Musique du jour : "Stella by Moor" de The seatbelts (1999), composée pour la série d'animation Cowboy Bebop.
Chapitre 3 :
Stella by Moor
- Sherlock, tu pourrais faire un effort, tout de même !
Le garçon essaie (en vain) d'ignorer les reproches de madame Hudson. Il a à peu près toujours agit ainsi, pourquoi il devrait changer aujourd'hui ? Cela dit, de ce qu'il a pu apercevoir, Sherlock a vu le regard confus, et même un peu gêné du nouveau pensionnaire. Comment il s'appelle déjà ? Ah oui, John. Quel prénom banal. Toujours est-il que s'il ne donne pas une réponse, même brève, la directrice ne va pas partir. C'est pourquoi le brun se retourne de sa chaise de bureau, et prend un ton qu'il espère convainquant.
- Désolée, madame, promis, je serai plus gentil.
- Très bien. Dans ce cas, pour commencer, tu vas te présenter à John, et surtout t'excuser.
C'est très difficile pour Sherlock de ne pas soupirer. Au fond, il aime fort la vieille dame, et il s'en veut toujours quand il la déçoit. Les fois qui le marquent encore, ce sont celles où il lui a parlé d'un ton sec quand elle a essayé de lui donner de l'espoir quant à une future adoption. Si sa famille biologique n'a plus voulu de lui, à quoi bon espérer que des gens inconnus s'intéressent à lui ? Cependant, même si à chaque fois qu'il a répondu amèrement à madame Hudson, ce qui l'a fait regretté ensuite, ce n'est pas ses paroles, mais le regard désolé, attristé de la directrice.
Ainsi, pour éviter une fois de trop, Sherlock esquisse un léger sourire en guise de réponse, et se rend sans plus attendre à la chambre de son nouveau voisin. Le blond étant arrivé il y a un peu plus d'une heure, sa chambre est encore en désordre, et sans décoration. Mais en général, les murs sont souvent vite recouverts de dessins, de photos, ou de posters. La seule chose un peu personnelle qui trône dans la pièce est le gros ours en peluche bleu et violet. En le voyant, Sherlock se dit qu'il préfère quand même Barberousse.
Le propriétaire du gros nounours fouille parmi les cartons, tandis que deux des adultes de l'équipe l'aident à aménager ses meubles et affaires.
- Oh, salut, Sherlock ? Tu cherches quelques chose ?
C'est un homme assez discret de l'orphelinat qui vient de lui parler, il s'appelle Matthew.
- Je...viens dire bonjour à John.
Ce dernier tique en entendant ça, ne s'attendant pas à ce que le brun revienne vers lui avec un ton aussi doux, voire compatissant. Quand il a marmonné un vague bonjour tout à l'heure, ça l'a un peu perturbé, pourquoi il a l'air aussi fuyant ? En attendant, il sourit à son camarade.
- Salut !
- Il y a pleins de garçons qui aiment le foot et le rugby, si tu veux jouer.
- Oh. Cool. Comment tu sais que j'aime jouer à ça ?
- Ton pantalon a des traces vertes sur les genoux, c'est à cause de la pelouse. Et puis aussi parce que tu as des chaussures de sport.
- Cool !
Sherlock ne sait guère quoi répondre. Qu'est-ce qu'il y a de cool à dire ça ? Sans plus un mot, il quitte la chambre de John, faisant un bref mouvement de la main pour saluer.
•
Quelques heures plus tard, pour le déjeuner, les enfants s'installent petit à petit au réfectoire, avec plus ou moins de silence. Comme toujours, Sherlock fait parti des derniers à arriver, s'étant déjà fait bousculer par d'autres gamins, de façon involontaire ou non.
Les adultes servent des plus jeunes aux plus vieux, la cantine étant un rassemblement d'élèves de maternelle, de collégiens et d'une petite poignée de lycéens. Sherlock a déjà mangé quelques fois avec les plus grands, espérant s'amuser un peu plus avec eux. Sauf que les adolescents n'ont au final porté peu d'attention à lui, échangeant sur des choses de leurs âges, et que le garçonnet ne comprenait pas.
Du coup, Sherlock mange avec les enfants de son âge, en général dans le plus grand des silences, tandis que ses camarades papotent, parfois la bouche pleine.
Aujourd'hui, pour le déjeuner, c'est purée de légumes verts et poisson. Beaucoup d'enfants râlent. La table à côté de Sherlock est la plus agitée, sans être non plus bruyante, et parmi les bambins s'y trouvant, il y a John, qui semble essayer de se joindre à la discussion, mais sans trop de succès, se contentant de quelques petites phrases que ses voisins écoutent d'une oreille distraite.
Durant tout le déjeuner, Sherlock reste muet, et observe de temps en temps John. Non, en fait, il le regarde tout le long du repas. Le blond, comme tous les nouveaux arrivants, semble paumé, jetant çà et là des coups d'œils, comme si une aide ou une réponse allait surgir du plafond ou des murs. À un moment, son regard croise celui du bouclé, et il sourit. Sherlock détourne aussitôt les yeux, et fixe son assiette jusqu'à la fin du repas.
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L'après-midi, les enfants sont tous en cours, pour le plaisir de certains, et le déplaisir des autres. Sherlock est sans surprise un élève apprécié auprès de la plupart des adultes, d'une part pour ses très bons résultats scolaires, et aussi pour son comportement. Pas exemplaire, mais discret. Le professeur qu'il a est très strict, faisant taire les moindres bavardages, mais veille à ce qu'aucun élève ne soit perdu, prenant le temps de réexpliquer les consignes s'il le faut. Aujourd'hui, il accueille un nouvel élève. Ce dernier prend une des places libres à savoir au deuxième rang.
Sherlock, confortablement installé près du radiateur au troisième rang, peut apercevoir John s'il se penche sur son bureau. Pourquoi il fait ça d'ailleurs ? Le garçon se rend compte que depuis tout à l'heure, il fait en sorte que le blond soit dans les parages. Ce qui n'est pas compliqué, vu que le nouveau a tendance à suivre sans arrêt ses camarades pour ne pas être seul.
En tout cas, le garçon ne se laisse guère déconcentrer, et suit assidûment les mots dictés par le professeur. Et après la dictée, il y a comme exercice un sujet de rédaction qui est le suivant : Racontez un rêve qui vous a marqué.
- Cela peut être un rêve qui vous a plu, intrigué, ou au contraire, apeuré. C'est un exercice d'anglais, mais c'est aussi un moyen de vous exprimer, de vous confier.
Le professeur parle d'une voix profonde, espérant que ses élèves vont se plonger dans la rédaction. Il sait que les enfants aiment ce genre de choses, car on les invite à raconter quelque chose.
Une fois la consigne énoncée, presque tous les élèves se penchent en même temps sur leur copie, commençant à rédiger leurs écrits, faisant danser leurs crayons à des vitesses variées. L'instituteur, depuis son propre bureau, observe les gosses concentrés. Il y a quelques uns d'entre eux qui réfléchissent en mettant leur crayon dans la bouche, ou en regardant quelque chose d'invisible.
Sherlock fait parti de ces jeunes gens-là, ne sachant pas quoi écrire. Il hésite à parler des rêves qu'il aime faire (ses préférés étant naturellement ceux en rapport avec les pirates et l'océan), ou d'un en particulier qu'il fait plusieurs fois par mois, presque à chaque fois identique. Et c'est ce qu'il choisit. Il prend son stylo, et commence à faire des phrases d'introduction, comme il a souvent lu dans les livres, certains confisqués par madame Hudson.
Je ne sais pas à quoi sert le rêve, mais ce qui est sûr, c'est que j'aime en faire. Ils sont souvent drôle et avec de l'aventure. J'adore quand je rêve que je suis un pirate, parcourant les océans, pour affronter des monstres. Mais je préfère parler d'un autre rêve. Il est bizarre et presque à chaque fois que je le fais, je me réveille d'un coup, comme après un cauchemar.
Ça commence presque tout le temps près du portail de l'orphelinat, il neige et il fait nuit. Je suis avec un garçon plus grand que moi, et il me parle comme si je le connaissais. Mais sa voix, elle change à chaque fois. Des fois, le garçon me parle tout doucement, des fois, il me gronde. Je lui demande quelque chose, mais je ne sais plus ce que c'est. Je sais juste que je suis triste après parce que je tremble. Mais ça, c'est peut-être parce que j'ai froid.
Quand je me réveille, j'ai des fois du mal à respirer, parce que je souffle fort, mais je me rendors très vite grâce à mon doudou. Il s'appelle Barberousse. Je ne sais plus non plus d'où vient cette peluche.
Sherlock ne sait plus quoi ajouter. Il reste ainsi silencieux et immobile le reste de l'heure, attendant la cloche, et l'autorisation du professeur à sortir. Quelques minutes avant la sonnerie, ce dernier annonce de sa voix grave la fin de l'exercice. Vu les visages des enfants, aucun ne semble vraiment contrarié. Il semble que tout le monde a réussi à écrire ce qu'il veux. Les enfants passent tour à tour pour rendre leurs copies, avant de quitter la salle de classe. Le professeur lit brièvement des lignes de certaines feuilles, dont celle de Sherlock. La seule chose qu'il aperçoit est son écriture toujours impeccable pour un enfant de son âge.
•
Le reste de la journée se passe tranquillement, sans véritable changement. Sherlock regarde de temps en temps John, désormais plus pour voir comment il a réussi à sympathiser avec quelques enfants, en parlant notamment de sa passion pour le rugby. Il a beau chercher dans ses souvenirs les plus anciens, Sherlock n'a guère celui d'un où il partage un moment de partage intense, franc, et surtout amical avec les autres pensionnaires de l'orphelinat. John est sans doute le genre de gamin qui se fait des amis en une heure. Est-ce de la chance ? Il n'en est pas sûr.
Le soir, au moment du coucher, Sherlock rumine quelque peu, n'ayant pas le livre qu'il dévorait. Depuis quand Ça n'est pas de son âge ? C'est juste une histoire avec un clown bizarre. Et les livres Chair de poule ne l'intéresse pas autant que celui-ci, loin de là.
Après la venue de Arthur pour lui souhaiter bonne nuit et éteindre les lumières, Sherlock remue dans son lit, ne trouvant pas le sommeil. Il repense à ce qu'il a écrit à l'école. Peut-être qu'il va refaire ce rêve cette nuit… Quoiqu'il en soit, il se tourne sur le côté, observant la lumière d'un lampadaire passant doucement à travers les rideaux de sa chambre. Ses paupières commencent à se fermer. Puis il entend quelque chose. Ça vient de la chambre à côté de la sienne. La chambre de John. Des pleurs.
Cela dure une minute, deux, trois…
Au bout d'un moment, Sherlock plaque sur ses oreilles son chien en peluche pour ne plus rien entendre du tout. Et même si ce n'est pas confortable, il arrive enfin à s'endormir.
À suivre...
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