Merci beaucoup pour vos commentaires, ça me fait tellement plaisir :D L'histoire peut commencer, en espérant que ça vous plaise !

Aujourd'hui, la musique est "Save me" de Muse, issu de l'album "The 2nd law" (2012).


Chapitre 1 :

Save me

- Sherlock chéri, comment peux-tu laisser un tel bazar dans mon appartement ?

La voix qui vient d'exprimer cette plainte appartient à une personne bien familière aux yeux dudit Sherlock. Ce dernier est en train de faire Dieu sait quoi, au milieu de piles de diverses choses, comme des livres, des cartons contenant des affaires en tout genre. Mais Martha Hudson, qui observe son locataire assit dans la position du lotus a l'impression de parler une fois de plus dans le vide. Même si elle est habituée à ça, elle est toujours quelque peu agacée quand son garçon préféré fait comme si de rien n'était. Pour un peu, c'est comme s'il était encore un gamin. Mais d'un autre côté, Hudson ne peut nier qu'elle aime ce trait de caractère chez Sherlock.

N'ayant ainsi guère de réponse, elle ferme la porte de l'appartement en hochant la tête. Cela doit bien faire deux heures que le jeune homme n'a pas bougé d'un pouce. Elle ne serait pas étonnée de découvrir une toile d'araignée en revenant.

Tandis que les pas de sa logeuse s'éloignent petit à petit, Sherlock ouvre les yeux, à la même vitesse que comme s'il venait de sortir d'un profond sommeil d'une dizaine d'heures. Pourtant, il est parfaitement éveillé. Si son corps peut rester immobile pendant longtemps, il n'en est rien de son esprit, qui semble fulminer tant le jeune homme cogite. Il ne cogite pas pour une enquête comme il a l'habitude, il n'y a même pas de documents punaisés sur le ou les murs. Non, il pense. À vrai dire, il rêve même. D'une part, il songe à cette histoire de colocation qui traîne depuis des jours, peut-être des semaines, mais aussi, et surtout, il rejoue de temps en temps certains moments de sa vie, parfois pour le travail, parfois pour s'occuper (en rejouant notamment les fois où il humilie la police), et parfois par pure nostalgie. En fait, c'est surtout par pure nostalgie. Sherlock se dégoûte quelque part de faire preuve de faiblesse de cette façon. Il ne compte plus le nombre de fois où on lui a répété de penser à l'avenir plutôt qu'au passé, que ce soit par une personne extérieure en particulier, ou lui-même.

Mais ces derniers temps, il a tendance à repenser à son adolescence, cette période de l'année l'ayant profondément marqué, mais aussi à son enfance, dont il n'est guère sûr d'en être sorti.

Quand Sherlock n'est pas occupé par une enquête, la composition d'une partition ou des expériences qui font souvent soupirer madame Hudson, il pense, réfléchit, se demandant parfois où ça a changé, où ça a merdé. Où est-ce qu'il aurait pu faire en sorte que ça se passe mieux. Mais voilà, le mal est fait, et le bien aussi, d'une outre mesure. Sherlock voit plus le noir dans ces quelques années de vie passées, mais au milieu de cette nuit d'encre, il y a un phare éblouissant qui ne cesse d'éclairer, et il porte un nom. Il s'appelle…

- Sherlock, pour l'amour du ciel, tu n'entends pas la sonnette ?

- Madame Hudson ! Combien de fois vais-je vous dire de ne pas me déranger en babillant dans mes oreilles ?!

- C'est un client, Sherlock ! Ça fait longtemps que tu n'as pas résolu d'enquête, non ?

Dans un profond soupir, le détective se lève, ignorant ses genoux qui craquent à cause de leur longue immobilité. Au moment de s'asseoir dans son fauteuil en cuir, le client arrive. Et Sherlock lève tellement les yeux au ciel qu'il manque de se faire mal. Il observe deux secondes l'homme à l'air perdu qui vient de pénétrer.

- C'est votre fille informaticienne qui pirate vos trois comptes bancaires. Pas pour engranger tout votre argent, mais justement pour faire mine de retrouver vos comptes plus tard, afin d'être bien vue, et d'avoir une généreuse récompense en échange, étant donné que vous avez tendance à donner votre argent partout et n'importe comment. Ah, et à l'avenir, conserver vos précieux bijoux dans la boîte à farine est une idée stupide et moyenâgeuse ! Bonjour chez vous !

- Mais, Monsieur, com...comment…

- J'ai dit « Bonjour chez vous ! ». Si c'est trop compliqué à comprendre, ça veut dire « Du balai ! ».

Sans plus un mot, le client part aussi vite que sa surcharge pondérale lui permet, donnant l'impression à Sherlock qu'un éléphant descend les escaliers. À présent vautré dans son fauteuil, le jeune homme soupire une énième fois, ne sachant guère s'il est agacé ou soulagé d'être sorti de sa transe. Mais il n'est pas réduit à remercier un énergumène pareil qu'il entend encore souffler de fatigue alors qu'il vient de descendre dix sept marches. Toujours est-il qu'il a conscience de croupir dans cet appartement. Ça fait bientôt une semaine qu'il n'a pas eu d'enquête. Et ce Graham Lestrade qui ne répond pas à ses messages ! Quel rabat-joie !

Et pour être honnête avec lui-même, Sherlock n'a pas vraiment vu ces derniers jours passer, son esprit étant absorbé par divers souvenirs de tout âge. Cela dit, ce n'est pas bien compliqué de les visualiser un à un, le décor est toujours le même, au sens littéral. Parce qu'en pensant à ses dernières années là bas, le brun se souvient bien de comment il voyait parfois les choses si ternes, si grises. Beaucoup diront que ce sont là les crises existentielles typiques des adolescents qu'il a vécu, sauf qu'il sait qu'il n'est pas comme tout le monde. Ou peut-être que c'est le cas, et cette idée l'angoisse davantage. Après tout, bon nombre de personnes résume leurs vies à une chose. Certaines, leur métier, d'autres leur passion, d'autres leurs familles, d'autres à la religion, et tant de choses. Sherlock se dit que finalement, lui aussi, sa vie se résume à une chose…

Dans un grognement, le jeune homme se lève de son fauteuil, tel un ressort, et cherche parmi toutes ses affaires plus ou moins rangées çà et là un objet très important, même s'il est parfois échoué au sol comme un déchet. Ainsi, derrière un vieux téléphone et un crâne dont madame Hudson n'a pas encore découvert l'existence, Sherlock trouve ce qu'il désire. Son violon.

Il souffle dessus pour chasser une couche de poussière inexistante, l'instrument ayant servi cette nuit, et récupère l'archet qui repose sagement dans un des orbites du crâne. Puis le brun se tourne vers la fenêtre donnant sur la rue passante et grouillante de passants. La mélodie qu'il commence à jouer est une de ses compositions, une qu'il a imaginé dans sa tête, en repensant à diverses choses. C'est pourquoi, alors qu'il ferme les yeux tout en faisant danser son archet sur les cordes, il se remet presque par réflexe à visualiser un lieu bien précis. Le lieu où, concrètement, tout a commencé et où tout s'est terminé pour lui. Là où il a grandi.

L'orphelinat Les Hêtres dorés.


À suivre...

Merci aux personnes qui commentent :)