Musique du jour : "Shallows" de Daughter, issu de l'album "If you leave" (2013). Je vous conseille d'écouter la version live au Colston Hall, Bristol, qui est encore plus émouvante.
C'est le chapitre avec le plus d'ellipses. De même que je rappelle que je n'y connais rien en administration (ça risque de se voir, je crois ^^'')
Chapitre 22 :
Shallows
- Tu...Tu es sûr de toi ?
La voix de John est clairement inquiète, mais Sherlock n'en prend pas compte. William, madame Hudson, Matthew ou encore Maxine ont donnés leurs avis, et ce n'est pas John qui va le changer. Après treize ans passés dans l'orphelinat Les hêtres dorés, Sherlock n'en peut plus, l'espoir d'avoir une famille étant parti. Si personne ne veut de lui, alors il découvrira le monde par lui-même, quitte à en payer les frais seuls. De toute manière, il expérimente et ressent cette solitude d'une certaine manière depuis maintenant trois ans, depuis le départ de John. Sherlock sait parfaitement que les adultes qui l'entourent tiennent à lui, de même que son petit ami. Mais être un oiseau adulte n'ayant pas encore quitté son nid est quelque chose d'impensable, alors le garçon est fermement décidé à prendre son envol. Il tient cependant à rassurer John, serrant le combiné dans sa main tremblante d'impatience.
- Ne t'inquiètes pas, je vais aller dans une université, comme toi. Et madame Hudson paye pour le moment les charges. Mais je compte faire un petit travail à côté, histoire qu'elle ne paye pas trop longtemps mes études. Je serai dans un internat, j'aurai des cours de mon niveau, et un job, tu te rends compte ?
- Oui, oui, c'est chouette, répond John, d'un ton bien moins convaincu que Sherlock.
- John, ça va bien se passer, tu sais.
- J'espère. Je suis juste...désolé que personne ne t'adopte.
Sherlock ne dit rien quelques instants. Il ne lui a jamais parlé de Joyce, de Victor, ou des autres personnes ayant eu des rendez vous avec lui, ou même du veilleur qui a profité de lui. Il sait que via ces individus, Sherlock a déjà malheureusement un aperçu des travers que la vie peut engendrer, des personnes sans valeurs ou malchanceuses. Tout ce qu'il espère aujourd'hui, c'est de ne pas en faire trop partie.
- Je ne sais pas combien de temps dureront nos études respectives, mais on continuera à se voir, hein, John ?
- Bien sûr. Enfin, quand je pourrai. Disons qu'en ce moment, en dehors des cours, je préfère rester à la maison.
- Pourquoi ?
- En fait...ma mère ne va pas très bien depuis un moment, et...avec mon père, on ne sait pas ce qu'elle a. Les médecins non plus. Elle passe le plus clair de son temps au lit, à dormir ou à trembler, quand elle ne souffre pas.
- Oh...Je...Je suis désolé, dit Sherlock d'une voix basse.
- Tu n'y es pour rien, mais merci. Je te dirai quand on pourra se voir. Au fait, tu reçois toujours bien mes lettres ?
- Oui, c'est Jack qui fait les photos ?
- Il s'appelle Peter, mais oui, c'est lui, il adore me prendre en photo avec son polaroid.
La conversation continue sur des sujets plus tranquilles, plus rassurants, mais tout le long de l'échange, Sherlock perçoit très bien la tension dans la voix de son ami. De la peur, clairement palpable. Le brun aimerait tant pouvoir être aux côtés de John pour le rassurer, lui rappeler qu'il est là. Cela fait bientôt un an qu'ils ne se sont pas vu, et un sentiment de manque grandit progressivement en Sherlock. Il espère que c'est aussi le cas pour John. À parler des lettres, il se rend compte qu'elles sont moins nombreuses, de même que les coups de fil. Mais le garçon sait très bien que son petit ami a moins de temps. L'idée d'être bientôt lui aussi plongé dans les études, le cerveau en ébullition, Sherlock en trépigne. Et pour la première fois depuis longtemps, c'est lui qui met fin à l'appel, sur un ton plein d'entrain.
- Quand on se reparlera, on se verra pour de vrai, d'accord ?
- Oui, je l'espère.
Quand Sherlock raccroche, il se rend compte à quel point John semblait...fatigué. Pourvu qu'il se repose. Lui en a eu largement le temps. De même qu'il a longuement réfléchi quant à la recherche des informations pour l'université, l'internat, le trajet, les frais, etc. Madame Hudson est prête à l'aider, bien que son départ d'un moment à l'autre la bouleverse plus qu'une directrice d'orphelinat ne devrait. Sherlock se souvient des phrases presque récurrentes de la vieille dame, tant elle les répète, avec un ton plus ou moins triste. Je suis tellement désolée que personne ne t'ai adopté. Si quoique ce soit t'arrive, tu seras toujours la bienvenue ici ! S'il y a un souci, n'hésite surtout pas à m'appeler !
Sherlock est au fond très reconnaissant envers la vielle dame, il aurait aimé avoir une mère aimante comme elle.
Et puis un jour, tout est prêt. L'université attend portes grande ouvertes Sherlock, l'équipe scolaire impressionnée par les connaissances du garçon, une chambre à l'internat prête aussi à l'accueillir, de même que les frais sont avancés pour au moins cinq mois. Sherlock s'est tout de suite empressé de dire qu'il ferait au plus vite pour payer lui-même, mais la directrice de l'orphelinat semble trouver cela secondaire. Pour le moment, le suivi assidu du futur élève importe.
Ainsi, quand Sherlock passe toute une après midi à trier et ranger les affaires de sa chambre, il sent un nœud se faire dans son ventre. Ayant passé toute sa vie à l'orphelinat, le fait qu'il va très prochainement découvrir une facette du monde plus grande, dynamique et surtout inconnue le met dans tous ses états. L'université qui l'attend se trouve à Londres, toutes celles de Liverpool ayant refusé son dossier. Quand Sherlock a apprit qu'il serait à la capitale, aussi loin de John, il a tout fait pour contenir une certaine forme de déception.
Il veut aller à l'école supérieure, avoir des cours digne de ce nom, mais le risque de ne pas voir John pendant longtemps est maintenant très grand. Mais il préfère se rassurer, il y a toujours les lettres, et le téléphone. Mais ce n'est pas toujours suffisant, et Sherlock ressent quelques fois le besoin de compenser cette absence physique une fois seul dans son lit…
•
Tout se déroule à une vitesse impensable pour Sherlock…
Cela commence comme prévu par les études. L'université est grande, mais le garçon s'habitue très vite aux lieux, faisant fi des élèves qui l'entoure. D'ailleurs, les étudiants sont d'abord surpris de voir un ado aussi jeune dans l'établissement, puis s'en formalise assez vite. Cependant, il y a une chose qu'ils acceptent moins, c'est la manie qu'a ce garçon de lire en tout et n'importe quoi. Rien qu'avec une paire de lacets, une trousse de maquillage ou un stylo, il est capable de deviner, ou plutôt déduire comme il dit, tout ce que vous avez fait la veille. Si au début, certains élèves se prennent au jeu, impressionnés par les capacités de Sherlock, très vite, ils sont agacés, et même farouchement opposés.
Sherlock ne compte plus le nombre de fois où il se fait sèchement rembarré via des piques, insultes, ou même dans des cas plus ou moins rares des coups.
C'est le cas de Sebastian. En voyant l'étudiant, Sherlock est persuadé de l'avoir déjà vu, ou alors il ressemble à quelqu'un. Puis quand ce dernier lui explique qu'il était à l'orphelinat il y a plusieurs années, les deux garçons font le lien, échangeant un regard plein de mépris. Ainsi, les deux ados entretiennent une relation de simples connaissances, demandant parfois des choses quant aux cours, mais cela ne va guère plus loin.
D'ailleurs, c'est Sebastian et son groupe « d'amis » qui poussent Sherlock à arrêter de déduire à voix haute, étant donné les menaces données par certains.
La seule personne vraiment tolérable de l'université est Eric, le voisin de chambre de Sherlock à l'internat. L'ado a mit quelques semaines à s'habituer au fait de partager sa chambre, ayant passés treize ans dans une pièce rien que pour lui, avec un lit au matelas moelleux, quand celui de l'internat est juste correct. Sherlock a d'ailleurs choisi de garder les photos de John et ses dessins dans un album, craignant que tout soit abîmer d'une quelconque manière. Ainsi, les seules choses appartenant au garçon qui sont attacher au mur au dessus du bureau sont des notes de cours et des partitions. Le violon aussi est rangé précautionneusement, de même que le walkman. Heureusement, Eric est quelqu'un de très respectueux, ne touchant jamais aux affaires de Sherlock, et est très discret.
Un soir, les deux garçons vaquent à leurs occupations, chacun dans un coin de la chambre. C'est pendant une douce soirée de printemps, et la fenêtre grande ouverte ne pose pas de problème. Sherlock sent alors une odeur particulière. Il se retourne, et observe Eric en train de fumer au bord de la fenêtre, l'air rêveur. Si Sherlock devait être honnête, il a plus d'une fois songé à fumer, se demandant pourquoi tant de personnes consomment le tabac de façon plus ou moins assumée. Ça a commencé avec certains membres du personnel de l'orphelinat, fumant à des endroits bien éloignés de tout enfant, puis par les nombreux étudiants que Sherlock croisent quotidiennement, un bon tiers ayant souvent une clope au bec. Et ce soir-là, alors qu'un silence reposant plane dans le campus, l'envie de découverte de Sherlock se fait trop fort. Eric doit le sentir, puisqu'il regarde son camarade d'un air intrigué.
- Tu en veux ? demande t-il.
Et Sherlock acquiesce d'un vif hochement de tête, avant de se lever et de prendre la cigarette. Il est au début hésitant, puis commence à tirer, avant de tousser bruyamment. Eric s'esclaffe.
- Doucement, mec, c'est la première fois que tu clopes ? Ah, d'accord, attends, tire plus doucement. Voilà, comme ça.
Sherlock observe la fumée qu'il expulse de sa bouche, puis Eric qui allume une autre cigarette pour lui-même, s'amusant alors à faire des ronds de fumée à chaque bouffée. Les deux compères continuent de fumer tranquillement, sans un mot, tandis que l'odeur du tabac envahit un peu plus au fil des minutes la chambre. Sherlock s'étonne lui-même quand il réalise qu'il a terminé sa cigarette. Il est même un peu déçu que cela dure si peu de temps. Toujours est-il qu'il se sent plus détendu. Après avoir passé trois heures d'affilée à travailler sur les examens de deuxième année, le garçon se dit qu'il mérite bien une pause.
Le temps passe ainsi, et Sherlock fume une cigarette chaque soir, se rendant compte qu'elles sont plus agréable lorsqu'il fume en compagnie d'Eric. Il a prit le temps d'observer son camarade. Aussi grand que lui (il a fait une poussée de croissance durant sa puberté), les cheveux bruns, les yeux noisettes, le teint légèrement hâlé, un corps assez musclé grâce aux cours de natation et d'escalade qu'il prend en dehors des études. C'est un élève apprécié des professeurs de part son caractère discret et studieux. Sherlock ne partage pas la même classe, Eric étudiant la psychologie. Il lui a parlé un jour de son désir d'être pédopsychologue, ayant une grande affection pour les enfants. Quand il a apprit que Sherlock venait d'un orphelinat, il est devenu davantage chaleureux envers son camarade, pour une raison qui échappe à ce dernier.
- Tu n'as pas de nom de famille ? lui demande t-il un jour, tandis qu'il jette en même temps que Sherlock sa cigarette.
- Non. La personne qui se charge des frais a prêté son nom, mais c'est pour la forme.
- C'est triste.
Sherlock regarde Eric droit dans les yeux quand il dit cela d'un ton sincèrement désolé. De même que son camarade est plus proche que d'habitude quand ils fument. Le garçon dit alors quelque chose qui surprend Sherlock :
- Tu as toujours l'air triste.
Et pour appuyer ses mots, il pose délicatement une main sur son épaule, ou plutôt au creux entre l'épaule et le cou. Sherlock ne bouge pas, et soupire. Il déteste quand il essaye de cacher quelque chose en vain. Mais avec un étudiant en psychologie, il aurait dû s'en douter.
- Pourquoi tu dis ça ? demande t-il alors en chuchotant.
- Quand les gens sont heureux, ou simplement bien, il y a un petit éclat dans le regard, ou une petite ride sur le visage, qui se plie à chaque petit moment amusant ou joyeux. Mais toi, je ne vois presque jamais ça. Tu...Tu es dépressif ?
En posant cette question, les deux garçons se regardent droit dans les yeux, le souffle court et rapide. Sherlock ferme un instant les paupières, se rappelant de John ayant autrefois posé la même question. Puis il visualise dans un kaléidoscope tout ce qui le rendait auparavant heureux et qu'il n'a plu. John, la vision simple et naïve du monde, jouer aux pirates, et John, de nouveau. Il n'a plus tout ça. Il a grandi, et John aussi. La dernière lettre qu'il a reçu date de deux mois, et le dernier appel d'un mois. Le temps a passé, et la mère de John a fini par succomber. De cet évènement le blond est devenu moins bavard, et plus discret sur sa vie, discutant de choses plus abstraites avec Sherlock. Et ce dernier ne sait même plus quand est-ce qu'ils se sont vus physiquement. Rien que d'y penser, il en tremble.
- Je n'en ai aucun idée, finit-il par répondre, le ton bas.
Sherlock tremble alors davantage en sentant la deuxième main d'Eric se poser sur son cou, étonné de sentir une agréable chaleur se répandre dans son corps. Avec Eric, il se sent bien, n'ayant pas de regard médisant de sa part, le laissant tranquille, et lui parlant quand il faut. Sherlock sent son souffle se mêler à celui d'Eric, et quand il ouvre les yeux, il ne voit plus que le visage rougi de son camarade, ainsi que son regard aux pupilles dilatées. Par une voix devenue rauque, Eric lui demande :
- Je peux ?
Et d'un hochement de tête à peine visible, Sherlock accepte.
Aujourd'hui, les seuls souvenirs de ce moment qui demeurent dans sa mémoire est la douceur sincère dans chaque geste d'Eric, que ce soit ses nombreux baisers partout sur son corps, y compris ses parties intimes, ses caresses, quand il l'a petit à petit déshabillé, quand il l'a longuement préparé au prix de nombreux gémissements, avant de le pénétrer, sans oublier de se protéger, le garçon ayant tenu à ne pas le blesser. Mais s'il y a bien une chose que Sherlock ne se souvient guère, c'est si, au moment de jouir, il a soupiré le prénom de John ou d'Eric.
•
Quand il a commencé à travailler en tant que serveur dans un bar, c'était uniquement pour commencer à avoir de l'argent, en plus de la récompense qu'il avait touché autrefois en retrouvant la perle du musée et de l'argent qu'il recevait par Dieu sait qui. Ainsi, il a quelques milliers de livres de côté, permettant ainsi de payer les derniers mois d'études et d'internat. Et c'est par une soudaine vague de fierté qu'il a voulu devenir totalement indépendant.
L'idée d'avoir son propre appartement est très vite arrivée. Sherlock en a ainsi parlé à Hudson. Et après de nombreuses batailles administratives et financières, Sherlock se retrouve finalement un jour à vivre dans un tout petit studio en location. À partir de là, il enchaîne les petits boulots, son comportement étant souvent source de problèmes. Dernièrement, il travaille dans une petite supérette où il met en rayon les produits. À chaque article qu'il pose sur les étagère, Sherlock se demande comment sa vie serait si quelqu'un l'avait adopté. Il pense particulièrement à Joyce. Si seulement elle n'habitait pas en Australie. Il se rend compte alors qu'il aurait peut-être dû accepter. Avec la situation qu'il a aujourd'hui, les contacts avec John s'espacent de plus en plus, à se demander si le garçon s'intéresse encore à lui. Mais à chaque coup de fil, le blond le rassure inconsciemment, ayant reprit du poil de la bête, ayant fini ses études avec brio. Parfois, Sherlock n'écoute qu'à moitié son ami, se demandant s'il ne devrait pas lui avouer avoir couché avec quelqu'un d'autre que lui. Et est-ce que c'est aussi le cas de John ? Cela dit, ça date d'il y a plus de...un an ou deux ? Sherlock ne sait plus, perdant la notion du temps facilement.
- Hé, Sherlock, ça dérange si je me pose là ?
Le jeune homme jette un vague regard en direction de la personne qui vient de lui parler d'une voix forte. C'est son collègue de travail, comment il s'appelle déjà ? Ah oui, Jules. C'est une personne sans intérêt, et les seuls mots que lui adresse Sherlock sont les habituelles formules de politesse, et quelques mots sans sens durant les pauses cigarettes. Avec le temps, Sherlock a largement augmenté sa consommation de tabac, fumant parfois un paquet par jour.
Il ne prête ainsi pas plus attention à son collègue, jusqu'au moment où une odeur différente envahit ses narines. Sherlock regarde d'un œil curieux ce qui peut bien provoquer un tel parfum. Et il voit alors ce que tient Jules. Les rares fois où il en a vu à l'université, les étudiants étaient rapidement punis, avant de trouver des cachettes plus discrètes pour fumer en douce.
- Tu en veux ? demande alors Jules, ne s'inquiétant pas de se faire dénoncer, son collègue se fichant de tout.
Dans un sentiment de déjà vu, Sherlock prend le joint, et tire une latte d'un geste presque expert, s'arrêtant pile quand il faut avant de tousser comme un malpropre. Et il comprend en un instant pourquoi les élèves de son autrefois université en étaient si accros. C'est tellement plus détendant que la cigarette normale. Il ne se rend pas compte qu'il continue d'en fumer jusqu'au moment où son collègue râle.
- Hé, laisse-moi en !
À regrets, Sherlock rend le joint à son vis à vis.
•
Le lendemain, le jeune homme se retient de toutes ses forces pour ne pas trépigner de joie. En effet, le directeur de la supérette est rongé d'inquiétude, un des employés ayant été retrouvé...mort. Tué plus précisément. La perspective de résoudre le meurtre redonne un peu de baume au cœur. Si seulement il pouvait faire ça tous les jours, plutôt que de poser tous ces stupides articles dans des étagères plus ou moins propres, sa vie aurait plus de sens.
Il ne cache cependant pas son étonnement quand le directeur accepte son aide, avant même l'arrivée de la police. Le patron est ainsi impressionné quand au moment où les flics entrent dans le magasin, un des employés retient fermement un autre, attendant qu'il soit embarqué. Sherlock a trouvé en quelques minutes le coupable, le meurtre ayant été commis de manière grotesque, voire bâclée. Sérieusement, qui met autant d'auto bronzant avant de commettre un crime ?
Puis c'est au tour de Sherlock d'être surpris, désagréablement. Car c'est le patron qui annonce avoir trouvé le fautif. Et les policiers ne cherchent pas plus loin. Qui penserait que c'est à la place un gamin qui n'a pas encore la vingtaine qui aurait résolu cette sordide affaire de meurtre pour une histoire de jalousie ? En réponse à ça, Sherlock démissionne, n'en pouvant déjà plus depuis un moment de toute cette équipe d'idiots qui pensent gérer une entreprise internationale alors que ce n'est qu'une stupide épicerie comme il y en a des milliers dans ce pays.
•
- Vous ne pensez tout de même pas me faire gober cette histoire ? Vous avez déjà trois mois de retard !
Le propriétaire est sévère et très ponctuel. Sherlock doit trouver toutes sortes d'excuses pour justifier les frais qu'il n'avance pas toujours avant la date limite. Et là, celle de dire qu'il a dépensé une grande partie du peu d'argent qui lui reste dans les clopes et la drogue n'est aucunement une bonne idée. Déjà qu'une simple cigarette met en rage le propriétaire, alors un joint… Sherlock doit aller le fumer dans une rue à cent mètres du studio pour ne pas se faire engueuler. En fait, même avant les soucis d'argent ou de cigarette, Sherlock sentait que l'homme avait une dent contre lui dès le début, pour une raison qui lui échappe. Tant que vous payez votre location et que vous ne causez pas de soucis, c'est l'essentiel. A t-il dit un jour, avec un regard médisant.
- Je suis désolé, monsieur, dit Sherlock d'un ton neutre, ignorant toute la rage dans la voix du propriétaire. Je vais retrouver du travail au plus vite, et…
- Vous me sortez ça tous les jours ! J'en ai plus qu'assez ! Demain, vous partez !
- Quoi ?
- Vous m'avez très bien entendu. Vous faîtes vos bagages, et vous partez le plus tôt possible, j'ai des gens plus respectables qui veulent de louer ce studio.
Sherlock monte les marches d'un air dépité, commençant à réfléchir à toute vitesse. Il lui reste globalement une vingtaine de livres en poches, qu'est-ce qu'il peut bien faire ? L'idée de retourner à l'orphelinat ne l'enchante guère. Il ne veut pas d'un côté retourner dans cette cage dorée, mais c'est le seul foyer qui est prêt à l'accueillir à tout instant. Sherlock pense alors à autre chose, à quelqu'un, et il doit savoir une chose.
- Monsieur, vous n'avez pas reçu de lettres de Liverpool ?
- Non. Aucune.
Sherlock n'a jamais vu un tel regard suspect, à moins que ce ne soit un des effets secondaires du joint qui lui font voir des choses…De même qu'il doit halluciner quand il pense entendre l'homme marmonner Putain d'homo.
•
Le lendemain, le jeune homme se retrouve à la rue, avec juste un grand sac à dos en guise de bagage. Avec le temps, il n'a pas pu tout garder, et cela fait bien longtemps qu'il n'a pas joué du violon (qu'il a dû vendre pour gagner un peu d'argent), ou écouter de la musique avec son walkman, l'appareil ayant fini par être cassé.
Le temps est couvert et humide. Sherlock se dirige alors vers la cabine téléphonique la plus proche, espérant pouvoir contacter l'orphelinat. Il se sent tellement stupide et immature. À vouloir être indépendant, il a tout perdu. Et ce n'est pas madame Hudson et ses milles excuses qui vont le réconforter. Sherlock trouve ainsi un téléphone, la cabine recouverte çà et là de dessins et d'autocollants à moitié déchirés et décolorés avec le temps. Le jeune homme n'a que très peu de monnaie, il sait qu'il doit l'utiliser le plus judicieusement possible. D'une main tremblante, il insère les pièces pour arriver au montant indiqué, et entre le numéro via les touches à moitié abîmées.
Le numéro que vous avez demandé n'est pas attribué.
Quoi ? Sherlock retape le numéro à toute vitesse. Une fois, deux fois, trois fois. Toujours le même résultat. Peut-être qu'il se trompe ! Il essaye un autre, mais c'est un parfait inconnu qui décroche. Sherlock tente d'autres numéros, pareil. Comment ça se fait ? Madame Hudson l'aurait prévenu, non ? Elle lui a déjà envoyé quelques fois du courrier pour prendre de ses nouvelles. De même qu'elle le contactait via le téléphone du propriétaire. Et les lettres de John... Sherlock a une soudaine envie de vomir. Évidemment que ce vieux con a gardé ses lettres ! Qu'est-ce qu'il a bien pu en faire ? Et qu'est-ce qu'il y avait de noté dedans ? Sherlock imagine bien maintenant le proprio inventer des histoires pour prétendre que son ancien locataire est absent.
Ne restant plus qu'une mince poignée de pièces, Sherlock les insère, le cœur battant, espérant entendre la voix de son ami au bout de l'appareil. Cela sonne une fois, deux fois, trois fois. Puis quelqu'un décroche. Sherlock en bondit dans la cabine, manquant de se blesser.
- Allô John, c'est toi ?
- Qui est l'appareil ? demande une voix grave.
- Je...Je m'appelle Sherlock, répond le garçon en comprenant que c'est James, le père de John.
- Oh, Sherlock ! C'est la première fois que je t'entends ! John m'a pas mal parlé de toi, tu sais.
- Oui, oui, d'accord, est-ce qu'il est là ?
- Ah, il ne t'a pas mit au courant ? Il est l'armée maintenant.
- À...à l'armée ? répond Sherlock d'une voix atone. Mais depuis quand ?
- Ça fait bientôt quatre mois. Mais je croyais qu'il t'avait envoyé une lettre pour ça. Tu ne l'as pas reçu ? Allô ? Sherlock ?
Le jeune homme retient de toutes ses forces son poing pour ne pas le cogner contre un carreau de la cabine ? À la place, il serre le combiné entre ses doigts fins et tremblants.
- James ? Vous pouvez faire quelque chose pour moi ?
- Bien sûr, quoi donc ?
- Quand vous le reverrez, dîtes-lui de ma part que...je pense à lui. Tout le temps.
- Promis, ça lui fera plaisir. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas eu au téléphone, mais dès que je l'aurai, je lui dirai. Comment vas-tu sinon ? Qu'est-ce que tu fais maintenant ?
-...Je n'en ai aucune idée, répond Sherlock après un silence de quelques secondes.
Et sans plus un mot, il raccroche.
•
Il fait noir, humide et froid malgré les parois étroites. Dans un sommeil semi conscient, Sherlock met du temps à réaliser qu'un son de plus en plus fort et sourd parcourt ses oreilles, accompagnant les vibrations qui animent les vitres de la cabine. En ouvrant à moitié ses yeux secs, le garçon distingue depuis sa position recroquevillée une femme habillée d'un épais manteau toquer sur la porte de la cabine.
- S'il vous plaît ! Je voudrais me servir du téléphone ! Hé ho !
Quand Sherlock quitte d'un mouvement lent et fatigué la cabine, la femme le bouscule légèrement, impatiente d'utiliser le téléphone, ne prêtant aucune attention à l'état du jeune homme. Désormais au milieu du trottoir, Sherlock regarde autour de lui, réfléchissant à où est-ce qu'il pourrait dormir. Peut-être qu'il y a des bâtiments désaffectés pas très loin, ses jambes et son esprit ne demandant qu'une chose, du repos. Il se met à marcher d'un pas lent, prenant une direction au hasard. Il croise de nombreux passants, sentant par moment des regards étranges ou inquiets, sans qu'aucun ne s'arrête pour lui demander si tout va bien. De toute façon, qu'est-ce que Sherlock pourrait bien répondre ? Il n'a plus envie de parler à qui que ce soit.
Finalement, au bout d'une demie heure de marche, il trouve un chantier, où un vieux bâtiment demeure, ses murs recouverts de tags et où des tas d'ordures stagnent au pied. En y entrant, Sherlock n'est pas plus surpris que ça de trouver d'autres personnes. Il entre dans une pièce aux murs bétonnés bruts, où comatent deux personnes. Sherlock manque de trébucher en marchant sur quelque chose qui se brise à moitié, le peu de lumière qui entre lui permet tout de même de voir l'objet qui traîne par terre, une seringue. Le garçon ne se pose pas plus de questions, et se dirige vers le fond de la pièce et s'allonge, tombant vite dans le sommeil.
•
Lorsqu'il rouvre les yeux, il comprend tout de suite qu'il ne rêve pas, il est dans son palais mental, ou du moins ce qu'il en reste. Avec le temps, certaines pièces ont finis par avoir la porte bloquée de l'intérieur. Sherlock pourrait les forcer à s'ouvrir, mais il sent ses forces être réduite à un état difficile à évaluer. Il comprend en se levant et en marchant quelques mètres qu'il est dans un couloir, l'obscurité étant trop présente aux yeux du garçon. Il se met alors à chercher la pièce correspondant à John. Étonnamment, il la trouve tout de suite, devant simplement emprunté la première porte à sa gauche. Il découvre alors ce qui était autrefois la chambre de John, à l'orphelinat. Il n'y demeure qu'un lit, la peluche Clochette, et les murs recouverts de dessins. Les esquisses représentent toutes la même chose, le portrait de Sherlock souriant barré d'une croix rouge.
D'une voix faible, Sherlock essaye d'appeler John, mais jamais le garçon ne vient. La seule réponse à son appel étant l'écho de sa propre voix se répercutant contre les murs. Sherlock écarquille les yeux en réalisant la situation dans laquelle il se trouve. Il ne sent aucune douleur quand son corps tombe de lui-même sur ses genoux fragiles. Cependant, il sent très bien les larmes qui dévalent ses joues. Aussi loin que sa mémoire lui permet, Sherlock n'a jamais pleuré ainsi. Quel est ce sentiment de vide, de manque, de...de quelque chose d'indéfinissable ? Il se recroqueville, et laisse son corps trembler, tandis que ses yeux n'en finissent plus de pleurer.
Je n'ai plus de plus de maison, plus d'ami, pas de famille, plus rien…
Sherlock sent alors un doux contact dans son dos, une main qui le caresse de manière à le rassurer. Il se retourne brutalement, lui donnant un bref instant le tournis. Il n'aurait jamais pensé revoir un jour ce visage, du moins, ce qu'il y en a. C'est « Mike », et sa tête sans yeux, ni nez, ni bouche. Jusqu'au bout, il n'a jamais su à quoi ressemble son frère qui l'a abandonné. Et malgré son absence de lèvres, une voix bien distincte émane de lui, non d'un ton méprisant comme Sherlock pouvait entendre il y a des années de la part de ce fantôme, mais bien...compatissant, avec tout de même une forme d'avertissement.
Je te l'avais dis, mais tu ne m'a pas écouté.
Pour quoi ?
Mon conseil. Tu t'en souviens bien, n'est-ce pas ?
S'attacher n'est pas un avantage.
C'est ça. Quand vas-tu comprendre ?
Je ne sais pas. Je…
Tu n'as plus rien à perdre, tu es seul. Et la seule façon de ne plus souffrir, c'est de ne s'attacher à rien. Tu peux devenir ce que tu veux, sans rien attendre en retour, sinon la tranquillité.
Quoi, les enquêtes ? Mais la police…
Il y a pleins d'autres solutions. Tu as vu tous ces gens miséreux, tu peux très bien t'en servir pour régler leurs soucis et avoir un paiement en retour.
Mais quoi ? Je ne comprends pas !
Tu le sais très bien, au contraire. Stimuler ton cerveau à juste valeur, lui donner ce qu'il a véritablement besoin grâce aux enquêtes.
Je...Je ne sais pas si je pourrai faire ça longtemps.
Je crois en toi, Sherlock. C'est soi ça, soi tu deviens un de ces déchets de la société.
Sherlock regarde alors la main que lui tend « Mike » d'un geste lent et rassurant, comme on accueillerait un animal blessé. Il ferme les yeux, sentant encore quelques larmes en couler. Il a raison, il n'a plus rien à perdre, alors autant embrasser la vie qu'il imaginait autrefois. Détective. Ça sonne si bien.
Pardonne-moi, John...Je t'aimerai toujours…
Et Sherlock attrape la main qui lui est tendue.
•
…
…
…
Sherlock sent qu'on secoue timidement son épaule pour le réveiller. Il met quelques secondes à ouvrir les yeux, sortant à peine de son dernier trip. Il arrive enfin à voir qui le réveille ainsi. C'est une fille habituée de ce squat, elle se fait appeler Coco, comme beaucoup de personnes qui préfèrent choisir un pseudonyme pour être tranquille. Lui, cela fait bientôt trois ans qu'il se fait appelé Shezza. Il serait incapable de dire pourquoi il a choisi ce sobriquet, et ça importe aucunement.
- Hé, Shezza, marmonne Coco, clairement en début de crise de manque, tu peux m'aider ?
- Pour quoi ?
Après être arrivé dans ce squat il y a quelques ans, Sherlock, ou plutôt Shezza, s'est très vite fait la réputation du liseur de pensées et de secrets, et bien des personnes grouillants régulièrement ou non dans les bâtiments malfamés environnants puis de toute la capitale ont vus le potentiel de l'homme. Ainsi, nombreuses sont les personnes a lui demandé des services, comme trouver qui a fait ci ou ça, que ce soit des vols, des enlèvements, ou même des blessures, ou des meurtres, en échange d'argent ou de substances toujours un peu plus dangereuses pour le corps de Shezza désormais habitué aux drogues, même les plus dures. Il a déjà fait des overdoses, mais il a toujours su s'en remettre plus vite à chaque dérapage, parvenant maintenant à doser comme il faut la cocaïne, étant ce qui stimule le mieux son cerveau quand il commence à trop ressasser le passé ou à penser à des choses qui perturbent son esprit.
- Il y a un type qui a fait du mal à mon amie Nana, et il paraît que ce n'est pas sa première victime. Tu ne pourrais pas l'arrêter ? Hier, il a failli me casser un bras !
La voix de Coco déraille à chaque fin de phrase, rendant l'écoute de sa complainte très douloureuse aux oreilles de Sherlock. Par « arrêter », il entend qu'il doit trouver le type responsable, ainsi que des infos à son sujet, et les donner à ses « clients », qui en font ce qu'ils veulent. La plupart essayent de dénoncer à la police, d'autres règlent leurs soucis par la voix physique. Quoiqu'il en soit, Sherlock s'en moque. Il sait qu'avec Coco, il aura droit à une jolie somme à la fin, ce qui pourra lui payer ses prochaines doses, et accessoirement la nourriture, son traître de corps ayant aussi besoin d'être fourni par diverses substances nutritives. Il n'aime pas manger, mastiquer et digérer étant des actions faisant ralentir son cerveau.
- Il ressemble à quoi, ton gars ? demande alors Shezza, prêt à jouer une fois de plus les détectives vagabonds.
•
Il aurait dû se méfier, il savait. Mais Coco est le genre de personne à exagérer quant il s'agit de décrire le physique et le caractère de quelqu'un. Or, cette fois-ci, elle n'avait pas surenchérit quand elle a dit que son bourreau, qui se fait appeler Reed, est grand et baraqué. Sherlock a rapidement trouvé des informations qui pourrait faire mettre le type en prison pendant au moins des décennies, jusqu'à ce que l'homme lui tombe dessus. Avec le temps, Sherlock a développé ses capacités de combat, étant surtout doué pour la boxe, ses poings ayant déjà cassé quelques mâchoires et couper le souffle à de nombreux prétentieux. Mais là, il peut au mieux se défendre et rendre quelques coups à Reed. Et ce n'est pas la drogue qui court dans ses veines qui va l'aider.
La bagarre ne dure clairement pas plus de deux minutes, mais ce temps est suffisant pour rendre les deux hommes à bout de force, les blessures couvrant leurs visages. Sherlock soupire de soulagement quand Reed perd connaissance et s'effondre comme un déchet. Sauf qu'il sent aussitôt le sien perdre le peu de forces qui lui reste, ses genoux cognant le sol. Au même moment, une violente nausée le prend, en plus d'un profond tournis.
Oh non, pas maintenant…
Serrant son crâne de toutes les forces qui lui reste, Sherlock essaye de penser à pleins de choses pour ne pas s'évanouir. Les enquêtes pour les sans abri, les drogués comme lui, les gens peu fréquentables qui se servent de victimes comme lui. Il réalise à quel point il est misérable. Au fin fond de sa mémoire, il songe à cet échange qu'il a eu il y a longtemps avec...John.
Quand je serai grand, je serai détective ! Et tu seras mon coéquipier !
Cool !
Et ils avaient passé le reste de la soirée à somnoler dans le lit du brun, les peluches Barberousse et Clochette serrées dans leurs petits bras.
Sherlock sent alors une goutte chaude tomber sur sa main, une larme. Il faut qu'il agisse, ses pensées le faisant souffrir.
Mais agir...comment ? Au final, à quoi ça sert de vivre comme ça ?
Si ça se trouve, John l'a oublié…
Si ça se trouve, John l'attend…
Est-ce que quelqu'un pense à lui en ce moment ? Y a t-il encore quelque chose à faire ?
Son cœur manque de rater un battement. Car Sherlock se souvient maintenant d'une chose en particulier. S'il avait encore de la force, il se giflerait de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il rampe jusqu'au corps de Reed, inconscient pour au moins une bonne heure à en juger son état, et commence à fouiller chacune de ses poches. Puis il met la main sur l'objet qu'il cherche. Avec l'évolution de certaines technologies, Sherlock doit bien avouer que les téléphones portables sont très utiles.
Quand il sort celui de Reed, planqué dans une des nombreuses poches intérieures de sa veste, Sherlock le manipule comme s'il pouvait se casser à tout instant, malgré sa solidité évidente. Le garçon doit réfléchir intensément pour se remémorer le numéro que lui a donné le psychologue de l'orphelinat il y a des années. Puis après une longue bataille intérieure, il finit par appuyer sur les touches du téléphone, arrivant à peine à maîtriser ses doigts tremblant comme de la gelée.
Il retient son souffle en entendant une sonnerie, puis une deuxième, puis une troisième...puis une…
- Allô ? Qui est à l'appareil ? Comment avez-vous eu ce numéro ?
C'est un homme au bout du fil. Il ne doit pas être plus âgé que Sherlock, étant donné sa voix plutôt fluette. Et ledit Sherlock se rend compte qu'il n'a aucune idée à qui il parle, ni ce qu'il peut bien dire. Il arrive finalement à articuler de sa voix cassée :
- Je...On m'a donné ce numéro, et...on m'a dit de l'utiliser...en cas d'urgence…
Un long silence suit ses paroles, et le jeune homme se demande s'il ne s'est pas trompé, ou si c'est une bonne idée de parler à cet inconnu. Puis la personne au bout du fil laisse échapper un son semblable à...un sanglot ?
- Sherlock ? C'est toi ? Où es-tu ? Comment tu vas ? Tu n'es plus à l'orphelinat ?
Toutes ces questions lui donnent le tournis, et Sherlock doit s'adosser au mur en briques sale pour ne pas tomber de fatigue. Même sa voix semble partir pour de bon, alors il utilise ses dernières forces pour lui dire où il se trouve. Après quoi, il sent ses yeux rouler et son corps glisser, puis le noir total.
•
Ouvrir les yeux n'a jamais été aussi difficile qu'à cet instant, mais une fois qu'il y parvient, Sherlock découvre l'environnement dans lequel il se trouve. Une chambre d'hôpital. Il suit des yeux les nombreux tuyaux qui le relie à diverses machines ainsi que des perfusions. L'oreiller sur lequel il se repose est tellement confortable par rapport à tout ce qu'il a utilisé ces derniers temps. La seule chose un tant soi peu désagréable est l'air frais et sec diffusé dans son nez. Sherlock essaye de bouger la main pour retirer les lunettes d'oxygène, mais la fatigue doublée à la douleur l'en empêche, donnant comme résultat qu'un gémissement plaintif.
C'est là qu'il se rend compte qu'il n'est pas seul dans la pièce.
À côté de son lit, dans un fauteuil, se trouve un homme en costume, assis le dos bien droit, un parapluie reposant sur un des accoudoirs. L'homme lit un ouvrage quelconque, puis lève la tête en entendant Sherlock geindre.
Ce dernier sent son cœur rater un battement. Il découvre enfin le reste du visage qui le hante depuis si longtemps.
- M...Mi...ke ? croasse Sherlock.
- Je m'appelle Mycroft, en fait. Ravi de te retrouver, petit frère.
À suivre...
