Voldemort.

Il capta le regard d'Hermione. Sa lèvre du bas se mit à trembler.

- Est-ce que tu m'en veux ? lui demanda-t-elle avec précaution.

- Quoi ? Non !

Un éclair de soulagement passa dans ses iris et Ron appuya sa joue contre sa paume dans un geste réconfortant.

- Qu'est-ce qu'il se passe au juste ?

Elle se pinça l'intérieur de la joue, ce qui l'aurait fait rire en temps normal, cela lui donnait toujours un air bizarre. Mais il était trop surpris pour y réagir.

- Harry est …

Elle se stoppa net et il vit dans son regard l'appréhension qui l'envahit. Il lui sourit d'un air encourageant, ou en tout cas ce qui y ressemblait le plus. Elle soupira, se résignant.

- Harry est amoureux de Malefoy.

Le souffle de Ron se coupa.

- Et Malefoy est amoureux de Harry.

Il se mit à rire.

- C'est une blague ?

Mais elle était tout à fait sérieuse. Il passa sa main dans ses cheveux, fronçant le nez d'un air contrarié.

- Comment c'est possible ?

Elle haussa les épaules.

- Tu ne trouves pas ça logique ? Quand tu y réfléchis bien.

Ron avait beau y réfléchir, il n'arrivait pas à croire que Harry puisse tomber amoureux de Malefoy. Il ne le lui reprochait en aucun cas, il se doutait bien que son meilleur ami n'avait pas décidé du jour au lendemain de ressentir quelque chose pour son ennemi. Il n'arrivait juste pas à comprendre comment cela était possible.

- Je ne vois pas … Depuis combien de temps ça dure ?

- Après leur combat dans les toilettes des filles.

Alors ça faisait des mois. Des mois que son meilleur ami gardait ça pour lui, croyant certainement que ses camarades le rejetteraient. À vrai dire, Ron ne savait pas comment il aurait réagi s'il avait appris que Harry était tombé amoureux d'un Serpentard quelques mois plus tôt.

Il eut une pensée pour sa sœur quand il se rendit compte que c'était justement à cette période-là que Ginny avait commencé à fréquenter Harry. Une partie de lui en voulait terriblement à son ami, d'avoir menti à sa sœur de cette manière, mais l'autre partie, celle qui réalisait combien le monde était difficile, ne pouvait que comprendre combien son meilleur ami avait besoin d'amour dans sa vie.

Il n'aurait certes pas choisi Malefoy pour ça, mais si c'était celui dont avait besoin son meilleur ami, il ne pouvait pas le haïr pour ça. Il espérait juste que Harry pourrait s'en sortir et retrouver son sourire.

- Je pensais que ce serait plus difficile. Je pensais que tu allais hurler et le détester, nous détester, pour ça et pour te l'avoir caché.

Il la fixa un long moment sans répondre, pressant juste sa main dans la sienne.

- J'imagine qu'il y a des choses bien plus graves que Harry pactisant avec l'ennemi, non ?

Elle laissa un léger sourire orner ses lèvres quand elle comprit qu'il rigolait. Juste un peu. Il préférait quand même ne pas imaginer Harry et Drago ensemble mais il lui suffisait de se souvenir de l'état de son meilleur ami depuis la mort de Dumbledore, et par conséquent le départ de Malefoy pour comprendre que c'était sérieux et qu'il n'avait en aucun cas le droit de le juger.

- Est-ce que tu peux m'en dire plus ?

Alors elle lui raconta. Toute cette histoire avait un air de Roméo et Juliette, d'après elle.


15h42 – 7 heures avant la chute

Harry tournait en rond comme un lion en cage. Jade avait assigné Rubis auprès de lui dans cette chambre. Il était dans un tel état de détresse qu'il suspectait qu'il fasse une connerie et Rubis avait accepté sans dire un mot.

Le simple fait d'avoir révélé à ses amis la vérité rendait les choses encore plus réelles. Harry n'arrivait pas à accepter que la survie du monde puisse reposer en partie sur lui, ce n'était tout bonnement pas possible. Pas maintenant. Pas après avoir perdu trop de gens.

Il n'était pas assez fort, pas assez courageux pour les affronter. Et il refusait de laisser ses proches encore en vie et tous les innocents qui croyaient abusivement en lui risquer leur vie à cause d'une prophétie débile. Il n'avait réuni aucun des Horcruxes et cette mission était vouée à l'échec.

Comme tout ce qu'il avait fait auparavant. Tout ce qu'il touchait, tout ceux à qui il s'attachait s'éloignaient ou étaient tout simplement tués. Comment pouvaient-ils continuer de croire en lui ? Sa vie était maudite. Il avait trop perdu et, égoïstement, il continuait d'entrainer ses amis dans son sillage.

Il ne savait pas quoi faire. Que pouvait-il bien faire à vrai dire ? Il était coincé ici, sous la surveillance de ceux qui auraient dû le quitter depuis si longtemps. Il était destiné à voir tous ceux qu'il aimait mourir.

Alors oui, il refusait de se jeter dans la gueule du lion ainsi, c'était une idée terrible.

Rubis lui jetait parfois des regards emplis de compassion qui le faisaient enrager. Il avait envie de plaquer son visage sous un oreiller pour arrêter de voir cette pitié pour le Survivant. Il portait bien son surnom finalement.

- Est-ce que tu as peur ?

Harry darda un regard furieux sur son ami. Est-ce qu'il avait peur ? Qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir à faire qu'il ait peur ?

- Est-ce que tu as peur de le voir ? De ne plus le reconnaître ? De l'avoir complètement perdu ?

Le brun serra les poings violemment et se jeta sur Rubis. Il le frappa autant qu'il le pouvait, ne remarquant pas que chacune de ses attaques n'atteignait jamais sa cible. Il avait simplement besoin de se déchaîner, de se libérer de cette douleur atroce qui lui déchirait la poitrine.

Évidemment qu'il avait peur.

Il avait peur à en crever. Il redoutait le moment où il croiserait le regard de Drago et qu'il ne le reconnaitrait pas. Il remarqua qu'il pleurait quand il sentit le goût de sel sur ses lèvres, Rubis le maintenait par les bras solidement. Il avait juste envie de s'effondrer et de ne plus se relever.

- Écoute, je sais que c'est difficile, mais tu…

- Non, tu ne sais rien, cracha Harry en se reculant d'un mouvement brusque.

Rubis s'apprêta à dire quelque chose, mais se ravisa, au grand bonheur du brun qui refusait qu'un seul mensonge sorte encore de sa bouche.

- Tu sais comme moi que cette mission est vouée à l'échec.

- Je le pense en effet, mais …

- Mais vous vous obstinez à la maintenir. Pourquoi ?

Il fixa longtemps ces deux yeux carmin, attendant une réponse qui puisse enfin lui permettre de comprendre ce qui pouvait bien les motiver à les tuer tous.

- J'ai vu ton regard inquiet quand Jade a avoué avoir une solution, alors qu'est-ce que c'est ? Je sais très bien que vous ne leur avez pas dit la vérité !

Rubis lui lança un regard scrutateur avant de se tourner vers la fenêtre et de regarder les quelques personnes qui s'affairaient à préparer des choses dont ils n'auraient certainement pas besoin.

- Il y a quelque chose dont nous avons besoin, un objet qui pourrait nous aider à les vaincre et qu'ils auront forcément placé là-bas.

Rubis tourna son poignet d'un mouvement élégant et, sous les yeux fascinés de Harry, les rayons du soleil dessinèrent un sablier qui semblait tout sauf normal.

- Ceci est une piètre représentation de ce qu'on appelle le sablier du temps, expliqua Rubis avec un air cynique. Il était en sécurité dans ce qu'il nous restait de refuge jusqu'à ce qu'il tombe en ruine sous leurs assauts.

- On dirait un retourneur de temps, marmonna Harry en examinant les différents mécanismes dont était formé le sablier.

Rubis eut un rire sans joie.

- Ce sablier permet de contrôler le temps. Entièrement. Vos retourneurs de temps ne sont que de la pacotille à côté de celui-ci.

Un frisson traversa l'échine de Harry. Une sensation inconfortable de danger l'envahit. Des images catastrophiques envahirent son esprit, des scénarios tous plus chaotiques les uns que les autres.

- Et tu penses que le seul moyen de les vaincre est de le récupérer ?

Rubis haussa les épaules, l'air de dire qu'au fond il n'en savait fichtrement rien.

- C'est ce que Jade pense.

Harry se mura dans son coin, se demandant comment un si petit objet pourrait les aider à vaincre les plus grands mages noirs de tous les temps. Certes, la magie réservait tant de surprise que ce n'était pas la taille d'un artefact qui en dictait sa puissance, mais après avoir eu un aperçu de ce dont ils étaient capables, Harry avait du mal à croire que c'était possible.

- Tu devrais t'y préparer, tu sais ?

Le regard du brun glissa sur Rubis, fuyant ses pupilles. Il refusait de voir encore une fois cet air compatissant sur son visage.

- Me préparer à quoi ?

- À tout ce que tu ne voudrais pas voir.

Harry laissa échapper un rire sans joie.

- Comment peut-on se préparer à des choses qu'on ne veut pas ?

- En les acceptant.

Harry se mit à trembler.

- Est-ce que tu me demandes d'accepter que Drago soit devenu un monstre ?

Le brun avait susurré ces derniers mots avec tant de venin que Rubis ne put retenir la surprise s'installer dans ses yeux. Le dire à voix haute le rendait bien trop réel.

Drago était devenu un monstre et Harry n'avait pas pu empêcher ça. Il avait encore échoué. Il avait fallu que la seule personne dont il tombe réellement amoureux devienne tout ce qu'il devait combattre. Qu'est-ce qui clochait chez lui ?

Drago était devenu un monstre à cause de lui. Parce qu'il n'avait pas été capable de le sauver, de lui tendre la main quand il en avait le plus besoin. Et pendant qu'il se cachait derrière les autres, son âme sœur détruisait le monde de sa folie.

- Drago n'est pas un monst…

- DRAGO EST UN MONSTRE !

Harry réalisa qu'il avait hurlé quand il vit le mouvement si rapide de Rubis pour insonoriser la pièce. Toutes ses barrières s'effondrèrent et les larmes se mirent à nouveau à couler sur ses joues.

- Tu ne comprends pas, il est devenu un monstre ! Je l'ai PERDU ! Je l'ai perdu…

Il s'écroula, repliant ses genoux contre son cœur meurtri. Il avait mal, tellement mal. Il ne pouvait plus tenir ainsi. La seule idée de ne jamais retrouver l'homme qu'il aimait lui donnait envie de mourir. Comment pouvait-on seulement espérer avoir une vie sans celui qui vous faisait vous sentir vivant ?

- Comment pouvait-il vivre sans Drago ?

Rubis s'abaissa à ses côtés et alors qu'il ne s'y attendait pas, passa ses bras autour de lui et le serra contre son corps. Harry tira un réconfort surprenant de cette étrange marque d'attention de la personne la moins affective qu'il connaisse. Peut-être parce que Rubis avait perdu tout ceux à qui il tenait auparavant et qu'il comprenait ce qu'il ressentait.

Il comprenait ce vide infâme qui vous enveloppait la poitrine, cette sensation immonde de désespoir qui vous envahissait à chaque fois qu'un souvenir s'immisçait dans votre esprit. Il connaissait la sensation dérangeante de se réveiller seul sans espoir et les regards en coins de ceux qui, encore présent, tentaient de vous sortir de ce cercle vicieux.

Il comprenait et Harry s'abandonna à sa détresse.


20h42 – 2 heures avant la chute

Harry s'était endormi contre lui, après avoir versé tant de larmes que Rubis avait cru un instant qu'il ne pourrait s'en remettre un jour. Il savait que derrière ses fêlures, le Survivant restait fort et qu'un peu d'espoir continuait de s'insuffler en lui.

Quand il regardait toutes ces personnes, rassemblées dans une même pièce, tous prêts au combat, Rubis savait qu'ils avaient fait le bon choix. Malgré la peur et malgré les risques incommensurables qu'ils prenaient, il croyait suffisamment en l'amour de ces gens pour qu'ils s'en sortent.

Malgré son moment de faiblesse, Harry se tenait fermement debout à ses côtés. Hermione et Ron s'étaient placés à ses côtés, procurant au Survivant toute la force dont il avait besoin. Rubis sentait que quelque chose en eux avait changé, comme s'ils avaient accepté tout ça, comme s'ils savaient ce qui se tramait réellement.

Est-ce que le rouquin connaissait le lien qui unissait Drago et Harry ? Rubis pouvait le voir dans ses yeux. Il en tira une sensation de réconfort à l'idée que le brun n'était pas seul.

Rubis aurait dû s'inquiéter mais il n'y parvenait pas. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il n'avait pas peur mais il avait une réelle confiance en Jade. Il avait remis sa vie entre ses mains il y a bien longtemps et jusqu'à maintenant, son ami ne l'avait jamais abandonné. Il se sentait prêt à tout affronter tant que Jade était à ses côtés.

Il sentit sa main se poser sur le bas de ses reins, un geste qu'il avait l'habitude de faire quand Rubis se perdait dans ses pensées.

Tous les regards dans la pièce s'étaient posés sur Kingsley. Rubis et Jade avaient volontairement laissé l'Auror prendre la tête des opérations, préférant s'isoler de leur côté en compagnie de Harry pour récupérer le sablier. Si tout se passait comme ils l'avaient prévu, leurs ennemis ne devraient pas se trouver sur les lieux et toute leur troupe serait repartie sans qu'ils ne s'en rendent compte.

La main de Jade glissa contre sa hanche quand Kingsley donna le signal.

Alors, il s'approcha du milieu du cercle en compagnie de Jade, invitant du regard Harry à les suivre et, attrapant leurs mains dans les siennes, invoqua toutes les forces qu'ils possédaient à eux trois pour créer un portail suffisamment discret pour les emmener tous aux portes de l'enfer.


La destruction, la violence. Le souffle de la mort s'étend au-delà des océans, elle vous attend, vous poursuit jusqu'aux tréfonds de votre effroi. Elle vous vide de tout espoir, vous laisse dépendant d'elle comme d'une drogue. La seule échappatoire, c'est vous, votre foi, votre rage, vos hurlements dans la nuit. Votre envie de liberté.


Le silence régnait sur le royaume des morts quand ils apparurent sur les lieux. Le Cap Horn avait tout de la porte de l'enfer. Le vent qui rugissait à vos oreilles, le fracas des vagues contre les rochers, la lueur éparse au loin du phare qui peinait à traverser l'obscurité noirâtre de la nuit.

C'était le lieu qu'ils avaient choisi pour leur salut.

Pourtant, malgré les bruits fracassants de la nature, pas un seul son humain ne semblait s'élever des lieux. Ils étaient malgré cela persuadés que des Mangemorts surveillaient l'endroit. Il était tout bonnement impossible que Voldemort ait laissé cette place sans aucune protection.

Leurs souffles s'élevaient dans la nuit comme des nuages de fumée. Harry avait l'impression de voir leur âme s'échapper peu à peu de leurs corps. Ils se trouvaient au bout du monde, un endroit où le temps devenait relatif.

Les portes de l'enfer tenaient bien leur nom.

Ils s'avancèrent en silence au signal de Kingsley, chacun d'eux sachant parfaitement où il devait se rendre. Si tout se passait comme prévu, les Mangemorts n'auraient pas le temps de se rendre compte de leur arrivée qu'ils les auraient déjà neutralisés.

Harry, lui, avait suivi en silence les ombres de Jade et de Rubis. Après son élan de faiblesse, le brun s'était relevé plus déterminé que jamais à essayer de sauver ses amis à défaut de pouvoir protéger celui qu'il aimait. L'adrénaline du combat lui procurait une énergie nouvelle qui lui faisait se sentir vivant et, par merlin, il en tirait un réconfort particulier.

Sentir son corps se réveiller, ses sens s'aiguiser, son regard se focaliser sur tous les petits détails qui faisaient la différence. Il avait tant eu besoin de ça. Sur sa gauche, Hermione et Ron les suivaient en silence. Harry avait d'abord refusé qu'ils l'accompagnent mais comme à chaque fois que ses meilleurs amis décidaient de s'allier à lui, il ne pouvait les en empêcher. Et malgré sa peur violente de ne pas pouvoir les protéger, il tirait un tel réconfort de leur présence qu'il se demanda comment il pourrait continuer à se battre si l'un d'eux venait à disparaître.

Il fut arrêté soudainement quand Jade l'attrapa par l'épaule, l'attirant vers eux, cachés derrière le pan d'un mur qui avait dû s'écrouler après avoir subi tant de tempêtes. Ron et Hermione s'étaient faufilés derrière un des rares buissons qui peuplaient cette côte déserte.

- Tu le vois ? demanda Jade dans un chuchotement si bas que Harry crut ne pas l'avoir entendu.

Le brun acquiesça, ses pupilles s'habituant lentement à l'obscurité qui les entourait. La silhouette n'était pas très loin de leur position et il n'était sûrement pas seul. Jade leur avait conseillé de ne se fier à rien, que tout ce qui apparaissait pouvait tout aussi bien être le fruit de leur imagination comme d'une ruse de la part des Mangemorts.

Harry n'avait jamais vraiment eu l'occasion de voir Jade et Rubis utiliser leur magie, mais ce qu'il vit et ce qu'il ressentit le laissa sans voix. Leurs explications lui paraissaient improbables mais ils ne plaisantaient pas quand ils lui avaient assuré qu'il le sentirait. Tout son corps s'était tendu dès que son ami aux yeux jaunes attaqua le Mangemort.

Le brun le vit s'effondrer, sa silhouette se recroquevillant sur elle-même aussi soudainement et silencieusement qu'il crut en effet à une hallucination. Alors, c'était de ça dont il devrait être capable ?

De loin, il vit le mouvement surpris de Ron et d'Hermione et il imagina très bien les milliers de questions qui devaient envahir les pensées de son amie après avoir assisté à ça. Ce n'était pas seulement la facilité avec laquelle Jade avait effectué son sort, mais la sensation étouffante de la puissance qui vous envahissait en faisant face à cette magie ancestrale. Si Harry ne connaissait pas Jade, il en aurait été terrifié.

Il se souvint avec effroi de l'aura effroyable qu'avait dégagé Duncan quand il avait capturé Drago et son souffle se bloqua quand il réalisa qu'il n'était pas prêt à affronter quatre des êtres les plus maléfiques que la Terre ait porté. Cinq si on comptait Drago, mais Harry refusait de penser à l'idée qu'il devrait peut-être combattre celui qu'il aimait.

Drago. Et puis Hermione et Ron qui ne faisaient malheureusement pas le poids face à eux, qu'il avait mis en grand danger. Une sourde angoisse monta en lui mais Rubis, qui devait sentir son malaise, posa une main sur son épaule en signe de réconfort. Et il ne sut pas ce qu'il lui fit, mais Harry sentit une aura de courage l'envahir.

Il devait se relever pour protéger ceux qui en avaient besoin. Jade lui adressa un clin d'œil confiant et il se leva, entraînant ses alliés après lui jusqu'à la porte que gardait la silhouette.


Seul le son du couteau que Darius aiguisait rompait le ronronnement du feu dans l'âtre. Adossé contre le mur, il fixait de ses yeux enragés les flammes qui tentaient de s'échapper de l'emprise de Duncan. Ce timbré, comme il aimait l'appeler, s'amusait à attirer les flammes hors de l'âtre jusqu'aux pieds d'Aliénor, qui le regardait faire sans un mot, laissant l'énervement le gagner jusqu'à l'explosion.

Tom, quant à lui, assis dans son éternel fauteuil, avait fermé les yeux. Il était revenu quelques heures auparavant en compagnie de Duncan et avait détruit tous les meubles de la pièce, excepté son siège.

Darius s'était bien gardé de rire quand Duncan leur avait expliqué d'une voix surexcitée que deux des Horcruxes de Tom avait été détruits et qu'il n'avait pas pu tous les récupérer. Cela n'altérait en aucun cas la puissance du mage noir mais la duperie de l'un de ses anciens Mangemorts et de son éternel ennemi Dumbledore était une farce qui le rendait plus énervé que jamais.

Darius s'amusait bien de cette situation, il tirait un réconfort agréable de la colère de Tom, comme lui-même le faisait. Ils étaient des bombes à retardement.

- L'éclipse est demain, leur fit remarquer Aliénor en baissant les yeux sur Duncan.

Ce dernier se mit à rire d'un air malsain, Aliénor lui attrapa le visage, prêt à lui rabattre les flammes sur les yeux pour l'avoir importuné. Darius se délectait de ces moments où leur folie abrasive prenait le dessus. Leur magie se libérait soudainement, reconnaissant ses pairs et la puissance les droguait, les rendant ivres et encore plus instables qu'ils ne l'étaient déjà.

Les dernières heures avant le combat étaient les plus enivrantes. La pression montait et l'appel du sang se faisait plus fort. Leurs cerveaux se vidaient, ne laissant place qu'à la mort, le mal, la haine et la folie, et ils s'en délectaient. Ils vivaient pour cette sensation, ce besoin irrépressible de suprématie et d'oubli dans l'horreur.

L'Enfer les attendait.

Ils étaient prêts à déchaîner l'horreur sur le monde, à régner sur la vermine et à faire de la Mort la suprématie ultime.

Et le petit dragon était la clé de leur succès.

Transformer un transi amoureux en une arme de violence et de haine. Darius devait avouer que le plan de Tom et Duncan était judicieux. Le jeune Malefoy avait toujours été avide de pouvoir, comme tant d'entre eux. Il suffisait simplement de lui montrer combien il est facile d'y accéder, d'effacer leur obstacle de ses pensées et le petit dragon serait à leurs pieds.

Un sourire mesquin naquit sur ses lèvres quand ledit Serpentard entra dans la pièce, faisant cesser cette querelle inutile entre Duncan et Aliénor. Le coin des lèvres de Tom s'étira, ses yeux toujours fermés.

Comme à chaque fois qu'ils se trouvaient ensemble dans la même pièce, au complet, leurs auras se complétaient et leurs sens se décuplaient, ne faisant d'eux qu'un. Darius savourait ces moments où il avait accès au cœur même de ceux avec qui il s'était parjuré.

Et c'est alors qu'il le sentit.

Ce petit plus que Tom portait en lui et auquel ils n'avaient jamais eu accès avant que Drago ne les complète. Une partie de leur ennemi vivait en lui, si profondément que même Tom semblait ne jamais s'être douté de ceci.

Voldemort avait ouvert les yeux dès qu'il avait compris et avait dardé ses deux pupilles reptiliennes sur Drago, cherchant en lui la preuve qu'il ne l'avait pas dupé également. Mais le Serpentard ne savait rien de tout ça, Darius le sentait avec certitude.

- Ce sera d'autant plus un délice de le tuer, susurra Duncan en se rapprochant de Tom.

Darius lorgna sur le Serpentard, mais il ne cilla pas. Ses souvenirs devaient être si profondément enfoui que la plus simple allusion à Harry Potter ne lui évoquait plus rien.

Duncan s'était glissé contre Tom, et Darius se demanda quand Voldemort avait bien pu accepter que cette saloperie d'Angoisse empiète sur lui ainsi. Il se demanda ce que pouvait bien donner une alliance aussi intime. Est-ce que Tom deviendrait aussi fou que Duncan, ou est-ce qu'au contraire, Tom le rendrait aussi noir que lui ?

Folie et noirceur faisait-elle un si bon ménage ?

Le silence revint. Ils n'avaient jamais eu besoin de s'exprimer et le petit dragon s'était vite adapté à cette habitude. La folie était bien assez facile à discerner, la haine s'infiltrait jusque sous votre peau et l'angoisse, cette garce bien cachée, vous prenait à la gorge dès que vous osiez lui tourner le dos.

En creusant un peu plus profondément, évinçant toutes les choses inutiles, il arriva jusqu'à cet étrange lien entre Voldemort et Harry Potter. Il s'y insinua, se délectant de la colère qui imprégnait Tom Jedusor à mesure qu'il violait son intimité et son âme.

Le Seigneur des Ténèbres se leva en rugissant, se jetant sur lui avec toute la puissance qu'il put et l'attrapa par la gorge. Darius laissa un sourire arrogant naître sur ses lèvres au moment où Tom resserra sa poigne sur sa peau blanche.

- Ils y sont, grogna Aliénor en ne faisant pas un pas pour libérer Darius, créant un silence pesant dans la pièce.

Tom finit par le relâcher et Darius respira, le souffle acide de l'adrénaline se répandant soudainement dans ses veines.

- Le sang appelle le sang, marmonna Drago, attirant leurs regards satisfaits sur lui.


Dans un vague terrible et souffrant, chaque forme,

Comme sous le brouillard les bras nus d'un vieil orme,

Se dresse et s'agrandit sur ces champs de douleur,

Où l'être et le fantôme ont la même couleur.

L'œil fermé par l'effroi, dans l'ombre expiatoire,

Retrouve en se rouvrant la vision plus noire.

Telle qu'un mont d'airain, tantôt l'éternité

Donne aux êtres maudits son immobilité ;

Et tantôt, roue ardente, instrument de colère,

Imprime à leurs tourments son horreur circulaire.

Sous le rayon blafard qui les laisse entrevoir,

Dans l'orbe du vertige ils semblent se mouvoir

Pareils à ces oiseaux de nuit, race douteuse,

Dont le vol inégal fuit dans l'ombre honteuse,

Et dont l'aile sans plume, à chacun de ses nœuds,

Pour déchirer les airs dresse un angle épineux.

Leur foule aux mille aspects vient, fuit, décroît, repasse ;

Chaque démon poursuit un damné dans l'espace.

Et parfois, sous la nuit, ils échangent entre eux

Les bizarres contours de leurs corps sulfureux.

Extrait de L'Enfer de Alexandre Soumet


Voilà, vous en apprenez un peu plus, la confrontation entre Drago et Harry se rapproche très rapidement, au grand plaisir de certains ;)

Je vous laisse me dire où vous souhaitez voir la surprise ! Que ça arrange le plus de monde évidemment !

Des bisous les lucioles, et à dans deux semaines !