Bonjour tout le monde !

Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël. J'espère que vous vous êtes régalés et que vous avez été gâtés !

Cet OS Nash x Kuroko est un cadeau pour ma chère bêta kama-chan59. J'espère que ce texte te plaira ma belle. Encore merci pour tout ton travail de correction sur mes fictions ! Voici enfin ton cadeau hot avec notre bel américain insupportable, mais ô si sexy ! Et puis il y a Akashi, notre cher Empereur. Comment pouvais-je le laisser de côté ? J'espère que tu m'en voudras pas trop ;)

Je vous souhaite de passer de très bonnes fêtes malgré la situation et les restrictions. À l'année prochaine, en espérant des temps plus propices.

J'espère que vous apprécierez votre lecture et n'hésitez pas à commenter ! Bonne lecture à tous.


Stranger


Kuroko poussa la porte qui s'ouvrit sur un bar reculé, à l'abri des regards indiscrets. Un endroit où les personnes de son genre se donnaient rendez-vous, s'échappant quelques heures de la réalité pour cesser de mentir et enfin trouver une oreille attentive et compréhensible. Entre ces murs, il pouvait échanger quelques mots autour d'un verre avec un autre homme avant de se retrouver dans un hôtel et partager une étreinte. Un instant fugace où ressortait la sensation d'être désiré.

Le jeune adulte regarda autour de lui. La soirée était déjà bien avancée et quelques couples s'étaient formés, profitant des endroits tamisés pour appuyer le contact physique. Les lèvres se frôlaient sans réellement se toucher, alimentant une part de désir tout en incitant l'autre à poursuivre l'échange, à vouloir davantage que ce simple touché aérien.

Il vagabonda entre les clients pour finalement trouver une place au comptoir, attendant que le serveur le remarque pour passer sa commande et pouvoir tremper ses lèvres dans l'alcool. Les événements de la soirée continuaient de se diffuser dans son esprit, cruels de vérité. Il but un peu plus qu'en temps normal. Le but étant d'obscurcir ces images et ces paroles de sa tête pendant un temps. Son cœur était lourd et Kuroko comptait sur l'alcool pour l'alléger, pour qu'il lui fasse penser à autre chose.

Peut-être même une rencontre qui saurait le distraire.

Ses yeux cristallins cessèrent de se focaliser sur le bois du comptoir pour observer son environnement. Différents hommes étaient assis à côté de lui, sur des tabourets surélevés, pendant que les autres entouraient les tables ou l'arrière de l'établissement pour s'éloigner de la musique et pouvoir mieux s'entendre. Un de ses passe-temps préférés était de décortiquer ce qui l'entourait, parfois même de s'inventer des histoires sur les personnes qui se regroupaient autour de lui. Un de ces hommes pouvait avoir décidé de sortir après une dure journée pour retrouver une vieille connaissance, ou cet homme, un peu plus loin, chercherait à explorer de nouveaux horizons et se serait hasardé dans cet endroit, en quête de nouveautés. Il s'imaginait leurs conversations, au fond de l'établissement, un sourire se glissant sur ses lèvres tandis que ses propres pensées dérivaient et devenaient des fantasmes.

Un peu de fantaisie ne faisait de mal à personne et puis, de toute manière, personne n'avait connaissance de ce qui pouvait lui traverser l'esprit.

Kuroko continua de passer sa soirée à inventer des histoires autour de ces clients venus, tout comme lui, à la recherche d'évasion. Il continua de boire à un rythme soutenu verre après verre, malgré le fait qu'il ne tienne pas l'alcool. Ce soir, il avait le droit. De toute manière, il ne travaillait pas demain.

En songeant au travail et ce qui en écoulait, sa mine se rembrunit et son regard se perdit dans le fond de son verre vide.

Il agita la tête sur les côtés pour chasser ses pensées noires et se tourna vers le comptoir, dans le but de capter le regard du barman et commander une nouvelle boisson. Son attention tomba toutefois sur le récipient rempli, qui venait de lui être tendu par l'employé qui lui sourit face à son air surpris. Il n'avait pas encore commandé quoi que ce soit.

« Offert par un de nos clients. »

Kuroko suivit les indications du serveur pour retrouver l'homme qui venait de lui offrir cette commande. Un homme grand, habillé de façon élégante par un costard sombre qui contrastait avec sa chevelure blonde. Il capta son regard vert émeraude, qui le fixait intensément. Un regard qui en disait long sur la personnalité de leur propriétaire. Un caractère fort qui avançait jusqu'à atteindre son objectif et, cela, sans se soucier un seul instant de ce qui pouvait se trouver sur son chemin. Kuroko était devenu un bon observateur au fil des années, à force de décortiquer chaque gestuel, chaque manière de sourire de la personne avec qui il avait pu avoir un contact visuel.

Tout en saisissant le verre qui lui avait été offert, Kuroko le souleva et remercia cette personne. Il le vit acquiescer, tendant son verre à son tour dans sa direction avant de quitter son siège pour le rejoindre. Kuroko put ainsi entendre son fort accent américain malgré son discours dans un japonais correct.

Un étranger.

Kuroko se souvint avoir pensé qu'il ne pouvait pas mieux tomber, en cette soirée qui avait si mal commencé. Il était certain qu'en compagnie de cet inconnu, il n'y aurait pas de lendemain. Son interlocuteur se trouvait sûrement à Tokyo pour des vacances ou pour le travail, mais il ne tarderait pas à retourner dans son pays.

Ils vidèrent leurs verres avant de prendre le chemin de la sortie. Quelques pas furent suffisants dans cette rue mal éclairée pour trouver un love hôtel. La réceptionniste tendit leur clé sans même jeter un coup d'œil dans leur direction, concentrée sur son téléphone. Elle ne put donc voir les mains baladeuses du blond sur son corps, qui ne laissaient planer aucun doute sur leur activité des prochaines minutes. Les doigts habiles s'étaient déjà glissés sous le tissu de sa chemise pour caresser sa peau brûlante. Le bassin du blond appuyait contre le sien, s'agitant lascivement alors que ses mains montaient et descendaient sur son torse.

La porte de leur chambre eut à peine le temps de se refermer que leurs bouches se joignirent. L'américain repartit dans l'exploration de son corps en faisant cette fois-ci chuter ses vêtements. Kuroko enfouit ses doigts dans la chevelure de son vis-à-vis et rejeta la tête en arrière lorsque des dents vinrent mordiller son mamelon et des mains pétrir son fessier. Cet homme savait définitivement s'y prendre et il décida de se laisser aller à ses caresses, à cette main qui retirait la ceinture de son pantalon pour s'engouffrer dans son caleçon. Elle vint saisir son membre pour y produire des mouvements de va-et-vient qui le firent balancer les hanches vers l'avant, cherchant toujours plus de contact.

Leurs lèvres se retrouvèrent dans un baiser urgent, quémandant toujours plus de sensations et d'appel au plaisir brut.

Les deux hommes se séparèrent pour reprendre leur souffle, accrochant leurs regards l'un à l'autre. Une lueur animale emplit les prunelles émeraude lorsque ses yeux balayèrent l'allure transpirant la luxure de son homologue. Kuroko avait la chemise qui pendait sur un bras, le pantalon déboutonné et une érection visible qui dépassait de son sous-vêtement.

Kuroko retint de justesse un cri de surprise lorsque les mains de son futur amant empoignèrent ses fesses, le faisant décoller du sol pour l'emmener contre le torse de son vis-à-vis qui déambula dans la pièce jusqu'à atteindre le lit. Il atterri sur le matelas dans un bruit sourd et fut aussitôt surplombé par le blond. Ce dernier retirait au même moment sa chemise, laissant apparaître son torse musclé et le tatouage tribal qui commençait sur sa nuque pour descendre jusqu'à son coude.

« Une envie particulière ?

— Fais-moi oublier. »

L'américain acquiesça et l'embrassa à nouveau, avec plus de ferveur. Kuroko le remercia intérieurement pour ne lui poser aucune question, se contentant d'accéder à sa requête de la meilleure des façons. Le blond termina de les déshabiller rapidement, leurs corps se mêlant à celui de l'autre par des caresses et des soupirs chargés d'extase.

À l'intérieur de la chambre de l'hôtel, dans la pénombre, deux silhouettes masculines se fondaient l'une dans l'autre. La tête plongée dans l'oreiller, Kuroko s'oublia alors que, derrière lui, le blond se déhanchait vigoureusement. La chaleur que dégagea son corps contre le sien apportait le baume nécessaire à son cœur meurtri.

-x-x-x-

Ce fut au premier rayon de soleil que Kuroko émergea. La place à ses côtés était vide, froide. Cela lui fit comprendre que son amant était parti depuis de nombreuses heures. Il n'était pas réellement surpris puisque cette affaire ne pouvait pas dépasser une nuit. Il n'avait donc nourri aucune attente particulière lorsque la nuit serait passée et que le jour ne laisserait aucune place à l'ombre, aux choses que l'on garde secrètes. Les rencontres qu'il avait précédemment faites dans un bar à la clientèle exclusivement masculine n'avaient jamais dépassé un premier et unique soir de plaisir charnel. De toute manière, une relation entre deux hommes n'avait aucun avenir dans une société qui préférait cacher de tels penchants. L'homme se devait de trouver une femme, fonder une famille et subvenir aux besoins de celle-ci. Tels étaient leurs devoirs de bon citoyen.

Un soupir le traversa alors qu'il se tournait pour se retrouver sur le dos. Il observa le plafond au-dessus de lui, songeur. L'instant d'une nuit, l'américain était parvenu à lui changer les idées. Malheureusement, la réalité lui revenait en plein visage.

Je ne sais pas ce que tu espérais, Kuroko.

Nous avons toujours été d'accord pour nous cacher.

Kuroko ferma les yeux alors que la voix de son employeur faisait écho dans sa tête. Ses mains vinrent rapidement recouvrir ses yeux pour retenir les larmes qui trahissaient son trouble. Non, ils n'avaient jamais été d'accord. Il s'était tout simplement résigné à garder leur relation secrète afin de pouvoir continuer à passer des instants intimes avec l'homme qu'il aimait. À la place de n'avoir rien du tout, au moins il pouvait l'embrasser et le toucher lorsque plus personne ne pouvait les voir. Il pouvait ainsi profiter de sa présence et se reposer contre lui lorsqu'ils se retrouvaient dans un hôtel.

L'amusement et l'excitation de vivre une relation à l'abri des regards était cependant passé. Il voulait pouvoir lui tenir la main dans la rue ou tout simplement le présenter à sa famille comme son petit ami. Malheureusement, tout cela était formellement proscrit.

L'amour entre deux hommes ne pouvait voir pleinement le jour au Japon.

-x-x-x-

La semaine recommençait, et, avec elle, son lot de problèmes. Pour la première fois depuis son embauche à Akashi Corporation, Kuroko n'y alla pas de gaieté de cœur. Tel un automate, il fit machinalement les mêmes gestes que d'ordinaire pour allumer son ordinateur, vérifier les rendez-vous et terminer par préparer le café de son employeur. Il se dirigea jusqu'au bureau du directeur général de la multinationale et toqua avant d'entrer.

Au fond de l'immense pièce, décorée avec élégance et de manière épurée, était assis l'homme dont il était amoureux depuis des années. Assis derrière son bureau en acajou, Akashi lisait les documents dont le frottement des pages coupait le silence qui s'était établi entre eux.

« Yamamoto-san a confirmé votre rendez-vous pour cet après-midi. J'appellerai le restaurant que vous m'avez indiqué pour y mettre une réservation à votre nom, prévint-il en déposant le café à côté de l'ordinateur du rouquin.

— Merci. »

Sans même lui adresser un regard, Akashi se saisit de la tasse pour en boire le contenu. Ses yeux d'un rouge sanglant continuèrent de naviguer entre les lignes qui composaient les documents entre ses mains. Kuroko observa son vis-à-vis, la gorge nouée. Les souvenirs de leur séparation lui remontaient au fur et à mesure. De leur conversation houleuse au regard froid que lui avait jeté Akashi avant de partir, lui fit serrer les dents pour contenir les larmes qui montaient à ses yeux.

Kuroko travaillait pour Akashi Corporation depuis trois ans et il était le secrétaire de l'héritier d'Akashi Masaomi : Akashi Seijūrō. Ses sentiments envers son supérieur hiérarchique n'avaient pas été instantanés, à l'inverse de ces comédies romantiques où il s'agissait de l'amour au premier regard. À vrai dire, il avait trouvé le rouquin condescendant et d'une froideur sans pareille. Au fil des jours et de leurs conversations, Kuroko était parvenu à gagner la confiance d'Akashi. Il était particulièrement connu dans l'entreprise pour ne pas mâcher ses mots, qu'importe l'interlocuteur en face de lui. Lors de leurs premiers échanges, Kuroko se souvint avoir été plusieurs fois en désaccord avec son supérieur qui s'entêtait à emprunter la mauvaise route, car c'était là, pour lui, la manière la plus efficace et la plus rentable.

Akashi avait fini par prendre en compte son avis, l'écoutant lorsqu'il lui proposait des idées. Les mois étaient par la suite passés et il avait pu apprendre à découvrir qui se trouvait sous le titre d'héritier d'une des plus grandes multinationales nippones. Un homme rempli de doutes, d'insécurités, camouflés par un masque indéchiffrable et d'une prestance autoritaire. Une carapace qui avait pour but d'instaurer le respect par la peur.

Trois ans qu'il travaillait pour Akashi Seijūrō et deux ans dont il en était follement tombé amoureux.

« Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver. »

Il se pencha respectueusement vers l'avant et se retourna. Il alla pour rejoindre son bureau et se mettre au travail lorsque la voix d'Akashi emplit la pièce.

« Kuroko. »

Son cœur doubla sa cadence en entendant le ton du rouquin. Une douceur presque imperceptible s'y dissimulait.

« Le fils d'un de nos associés arrive aujourd'hui dans nos locaux. Je voudrais que tu l'accueilles et que tu lui fasses le tour de l'entreprise.

— Bien. Ce sera fait. À quelle heure doit-il arriver ? »

Pour la première fois depuis le début de leur échange, Akashi quitta ses documents des yeux pour les plonger dans les siens. Cela dura qu'un laps de temps comparable à un battement de cils, avant que le directeur ne se tourne vers son ordinateur pour y consulter l'heure, mais cela suffit à Kuroko. Dans le regard rougeoyant habituellement si fier, si ambitieux, existait à présent une fêlure.

Il avait blessé Akashi.

« Dans quelques minutes. Tu as juste le temps de descendre pour l'accueillir. »

Akashi retourna à ses papiers qu'il devait traiter le plus rapidement possible, s'enfermant dans sa bulle de travail et oubliant complètement son environnement. Kuroko avait appris comment le rouquin fonctionnait et ne le prit pas personnellement, du moins, pas trop à cœur. Akashi appartenait à cette catégorie de personnes dont la vie avait toujours été régie par le travail acharné, au point d'oublier tous les à-côtés. Il n'était donc pas rare de voir Akashi le nez plongé sur son ordinateur ou dans des documents malgré les heures de travail hautement dépassées. Kuroko avait toutefois trouvé la parade en se glissant entre le rouquin et les documents à traiter, frôlant ses lèvres par les siennes avant de lui étirer un sourire, qui faisait craquer son employeur.

Dans ces moments-là, l'homme d'affaires disparaissait pour laisser la place à l'être humain.

Tu n'as pas le droit de me reprocher toutes ces choses, Kuroko.

Si tu ne pouvais pas l'endurer, nous n'aurions même pas dû commencer.

Dans l'ascenseur pour retourner dans le hall d'accueil et y trouver l'homme dont il allait devoir s'occuper, Kuroko s'appuya contre l'une des parois réfléchissantes. Un long soupir le traversa tandis qu'il tentait de remettre de l'ordre dans ses priorités. Il était au travail et ne comptait pas laisser ses émotions empiéter sur son professionnalisme. Ses traits se détendirent petit à petit et, bientôt, il fut en mesure de sortir de l'ascenseur sans que ses troubles intérieurs soient perçus.

Cela faisait des mois que les conversations de couloir relataient cet événement. Après tout, cet étranger allait dans quelques minutes occuper le poste de directeur commercial grâce aux relations de son père avec le groupe Akashi. Kuroko n'appréciait pas non plus ces facilités, ces raccourcis que les personnes privilégiées pouvaient emprunter pour réussir plus rapidement. Seulement, les ordres venaient du plus haut point de la hiérarchie et il n'avait aucun pouvoir pour contrer leurs décisions. Il allait donc faire ce qu'on attendait de lui le plus professionnellement possible pour ensuite repartir à ses tâches principales. Il travaillait qu'occasionnellement avec le département commercial, n'y allant que pour transmettre les directives d'Akashi et ensuite s'assurer que tout soit respecté dans les moindres détails.

Kuroko s'avança dans l'immense pièce où déambulaient la plupart des employés, que ce soit pour se diriger dans leurs espaces de travail ou pour rejoindre une salle de pause. Des agents de sécurité étaient positionnés à l'entrée de l'entreprise, où les salariés utilisaient leur badge pour débloquer les tourniquets et pouvoir rejoindre leurs bureaux. Un homme de grande taille semblait visiblement en plein désaccord avec les vigiles, leurs voix puissantes résonnant dans tout le hall.

« Vous me prenez pour qui ? Faites descendre votre patron, j'ai rendez-vous avec lui.

— Monsieur, il est impossible d'aller plus loin sans badge.

— C'est pour ça que je vous dis de faire descendre votre fichu patron. Vous êtes sourds ou cons, fucking dammit. »

Les esprits étaient visiblement en train de s'échauffer et d'attiser la curiosité des passants, créant de la sorte un amas de curieux autour de la scène qui se déroulait. Kuroko passa rapidement au travers de l'attroupement qui assistait à la querelle. De toute évidence, tout le monde avait reconnu le nouvel arrivant ou du moins compris de qui il pouvait s'agir, mais les agents de sécurité faisaient leur travail. Ces derniers semblèrent même soulagés en le voyant prendre le relai.

« Bonjour Gold Jr-san. Je suis Kuroko Tetsuya, le secrétaire d'Akashi Seijūrō. Je serais votre guide pour la journée. »

Le fils de l'un de leurs associés se détourna de ses précédents interlocuteurs pour observer cet homme, qui s'était respectueusement penché vers l'avant. Un rictus étira le coin de ses lèvres en songeant à toute cette codification typiquement japonaise. Ce même rictus qui s'agrandit en reconnaissant la personne qui lui faisait face, ces yeux cristallins rencontrant cette fois-ci les siens d'un vert émeraude.

Si ça, ce n'était pas une surprise.

Kuroko écarquilla les yeux en observant le visage de leur nouveau directeur commercial. Cette chevelure presque dorée et ses yeux perçants ne lui étaient pas inconnus et, en vue du sourire de son vis-à-vis, il se souvenait également. Sa mémoire lui fit revoir certaines de leurs positions, dans cette chambre d'hôtel. Un frisson parcourut son corps, se rappelant la poigne ferme de l'américain, de ses mains qui tenaient son fessier alors qu'il se déhanchait sur lui.

« Si vous voulez bien me suivre, Gold Jr-san, reprit-il.

— Nash. Je crois qu'on est assez proche pour employer nos prénoms. »

Une lueur taquine emplit les yeux verts, mais Kuroko ne se laissa pas avoir. Il passa outre les commentaires de ses collègues qui arrivaient jusqu'à ses oreilles, ne souhaitant pas leur fournir de détails supplémentaires qui pourraient alimenter de nouvelles rumeurs.

« Veuillez bien me suivre, Gold Jr-san. »

Nash n'émit pas la moindre résistance et lui emboîta le pas, dépassant enfin les tourniquets en jetant un regard suffisant auprès des agents de sécurité. Son attention se reporta par la suite vers son amant du week-end, qui travaillait visiblement comme secrétaire dans la multinationale où il pensait s'ennuyer comme un rat mort. Ce même amant d'un soir qui avait oublié ce que le mot pudeur pouvait signifier. Nash n'aimait pas se préoccuper de faux semblants, préférant tout ce qui était à l'état le plus brut. Cela l'excitait davantage lorsque ses partenaires se trouvaient sur la même longueur d'onde que la sienne.

Son esprit lui rejoua à son tour les événements du week-end, à l'intérieur de cette chambre d'hôtel. De la bouche de Kuroko autour de son membre érigé à son fessier rebondi qui logeait parfaitement dans le creux de ses mains. Un sourire vicieux recouvrit ses lèvres, qu'il camoufla rapidement en effleurant sa lèvre inférieure par son pouce. Son regard lorgna sans discrétion la chute de reins de Kuroko, mit en valeur par son costume qui le sied comme un gant.

« Vous ne m'écoutez pas, n'est-ce pas ? »

Kuroko s'arrêta pour faire face à son interlocuteur, qui de toute évidence n'avait pas entendu un seul mot de ses explications. Ses yeux se plissèrent tandis qu'il perçut l'excitation dans les yeux luisants de Nash.

« Arrêtez votre petit manège. Je ne comptais pas retomber sur vous et de toute évidence, vous non plus.

— Qu'est-ce que t'en sais ? J'ai peut-être remué ciel et terre pour te retrouver, répliqua le blond tout en étirant un sourire goguenard.

— Une personne qui s'en préoccupe ne laisse pas la place vide dans le lit, le lendemain matin.

— Je t'ai blessé, se moqua Nash avec une fausse pointe d'interrogation dans le ton de sa voix. Tu semblais vouloir oublier quelqu'un, little monkey. Je ne pense pas que voir ma tête au réveil était le visage que tu souhaitais apercevoir. »

Le rire dans la voix de l'américain n'était pas agréable. Il se moquait de lui et ne le cachait pas. Seulement, le blond avait raison. Il ne pouvait pas tenir rigueur de son comportement alors qu'ils n'avaient rien engagé entre eux. Une simple nuit où ils avaient trouvé leurs plaisirs tous les deux, c'était ce que cette soirée signifiait. Et comme tous les soirs, ces derniers touchaient à leur fin aux premiers rayons de soleil. Les vices nocturnes disparaissaient aussi rapidement qu'un rêve.

Il n'y avait aucun avenir.

« Sachez simplement que malgré nos attentes, nous voilà à nouveau réunis. Comportons-nous professionnellement et faisons comme si nous ne nous connaissions pas.

— Oh, vraiment ? Tu veux dire qu'on oublie tout et qu'on avance chacun de notre côté, alors que t'étais celui qui en redemandait ? »

Nash releva sa main et sembla compter le nombre de fois où ils avaient pu coucher ensemble. Son attitude n'amusa pas Kuroko, dont le visage resta impassible. Il jeta un coup d'œil en direction de sa montre accrochée à son poignet, il n'avait pas que ça à faire et il devait encore émettre une réservation au nom d'Akashi, pour son rendez-vous de cet après-midi. Le secrétaire n'attendit donc pas que l'américain termine son compte vulgaire et reprit la visite des locaux. Il présenta à nouveau les différents services, lui expliquant les missions qui lui revenaient, sans plus se soucier si Nash l'écoutait ou non. Ce n'était plus son problème.

Ils terminèrent leur tour par le bureau que Nash allait occuper ces prochains mois. La pièce était simplement meublée du nécessaire, libre au blond de la décorer selon ses attentes. Un des pans de mur était occupé par une verrière, qui donnait un aperçu de la pièce attenante où se situaient tous les employés du service commercial. Kuroko put voir ces personnes derrière leurs ordinateurs ou au téléphone, slalomant entre les bureaux de leurs collègues pour atteindre la photocopieuse ou simplement transmettre un dossier à une personne.

« Si vous avez des questions, n'hésitez pas à consulter les documents présents sur votre bureau. Avant de partir, je vais vous chercher votre assistant et lui demander de vous rejoindre pour les présentations. Je vous souhaite une bonne intégration parmi nos services. »

Kuroko se pencha respectueusement vers l'avant. Il observa par la suite Nash qui tournait autour de son bureau, ses longs doigts effleurant les dossiers sans pour autant les ouvrir. Le bleuté songea aux rumeurs qu'il avait pu entendre en salle de pause, de ces personnes qui questionnaient les compétences de leur nouveau directeur commercial. Après tout, Nash avait obtenu ce poste par son réseau. Kuroko n'avait même pas vu son profil. Certains se demandaient même si Akashi l'avait lu avant d'accepter la demande de son père.

« Vous pensez vous en sortir ? »

Un ricanement sec lui répondit avant que des yeux perçants ne le fixe intensément.

« Je ne sais pas. Si tu parles du travail, en effet. Mais si tu parles du vide dans mon lit…

— Je vais vous chercher votre assistant. »

Et sans un mot de plus, le pas agacé, Kuroko quitta le bureau. Il n'eut à faire que quelques pas pour tomber sur l'homme recherché, échangeant quelques mots avec lui avant de le voir partir en direction de l'endroit où se situait cet américain de mauvais augure.

-x-x-x-

Kuroko n'avait pas vu les semaines défiler depuis l'arrivée de Nash à la multinationale. Son poste de secrétaire du directeur général ne lui permettait pas de flâner et, par ce fait, il était souvent amené à courir à droite à gauche afin de réunir les documents nécessaires pour son employeur et garantir que tout fonctionne correctement. Aucun grain de sable ne devait ralentir leurs processus. Du coin de l'œil, Kuroko avait donc observé les agissements de Nash, afin de s'assurer que l'américain ne leur porte pas préjudice.

Le blond n'avait pas tardé à prendre ses marques et gagner en crédibilité aux yeux de leurs collègues. Il se dégageait de Nash une prestance similaire à celle d'Akashi, mais beaucoup plus féroce, plus brute. Là où Akashi jouait dans la finesse et parvenait à convaincre leurs clients que l'idée venait d'eux, Nash allait droit au but et parvenait à convaincre par son éloquence et son assurance. Actuellement, aucun des employés ne remettait en question le statut de leur nouveau directeur commercial.

L'américain avait aussi arrêté de lui faire des allusions sur leur nuit passée ensemble. Pendant les moments où ils s'étaient retrouvés dans la même pièce, Nash n'avait pas abordé le sujet. Leurs conversations restaient professionnelles, comme il le lui avait demandé. Kuroko lui en était reconnaissant. La dernière chose qu'il souhaitait était qu'Akashi apprenne que le soir même de leur rupture, il était allé se faire réconforter dans les bras d'un inconnu.

« Il vous arrive de sortir vous amuser, les japonais ? »

Le bleuté fut sorti du fil de ses pensées par la voix de Nash, assis derrière son bureau. Ses yeux parcouraient le dossier qu'il était venu lui apporter.

« Vous voulez dire entre collègues ? Interrogea-t-il pour être certain des attentes de son vis-à-vis.

— Ouais. Dîners d'entreprises, ou je ne sais pas comment vous l'appelez dans votre pays, mais rien de sérieux. Où on se bourre juste la gueule entre collègues.

— On appelle ça des nomikais. C'est tout à fait possible. Dites-moi le nombre que vous serez et je réserverai l'endroit de votre choix. »

Les yeux perçants de Nash l'observèrent de longues secondes, l'analysant. Kuroko ne sut pas sur quel pied marcher, l'intensité du regard émeraude lui donnant la désagréable sensation d'être nu comme au premier jour.

« Je vais me renseigner auprès des autres. Mais tu peux déjà compter trois personnes, puisqu'Akashi et toi m'accompagnerez d'office.

— Il doit y avoir erreur, dans ce cas-là. Akashi-kun ne prend jamais part à ce type de réunions et je n'ai pas dit que j'étais d'accord.

— Ce n'est pas mal vu de refuser l'invitation d'un supérieur ? Vous qui êtes si à cheval sur les règles de bienséances. » Se moqua l'américain.

Kuroko dévisagea cet homme dont il commençait à reconnaître les compétences, mais dont le comportement restait exécrable. C'était le principal avantage des histoires n'ayant pas pour but de passer le lendemain : il était assuré de ne pas être déçu. Malheureusement, dans le cas présent, ce n'était plus négociable. Nash faisait désormais partie de son quotidien.

« Donnez-moi une date et le nombre de participants. Je m'assurerai de réserver le lieu, mais ne comptez pas sur la présence d'Akashi-kun. Il n'a jamais participé à aucun nomikai. »

Le secrétaire quitta le bureau de Nash, sans un mot de plus.

La porte se refermait à peine que Nash posa les documents contre son bureau. Un sourire narquois s'étendit sur ses lèvres.

« Akashi-kun, hein ? »

-x-x-x-

Le jour du nomikai était arrivé et Kuroko n'avait pas envie.

Il n'avait pas voulu avertir Akashi de l'idée suggérée par Nash en pensant que le rouquin refuserait l'invitation comme à son habitude, mais cela ne s'était pas passé comme il l'avait prévu. À vrai dire, il n'avait jamais songé un instant qu'Akashi et Nash puissent se connaître et encore moins s'entendre. Après tout, leurs personnalités et caractères étaient diamétralement opposés. L'un était calme et distingué tandis que l'autre était bruyant et extravagant. Kuroko ne l'aurait pas cru s'il ne l'avait pas vu de ses propres yeux, alors qu'il était venu informer Akashi de son emploi du temps de la journée et que Nash avait débarqué dans la pièce sans s'être fait annoncer.

Les deux hommes avaient échangé quelques paroles en occultant complètement sa présence, pourtant à quelques mètres d'eux. Akashi s'était tenu au courant de l'intégration du blond dans ses services pendant que Nash lui parlait des soirées mondaines où ils étaient allés tous les deux, amenant ainsi rapidement le sujet de conversation autour du nomikai. Kuroko comprit ainsi la manière dont ces deux hommes avaient pu se rencontrer. Il était courant qu'Akashi puisse s'absenter quelques jours voire même des semaines entières pour rejoindre des proches ou des personnes importantes, partout dans le monde, afin de nouer des contacts et continuer à faire parler de la multinationale au cours de ces dites soirées mondaines.

Akashi n'avait pas tardé à accepter la proposition de Nash pour aller boire un verre avec leurs collègues.

Passé la surprise de la participation d'Akashi au nomikai, Kuroko avait remarqué le regard que Nash lui avait lancé lors de la réponse du rouquin. Un regard arrogant qui l'énerva aussitôt.

Ce soir-là, Kuroko patientait à quelques mètres du bureau de son employeur. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua que leurs collègues et Nash devaient avoir rejoint la salle qu'il avait privatisée dans un restaurant non loin de l'entreprise.

« Ne m'attends pas, Kuroko. Je vous rejoindrais après avoir passé quelques coups de fil, l'informa Akashi en tapant rapidement sur le clavier de son ordinateur.

— Je suis votre secrétaire, il est normal que je reste jusqu'à ce que vous terminiez ce que vous avez à faire. Vous pourriez avoir besoin de mes services.

— Nash est une personne importante et, en mon absence, tu es le plus qualifié pour l'occuper et faire en sorte qu'il n'aille pas se plaindre. »

Kuroko alla pour argumenter davantage lorsqu'il n'entendit plus les touches du clavier s'enclencher. Les yeux rougeoyants d'Akashi étaient à nouveau plongés dans les siens, lui dissuadant de poursuivre leur conversation. Il ravala les mots qui lui démangeaient les lèvres et se pencha plutôt vers l'avant avant de prendre le chemin vers la sortie.

Il n'eut même pas besoin de prendre le taxi pour rejoindre le restaurant où se déroulait le nomikai de l'entreprise. Un serveur l'emmena jusqu'à la salle privatisée, lui prenant par la suite son manteau afin d'aller l'accrocher un peu plus loin. Kuroko put y découvrir la plupart de ses collègues entourant Nash et lui posant mille et une questions sur l'Amérique et les différences entre leur pays. Il pouvait entendre leurs rires et leurs exclamations. De toute évidence, Nash n'avait pas besoin de se présence pour se divertir ou de se faire remplir son verre, puisque certaines femmes semblaient en avoir fait leur mission principale.

Le jeune secrétaire ne put retenir un soupir en pensant qu'il aurait très bien pu rester aux côtés d'Akashi. Sa présence en ce lieu ne rajoutait rien. Akashi lui avait pourtant ordonné, implicitement, de s'assurer que cette soirée se déroule sans accroc et que le blond puisse en tirer la meilleure expérience. De sorte que Kuroko partit s'asseoir à une table à proximité de celle de Nash et salua quelques collègues avant que l'un d'entre eux ne lui remplisse son premier verre.

Le temps fila sans que Kuroko ne sache à quel moment Akashi se présenterait. Il consultait son téléphone afin de s'assurer que le rouquin ne lui ait envoyé aucun message, mais malgré ses nombreuses tentatives il devait se rendre à l'évidence que ce dernier n'avait pas besoin de ses services. Son cœur pesa lourd dans sa cage thoracique, lui rappelant en plein visage, telle une gifle, que désormais sa relation avec Akashi appartenait au passé. Elle n'était plus que professionnelle. Un directeur à son secrétaire.

Si seulement il avait réussi à contrôler ses sentiments, à les contenir, jamais ces derniers n'auraient ainsi débordé. S'il n'avait pas posé cet ultimatum au rouquin, s'il n'avait pas cru ses rêves devenir réalité, il aurait pu continuer à rester à ses côtés. Dans l'ombre de cet homme qui avait tous les regards braqués sur sa silhouette, mais tout de même à ses côtés. Dans l'obscurité de la nuit.

Son fil de pensée fut interrompu lorsqu'il sentit un bras se poser contre ses épaules. Son regard quitta l'écran de son téléphone pour se porter vers Nash qui lui souriait narquoisement.

« Fais gaffe, little monkey. On dirait que t'attends désespérément quelqu'un. »

Kuroko scruta soigneusement Nash sans pour autant ajouter quoi que ce soit. Il n'allait pas lui faire ce plaisir de rentrer dans son petit jeu.

« Est-ce que ce nomikai est à votre goût ? Changea-t-il plutôt de sujet.

— Pas mal. Mais mon plan était juste de te faire sortir boire un verre avec moi. Akashi et les autres sont juste des excuses pour sortir ton petit cul hors des bureaux. »

Kuroko se demanda pendant un instant s'il devait s'énerver contre l'honnêteté de l'américain ou plutôt s'émerveiller par son insolence. Cet homme n'avait donc aucune limite ?

« Et puis, je voulais juste confirmer une chose au sujet de toi et d'Akashi. Mais de toute évidence, il semblerait que j'ai vu juste. »

Au fond de la salle, la porte s'ouvrit sur Akashi qui avait finalement terminé ses tâches pour la soirée. Tout comme Kuroko précédemment, le serveur lui prit son manteau avant de l'inviter à s'avancer dans la pièce. Son regard carmin croisa celui émeraude de l'américain, dont le rictus s'étira davantage tandis que sa prise autour des épaules du secrétaire se raffermit. Il se pencha davantage afin que ses lèvres puissent frôler l'oreille de Kuroko et venir lui chuchoter quelques mots loin d'être doux.

« C'est lui que tu désirais oublier cette nuit-là, n'est-ce pas. »

Kuroko se tendit au souffle chaud de l'américain contre sa peau. Son cœur s'accéléra et il put sentir des sueurs froides traverser son dos. Personne ne devait découvrir sa relation avec le directeur général, même si cette relation était aujourd'hui terminée. Il n'y avait aucun doute que si cette information arrivait à certaines oreilles, la réputation, mais surtout la carrière d'Akashi en pâtirait.

Nash observa ce petit homme qui regardait un point invisible en face de lui, tentant de garder son sang-froid pour ne rien laisser transparaître. Leur proximité attirait les regards et les questions et le blond en était conscient, mais il s'en fichait. Depuis sa plus tendre enfance, il avait toujours attiré l'attention, que ce soit par son comportement extravagant ou par le fait que son père représentait une certaine figure dans l'économie américaine. Cela faisait des années qu'il avançait sans se préoccuper des rumeurs dirigées vers sa personne ou comment les personnes le jugeaient. Il prendrait davantage de plaisir à les battre à leur propre jeu, surtout si ces idiots se mettaient à le sous-estimer.

Ce nomikai avait pour unique but de se retrouver en présence de Kuroko hors du travail. Il avait apprécié le corps de son voisin de table et il avait goûté aux saveurs de sa peau et entendu ses gémissements, ses appels à encore plus de débauche.

Et il comptait bien y répondre présent, encore et toujours plus. Et cela sans remords vis-à-vis d'Akashi.

« Excusez mon retard. »

Le sourire de l'américain s'agrandit davantage en sentant Kuroko s'agiter sous son bras, afin de s'en dégager et de regagner une certaine posture, après avoir reconnu cette voix qui venait de derrière eux. Il tenta ainsi d'échapper à son bras, posé encore sur ses épaules, mais Nash raffermit davantage sa prise. De toute façon, il savait que le combat était déjà gagné. Le blond connaissait suffisamment l'univers dans lequel évoluait Akashi pour savoir que ce dernier n'était même pas un rival. Il avait lui aussi grandi sous une autorité paternelle développée, clairement tyrannique. À l'inverse du rouquin cependant, il avait su s'en libérer et voler de ses propres ailes. Il avait renversé le plateau de jeux pour imposer ses propres règles et ne plus se faire brider dans ses choix de vie.

Il était l'unique maître de son destin et non un vulgaire pantin.

De sorte que la présence d'Akashi ne le dérangea pas le moins du monde pour se montrer tactile à l'encontre de Kuroko. Le bleuté avait beau tenter d'établir une certaine distance entre eux, de l'écarter afin que le blond n'empiète pas dans son périmètre vital, mais ce dernier n'en avait que cure. Par moment, Kuroko lançait des appels à l'aide en direction du rouquin, accrochant parfois son regard, mais Akashi détournait aussitôt son attention et poursuivait sa conversation.

« Tu sais, little monkey. Le choix de ton cher Akashi-kun se portera toujours sur son entreprise. Tu n'es même pas un pion sur son échiquier. »

Les paroles chuchotées par Nash contre son oreille ne le firent même pas frissonner de colère face à son côté sans-gêne. Car au fond, il le savait. Il l'avait toujours su. Et même si cela le rendait triste, la bataille était perdue d'avance.

« Son père finira par lui présenter une fille de bonne famille et il acceptera le mariage, puisque ce sera bon pour sa réputation et donc celle de l'entreprise. On ne peut même pas parler de mariage, mais carrément d'alliance. »

Kuroko entendait à moitié les révélations de l'américain, car c'était des choses dont il était déjà au courant que ce soit par ses propres pensées ou ses conversations à huis clos avec Akashi. Sur ce point-là, le rouquin ne lui avait jamais menti ou promit mille et une merveilles. Avant même de commencer leur relation cachée, Akashi avait été honnête avec lui pour qu'il sache à quoi s'en tenir. Il ne sera jamais une priorité dans sa vie.

« Et si tu veux mon avis, la vie c'est pas une fucking comédie romantique. Tu n'auras jamais un retournement de situation de dernière minute, où il viendra te chercher à l'aéroport pour te retenir.

— Si votre technique pour ramener des hommes dans votre lit est de leur mettre leurs échecs en plein visage, rien d'étonnant à ce qu'il reste vide.

— Mais c'est qu'il a du répondant, le petit monkey ! »

Kuroko leva les yeux aux ciels sans jeter un coup d'œil vers Nash, qui avait finalement libéré ses épaules de son bras. Il apporta plutôt son verre à ses lèvres et ainsi en boire le contenu. Autour d'eux, les employés continuaient de manger et de boire sans grabuge.

« Ça marche avec toi ou ça y est, t'es carrément excité ? »

Kuroko ne put retenir le rire qui fit s'agiter ses épaules. Encore une fois, il ne sut pas s'il devait s'émerveiller ou s'énerver contre le culot de cet homme.

Le reste de la soirée, Nash cessa de poursuivre le sujet autour d'Akashi et participa plutôt aux conversations qui avaient lieu autour de lui. De toute évidence, le nomikai se déroulait sans accroc et Kuroko se laissa bercer par l'ambiance bonne enfant avant que l'heure de régler l'addition ne sonne la fin de la sortie. Akashi proposa de régler les frais et tous les employés l'en remercièrent avant de quitter par petits groupes le restaurant qui allait bientôt fermer ses portes.

De retour à l'extérieur, Kuroko frictionna ses épaules par-dessus son manteau. L'heure était déjà bien avancée, mais il ne ressentait pas la moindre trace de fatigue. Comme s'il avait trouvé le moyen de lire dans ses pensées, Nash passa à nouveau son bras autour de son cou avant de se pencher à la hauteur de son oreille.

« Envie d'un verre en tête-à-tête ou on file direct à mon hôtel ?

— Vous n'abandonnez jamais, n'est-ce pas ? Interrogea-t-il avec un soupçon d'amusement dans le timbre de sa voix.

— Tu m'as dit de faire comme si on ne se connaissait pas lors de nos retrouvailles. Alors ça fait de nous deux de parfaits inconnus. Nous n'avons qu'à faire comme s'il s'agissait de notre première rencontre. »

Un sourire se glissa sur les lèvres de Kuroko. Au moins, il pouvait reconnaître que la ténacité de Nash était flatteuse. Il avait dû lui laisser une forte impression lors de leur première nuit pour que le blond s'entête à le faire accepter de recommencer, alors qu'il aurait pu passer à une cible beaucoup plus facile à attraper.

« Dans ce cas, je suis d'accord pour le verre. Mais comme vous avez proposé soit l'un, soit l'autre, je rentrerai chez moi après. Seul.

— Quel allumeur. »

Loin d'en être offensé pour autant, Nash emboîta le pas du secrétaire qui les emmenait dans un bar de sa connaissance. Les deux silhouettes masculines s'éloignèrent à la même allure sous le regard d'Akashi, qui tenait dans le creux de sa main la portière du taxi qui le ramènerait chez lui.

-x-x-x-

À la suite du nomikai, les employés d'Akashi Corp purent être témoins du rapprochement entre Nash et Kuroko. Durant les pauses, il n'était plus étonnant désormais de voir les deux hommes prendre le café ou déjeuner ensemble sans qu'il soit apparent sur le visage du secrétaire un ennui profond. Cette soudaine proximité ne passa pas inaperçue non plus aux yeux d'Akashi qui, un jour, en fit la réflexion à l'un des concernés.

« Sauf votre respect, je ne vois pas en quoi ma relation avec Gold Jr-san vous concerne, Akashi-kun, répliqua placidement Kuroko.

— Je veux juste m'assurer que la qualité de ton travail ne s'en voit pas impactée.

— Ne vous en faites pas sur ce point. »

Au même moment, Kuroko tendit les documents qu'il était venu apporter à son employeur. Il s'agissait des résultats trimestriels du pôle commercial dont s'occupait Nash depuis deux mois à présent. Après le nomikai, Kuroko avait tenu parole et avait accompagné Nash pour boire un verre en tête à tête, mais il était rentré seul chez lui quelques heures après. Par la suite, d'autres soirées avaient précédé la première et Kuroko en avait fini de jouer. Comme le soir de leur rencontre, il voulait se vider l'esprit et oublier, profiter un peu de ce que la vie avait à lui offrir.

Il avait donc suivi Nash à plusieurs reprises jusqu'à sa chambre d'hôtel. La porte avait à peine le temps de se refermer que leurs vêtements jonchaient déjà le sol et que leurs gémissements retentissaient entre les murs. Nash était quelquefois venu dans son appartement, ce qu'Akashi n'avait jamais fait auparavant. Justement pour éviter d'y être vu tôt le matin et que les rumeurs allument une quelconque traînée de poudre.

Kuroko savait que sa relation avec Nash n'était basée que sur la luxure. Il n'y avait là rien de sérieux et de définitif. Nash allait même bientôt repartir du Japon pour de nouvelles contrées. Une relation sans statut particulier, où ils se prélassaient mutuellement dans la débauche sans se soucier du lendemain. Un lâcher-prise dont Kuroko se délectait.

« Je dis juste que le jour où il repartira, et il le fera, sois-en sûr, ne soit pas au trente-sixième dessous. »

Tout en fronçant des sourcils, Kuroko dévisagea son employeur. Il se demandait à quoi pouvait bien jouer Akashi en cet instant précis. Le soir de leur rupture, le rouquin avait été clair qu'il n'y aurait pas une seconde chance de possible. Une relation officielle était impossible pour eux. Était-ce de la jalousie à l'encontre de sa proximité avec Nash ? Akashi avait compris la réelle nature de leur relation, entre lui et Nash, mais il n'avait plus son mot à dire. Kuroko n'avait plus aucun compte à lui rendre. Lui aussi avait été clair sur le fait de vivre dans l'ombre du rouquin, d'être l'homme dans le placard. Il ne voulait plus tenir ce rôle dénigrant.

Tandis qu'il retrouvait l'américain en dehors des heures de travail dans un bar ou dans un hôtel, sa relation avec Akashi était à présent uniquement professionnelle. Et ce choix, c'était Akashi lui-même qui l'avait pris en partant ce jour-là.

« À seize heures, vous avez rendez-vous avec nos actionnaires pour préparer le plan de l'année prochaine. Si vous avez besoin de mes services, n'hésitez pas à m'appeler. »

Pour la première fois depuis leur rupture, Kuroko partit du bureau de son ancien amant sans ressentir un poids peser contre son cœur. Il sentait le regard d'Akashi pesé sur son dos, mais il ne se retourna pas et referma silencieusement la porte derrière lui.

Une page se tournait alors que le secrétaire rejoignait son bureau. Il avait mis assez d'énergie et de sentiments pour cette histoire qui s'était déjà achevée. Malgré les émotions à l'égard du rouquin qui peuplaient encore son cœur, Kuroko sut ce jour-là que c'était terminé. Nash l'avait dit lui-même et avait parfaitement eu raison. La vie n'était pas une comédie romantique où Akashi se mettrait à lui courir après pour le rattraper in extremis.

La réalité était parfois triste et cruelle, mais nécessaire pour continuer à avancer. Et aujourd'hui, Kuroko décida d'aller de l'avant.

-x-x-x-

Nash passait sa dernière nuit sur le sol nippon avant de prendre son avion. L'entreprise lui avait organisé un pot de départ pour le remercier de son travail et quelques larmes avaient été versées. Kuroko ne l'aurait pas cru, mais le blond était parvenu à se lier d'amitié avec certaines personnes. Il avait pu voir le blond récupérer des cartes de visite, des contacts sur les réseaux sociaux et des promesses de donner des nouvelles. Les deux hommes avaient convenu de se retrouver à l'hôtel pour fêter en tête-à-tête son départ imminent.

Un sourire étira ses lèvres après avoir croisé le regard émeraude de l'américain. Depuis le début de la soirée, ils se cherchaient pour pimenter ce qui les attendait dans la chambre d'hôtel. Des gestes suggestifs, des caresses appuyées à l'abri des regards, tout y passait. Kuroko maintint le contact visuel établi avant de frôler la flûte de champagne par ses lèvres. Ces dernières tournaient autour du morceau de verre, le bout de sa langue venant récolter une goutte qui glissait contre la paroi.

Les yeux verts s'enflammèrent et il vit Nash mordiller sa lèvre inférieure. Il venait d'emporter cette bataille et rit sous cape lorsqu'une main pressée vint l'empoigner pour le tirer vers la sortie. Les conversations fusaient et des éclats de rire remplissaient la salle de réception tandis que l'invité d'honneur se faisait la malle avec le secrétaire général.

Nash héla un taxi avant de jeter Kuroko sur la banquette arrière et d'aboyer au conducteur le nom de son hôtel. Le bleuté eut à peine le temps d'attacher sa ceinture que ses lèvres furent réquisitionnées par une bouche impérieuse. Il contint de justesse un gémissement alors que son homologue l'obligea à appuyer son dos contre la portière. L'américain revint à la charge en venant attaquer inlassablement sa bouche de baisers qui traduisaient son état d'excitation. Leur échange était urgent, occultant complètement la présence du chauffeur face à leur embrassade.

Ce dernier les déposa quelques minutes plus tard aux pieds de l'hôtel. Nash et Kuroko s'y engouffrèrent sans attendre plus longtemps, traversant les couloirs jusqu'à se retrouver dans la chambre occupée par le blond depuis son arrivée. Leurs vêtements rejoignirent immédiatement le sol pour se retrouver très rapidement nus l'un en face de l'autre. Kuroko frémit lorsque la main de Nash vint se glisser sur l'une de ses fesses, l'empoignant fermement comme pour en tester la texture et la forme. Un soupir traversa ses lèvres alors qu'il rejeta son coup pour laisser au blond champ libre à ses mordillements. Des traces resteront sûrement le lendemain, mais il n'y prêta guère attention.

Une main contre son épaule l'incita à se baisser jusqu'à poser les genoux à terre. Ses yeux tombèrent sur l'érection de l'américain et, après un échange de regard silencieux, il humecta ses lèvres avant de saisir le membre tendu. Sa langue joua tout d'abord avec le gland, frôlant les contours, avant de descendre jusqu'à la base et de remonter. Il goûta à son goût, le poids du sexe tendu, et entama de longs mouvements de succions. Le rythme était lent, calculé, et Kuroko observa le plaisir tordre les traits de son amant. Il le vit rejeter sa tête en arrière alors qu'il engloutissait en un coup son sexe.

« Bordel. Ta bouche a été taillée pour faire ça. »

Kuroko suçait le membre plus rapidement. Il creusa davantage les joues pour continuer à entendre les râles du blond. Ses doigts avaient entouré ce qu'il ne parvenait pas à atteindre, accompagnant ses va-et-vient. Il se laissa guider lorsque Nash encadra sa tête par ses grandes mains. L'américain imposa son propre rythme. Ce fut beaucoup plus rapide, plus intense. Son amant se mouvait pour s'enterrer toujours plus loin dans cet antre buccal merveilleux, ses gémissements remplissant la chambre et couvrant de moitié les bruits de succion.

Sa jouissance était proche et Kuroko n'eut aucun mal à comprendre le message. La prise contre ses cheveux se raffermit tandis que les coups de reins se firent plus saccadés et brusques. L'explosion se produisit et il récolta la dernière goutte en s'essuyant le coin de la bouche. En face de lui, Nash s'était reculé et passait une main dans sa chevelure pour l'amener en arrière. Quelques mèches étaient trempées de sueur alors que ses yeux verts étincelaient.

Son appétit n'était pas encore repu. Sans la moindre cérémonie ou le moindre effort, le blond parvint à soulever Kuroko du sol pour le hisser sur son épaule. Il les emmena jusqu'au lit double et se positionna au-dessus du secrétaire. Ses mains couvrirent ce corps svelte, remontèrent vers les mamelons rosés avant de les faire rouler entre ses doigts. Kuroko se délecta de ce léger picotement, ses hanches roulant pour entrer en contact avec le bassin de son amant. Ses besoins présents ne se trouvaient pas sur la partie supérieure de son abdomen, mais bien plus bas. Son érection réclamait soulagement, mais Nash était décidé à ne pas y prêter attention.

Au lieu de cela, sa bouche vint couvrir un téton. Ses dents jouèrent avec le morceau de peau dressé, y déposant de petites morsures avant de le lécher. Le tout en gardant son regard ancré dans celui de son vis-à-vis. Il sentait entre ses paumes les tremblements de Kuroko, son souffle laborieux et l'envie qui tiraillait ses reins.

« Impatient ?

— Depuis quand tu te préoccupes des préliminaires… »

Nash ricana avant de cesser son manège et de sortir de la table basse préservatif et lubrifiant. Il avait pu coucher avec de nombreux hommes au cours de ses aventures, mais jamais son objectif n'avait été de les blesser physiquement. Toutefois, il était bien vrai qu'il ne s'éternisait jamais avant de s'enterrer en eux. Ses doigts furent bientôt enduits de liquide pour se diriger ensuite vers les fesses galbées du secrétaire. Kuroko gémit quand un index vint dessiner les contours de son entrée. Son corps se souleva légèrement alors que son érection oubliée frottait contre la cuisse de l'américain. Ce dernier n'était visiblement pas enclin à satisfaire sa demande première.

Une phalange parvint à se glisser à l'intérieur de lui, entamant des mouvements de va-et-vient lents. Nash avait toujours apprécié faire crier ses partenaires, que ce soit en répétant son nom ou en lui demandant d'aller plus vite, plus fort. Et à ce petit jeu, il devait avouer que Kuroko et lui s'étaient particulièrement bien trouvés. Sous ses airs sérieux et innocents, le secrétaire cachait bien son jeu. En réalité, ce petit démon savait très bien s'y prendre pour le faire aller dans son sens, accélérant lui-même le rythme de leurs ébats par un mouvement de hanches à se damner.

L'américain fit pénétrer un deuxième doigt, rejoignant le premier pour continuer à élargir les parois qui sous peu l'accueilleraient. Son regard coula du visage rougi de son vis-à-vis jusqu'à cette main qui pompait le sexe dressé. Le voir en train de se masturber l'excita un peu plus, observant sans la moindre gêne les mouvements tantôt rapides, tantôt lents, sur cette turgescence où s'écoulait un fin filet de sperme. Le tableau était des plus beaux à voir pour en connaître les moindres détails.

Il se saisit rapidement du sachet plastique contenant le préservatif pour l'enrouler autour de son propre membre. Une fois chose faite, son attention se reporta sur cette croupe qui lui était offerte. Kuroko avait entretemps changé de position pour se retrouver sur le ventre, les fesses relevées et le regard brillant d'anticipation. Nash se positionna derrière lui, une main entourant son érection alors que l'autre se posait autour de la hanche de son amant.

Son premier coup de reins le fit entrer entièrement, faisant pousser un cri chez son homologue avant qu'il n'enfouisse son visage dans l'oreiller. Le blond se déhancha comme un forcené, ses deux mains agrippant fermement le fessier de Kuroko pour observer l'endroit de leur connexion. Il sortit intégralement avant de s'enfoncer à nouveau, continuant ce stratagème encore et toujours, jusqu'à ce qu'il sente une autre chaleur que la sienne appuyer contre le bas de son dos.

« Arrête de jouer. Fais-moi profiter aussi. »

Son sourire s'élargit davantage avant de se pencher vers l'avant. Son torse musclé recouvrit entièrement le corps svelte sous lui, l'obligeant à s'allonger de tout son long contre le matelas. Ses mouvements se firent plus amples, plus vigoureux et il martela la prostate du bleuté après l'avoir trouvée. Les gémissements de Kuroko augmentèrent en intensité à chaque pénétration. Le rythme imposé par Nash ne lui laissait aucun temps de répit, le martelant sans cesse à ce point précis de son anatomie qui faisait parcourir un délicieux frisson sur son épiderme.

Il gémit encore plus fort lorsque le blond le retourna sur le dos, le pénétrant une nouvelle fois avec toujours plus de force. Les reins de Nash allaient et venaient à l'intérieur de cet homme, qui se mit à partager à l'échange en roulant à son tour du bassin. La main de Nash glissa sous le genou du secrétaire pour pouvoir écarter sa jambe droite et s'enfoncer encore plus profondément.

Kuroko sentit tout son corps se tendre pour prévenir de sa jouissance proche. Il rendit les armes lorsque Nash vint entourer son érection pour le masturber au même rythme que ses coups de reins. Kuroko se répandit entre leurs deux torses, en arquant davantage son dos. Ses muscles se resserrèrent autour du membre de Nash, qui grogna avant de jouir à son tour. Le baiser qui s'ensuivit fut impérieux, traduisant leur désir toujours élevé. Malgré leur jouissance mutuelle, leur faim n'était pas rassasiée et les deux hommes en demandaient encore.

Ils continuèrent de faire l'amour tout le reste de la soirée. Tous les endroits de cette chambre d'hôtel y passèrent, du canapé où Kuroko se déhancha avec énergie au pan de mur où Nash se mouvait avec vigueur. La salle de bain ne fut pas non plus épargnée, oubliant l'eau qui se répandait sur leurs corps entremêlés.

Ils ne s'arrêtèrent que pour manger un bout, après avoir appelé le roomservice ou pour reprendre leur souffle.

Kuroko accepta la bouteille d'eau tendue avant de se redresser du lit, sur lequel ils étaient retournés. Il était à la fois éreinté et satisfait. Il était toujours aussi nu que lors de leur entrée, mais il ne s'en formalisa pas. Un rire secoua ses épaules en songeant à la tête de l'employé apportant leur repas. L'américain lui avait ouvert en tenue d'Adam avant d'aller chercher l'argent et revenir à lui pour le lui tendre.

« Qu'est-ce qui te fait marrer ?

— Je repensais à la tête de cet homme, quand vous l'avez accueilli.

— Je suis sûr qu'il aurait aimé se joindre à nous. »

Le secrétaire but quelques gorgées, le sourire aux lèvres. Nash avait proposé à cet homme de se joindre à eux, devant l'insistance de son regard sur son corps dénudé, mais l'employé avait bégayé quelques mots incompréhensibles avant de prendre la fuite.

Toujours aussi nu, lui aussi, Nash vint s'asseoir sur un coin du lit avant de lever les yeux vers le plafond.

« Je me disais…

— Non. »

Les yeux émeraude se plongèrent dans ceux de Kuroko, qui avait retiré son expression amusée de son visage pour le regarder avec sérieux.

« Tu lis dans les pensées à présent, little monkey ?

— Et qu'allez-vous me demander, Gold Jr-san, demanda-t-il placidement.

— Pas me suivre en France, si c'est ça qui t'a traversé l'esprit. Tu baises très bien, t'es même dans mon top, mais sorry not sorry. La vie de couple, très peu pour moi.

— Tant mieux. Mais je n'apprécie pas être dans votre classement ridicule. »

Il trouvait cela ridicule et surtout vulgaire. Au fond de lui, cependant, il n'était pas particulièrement surpris par cette remarque. Nash n'était assurément pas la définition d'une personne classe et distinguée.

« Qu'allez-vous me demander ?

— Démissionner de chez Akashi Corporation quand j'aurais monté ma boîte. »

Nash avait révélé l'information comme s'il discutait du temps à l'extérieur. De sorte que Kuroko ne réagit pas immédiatement, se demandant même un instant si ses oreilles ne lui jouaient pas un tour.

« C'est quoi cette tronche ? Tu crois que je me balade de pays en pays pour voir le paysage ?

— Honnêtement… Je pensais que c'était un caprice de personnes riches. »

Ce fut la première fois qu'il entendit le rire sincère du blond.

« Il y a un peu de ça, c'est vrai. Mais c'est surtout pour gagner en expérience, rencontrer des personnes, prendre leurs contacts avant de retourner en Amérique et de monter ma boîte. Mon père attend de moi que je reprenne l'entreprise familiale, mais à l'inverse de ton cher Akashi-kun, ça ne m'intéresse pas. »

L'américain se redressa pour se diriger vers son sac rempli de ses affaires pour son départ dans quelques heures. Il l'ouvrit avant d'en ressortir un calepin qu'il envoya à Kuroko qui le récupéra. Le secrétaire ouvrit pour tomber sur une liste de noms, numéros de téléphone. Ce cahier en était rempli.

« Toutes ces personnes sont prêtes à travailler pour moi. Elles attendent mon feu vert pour poser leur lettre de démission et me rejoindre.

— Et laissez-moi deviner, vous avez couché avec tous ces noms ?

— La majorité. Je prends soin d'étudier toutes les compétences de mes futurs collaborateurs. »

Nash ricana à sa plaisanterie obscène avant de s'asseoir sur une des chaises qui entouraient la petite table. Il piocha dans le reste de leur repas, à présent froid. De son côté, Kuroko continua de tourner chacune des pages du calepin encore dans ses mains. Pour être aussi doué au lit, il s'était douté que son amant avait de l'expérience. Toutefois, voir tous ces noms inscrits sur ces feuilles le fit frissonner. Il s'agissait tout bonnement d'un palmarès vulgaire.

« Et si tu veux mon avis, ça te ferait du bien de voyager un peu. Pas forcément pour baiser à droite à gauche comme je fais, mais pour t'aérer l'esprit. Les sentiments que t'as pour Akashi ne vont pas disparaître du jour au lendemain, même si tu commences à tourner la page. Et dans quelques heures, je ne serais plus là pour te distraire.

— Vous me proposez donc un poste pour me préserver, s'amusa Kuroko en refermant le carnet.

— Non. Je te le propose, car t'es compétent. Mais avec ton profil, je ne doute pas un instant que tu trouveras mieux ailleurs.

— Et ce qui est le mieux, c'est de travailler avec vous au milieu de toutes ces personnes avec qui vous avez aussi couché. »

Kuroko sortit du lit pour s'habiller au fur et à mesure qu'il mettait la main sur ses affaires. Plus qu'une réelle affaire, il avait l'impression que Nash se construisait plutôt un harem qui graviterait autour de lui pour obtenir ses faveurs. Il ne comptait pas de toute façon passer la nuit ici, mais imaginer travailler pour cet homme dans un climat pareil le poussait à prendre la sortie et disparaître.

« Je te demande pas une réponse immédiate, little monkey. Juste que si tu veux mon avis, voyager dans le monde entier m'a permis d'en apprendre plus sur moi-même également. Ce n'est pas en restant cloîtré dans sa zone de confort qu'on découvre ce qu'on vaut vraiment.

— J'entends bien. Mais non merci, je décline votre proposition. »

Une fois qu'il eut attrapé son sac, il se tourna vers le blond qui était toujours assis, nu, sur la chaise.

« Sur ce, je vous remercie pour ces moments passés ensemble. Bon courage pour créer votre entreprise, Gold Jr-san. »

Il se pencha respectueusement vers l'avant et sortit de la chambre d'hôtel pour retourner chez lui.

Ce fut la dernière fois qu'il échangea avec l'américain.

Cet étranger rencontrait dans un bar et qui avait fini par l'aider à voir plus clair dans ses sentiments, mais aussi dans sa vie.

Quelques mois plus tard, il remit sa démission à Akashi. Le rouquin lui avait demandé ce que cela signifiait et s'il avait parfaitement conscience de son acte, mais Kuroko était sûr de lui. La graine qu'était parvenue à planter Nash l'avait fait mûrement réfléchir avant de prendre sa décision. Il avait, à son tour, envie de découvrir le monde et en apprendre plus sur lui-même. Ce n'était qu'en quittant sa zone de confort et son quotidien, en se confrontant à l'inconnu, qu'il en apprendra plus sur lui-même et ses réelles capacités.

Et peut-être, un jour, se connaître lui-même un peu mieux.