Musique du jour : "Mt. Washington" de Local natives, issu de l'album "Hummingbird" (2013).


Chapitre 17 :

Mt. Washington

Confortablement installé sur son fauteuil de bureau, Sherlock parcourt au fil des minutes les dernières études de science en date qu'il a pratiqué dans son coin. L'avantage de vivre dans cet orphelinat, c'est que la bibliothèque s'y trouvant a de nombreux livres d'études de tous niveaux. Ainsi, Sherlock a commencé vers l'âge de onze ans à s'intéresser aux ouvrages réservés aux lycéens, la plupart poussiéreux, étant donné que rares sont les pensionnaires à atteindre un âge avancé. En général, les enfants sont adoptés entre l'âge de quatre et neuf ans, et les plus âgés doivent patienter un peu plus, car finissant toujours par avoir une famille. Les exemples les plus récents sont Capucine, et John. Sherlock soupire malgré lui en pensant au garçon. John Watson. Le garçon ne sait plus quel est son nouveau nom de famille, désormais. Il connaît les prénoms de ses parents, mais rien de plus. Même si c'est assez commun, Sherlock aime la consonance de « John Watson ». Ça sonne tellement mieux que Sherlock. Le garçon s'est toujours demandé pourquoi il a un prénom aussi atypique, surtout si son lâche de frère en a un classique, lui. Pourquoi faut-il qu'il soit à part, même pour une simple question de nom ? Sherlock hoche la tête, se trouvant stupide à ne pas aimer d'un coup son prénom. Au final, il aurait très bien pu s'appeler Christopher, Scott, Peter, William ou Charles qu'il serait le même individu aujourd'hui.

Perdu dans sa réflexion superflue, Sherlock ne voit pas les heures passer après le départ de John et de ses parents. Quand le son du moteur de la vieille voiture de James s'est petit à petit évanoui, le brun a eu cette triste confirmation John est bien parti, pour toujours. Cette histoire de lettres et de téléphone ne l'enchante guère. Sherlock a toujours détesté les rares fois où il devait téléphoné, en général à des couples qui s'intéressaient à lui, et qui le contactaient quelques jours avant d'aller lui rendre visite. Le garçon se sent toujours quelque peu benêt au téléphone, même mal à l'aise. Entendre la voix de quelqu'un sans la voir le perturbe dans un sens, et il ne sait pas pourquoi. Mais peut-être qu'avec John, ce sera différent. En espérant qu'il tienne sa promesse… Si. Il la tiendra, il ne lui a jamais menti. Pourquoi il le ferait aujourd'hui ?

Un son distinct fait sursauter Sherlock. On toque à sa porte. Il marmonne un « Entrez », laissant place à une vieille connaissance, sans en être une.

- Le dîner est bientôt servi, on t'attend au réfectoire, Sherlock ! s'exclame Maxine, toujours de bonne humeur.

Le garçon est persuadé qu'il ne sera jamais totalement habitué à la voix de la jeune femme. Les enfants la trouvent rigolote, quand les autres n'y prêtent aucune attention, et où certains s'en moquent, parlant en se pinçant le nez en étant persuadé que personne ne va les entendre. Sherlock fait parti de ceux qui s'en fichent, se contentant comme beaucoup de supporter la présence des adultes, dans le sens où...ils sont là, et voilà. Mais si la majorité des pensionnaires a tout de même une appréciation particulière pour au moins un membre du personnel (Madame Hudson étant la plus populaire, puis Matthew l'animateur et Maxine, une des femmes de ménage), Sherlock, lui, ne porte aucune véritable attache à aucun. La directrice est bienveillante, comme toute gérante d'orphelinat, Matthew est guilleret et social, comme toute personne qui souhaite divertir enfants et adolescents, et Maxine et les autres sont au mieux sympathiques, au pire anonyme, se contentant de faire leur travail dans leur coin. En fait, Sherlock préfère ces gens-ci, vu qu'ils ne vont pas venir l'embêter à lui poser toutes sortes de questions comme « Qu'est-ce que tu fais ? », « Tu veux venir faire ci ou ça ? », « Comment ça va ? », etc, etc. Ainsi, quand la voix nasillarde de Maxine lui demande de descendre au réfectoire, Sherlock soupire légèrement, n'ayant guère faim, comme souvent, mais obéit sans broncher. À quoi bon râler et s'opposer ? Ça ne fait que perdre du temps.

D'un pas légèrement traînant, le garçon suit la jeune femme. Depuis le couloir des chambres, on peut déjà entendre l'agitation au rez de chaussée, des voix de toutes intonations se mélangeant pour donner un brouhaha sans nom. Mais Sherlock sait que ce bruit va très vite laisser place à une ambiance plus calme et tranquille, le personnel chargé de surveiller les repas se faisant facilement obéir, même par les plus petits et teigneux. Bien sûr, les discutions sont autorisées, et cela donne une atmosphère semblable à une grande cantine d'école. Et cette perspective donne le vertige à Sherlock. Il n'a plus personne à qui parler désormais. Il mangeait toujours en compagnie de John et Capucine, toujours. Ou parfois, il n'y en avait qu'un sur les deux, l'autre étant absent(e) pour diverses raisons. Mais maintenant que les deux sont partis, Sherlock se rappelle brusquement d'une sensation qu'il n'avait pas ressenti depuis des années. La solitude. Au début, cela ne le dérangeait pas, au contraire. Alors pourquoi cela fait aujourd'hui plus l'effet d'une aiguille qui s'enfonce lentement dans la peau ?

- Je suis tellement contente que James et Lisbeth aient adopté John ! On est amis, et on parlait plusieurs fois de John au téléphone. En se renseignant sur l'orphelinat, on leur a tout de suite parlé de John, et ils ont vite voulu lui rendre visite ! J'imagine déjà l'ambiance qu'il va y avoir. Et je ne m'inquiète pas pour John. Lisbeth est une experte en rugby, il ne va pas s'ennuyer ! Je suis tellement contente pour lui !

Sherlock, qui suit toujours Maxine, sert discrètement le poing derrière son dos. Comment dire poliment à une personne qu'elle devrait au plus vite fermer sa gueule sans laisser la colère prendre le dessus ? S'il vous plaît, vous pouvez vous la fermer ? Non Taisez-vous ? Non plus. On peut parler d'autre chose ? S'il dit ça, c'est certain que Maxine va soit se vexer, soit demander qu'est-ce qu'il ne va pas. Cette fille est insupportablement soucieuse, c'en est affligeant. En attendant, Sherlock se contente de dire la seule vérité qu'il peut exprimer.

- Oui, je suis content moi aussi.

C'est vrai. Si John est heureux, c'est l'essentiel, non ?



Comme il s'en doutait, Sherlock mange dans son coin. Ou plutôt, il y a d'autres ados de son âge installés à la même table, sauf qu'ils discutent entre eux, sans prêter le moindre atome d'attention à lui. Ce n'est pas plus mal finalement. Toujours est-il que malgré le perpétuel talent des cuisiniers, le plat de ce soir, des lasagnes, est immangeable pour le brun, arrivant à peine à ingérer quelques bouchées. Quand il mangeait avec John et Capucine, il ne faisait même pas attention à ce qu'il y avait dans son assiette, dévorant sans réfléchir. Sherlock hoche une fois de plus la tête, ne parvenant pas à chasser cette habitude depuis ses sept ans. Il fait toujours ça pour chasser une pensée trop envahissante. Et ces dernières heures (à savoir maintenant quatre heures et trente-huit minutes depuis le départ de John), Sherlock ne parvient pas à enlever la chose qui revient en boucle dans sa tête. Il est seul.

Je suis seul.

Et ce n'est pas la mousse au chocolat en dessert qui va le réconforter.



Après le repas, ou du moins du peu qu'il a mangé, Sherlock se réfugie presque en courant dans sa chambre. Il se vautre dans son lit, et prend un livre au hasard. C'est un roman qu'il n'a pas encore découvert, mais d'après John, c'est très triste. Le brun craint d'attraper un torticolis à force de hocher la tête. Finalement, au bout d'une demie heure, le garçon abandonne sa lecture en plein milieu de chapitre, et éteint la lumière, avant de se coucher, tout habillé. Il s'endort en quelques minutes.

D'habitude, les rêves qu'il fait sont toujours très détaillés, presque réels, et ce pour le pire comme le meilleur. Mais cette fois-ci, Sherlock ne ressent rien d'autre que le vent. Un vent doux et légèrement frais lui soufflant délicatement au visage. Il fait noir, comme s'il gardait les yeux fermés. Et ça continue ainsi, jusqu'à ce que le vent devienne de plus en plus fort et froid, au point qu'au bout d'un moment, Sherlock tremble de froid. Puis il se rend compte que l'air est devenu humide et lourd. Le garçon a beau essayé d'ouvrir les yeux, il ne voit que du noir, un noir aussi profond que le ciel de nuit sans étoiles. Le néant, en somme. En comprenant ça, Sherlock sent son cœur rater un battement, avant de quitter brusquement le sommeil, se relevant de son lit, essoufflé.

Par réflexe, il pose sa main sur le côté de son lit, mais n'y rencontre que le doux tissu de la couverture. Il n'y a rien d'autre. Il n'y a pas John. Sherlock frissonne. Ce n'est pourtant pas l'hiver en ce moment, et il n'a jamais été frileux. Qu'est-ce qui lui prend de grelotter ainsi ? Sherlock se lève, et se sentant quelque peu honteux et idiot, il récupère la seule peluche qu'il a gardé, Barberousse. Le chien est toujours aussi doux et chaud. Ce sera parfait pour se rendormir, à défaut d'avoir des bras aimants pour le serrer. Dans le silence et l'obscurité de sa chambre, à deux heures du matin, Sherlock chuchote dans le pelage roux de la peluche.

- Espèce de connard…



En dehors des cours ayant reprit, Sherlock passe une majeure partie de son temps libre à la bibliothèque. Ici, il peut être sûr d'être au calme et de trouver ce qu'il cherche. Aujourd'hui, il est d'humeur à composer, et par pure envie d'approfondir ses connaissances sur la musique, il cherche depuis un quart d'heure toute sorte d'ouvrage parlant de ses compositeurs préférés. Il aime particulièrement Strauss et Bach, jouant en général leurs morceaux, quand il ne joue pas ceux qu'il compose lui-même. Ce que le garçon veut savoir, et jusqu'où les musiciens ont puissé leur inspiration pour créer toutes leurs mélodies.

Quand Sherlock compose, il y a toujours une chose en commun avec lui. Il ne s'inspire pas de la nature, ou du monde qui l'entoure, mais uniquement de ce qu'il a vécu. Ça l'aide à réfléchir, et à se comprendre. Dernièrement, il a beau se creuser les méninges, il est incapable de se remémorer le morceau qu'il a joué au gymnase, faisant pleurer le public. Tout ce qu'il se rappelle de ce morceau, c'est qu'il pensait à John. C'est alors qu'il réalise que les dernières mélodies qu'il a composé ces derniers temps sont tous inspirés de John, et pour John. Il ne s'est guère lassé des compliments et expressions admiratives de son ami.

Maintenant, il se contente de jouer tout seul, dans sa chambre. Barberousse ne compte pas vraiment comme un spectateur, se contentant de regarder le vide à travers son œil de bille terni par les années. Pourtant, quand Sherlock joue, il le fait toujours en face du chien en peluche, comme essayant d'y capter quelque chose. Aujourd'hui encore, il rêve de temps en temps que Barberousse est un vrai chien, gambadant dans un champ de blé en jappant joyeusement. Se sentant nostalgique, Sherlock se dit que son animal de compagnie pourrait l'aider à écrire une nouvelle mélodie. En attendant, il parcourt du regard les nombreuses étagères toutes remplies de livres, certaines menaçant de crouler sous le poids des ouvrages.

Dans sa recherche, Sherlock entend des sons étouffés, comme des petits gémissements. Cela vient de l'autre côté de l'étagère. Le garçon la contourne, et voit alors une fille de petite taille sur la pointe des pieds sur un tabouret, essayant en vain d'attraper un livre. Sherlock a presque pitié d'elle, craignant un instant qu'elle tombe et se fasse mal. Il s'approche de la fille, et lui parle.

- Tu veux quel bouquin ?

- Ah...euh...celui-là, répond la fille en rougissant.

Sherlock n'y prête aucune attention, et monte sur le tabouret, récupérant sans soucis le livre. C'est un ouvrage avec des centaines de photos de petits félins, avec comme titre très original « Les 1001 photos des chats les plus mignons ». Avec un faible rictus, Sherlock tend le livre à la fille, qui continue de rougir, certainement de gêne.

- M...Merci. Mais ne te moque pas, hein… ? J'adore les animaux.

- Je crois que ce n'est pas très original, je n'en vois pas la raison d'en avoir honte, répond Sherlock d'un ton neutre.

- Mais tu sais, quand je ne regarde pas des photos de chatons ou de chiots, je...j'étudie la médecine.

- D'accord.

Sherlock va pour s'en aller, n'ayant pas plus envie de parler avec cette fille affreusement timide. Mais cette dernière l'arrête en lui tenant le bras, toujours rougissante.

- Je...je m'appelle Molly.

- Sherlock.

- C'est joli !

- D'accord.

Et le garçon s'en va pour de bon, ayant trouvé le livre qu'il voulait.



Les journées et nuits qui suivent le départ de John se passent tranquillement, et Sherlock finit par s'habituer à la situation. Finalement, il s'en sort assez bien, et est fier de lui. Il a trouvé la technique pour ne plus penser à lui. Il suffit de se bourrer le crâne de cours, d'études des sciences, de criminologie (il sait un peu plus lire les détails de jour en jour), et de musique. Sherlock en a assez de n'avoir que treize ans. Si seulement il pouvait commencer à enquêter ! C'est sûr que les histoires banales de vols ou de cambriolages seraient vite réglées !

Mais un jour, ou plutôt une nuit, le garçon dort profondément, et rêve.

Assis au fond d'une classe, il gribouille comme souvent dans son cahier, écoutant d'une oreille le cours qu'il connaît déjà par cœur, l'ayant étudié lui-même quelques mois auparavant. Mais au fil du cours, Sherlock se rend compte que quelque chose cloche. Le professeur parle, mais est incompréhensible, comme s'il expliquai la leçon à l'envers. Intrigué, Sherlock lève la tête, et écarquille. Tous les élèves sont tournés vers lui, ayant tous la même tête sans visage. La même tête que celle de son frère Mike. Pas de yeux, pas de nez, pas de bouche. Que des visages vides. Qui fixent Sherlock. Seul le professeur a la tête normale, excepté sa bouche tordue dans un étrange sourire.

- ? kcolrehS, sirpmoc sa uT

- Quoi ?

- .iom sèrpa etèpéR

- Quoi donc ?

- Notre phrase préférée. Celle qui t'aide à avancer. Tes camarades ont sagement écouté, tu devrais en faire de même, répond le professeur d'une voix normale.

Sherlock frissonne. Il reconnaît la voix de son frère, mais elle a une intonation plus grave, comme celle d'un adulte. Pourtant, la personne qui lui parle est un prof du collège qu'il connaît bien. Comment s'appelle t-il, déjà ? Ah oui, Howell.

- Sherlock, qu'est-ce que tu attends pour répondre ?

- « S'attacher n'est pas un avantage » ?

- C'est ça. Avec le bon ton, maintenant.

Sherlock ferme les yeux et grince des dents. Il n'en peut plus de cette chose récurrente. Il tape du poing sur la table et se lève brusquement.

- MIKE ! JE T'AI DIS DE ME FOUTRE LA PAIX ! SI TU VEUX ÊTRE SÛR QUE JE NE M'ATTACHE À PERSONNE, TU N'AS QU'À ME TUER ! AU MOINS TU PEUX ÊTRE CERTAIN QUE JE NE FERAI PAS DE CONNERIE !

- C'est une solution de facilité, cher frère.

- Si c'est pour continuer à t'entendre, je préfère mourir !

- Alors meurs, disent les élèves sans visage en chœur.

Sherlock n'a guère le temps de réagir d'une quelconque manière qu'une vive douleur au crâne le prend, le réveillant brutalement. Le garçon halète, le cœur battant à tout rompre, ne réalisant pas tout de suite que quelque chose lui serre l'épaule. John ? Ce serait John ?! John !

- Cchhhh… Calme-toi, Sherlock. Tu es réveillé, tu ne fais plus de cauchemar.

La voix grave qui lui parle l'intrigue pendant quelques secondes, jusqu'à ce que le garçon parvienne à y placer le visage de la personne. Voulant s'assurer qu'il ne se trompe pas, il regarde l'homme à la voix de velours. Sherlock est soulagé de ne pas se tromper, et après avoir ravaler un sanglot, il croasse d'une voix aiguë le nom de l'adulte.

- Wi...William ?

- Je suis là, tu es en sécurité. Il est trois heures du ma-

Le psychologue ne finit pas sa phrase, surpris par le geste de Sherlock. Ce dernier se relève et étreint le corps chaud en face de lui, n'en pouvant plus d'avoir froid depuis des jours. Ce n'est ni le torse de John, ni les bras de John, et encore moins l'odeur de John. Mais c'est chaud, doux, et réconfortant, surtout quand William se met à frotter son dos pour le rassurer. De son côté, le psychologue fait tout pour calmer le garçon qui tremble comme une feuille. C'est la première fois qu'il voit Sherlock ainsi. Même dans les moments les plus difficiles aux rendez vous dans son bureau, le garçon fait toujours en sorte de garder le plus possible la tête froide. Mais à cet instant, c'est un Sherlock tout à fait différent qu'il a dans ses bras. Ses reniflements n'en terminent plus, et il sent sa chemise être petit à petit mouillée par les larmes du garçon.

- Je n'en peux plus de ces cauchemars… Mon frère me harcèle… Il veut que je ne ressente rien, mais je n'y arrive pas…

- Ton frère, Mike ?

Sherlock hoche la tête, toujours contre le torse de William. Il a parlé depuis à l'homme de son frère, uniquement lorsqu'il le voit dans ses rêves. Avec William, Sherlock se sent toujours en sécurité, et en confiance. Il a déjà assez encombré John de ses sombres pensées, ne voulant pas l'inquiéter plus que ça. Mais avec le psychologue, il ne se sent pas retenu, et parle de beaucoup de choses. Parce que c'est un adulte ? Un psychologue ? Parce qu'il est incroyablement chaleureux ? Sherlock ne sait pas pourquoi, et il s'en fiche dans un sens.

Au bout d'un moment, le garçon quitte les bras de William, et essuie ses joues barbouillées de larmes. Il se sent honteux de pleurer comme un enfant de cinq ans.

- Qu'est-ce que vous faîtes là, dans la nuit ? demande t-il pour se changer les idées.

- La directrice n'a pas trouvé de remplaçant pour cette nuit, Simon étant malade, alors je me suis proposé. Je dois dire que ça change, c'est très calme.

- M...Merci William, pour...pour…

- Ne t'en fais pas, je suis là. Si tu as besoin de parler, n'hésite pas.

- Je crois que je vais réessayer de dormir, je suis fatigué.

- Bonne nuit alors. Je repasserai.

Sherlock hoche la tête, souriant un petit peu, avant de s'allonger et tourner le dos à William. Ce dernier part sans un bruit, fermant délicatement la porte. Quand il se rendort, Sherlock ne rêve pas, et les heures passent à la vitesse d'un claquement de doigt.



Aujourd'hui étant un dimanche, les pensionnaires n'ont pas cours, et ont toute la journée pour s'occuper. Comme toujours, Sherlock lit un livre dans un fauteuil du hall, avec son fidèle walkman diffusant cette fois-ci le trio pour piano et cordes de Schubert. Autour de lui, les enfants font eux aussi des activités relativement calmes, étant donné le temps médiocre qu'il fait. La pluie rend toujours les habitants de l'orphelinat très posés, voire endormis. C'est pourquoi quand la porte d'entrée est soudainement frappée à une mainte reprise et à toute vitesse, les coups résonnent dans toute la grande salle. Quelques secondes plus tard, Matthew arrive en courant, ne voulant pas faire attendre la personne dans le froid. L'animateur ouvre la porte à un monsieur d'un âge avancé, à la mine excentrique, mais aussi inquiète, presque affolée. Une fois à l'intérieur, le visiteur impromptu fait part de sa situation.

- Je m'appelle Harry Daley, je suis le directeur du musée du village, et j'aurai besoin de votre aide !

- Vous aider pour quoi ? demande Matthew d'un air dubitatif.

- Je veux savoir si vous avez vu quelque chose de spécial. Parce que...Parce qu'un des objets d'exposition, une perle, a disparu ! Et elle est très importante !

- Mais Monsieur, nous sommes un orphelinat, pas un poste de police.

- Je leur en ai parlé, ils vont enquêter, mais je ne peux rester dans mon coin ! Alors je demande à un maximum de gens s'ils ont vu quoique ce soit qui pourrait élucider ce mystère !

La voix chevrotante digne d'un savant fou du directeur de musée résonne dans le hall, mais c'est le mot « mystère » qui interpelle de suite Sherlock. Le garçon enlève son casque, et ferme son livre. Piqué par une grande curiosité, il se dirige vers le vieil homme.

- Quand est-ce que la perle a disparu ? demande Sherlock sans dire bonjour.

- Ce matin ! Je l'ai découvert, c'était neuf heures treize ! Je ne sais pas quoi faire !

- Je pourrai peut-être vous aider. Le voleur ou la voleuse a bien dû laisser des traces.

- Ça peut très bien aussi être DES voleurs ! s'exclame le directeur qui ne parvient à cesser ses tremblements.

- S'ils sont plusieurs, il y a trop de risque d'être découverts, la personne l'a sûrement fait seule.

- Si tu es si malin, petit, tu n'as qu'à jouer les détectives sur place !

- Ce serait avec plaisir, répond Sherlock avec un sourire moqueur.

- Attends, Sherlock ! s'exclame Matthew. Tu ne peux pas y aller comme ça ! Ça peut être dangereux !

- Mais si un policier m'accompagne ?

L'animateur déteste quand le garçon fait sa mine de chien battu. Et il n'est guère aidé par le directeur du musée qui semble d'accord qu'un ado de treize ans vienne enquêter comme si c'était un spécialiste. Matthew grommelle dans sa barbe.

- Je vais en parler à Madame Hudson, ok ? Tu as de la chance qu'elle soit là !

Sherlock sourit davantage. Avec la directrice qui aime son côté détective, elle ne peut refuser. Si bien qu'il réfléchit déjà à comment procéder pour ses recherches.


À suivre...

Merci aux personnes qui commentent :)