A Texan Rose Under The Sun
Chapitre 5
Austin, avril 1873.
Le printemps 1873 se révélait venteux et surtout pluvieux.
En effet, pas un jour ne passait sans qu'il ne pleuve.
Évidemment, c'était bon pour la nature.
Ça l'était moins pour le moral de Clea.
Ravie de rencontrer Helen Marshall, sa grand-mère maternelle, elle avait pu se remettre au calme dans cette grande maison de la capitale texane.
Mais la distance ne résolvait rien, elle n'arrêtait pas de penser à James.
Était-il au combat ?
Était-il blessé ?
« Clea ? Un gentleman voudrait te parler. »
Elle se figea, prête à refuser.
Mais Andrew méritait une réponse à sa question, toujours plus pressante.
Au moins, l'affaire serait réglée…
Lissant sa robe et rejetant sa longue tresse dans son dos, elle se leva et sortit sur le porche.
Le soldat était de dos, protégé par une capote de pluie.
Mais Andrew ne possédait pas ces épaules larges et ce grand corps musclé.
La seule personne qui répondait à cette description était…
La gorge nouée, Clea souffla, le cœur battant la chamade :
« James ? »
Il se retourna, levant la tête vers elle.
Les yeux semblaient sombres, dans l'ombre du chapeau.
Mais elle savait qu'ils étaient bruns aux reflets verts.
Énigmatique regard d'un taciturne soldat, si cher à son cœur…
Oo*oO
« Vou… voulez-vous entrer ? »
« Je ne préfère pas. »
« Oh. »
« Je ne voudrais pas salir la maison de votre grand-mère. »
Effectivement, les bottes étaient boueuses.
Et l'uniforme avait connu des jours meilleurs.
Tout comme son propriétaire, apparemment…
Fronçant les sourcils, Clea le questionna :
« James, quand avez-vous dormi, pour la dernière fois ? »
« Il y a 48 heures. »
« Oh, vous étiez en… »
« Mission, oui. »
« Mais pourquoi ne pas être rentré au fort, dans ce cas ? Non pas que je n'apprécie pas votre visite, bien au contraire. »
Un petit sourire éclaira le visage barbu et fatigué du lieutenant.
Mais il ne tarda pas à redevenir sérieux.
« Clea, si je suis venu, c'est pour vous annoncer mon départ. »
« Une autre mission, déjà ? »
« Non, j'ai… j'ai demandé mon transfert. »
Elle s'était figée, les yeux écarquillés.
Ainsi, il comptait partir.
Était-ce à cause d'elle ?
Bien sûr que c'était sa faute !
Quelle idée sotte de croire que…
Une grande main calleuse se posa sur la sienne comme il déclarait à mi-voix :
« Ce n'est nullement votre faute, Clea. »
« J'en ai l'impression, pourtant. »
« Non, ce n'est pas le cas. »
« Andrew a encore fait des siennes, n'est-ce pas ? »
La mâchoire crispée et les poings serrés furent amplement suffisants comme réponse.
Le cœur de Clea fut un peu plus brisé comme, impuissante, elle sentait les larmes rouler le long de ses joues.
James fit un pas vers elle, elle leva un bras tremblant, le stoppant net.
« Je… je vous souhaite tout le bonheur du monde, James. »
« Clea, ne faites pas ça. »
« Peu importe ce qu'on raconte sur vous ou les atrocités de votre passé, vous êtes un homme bon et honnête. »
« Clea… »
« Soyez heureux, James. Pour moi. »
Le regard khaki s'assombrit comme il grognait :
« Vous avez accepté la demande de Thompson !? »
« Vous l'avez dit vous-même, une femme a besoin d'un mari. Et si je ne peux pas être heureuse, au moins serais-je assurée d'une vie confortable. Adieu, James. Que… que Dieu vous garde. »
Oo*oO
Elle s'était retournée, prête à aller s'effondrer en larmes sur son lit.
Mais elle sentit la présence de James dans son dos et elle s'immobilisa.
Il ne parla pas, se contentant d'attraper sa tresse.
Les yeux dans le vague, il passait et repassait son pouce le long des cheveux blonds.
« James ? »
« Vous désirez connaître mon passé, n'est-ce pas ? »
« En… en effet. Mais vous… »
« Je vais vous le raconter. Nous verrons si vous êtes toujours aussi… amicale, après cela. »
Le ton s'était fait résigné et elle fronça les sourcils, s'installant sur un des sièges en bois.
Il s'assit sur l'autre, les yeux baissés sur ses mains.
Alors il parla.
D'une voix basse et monocorde, il raconta les événements tragiques de son passé qui l'avaient conduit à être l'homme qu'il était aujourd'hui.
Parti chasser avec des amis, il était revenu trop tard pour sauver sa famille, massacrée par des Indiens.
Âgé alors de seize ans, il s'était juré de les venger.
Une longue traque avait commencé.
Il était jeune mais savait chasser.
Ainsi, les chasseurs s'étaient, peu à peu, transformés en proies…
Oo*oO
Clés n'était pas partie en hurlant, il avait deviné qu'elle ne le ferait pas.
Mais elle ne parlait pas, les yeux baissés.
Il voulut se lever, elle le questionna :
« Avez-vous… avez-vous tué les femmes, les enfants ? »
« J'ai tué les meurtriers de ma famille et tous ceux qui voulaient ma mort. »
« Je vois. »
« Vous n'hurlez pas. »
« Je devrais ? »
« Habituellement, oui. »
« Je… je comprends votre geste, James. Vous vouliez venger votre famille, vous l'avez fait. »
Il soupira alors.
« Lisez-vous les journaux ? »
« Non, ce n'est pas dans mes habitudes. »
« Les États-Unis sont en guerre contre les Indiens. »
« Je le sais. »
« Personne n'est épargné, Clea. »
Elle s'était raidie, il acquiesça sombrement :
« L'armée m'a supplié d'entrer dans les rangs. »
« Car vous l'aviez déjà fait. »
« En effet. »
« Quand repartez-vous en mission ? »
« Clea, j'ai demandé mon transfert. »
« Annulez-le. »
Il émit un petit rire, abasourdi.
« Ce n'est pas aussi simple. »
« Pourquoi pas ? Dites que vous avez changé d'avis. »
« Si je reste, Thompson aura la gorge tranchée. »
« James… »
« Clea. »
Elle soupira :
« James, faites preuve de bon sens. Si vous le tuez, vous passerez le reste de votre vie en prison. Est-ce ce que vous désirez ? »
« Non. »
« Alors serrez les dents et partez en mission. Si vous me dites qu'Andrew fait partie de votre unité… »
« Le jour où ça arrivera, les poules auront des dents. »
« Soit, tout est réglé. Envoyez-moi un message lorsque vous saurez la date de votre départ. »
« À vos ordres, mademoiselle. »
Elle sourit et il fit de même, portant deux doigts à son chapeau.
Il repartit alors et elle soupira, libérée d'un poids.
L'avenir ne s'annonçait plus aussi sombre, désormais…
Bonus chapitre 6
Elle mangeait peu, dormait à peine.
Et quand son père avait tenté de la renvoyer chez sa grand-mère, il avait vu les yeux chocolat de sa chère petite fille se durcir comme elle serrait les poings, prête à se battre bec et ongles pour rester auprès de Cooper.
