Musique du jour : "I found a way" de First aid kit, issu de l'album "The lion's roar" (2012).


Chapitre 5 :

I found a way

À l'heure du coucher, Sherlock se pose en boucle la même question. A t-il bien fait d'agir ainsi, de dire ça ? John avait l'air si surpris par sa réponse. Pourtant, elle est authentique. Sherlock n'a pas de nom de famille, et ce, depuis son arrivée aux Hêtres dorés. Le seul nom qui le définit est Sherlock. Pour le garçon, ça lui convient très bien, en plus c'est un prénom original, et il l'aime plutôt bien. Pourtant, il ne peut repenser à l'expression de John quand il lui a dit ne pas avoir de nom. C'est triste, a t-il répondu. Mais en quoi ? Sherlock ne comprend pas.

Quand madame Hudson vient le voir avant l'extinction des feux, le petit lui pose tout de suite sa question.

- Madame, c'est bizarre de ne pas avoir de nom de famille ?

- Sherlock… Je t'ai déjà dis comment tu es arrivé ici, n'est-ce pas ?

Il hoche la tête pour acquiescer.

- Alors dans ton cas, tu comprends que ce n'est pas bizarre. En fait, il n'y a rien de « bizarre » à ne pas avoir de nom de famille. Tu en auras un quand tu auras des parents. D'accord ?

Sherlock n'est pas convaincu par cette réponse. Mais il fait un bref mouvement de tête pour faire mine de comprendre. La dame sourit, et lui souhaite bonne nuit avant de partir de sa chambre. Sherlock ne peut s'empêcher de renifler. Il aimerait bien avoir un nom. John tout seul, c'est court, trop petit. Mais John Watson, ça sonne tellement mieux. Il sait qu'avec ces deux mots, on parle du John qu'il commence à apprécier.

-John. Watson.

Sherlock murmure ainsi, le sommeil le guettant. La dernière question qu'il se pose avant de s'endormir est est-ce que « Sherlock Watson » sonne bien ?



En rouvrant les yeux, le garçon met quelques secondes à identifier la pièce dans laquelle il se trouve. Une chambre, vu les meubles et la décoration, du moins, ce qu'il en reste. Des ronces et de la végétation sous diverses formes recouvrent une bonne partie des murs, de la tapisserie, et même la fenêtre où filtre une douce lumière matinale. Sherlock se lève du vieux lit dans lequel il se trouve, les couvertures étant toutes sales et déchirées. Il constate qu'il ne porte qu'un pyjama, ses chaussons introuvables. Et en examinant la commode et l'armoire, il ne trouve absolument rien, mise à part encore de la verdure qui prend ses aises. Le seul meuble où Sherlock trouve quelque chose est un coffre. Dans la grande boîte en bois repose une peluche abîmée çà et là. Barberousse. Le brun a l'impression que son ami tout doux s'est fait maltraité par des brutes. Il le récupère cependant, afin d'avoir avec lui quelque chose pour le rassurer.

Il sort de la chambre, le parquet grinçant sous ses pieds nus, et se retrouve dans un couloir à moitié plongé dans le noir, les fenêtres étant couvertes de végétation et de moisissure. Sherlock ne reconnaît guère l'endroit. Aucune pièce dans l'orphelinat ne ressemble à ça. Il avance lentement dans le couloir observant les photos à portée de son regard. Sur un petit guéridon où gît un bouquet de fleurs fanées se trouve un petit cadre avec un portrait de famille. Mais les visages sont tous recouverts de crasse. Sherlock ne parvient pas à la faire partir, même en grattant avec ses ongles. Il repose donc le cadre.

À côté de la petite table, sur la tapisserie décolorée et déchirée à plusieurs endroits, se trouvent des dessins de toutes les couleurs, représentant un bateau pirate, deux petits bonhommes et un chien roux à la mine joyeuse. Sherlock est persuadé qu'il en est l'auteur. Il adore dessiner Barberousse et les bateaux.

En se relevant, il entend le vent souffler dans la vieille maison, faisant danser des feuilles mortes dans la pièce à côté de la chambre, une salle de bains. En y entrant, la première chose que voit le petit est le miroir au dessus du lavabo, où un immense éclat le défigure en son centre. Et le seul objet qui traîne au pied de la céramique de l'évier est un petit parapluie replié et reposant contre le mur carrelé de la pièce. En le regardant de plus près, Sherlock réfléchit. Il est persuadé de l'avoir déjà vu quelque part.

Ses pensées sont brusquement coupées par un son strident. Un coucou. Le petit oiseau de bois de l'horloge chante et indique ainsi qu'il est huit heures. Sherlock aime ce coucou, il le trouve joli, et c'est un des rares objets de la maison à ne pas être endommagé. Il continue l'exploration de la demeure. Le brun entre dans ce qui semble être une chambre pour les parents, vu qu'il n'y a qu'un grand lit. Pareil, l'armoire est vide, seulement habitée par plusieurs araignées qui ont tissés d'immenses toiles. La commode installée à côté du placard est aussi vide, à l'exception d'un album photo, où il manque de nombreux clichés, quand les quelques qui demeurent dans les pages ne sont pas gribouillés ou rongés par la moisissure et l'humidité. La seule image un peu en bon état représente un étang, une rive de cailloux et la silhouette d'un garçon. Sherlock détache la photo de l'album, et la glisse dans la poche de son pyjama.

Dans les autres pièces, le garçon ne trouve rien de particulier, mise à part la verdure qui prend plus ou moins de l'ampleur. Dans le salon, les meubles sont encore plus pourris que ceux des autres pièces, et la cuisine est toute vide, que ce soit ses placards ou son frigidaire. L'entrée a un petit meuble où sont rangés toutes sortes de chaussures, la plupart dans un piteux état.

Sherlock essaye d'ouvrir la porte, en vain. Il fait alors le tour du salon, pour trouver une issue. Il doit tirer de toutes ses forces pour ouvrir la porte de la baie vitrée. L'air qui entre aussitôt est frais, mais dégage aussi une odeur étrange, faisant froncer le nez au garçon. Une odeur de brûlé. En suivant le désagréable parfum, Sherlock trouve le garage de cette grande maison en pierre. Une voiture, du moins ce qu'il en reste, repose en son centre. La carrosserie est dans un état délabré, et tout l'intérieur est en cendres.

En plus de l'odeur, un profond malaise commence à étourdir Sherlock, qui s'enfuit en courant. Le jardin dans lequel il court est recouvert par les hautes herbes. Il n'y prête aucune attention, filant tout droit, tout en serrant dans ses bras Barberousse. Il finit par arriver dans une forêt silencieuse, malgré la lumière du soleil et l'abondance de verdure.

Essoufflé, Sherlock s'assoit au pied d'un arbre, enfonçant son visage dans la fourrure de sa peluche, tremblant malgré lui. Il sent alors une main se poser sur son épaule. Il relève aussitôt et fait face à un petit garçon qu'il connaît déjà bien.

- Pourquoi tu pleures ? demande John.

Sherlock se réveille en sursaut, de nouveau dans sa chambre, tandis qu'il fait toujours nuit. Il essuie les larmes qui barbouillent son visage. Le garçon ne sait plus quand date la dernière fois où il a pleuré ainsi. Pour reprendre son calme, il se met dans sa position préférée, sur le côté droit, recroquevillé en position fœtale, son chien en peluche plaqué contre lui. Sherlock repense alors quelque chose, l'odeur de Clochette, le doudou de John. Il imagine sans problème le doux parfum de vanille, et se rendort en quelques minutes.



En se levant ce matin, Sherlock est rassuré de ne pas avoir refait de cauchemar, le reste de la nuit étant passée en un clin d'œil. Mais il repense à la façon dont son rêve s'est terminé. D'une part, les rares personnes qui sont dans ses songes lui sont inconnues, et sont à chaque fois des silhouettes. Or, cette nuit, il se souvient très bien de chaque détail du visage inquiet de John dans cette forêt, de sa main sur son épaule, et de sa petite voix. Et aussi ses yeux bleu comme le ciel. En visualisant ça, Sherlock ne sait guère s'il doit en parler au concerné. En attendant, il se prépare en vitesse pour le petit déjeuner, non sans vérifier que toutes ses affaires soient bien là.

Cette fois-ci, c'est John qui rejoint Sherlock pour le repas.

- Salut.

Le brun regarde son interlocuteur. Après son rêve, il ne se rend compte que maintenant qu'il a de beaux yeux bleus. Il n'a pas fait attention jusque là.

-Salut.

-J'ai rêve cette nuit, et tu sais quoi ? Il y avait ton chien. Sauf que c'était un vrai chien, comme le tien ! Je jouais avec lui dans la cour de récré !

Sherlock sourit en guise de réponse.

- Et toi, tu as rêvé de quoi ? demande John avec une expression curieuse.

Le bouclé hésite. C'est bizarre ce qu'il a fait comme rêve. John risque de le prendre pour un fou.

- Je ne me rappelle plus.


À suivre...

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