Musique du jour : "How" de Daughter, issu de l'album "Not to disappear" (2016).


Chapitre 4 :

How

Le matin, alors que les enfants se préparent tranquillement pour le petit déjeuner, Sherlock reste un moment immobile dans son lit, s'étonnant lui-même de ne pas pouvoir se mouvoir comme il souhaite. Une étrange sensation se loge dans son estomac depuis cette nuit, créant un désagréable nœud en son centre. Le garçon peut entendre ses camarades s'agiter et parler, sortant pour la plupart très vite des bras de Morphée, et devenant très énergique en quelques secondes.

Sherlock ne perçoit cependant aucun pleurs. Pour se rassurer, il se dit que c'est normal pour les enfants de pleurer, qui plus est à leur arrivée. C'est vrai en plus. Lui aussi se rappelle de chaque larme qui sont sortis de ses yeux bleus depuis son premier jour aux Hêtres dorés. Ce qu'il n'aime pas, c'est ce sentiment de malaise quant à ces pleurs. Car ils venaient clairement de la chambre à côté de la sienne. Celle de John.

Quand le brun sort, il jette un coup d'œil à la chambre de son voisin. Le bambin n'est pas là, certainement déjà en bas pour le petit déjeuner. Sherlock se rend ainsi au réfectoire, l'atmosphère étant bien plus calme qu'en journée. Le petit déjeuner est le seul repas où les enfants choisissent ce qu'ils vont manger, avec quand même la surveillance des adultes. Le petit prend donc comme d'habitude un bol de chocolat chaud avec des biscottes et une compote. Il va ensuite chercher une place où s'installer. Il en repère une bien précise.

Sans non un brin d'hésitation, Sherlock s'assoit en face de John, ce dernier observant avec des yeux encore endormis ses céréales faire de la plongée sous marine dans le bol de lait.

- Salut.

La voix de Sherlock le sort de ses pensées, et il répond avec un petit sourire.

- Salut.

Les deux enfants mangent d'abord sans échanger un mot, mais en se regardant tout de même de temps en temps. Le bouclé comprend que s'il ne commence pas, aucun discussion ne va être lancée.

- Elles sont bonnes les céréales ?

- Ça va.

- Tu vas comment ?

- Ça va.

- Tu as bien dormi ?

- Ça va.

- Je t'embête, c'est ça ?

John lève aussitôt la tête face à cette remarque, une expression incertaine dans ses yeux.

- Pardon… C'est juste que je suis souvent fatigué le matin. Et puis non, je n'ai pas très bien dormi. Je ne dors pas bien dans les endroits que je ne connais pas. Mais… j'espère que je vais m'habituer. De toute façon, si je dors mal, je peux toujours prendre Clochette.

- Clochette ?

- C'est...c'est ma pieuvre en peluche. Elle sent la vanille.

- Moi, j'ai un chien roux. Je l'ai appelé Barberousse.

- Oh, cool ! Tu pourras me le montrer ?

- Si tu veux.

Le petit déjeuner continue et se termine dans un calme reposant, avec quelques regards amicaux lancés de temps en temps.



Sherlock se dit qu'il n'est pas doué pour faire connaissance, vu les questions pas très intéressantes qu'il a posé à John. Mais il est rassuré que ce dernier ait participé à la conversation. Le brun ne compte plus le nombre de fois où, ces derniers temps, il essayait de parler avec les autres enfants, pour faire plaisir à madame Hudson, sans succès. Puis ensuite, il se rappelle de toutes les fois où il a ignoré ses camarades quand on l'invitait à jouer à un jeu quelconque, ou à juste faire quelque chose pour être copain. Sauf que Sherlock n'en voyait pas l'intérêt. Il a déjà ses livres, son violon, ses quelques jouets et peluches pour s'occuper, pourquoi vouloir plus ? Et puis en général, ce que font les enfants ne lui donnent pas envie. Courir après un ballon, faire de la corde à sauter ou jouer aux petits chevaux ne sont pas des activités qui font fourmiller l'esprit du garçonnet.

Mais avec l'arrivée de John, et des pleurs de ce dernier pendant un temps indéterminé cette nuit, Sherlock réalise enfin ce que madame Hudson voulait lui dire à propos de l'amitié, en plus de toujours espérer que des parents viennent le chercher. Mais il ne sait pas ce qui est plus facile entre se faire des amis, les garder et encore une fois, l'intérêt. Une phrase a marqué son esprit il ne sait plus quand, et qu'il entend souvent dans le rêve qu'il a décrit hier dans la rédaction. Il a beau réfléchir, il ne se rappelle pas avoir entendu ça autre part que dans son rêve.



Ce matin, Sherlock a hâte que l'instituteur rende les copies de la rédaction d'hier. Il se dit qu'il devrait en parler à John, mais il a peur que ce dernier lui demande ce qu'il a écrit. Il a beau commencer à sympathiser avec le blond, il n'a pas envie de lui parler de son rêve. Il préfère faire confiance aux adultes.

Ainsi, le moment venu, Sherlock lit tout de suite les commentaires sur sa copie une fois qu'il l'a récupéré. Mais au final, il n'y a rien de bien intéressant. Le reste du cours se passe comme toujours dans un calme remarquable. Au moment de la sonnerie, les enfants se bousculent quelque peu pour sortir. Sherlock, comme toujours, sort en dernier. Mais il est interrompu par son instituteur.

- Sherlock, est-ce que je peux te parler deux minutes ?

- Oui, monsieur ?

- C'est à propos de l'exercice d'hier. Je suis ravi que tu y es mit autant d'intérêt. Mais dis-moi, ce rêve me paraît très sérieux, très important. Tu en as déjà parler à quelqu'un ?

- Un peu à madame Hudson, pourquoi.. ?

- Parce que ce rêve a l'air de représenter beaucoup, tu vois ce que je veux dire ?

Sherlock hoche légèrement la tête, bien qu'il ait une expression de doute sur son visage. Pour être honnête, il n'en a parlé qu'une fois à la directrice, après une crise d'angoisse en pleine nuit, (Madame Hudson reste parfois la nuit quand ses veilleurs ne sont pas tous disponibles), et le garçon lui a décrit son rêve après un réveil très brusque.

- Est-ce que tu voudrais en discuter avec William ?

À cette question, il fronce aussitôt les sourcils, méfiant. Il n'a jamais parlé plus de deux minutes avec le pédopsychologue. Il fait confiance à tous les adultes de l'orphelinat, sauf ce William. Il ne sait pas pourquoi. C'est sa tête qu'il n'aime pas.

- Je ne sais pas monsieur, je vais réfléchir.

- D'accord, à demain, Sherlock.



Ce midi, le brun mange de nouveau avec John, mais ce dernier est en compagnie d'autres enfants, donc il ne parle pas vraiment avec Sherlock. Ce dernier se sent d'ailleurs par moment de trop sur cette table, vu les regards de certains par moment. Pourtant, John lui dit de rester au moment où il commence à se lever.

L'après-midi, lui et sa classe se rendent à la bibliothèque pour choisir un livre à lire pour la semaine. Sherlock choisit un livre Chair de poule (au moins avec celui-là, madame Hudson ne le grondera pas), et John prend L'île au trésor.

- Au fait, tu es toujours d'accord pour me montrer Barberousse ? demande le garçon à son camarade.

- Euh, oui. Oui !

Sherlock est rassuré que John n'ait pas oublié. Il avait un peu peur qu'il n'y pense plus vu qu'il a pour le moment plus passé de temps avec d'autres enfants qu'avec lui.

- Super ! J'ai trop hâte !

Et là, Sherlock ne peux s'empêcher d'émettre un tout petit rire. Le sourire de John est tellement communicatif.



Au fil de la journée, le brun attend avec de plus en plus d'impatience le moment des présentations entre Clochette et Barberousse, même s'il cache bien son attente. C'est quelque chose qu'il a apprit très jeune, cacher ses émotions, notamment lorsqu'il s'ennuie ou qu'il est maussade.

Une fois les cours terminés, Sherlock rejoint dès qu'il peut sa chambre, espérant que John fasse de même. Le bouclé attend cinq, dix, quinze minutes. Puis son camarade est là !

- Salut ! Alors, il est où ton chien ?

- Là !

Sherlock présente fièrement son compagnon roux avec son bandeau de pirate. John glousse en le voyant, étant tout de suite fan du concept du chien pirate. Il montre alors comme promis Clochette, sa peluche pieuvre. Elle fait la taille d'un ballon de basket, et ses huit tentacules multicolores sont assortis à son corps pourpre. John approche sa peluche du visage de Sherlock.

- Sens !

Le brun colle son nez à la fourrure toute douce de Clochette. Et en effet, un léger parfum de vanille s'en dégage. Le bouclé adore ce parfum, surtout dans la glace. John lui explique aussi pourquoi la pieuvre s'appelle Clochette. Il agite la peluche, et un grelot fait un petit bruit discret.

- J'adore ta peluche ! s'exclame Sherlock. Tu l'as eu où ?

- C'est un cadeau d'anniversaire, pour mes cinq ans. Je l'ai appelé comme ça après avoir regardé Peter Pan.

- Connais pas.

- C'est trop drôle ! Il y a des pirates dans ce dessin animé ! Tu l'as eu comment, toi, ta peluche ?

- Je...Je ne sais plus, je l'ai depuis que je suis ici.

- Il est trop mignon en tout cas. On pourrait jouer aux pirates avec nos peluches !

Sherlock ne sait plus quoi dire. C'est la première fois depuis longtemps qu'un enfant propose de jouer avec lui. Qui plus est aux pirates. Il acquiesce quant à la demande de John.

- Au fait, comment tu t'appelles ? demande subitement ce dernier.

- Sherlock, pourquoi ?

- Oui, je sais. Moi, c'est John Watson. On m'a dit quand j'étais plus petit qu'il fallait toujours se présenter avec son nom complet, et c'est...c'était celui de mes parents...

Un silence désagréable demeure quelques secondes dans la chambre, jusqu'à ce que John reprenne la parole d'un ton gêné :

- Du coup, c'est quoi ton nom ?

- Je n'en ai pas. Je m'appelle juste Sherlock.


À suivre...

Merci aux personnes qui commentent :)