Je suis contente que ce premier chapitre attise votre curiosité ! Merci pour vos commentaires.
Réponse à katymyny : Merci pour ton commentaire si généreux, sache que même des petites phrases suffisent à me fait très plaisir :) Les Hêtres dorés sont à la base une nouvelle des aventures de Sherlock Holmes (sans lien avec un orphelinat). Le titre "Lucioles" a une autre explication... Pour être franche, je ne fais pas trop attention à l'heure. Et en fait, je n'habite pas en Afghanistan, mais en France. J'ai choisi de mettre ce pays sur mon profil parce que : "Afghanistan ou Irak ?", voilà ! Mon avatar est une illustration de Moonlight ; Mistaken Identity. Bises au loin avec mon masque "bec de canard" ^^
Musique du jour : "Kids will be skeletons" de Mogwai, issu de l'album "Happy songs for happy people" (2003).
Chapitre 2 :
Kids will be skeletons
- Sherlock ! Tu n'as toujours pas ranger ta chambre, alors qu'on te l'a demandé !
- Oui, oui…répond le garçon en soupirant.
Madame Hudson est une personne respectable, mais Sherlock ne compte plus le nombre de fois où il la trouve envahissante, pour ne pas dire casse-pieds. Dans des mouvements exagérément lents, le garçonnet se lève de son lit où il lisait une bande dessinée quelconque, et observe l'ampleur du fouillis dans sa chambre. La vieille dame n'a pas si tort que ça en fait… C'est pire quand c'est le cas, car Sherlock aime avoir le dernier mot, comme pleins d'enfants de son âge.
Après un nouveau soupir, le brun ouvre son armoire, et commence à rassembler toutes ses affaires qui sont habituellement bien ranger dans le meuble, c'est-à-dire des bouquins, des vêtements, des babioles et quelques peluches, même s'il n'assume pas vraiment de dormir encore des fois avec son doudou fétiche, Barberousse, un chien tout roux a qui il manque un œil dont il l'a recouvert avec un bandeau de pirate.
Sherlock aime mettre sa chambre dans le désordre, non pas pour faire un parcours d'obstacles, ou faire mine qu'il y a eu un tremblement de terre, ou des créatures magiques (il se rappelle d'une fillette de l'autre étage qui avait justifié le bazar dans sa pièce personnelle que c'était à cause de lutins). Non, le petiot fait ça pour embêter une femme de ménage qu'il n'aime pas, et cette chouette ne l'aime pas non plus. Elle s'appelle Johanna, et a un caractère de cochon. Sherlock connaît l'emploi du temps de cette femme, venant travailler les week-ends et les mercredis, c'est pourquoi il s'applique régulièrement à faire de jolies traces de doigts sur ses carreaux, ou à laisser traîner des petits jouets par terre. Il a arrêté de poser des legos sur le sol, s'étant fait fortement gronder par la femme de ménage, mais surtout par la gérante de l'orphelinat, madame Hudson. Avec du recul, c'est vrai que c'est méchant...
Le garçon sait qu'il passe pour un « petit con », d'après les dires marmonnés de Johanna, mais il ne peut s'empêcher de faire des ennuis à une femme qui porte autant d'intérêt aux enfants qu'aux algues, étant donné les regards qu'elles jettent à la plupart des enfants de l'établissement, pensant ne pas être vue. Sauf que Sherlock ne l'a guère manqué, et se souvient d'une fois où la femme de ménage semblait réellement renfrognée par la présence d'une petite fille boulimique.
Il en avait parlé à madame Hudson, comme quoi Johanna est méchante, mais la sexagénaire lui a répondu qu'elle est toujours souriante et polie en sa présence, et qu'elle trouve difficilement du personnel compétant. À cette réponse, Sherlock a hoché la tête. S'il suffit de bien faire le ménage pour être bien vu, ça se saurait !
En attendant, aujourd'hui étant un mardi, le garçon s'applique à bien suivre la consigne de la directrice, et donc de bien ranger sa chambre. Il se permet même de refaire son lit qu'il avait défait en jouant dessus. Le reste de la semaine, c'est une autre femme qui vient faire le ménage. Elle s'appelle Maxine. Et elle est bien plus appréciée des enfants de l'orphelinat. La jeune fille de vingt ans interrompe parfois son travail pour montrer aux pensionnaires différentes choses, comme comment faire une cocote en papier, un scoubidou, ou en faisant de brèves parties de jeux de sociétés. Cependant, elle s'est déjà fait plusieurs fois reprendre, mettant son travail et celui des autres en retard.
Sherlock apprécie assez Maxine, malgré sa voix zozotant et nasillarde. Cette dernière lui a rendu service une fois, en recousant l'œil encore valide de Barberousse. Elle lui avait proposé de recoudre le second avec un autre bouton, mais Sherlock préfère le garder ainsi pour renforcer son côté chien de pirate. Rien que pour ça, Sherlock veille à ne pas faire de saletés sur ses carreaux.
Alors qu'il termine la réfection de son lit, un homme d'une trentaine d'années, bien connu dans l'orphelinat arrive dans sa chambre. C'est un des animateurs, il s'appelle Arthur. Lui aussi est populaire, étant donné qu'il semble avoir une réserve infinie d'énergie et de bonne humeur. Il est doué pour imaginer des histoires et des jeux, de même qu'il est connu pour faire pleins d'animaux en origami. Pourtant, Sherlock se fiche pas mal de ce type, le trouvant trop joyeux et parfait, ça cache forcément quelque chose. Il ne sait pas quoi, mais il en est sûr. C'est pourquoi il lève à peine les yeux en sa direction quand le bonhomme lui demande d'un ton énergique :
- Bonjour Sherlock ! On fait un atelier coloriage au rez-de-chaussée, ça t'intéresse ?
- Non, merci.
- Dommage. Tu peux venir quand tu veux, ça dure jusqu'à midi.
-Mh.
Sans plus un mot, et avec une mine furtivement déçue, Arthur s'éclipse, laissant le garçonnet vaquer à ses occupations. Ce dernier ne participe guère souvent aux activités, les trouvant peu intéressantes. Le coloriage faisant parti de celles qui l'agace le plus. Impossible de colorier sans se faire prendre le feutre ou le crayon qu'on désire sous le nez, ou sans déborder, puisque certains enfants doivent semble t-il étirer le plus possible les coudes pour bien faire leurs gribouillages. Et puis les modèles proposés ne sont pas intéressants. Sherlock préfère faire de temps en temps ses propres coloriages, dans sa chambre, dans un livre fait pour, où de nombreux motifs complexes et serrés se chevauchent. C'est madame Hudson qui lui a offert ça à une fête de Noël. Et le recueil est à moitié complété, se retrouvant avec des mélanges de couleurs plus ou moins harmonieux, mais sans aucune rature ou débordement. Plusieurs animateurs et animatrices ont vu ça, plutôt impressionnés. Pour un gamin de huit ans, il s'en sort très bien.
De nouveau seul dans sa chambre, Sherlock s'installe à son bureau, allume sa lampe en forme de serpent, et sort un cahier où il note pleins de choses importantes, des choses qu'il aime étudier.
Dans le couloir, le calme règne, étant donné que la plupart des enfants sont en bas avec Arthur ou dans la cour extérieure à profiter du doux soleil de printemps. C'est pourquoi Maxine passe assez rapidement d'une chambre à l'autre, n'étant guère distraite par les éventuels jeux ou jouets des pensionnaires. Au bout d'une heure de ménage, elle arrive à la chambre d'un garçon qu'elle connaît bien, ne serait-ce pour son prénom atypique. Elle enlève le casque de ses oreilles, l'accrochant à son walkman, lui-même accroché à sa ceinture. Elle toque à la porte où seul figure un dessin de bateau pirate, un numéro de chambre et le nom de l'enfant qui y vie. Comme elle s'en doute, Sherlock y est, absorbé dans une activité.
C'est pourquoi elle commence à nettoyer les carreaux sans qu'aucun ne mot ne soit émit ni du garçon, ni de la jeune femme. Puis elle s'approche du brun, regardant ce qu'il écrit de manière saccadée. Elle ne peut s'empêcher de faire les gros yeux, impressionnée par ce qui retient autant l'attention de l'enfant.
- Tu apprends les éléments du tableau périodique ?
- Hein ? Oui…
Sherlock ne s'attendait pas à ce que Maxine lui parle, ayant légèrement sursauté de surprise. Et en effet, il écrit une longue liste avec chaque élément, son numéro de référence, et ce qui le compose. Il en ait au gadolinium. Il perçoit le mouvement de tête de la femme de ménage, avant de retourner à son travail. Sherlock l'a remercie intérieurement, elle sait qu'il n'aime pas être dérangé quand il étudie ce genre de choses.
•
Aujourd'hui étant un jour férié, les enfants n'ont pas école. Pour la plupart, c'est super chouette, et pour certains dont Sherlock, c'est dommage, car ils aiment apprendre des choses. Bon, certains cours sont ennuyeux pour le brun (cette après-midi consacrée à l'astronomie, et au système solaire le hante parfois), mais dans l'ensemble, il passe un bon moment à l'école, qui fait partie de l'orphelinat.
Les Hêtres dorés possède des classes et professeurs allant du niveau maternelle jusqu'à la terminale. Il y a très peu d'enfants dans la tranche d'âge 15-18 ans, ces derniers choisissant souvent d'aller faire des études ailleurs, s'ils ne sont pas adoptés avant, ce qui est assez rares. La directrice fait très régulièrement des comptes rendus, des appels, prend contact avec les enfants adoptés et leurs parents, etc. Ses pensionnaires sont en général adoptés assez jeunes, mais certains sont là depuis longtemps, ayant pourtant passé des entretiens d'adoption, sans succès. Elle a parmi ses dossiers une liste des enfants « doyens » de l'orphelinat, ceux étant là depuis le plus de temps. Il y a des filles et des garçons, de tout âge, de toute origine. Parmi ces enfants se trouve Sherlock.
Ce dernier n'aime pas les entretiens d'adoptions, il a l'impression d'être un animal dans un refuge, où des clients lambda passent devant les cages pour voir lequel serait le plus attachant et obéissant. Pour le moment, il se plaît bien à l'orphelinat, c'est tout ce qui compte, non ?
•
Le soir venu, tandis que tout le monde se couche avec toutes sortes de bâillements, Sherlock est déjà confortablement installé dans son lit, lisant un roman sous la lumière douce et chaude de sa lampe de chevet, cette fois-ci en forme de perroquet, la lumière sortant de ses gros yeux tout droit sorti d'un dessin animé. À ce moment de la journée, madame Hudson vient dire bonne nuit à la quarantaine de pensionnaires, au fur et à mesure que l'équipe couche les enfants les plus jeunes. Les plus âgés sont suffisamment autonomes pour gérer leur sommeil.
Ainsi, vers 20h30, la dame entre dans la chambre du petit pirate scientifique, et l'observe quelques secondes en train de dévorer son livre. Mais en s'approchant, elle soupire légèrement agacée en se rendant compte de quelle lecture il s'agit.
- Sherlock, je t'ai dis que ce n'est pas de ton âge.
- Mais, madame, l'histoire est super intéressante !
- Et aussi violente, tu auras tout le loisir de lire quand tu seras plus grand.
- Pff…
La mine boudeuse de Sherlock fait sourire Hudson. Elle récupère le livre et le glisse dans la poche de sa veste, espérant que le garçon ne le reprenne guère à la bibliothèque. Elle se dit qu'elle devrait tout de même remonter les bretelles de ce Steve, le bibliothécaire semble un peu trop conciliant avec les choix de lecture de certains mômes. Elle se souvient d'une petite fille qui avait prit une bande dessinée pour adolescent, contenant toutes sortes de jurons.
Une fois le livre rangé dans sa poche, Hudson borde Sherlock qui commence déjà à papillonner des paupières. Mais avant d'éteindre sa drôle de lampe, elle s'agenouille à côté de lui, espérant avoir toute son attention.
- Sherlock, chuchote t-elle. Demain, il y a un garçon qui va arriver.
Par cette simple phrase, le garçon comprend les intentions de la directrice. Cette dernière préfère annoncer au garçon chaque nouvelle arrivée, afin de le préparer. Il a tendance à avoir du mal à s'habituer aux nouvelles têtes.
- Bonne nuit.
Elle se lève, éteint la lampe, et s'en va à pas feutrés de la chambre. Son occupant se dit qu'il aurait bien aimé connaître la fin du livre, avant de s'endormir en quelques minutes.
•
Comme prévu, un garçon arrive ce matin aux Hêtres dorés. Beaucoup d'enfants le salue brièvement, mais toujours avec un grand sourire. Ainsi, pendant plusieurs minutes, pleins de « Salut ! » et de « Bonjour ! » fusent çà et là. Le garçonnet qui reçoit toutes ces salutations hoche un peu la tête en guise de réponse, étant pour le moment perdu à l'idée de vivre ici, même s'il est rassuré de voir autant d'enfants de son âge.
La directrice le guide à sa chambre, en compagnie d'un homme qu'il ne connaît pas. Mais de ce qu'il a dit, c'était un ami de ses parents.
Arrivé à la porte de son nouveau chez lui, l'enfant à la tignasse blonde regarde un peu partout autour de lui. Il voit alors un autre garçon qui l'observe depuis sa chambre à la porte entrouverte. La dame qui l'accompagne s'exclame.
- Tiens, Sherlock, je te présente ton nouveau camarade, John !
- Salut, répond timidement le blond en faisant un petit signe de la main.
- Bonjour, répond t-il.
Après quoi, il ferme sa porte sans plus un mot ou un regard.
À suivre...
Merci aux personnes qui commentent :)
