Les couloirs de l'établissement sorcier étaient silencieux. Désert même. Du moins, pratiquement. Les fantômes et autres spectres, eux, ne dormaient jamais. Les tableaux dormaient, du moins autant qu'un tableau le pouvait. Alexander était l'un de ceux qui ne dormait jamais. Son nom avait été oublié depuis longtemps, sombrant dans l'oubli pour n'être connu plus que par le nom du Baron Sanglant.

Baron. Il l'avait été, oui. Un baron d'une petite contrée nom loin d'ici. Il n'était même plus certain qu'elle existe encore, ou tout du moins qu'elle soit habitée.
Il avait été aussi un exécuteur. De nombreuses années auparavant, il était un bourreau. Sa hache avait plus d'une fois tranchée des cous. Combien d'innocents parmi eux ? Combien de sorciers et sorcières ? Combien de fois il avait dû se mordre la joues ou se saoûler dès le soir venu avec des bouteilles de grands crus pour ne pas sombrer dans la folie ?... Beaucoup trop de fois.

Amoureux. Oui il l'avait été et l'est encore. Il était connu parmi les sorciers que le sang maculant sa chemise était celui d'un amour tragique. Celui d'une sorcière au grand cœur. celui de la fille d'un des fondateurs, le sang d'un des spectres aujourd'hui… Mais pas que.
Non… Helena n'a jamais été l'amour de sa vie. Elle était sa meilleure amie, sa presque-sœur. Oui il l'a tué. Tué dans la folie qui l'a pris, poussé par des sorts et breuvages. Quand il l'a tué, il s'est juste assis, fatigué et a fini par s'endormir après plusieurs jours de traque. Tout cela, au fin fond de ce qu'est aujourd'hui l'Albanie. Quand il s'est réveillé, ce fut un véritable cauchemar, un cauchemar éveillé. Dans un dernier geste, il se trancha la carotide, mourant auprès de celle qui fut sa meilleure amie.
C'est ensemble qu'ils sont revenus à Poudlard, Magia leur ayant donné la bénédiction de revenir en spectre. Ils furent accueillis par leur… famille, leurs amis en colère. La mère d'Helena était décédée la veille et n'avait pas vu sa fille comme convenu. C'est ce que signifiait cette première chaîne. Une chaîne de regrets, une chaîne qu'il ne pourrait pas enlever, même avec le pardon.

Sa deuxième chaîne… Elle représente son amour… un amour impossible. Impossible pratiquement dès qu'il l'a vu. Impossible dès le début, dans les années 1450 (il lui semblait). Ce petit garçon qui est arrivé fièrement avec tous ses titres, ses robes riches et qui est allé à Gryffondor. Il l'a vu grandir, devenir véritablement odieux. Il l'a vu partir la tête haute… et revenir pratiquement sans tête en 1492 en tant que spectre.
Le jeune homme avait bien changé. Il avait bien vieilli physiquement. Cette chaîne est devenue lourde et alors que lui était le spectre de Serpentard. Nicholas est devenu celui de Gryffondor. C'était presque… trop facile. C'était comme si le destin lui-même le punissait encore, se moquant une nouvelle fois.

Homosexuel. Oui, c'était un lourd secret à garder, un secret encore plus pesant à ce jour alors qu'il regardait Nicholas voleter dans le couloir, observant les tableaux. Il ne s'en était pas rendu compte au départ. Mais d'années en années cela avait gagné du terrain et quand bien même certains autres fantômes pouvaient être tout aussi attirants… Il ne voyait que lui.

Samhain. C'était bientôt le jour d'anniversaire de la mort de son amour secret. Il entendait chaque année sa plainte. Lui qui a gagné le nom de Nick quasi-sans-tête. Oui, quasi. Cela faisait de lui une honte parmi les cavaliers sans tête. Cela lui faisait mal. Il avait passé trop d'années à y penser et cette année, alors qu'ils étaient au vingt-et-unième siècle, il allait le faire.
Il devait aller retrouver son arme. Elle était venue avec lui dans le royaume des morts… mais il l'avait jeté, refusant qu'elle l'accompagne et elle avait atterrit au sol près des corps. Elle était ailleurs et il n'avait que trois jours pour la retrouver au milieu de l'Albanie. Si son intuition était la bonne, la hache fonctionnerait sur les êtres comme eux et… il pourrait lui offrir son plus grand rêve.
Il soupira et eut un petit sourire en écoutant l'homme parler avec l'un des tableaux racontant une histoire que lui seul savait. Ils n'avaient peut-être pas besoin de dormir, mais il savait que la voix du jeune seigneur pourrait certainement le mener au sommeil. Il pourrait certainement mourir de nouveau pour l'écouter parler pendant des heures.

Il traversa le mur et prit la direction où était certainement son amie; la bibliothèque. Il devait l'informer de son absence.


Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, souria en écoutant la réponse du tableau face à lui. Pendant longtemps et dès son arrivée dans cette école en tant qu'élève, il avait aimé écouter les tableaux. C'était quelque chose de passionnant d'entendre leurs vies, leurs histoires. Savoir ce qu'ils ont vu il y a peu, ou vécu il y a longtemps. C'était une vraie mine d'histoires vivantes et de ragots.

Il passa ses doigts sur son cou. Ce cou tranché… ne laissant qu'un bout. Il avait pourtant voulu être parfait, avoir une histoire d'amour avec une demoiselle avec qui il avait entamé une cour sous le regard critique de son père. On l'avait pris pour un fainéant alors qu'il passait des heures à lire encore et encore quand personne n'était là. On l'avait pris pour quelqu'un d'hautain, mais il ne l'avait pas été plus que ceux de sa famille. On lui avait coupé la tête… parce qu'un sort s'était mal passé et qu'une dame de la cour s'était retrouvée avec des défenses d'éléphants.

Cela faisait déjà tant d'années. Venait-il un moment dans la vie d'un spectre où l'on est fatigué de "vivre" et où l'on a simplement envie de… de partir ailleurs ? Peut-être… Peut-être pas. Quand il voyait les autres tels que la Dame Grise ou encore le Baron. Il semblait que la "vie" valait encore d'être vécue. Ils étaient les deux spectres les plus vieux.
Il se soufflait même entre les autres qu'ils étaient déjà présents au temps des fondateurs.

Le Baron. La première fois qu'il l'avait vu, cela avait été lors de sa rentrée, dès le premier jour. Il avait eu la frousse de sa vie avant d'avoir honte de sa réaction. Il l'avait détesté et pendant longtemps il n'avait pas pu le supporter, le fuyant assez souvent avant… Avant que la puberté ne le frappe violemment.

On lui avait toujours répété qu'il fallait qu'il reste pur pour que son mariage futur soit sain. Tout comme on lui avait dit, encore et encore, qu'un homme c'était avec une femme. Alors quand il s'était rendu compte qu'au lieu de fuir de le Baron il commençait à le regarder, tout comme ses yeux passaient sur ses camarades de classe ou sur certains de ses professeurs masculins… Il était tombé malade. Il était resté des jours dans l'infirmerie complètement retourné… avant d'en sortir avec le cœur au bord des lèvres et le savoir qu'il devait se faire une raison. Jamais il ne pourrait avoir d'aventure avec un homme… et de toute façon… c'était un crush ridicule sur un spectre terrifiant.

Il était parti pratiquement deux ans plus tard. Avant de revenir ici une vingtaine d'années plus tard. Il ne se rappelait pas très bien pourquoi il est venu ici, à Poudlard. Ce qu'il sait c'est qu'il fut accueilli avec méfiance avant d'être complètement intégré au groupe. Enfin… aussi intégré que possible.

Son anniversaire de mort approchait et… étrangement cette année, il n'avait pas envie de le fêter. C'était une de ces années où il se sentait lasse mais gardait un sourire de surface. Un sourire pour rassurer la foule et finalement finir par pleurer autant que la jeune Myrtle Warren. Il salua le tableau et disparut par le plafond. Il avait envie d'observer les étoiles ce soir.


"Cela ne m'étonne même pas, Alexander" lui avait-elle dit. Helena n'avait pas été du tout étonnée quand il lui avait annoncé son projet pour la hache. Elle avait même ajouté qu'elle attendait cela depuis longtemps, de le voir s'épanouir et briser un peu les règles encore. Ils pouvaient se toucher entre eux… Ils étaient actuellement dans une période où les personnes pouvaient s'aimer librement et s'affirmer en tant que personne. Alors, elle l'avait poussé pratiquement vers la sortie en disant qu'elle préviendrait les professeurs et surveillerait Peeves pour lui.

C'est pour cela qu'il était actuellement au milieu de nulle part alors que le jour se levait et qu'il ne reconnaissait rien. Il avait pourtant laissé son instinct et ses souvenirs le guider. Mais rien n'y faisait et il ne reconnaissait vraiment pas l'endroit. En même temps… Cela faisait bien plus d'un millénaire. Ce qui avait été une zone déserte avec une grotte, était aujourd'hui une zone habitée. Qui disait zone habitée, disait qu'il y avait sûrement ce que les moldus appellent un musée. Sa hache, la version réelle, devait être non loin. Tout comme… tout comme son corps.

Si un fantôme pouvait être malade, il l'aurait certainement été. Il n'avait pas pensé à cela. Était-il vraiment prêt à faire face à son corps … à ses os ? À faire face à cette lourde vérité d'être… mort. Il devait se renseigner.

Trouver une zone magique n'avait pas été si compliqué. Trouver un sorcier, ou sorcière, avec qui il pouvait parler sans que cette personne ne hurle de terreur… en était une autre. Il avait passé pratiquement sa journée et c'est avec un presque soulagement qu'il se retrouvait là, dans la maison d'un historien sorcier.

- Puis-je avoir votre… nom ?
- Avez-vous entendu parler de Poudlard ?
- Je suis historien, ce serait insulter mon travail de ne pas connaître l'école de sorcellerie d'Angleterre.
- Je suis l'un des spectres de l'école. Mon nom a été oublié, mais l'on me nomme le Baron Sanglant.
- Fascinant. Je ne pensais pas que les.. spectres pouvait quitter l'endroit dont ils… habitent.
- C'est fatiguant de le faire. C'est presque… dépaysant.
- Je vois. Que puis-je faire pour vous ?
- Il y a de très nombreuses années, je suis arrivé ici en tant… en tant qu'exécuteur. Ma mission était de chercher une amie qui avait fuit. Sa mère était mourante et dans ses heures de déclin, elle a demandé à la revoir. J'ai mis des jours à la retrouver et une fois ici... J'ai été prise de folie... Je l'ai tuée.

Alexander observe l'extérieur à travers la vitre, la vie qui se déroule dans les rues de la ville.

- Quand je suis revenu à moi plusieurs heures plus tard… je me suis tué. L'arme utilisée est une hache de bourreau. Elle doit faire dans les 80 centimètres si je me rappelle bien. Le bois c'est du chêne poli et verni. Normalement c'est assez sombre mais je pense que les années l'ont rendu plus clair. La lame est noir et doit bien fair fois ma main. Dessus, en lettre d'or, il est gravé en vieux Gallois mon vrai patronyme.

L'historien ouvre plusieurs livres tout en écoutant le spectre parler. Il l'avait vu il y a quelques années et l'histoire voulait qu'elle fut retrouvée près de deux corps dans une cave. L'histoire coïncidait parfaitement et pouvoir avoir l'histoire derrière pourrait être quelque chose en or.

- Cela me dit quelque chose... Je l'ai vu il y a quelques années... AH-AH ! Ici.

Il tourna le livre sur son bureau. Alexander approcha et ouvrit la bouche, surpris. Il y avait un dessin en noir et blanc de l'endroit avec les deux corps et la hache… Il posa sa main dessus et quand bien même il passait à travers… Il ne pouvait pas s'en empêcher.

- J'aurais jamais cru revoir cela autrement que dans mes… cauchemars.
- D'après mes dossiers, elle est actuellement au musée. Nous pouvons y aller dès maintenant, je ne pense pas que l'on me refuse l'accès malgré l'heure.
- Allons-y.

L'homme disparu par une porte en lui disant de l'attendre, qu'il devait prendre quelques trucs. Alexander resta là, devant le livre ouvert. Il n'était plus très certain de savoir si c'était une bonne idée ou non.


Nicholas était inquiet. Il n'avait pas vu le Baron de la journée et ce n'était pas normal. Il était même du genre à être plus présent quand Samhain approchait. Il avait parcouru tout le château en entier deux fois…. DEUX FOIS. Pas la moindre trace. Il se souvint alors que peut-être celle qu'on surnommait la Dame Grise saurait où il était. Il prit son courage à deux mains spectrales et se dirigea vers la bibliothèque là où elle pouvait être trouvée.

Arrivé devant, il la vit dans un des coins de la pièce. Elle avait l'un de ces nombreux livres avec elle et lisait sous la surveillance de Mme Pince. Il n'était jamais venu ici en présence des autres. C'était… impressionnant. Il entra et silencieusement il l'approcha.

- Hum… Excuse-moi, chuchote-t-il.

- Nick ? Que puis-je faire pour toi ? demande-t-elle en levant la tête.
- Tu saurais où est le Baron ? Je ne l'ai pas vu de toute la journée et… cela m'a étonné au vu de la période.
- Il… il est parti régler une affaire en dehors. Il sera de retour pour Samhain, n'ai aucune d'inquiétude.
- D'accord, dit-il déçu en sachant que l'homme ne l'avait même pas prévenu. Bon bah… j'y vais. Merci.

Elle ne put rien dire de plus qu'il disparu dans le sol. Elle secoua la tête et souffla. Jamais elle n'aurait pensé voir deux spectres aveugles aussi longtemps. Après… vu la période à laquelle ils ont vécus, ce n'était pas si étonnant.


L'homme du musée ne savait pas trop comment réagir. Cela faisait une trentaine d'années qu'il travaillait là et côtoyait les sorciers comme les moldus. Mais voir un spectre était autre chose. Il toussota.

- Je vois de quelle arme vous parlez. Si vous voulez bien me suivre.

Ils traversèrent la galerie avant d'arriver dans une partie avec des armes. Il la reconnut de suite. Dépassant les hommes et leur provoquant la même sensation que d'avoir été jeté dans un lac gelé. Il l'observa avec minutie. Des années qu'il l'avait pas vu. Il tourna la tête vers le l'homme qui s'occupait ici en une demande muette.

- Je… Attendez-moi ici. Je pense qu'une discussion avec le directeur va être nécessaire. Je pense aussi qu'il faudra quelque chose en retour si vous comptez l'emmener.
- Je… Je ne veux que l'avoir qu'un moment. Si je la prend, je vous la rendrai le 1er Novembre au plus tard. Je refuse de la garder, elle a … j'ai fait trop de mal avec.
- Vous ne seriez pas contre raconter l'histoire derrière ?
- Je ne suis pas le seul pour l'histoire, mais si vous venez à Poudlard peut-être que mon amie acceptera de parler aussi car elle est… ma dernière victime. En vrai… j'en ai besoin pour… pour offrir un cadeau à une personne qui m'est vraiment chère. Le fait que cette arme soit la mienne permet d'avoir un lien et … je pourrais la porter, qu'elle deviendra fantomatique rien qu'un instant.
- Bien, je reviens.

L'homme disparu, les laissant là tous les deux.

Avoir la hache pour simplement quelques jours fut difficile à négocier. Il finirent finalement par faire le compromis suivant : l'avoir pour le soir de Samhain et elle serait rendue le lendemain dernier délais. Le conservateur fut donc chargé de l'apporter le jour J et de revenir la chercher. Alexander les remercia et pria pour que Nicholas accepte son cadeau.

Le Baron était rentré tard le soir et il avait été soulagé de le voir. C'était étrange de savoir qu'il était partit en dehors de l'école, lui l'un des spectre les plus … associables. Il en restait du moins que demain il ne voulait rien faire. Il n'avait plus qu'à aller ailleurs, dans un coin tranquille et s'enfermer, attendre que le temps passe et revenir plus tard.


Assis dans l'une des nombreuses pièces désertes, cela faisait des heures qu'il regardait la cour se remplir et se vider en fonction du moment de la journée. Il avait dû changer d'endroit plusieurs fois, de peur de se faire repérer et de ne plus être tranquille. Un bruit le fit tourner la tête et il eût la surprise de voir le Baron le visage… différent… presque l'air inquiet.

- Nicholas… je t'ai cherché toute la journée.
- Tu m'as… cherché ? dit-il, sa voix teintée de plaisir.

L'homme s'approcha et vint à ses côtés en soufflant. Il l'observa avec un doux sourire malgré son stress et se lança.

- Oui, aujourd'hui est un jour important pour toi et je tenais à… à t'offrir quelque chose cette année. J'ai été le chercher et c'est pour cela que j'ai dû sortir.
- Je… je ne pensais pas le célébrer cette année mais… je ne dis pas non à ce que tu m'offres quelque chose hein ?! Mais c'est juste… Je me sens las.
- Si tu veux bien me suivre chez les serpents, je préférerais te l'offrir en privé.
- … Je te suis.

Les deux disparurent de la pièce et traversèrent le château de part en part. Ils arrivèrent dans une pièce aménagée dans une des ailes abandonnées de Poudlard. La pièce était plutôt simple et contenait tout ce qu'il pouvait y avoir dans un appartement d'une personne en vie. Les murs était de couleur neutre bien que tirant sur le vert-bleuté. Les meubles étaient en bois clair et les fauteuils chocolat au lait.

Ils prirent place sur l'un des canapés et Alexander devint nerveux. Il l'avait mené dans son antre secret, son appartement. Il passa une main dans ses cheveux fous, faisant tinter une des ses chaînes avant de se lancer.

- Je veux que tu m'écoutes jusqu'à la fin et que tu me répondes après.
- D'accord. mais tu m'inquiète.
- Avant d'être un spectre, j'étais un bourreau, mais aussi un exécuteur. Mon nom était Baron Alexander Cranford , dit le sanguinaire. Ma dernière victime … c'est la Dame Grise, Helena Serdaigle, ma meilleure amie et fille de Rowena. J'ai été… Je ne l'ai jamais voulu et … je me suis suicidé peu après. Ma hache, je l'ai jeté, refusant qu'elle m'accompagne dans ma nouvelle vie. Mais j'ai un lien avec elle et … j'ai été la chercher. Le lien avec ton cadeau ? C'est que si j'en prend possession, elle devient une part de moi et… Si tu le veux, je peux réaliser ton rêve, celui d'être Nick Sans-tête, l'un des cavaliers.

Nicholas ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois. Incertain de comprendre tout ce que le Baron, non Alexander, lui avait dit. Il s'était révélé à lui. Il lui offrait son plus grand rêve. Il..

- Mais… P… Pourquoi tu ferais ça pour moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi tu me dis tout cela ? Tu ne vas pas... quitter le château, hein ?
- Je… J'ai mis longtemps… très longtemps a… a accepter que ...que mes sentiments pour toi sont loin d'être une simple amitié ou camaraderie, dit-il en tournant son regard. C'est un lourd secret, une de mes chaînes qui ne m'a pas quitté.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant ?!
- Parce que j'avais peur ! Tu peux comprendre que j'ai plus de 1100 ans et que je t'ai vu grandir ? Que j'ai connu le château à son début ? Que j'ai vu le monde changer et j'ai vu comment l'on traitait les gens comme moi ?! Comment je pouvais savoir que tu… Tu ne me l'as jamais dit toi aussi et pourtant t'es un Gryffondor.

Nicholas secoua la tête, rigolant un peu et manquant de la détacher tellement ce fut fort. Sa vue était trouble. Il ne pensait pas qu'il pleurerait encore aujourd'hui, surtout de joie. Ils avaient perdu beaucoup de temps. Mais maintenant ils allaient avancer et commencer quelque chose ensemble. Il lui fit un sourire timide.

Alexander posa sa main sur la joue du plus jeune et essuya les larmes du revers du pouce. Il la fit glisser et la passa dans le cou, là où était la faible attache. Il releva un sourcil en une question muette. Nicholas ferma les yeux d'émotion et acquiesça. Même si on lui interdisait l'entrée dans la cavalerie sans tête à cause de sa tête tranchée post-mortem… Cela ne changerait rien à son bonheur actuel.

L'homme lui embrassa la joue et lui murmura d'aller dans la chambre, lui montrant la porte d'un signe de tête et de l'attendre torse nu, allongé sur le lit. Il devait aller chercher l'outil et il l'aiderait à s'installer correctement. Le Gryffondor rougit, bleuit plutôt, et murmura un simple "d'accord", avant de disparaître par la porte.

Le spectre de Serpentard lâcha un petit rire nerveux et partit chercher ce qu'il fallait. Quand il revint, ce fut le dos nu de son… petit ami, amour, qui l'accueillit. Il était plus ou moins allongé sur le lit, la tête pendante. Il déglutit nerveusement.

- Alex ? murmura Nicholas.
- Qui aurait cru que je décapiterais la personne que j'aime pour son anniversaire de mort ?
- Fais-le et je te remercierais comme il se doit.
- J'ai peur… Je ne veux pas te faire de mal…
- Fait-le Alex. Ne crains rien, dit-il en montrant son cou tranché en deux. Tu ne peux pas empirer la situation.
- O… Okay.

Les mains encore tremblantes, il prit la hache à deux mains et glissa la lame dans l'espace présent. Il pouvait le faire… il pouvait vraiment le faire et il ne le tuerait pas. On ne pouvait pas tuer un spectre ainsi… Il ne lui semblait pas. Il souffla et lança un décompte à partir de trois.

Trois. Il commence à lever la hache, prenant position, les pieds bien ancrés au sol.
Deux. Il teste le mouvement. ajustant la position.

Un. Le dernier avertissement, il lève la hache.

Clac.

La hache fend l'air et sépare pour de bon la tête de Nicholas de son corps. L'homme lâche une vive inspiration de surprise mais aussi de douleur. Il ne s'attendait pas à ressentir la douleur. Surtout pas après autant d'années sans l'avoir sentit. Mais ce fut court.

Alexander lâcha la hache dès la fin. Celle-ci reprenant forme mortelle. Il redressa Nicholas et déposa la tête sur le corps. Il tatta de chaque côté, inquiet.

- Nick… Ça va ?!
- Ce… Ce n'est rien, Alex. Ça m'a surpris, dit-il en prenant une des mains de l'ex bourreau dans la sienne.
- Aussi amoureux que je sois, plus jamais je ne ferais quelque chose d'aussi fou.
- Promis, je ne te demanderais jamais la lune. Merci d'avoir fait cela.

Nicholas embrassa l'intérieur de la main d'Alexander, le regardant avec amour. L'homme de Serpentard fondit et embrassa la joue du plus jeune, plusieurs fois, se rapprochant petit à petit de ses lèvres. Puis enfin leur premier baiser. Un simple pression bouche contre bouche. Plusieurs fois, de plus en plus prolongé.

Front contre front, ils se sourient. Restant un instant comme cela, rien qu'un instant.

- Hey… murmure Alexander
- Hum ?
- Bon anniversaire de mort, mon Amour.
- Merci Alex. Merci énormément.
- Je peux te laisser un instant, j'aimerais… éloigner l'arme au plus vite.
- Je t'attends… dépêche toi.
- Nous avons tout notre temps, Nick. Mais je fais au plus vite.

Il l'embrassa une nouvelle fois sur les lèvres et disparut de son appartement, arme en main. Nicholas, de là où il était, entendit le hurlement de terreur de Peeves et souris en sachant que le spectre avait certainement croisé Alexander avec sa hache. Il attendit un bon moment, sachant qu'il devait remettre la hache à sa place, mais aussi prévenir Helena de son retour.


C'était tellement étrange de mettre un nom, un vrai nom sur l'un des spectre quand on l'a pendant longtemps appeler autrement.

C'était étrange, nouveau, mais loin d'être désagréable. Alexander. Qui aurait cru que le spectre qui effrayait le plus de monde dans cette école avait un tel cœur, une telle histoire ?

Une caresse sur sa joue lui fit ouvrir les yeux qu'il n'avait pas eu conscience de fermer. Il était … serein. Il se redressa légèrement, prit le poignet gauche de l'homme et triturant la chaîne qui y pendait, il tira dessus. Le bracelet de fer glissa et disparut. L'homme observa ses deux poignets libres, Helena ayant décidé de le libérer avant qu'il ne revienne ici et il sentit sa gorge se serrer. Il était libre.

- Que…
- Nous sommes libres, murmura Nicholas. Viens t'allonger et dormons.
- Dormir ? Mais…
- Ne le sens-tu pas, au plus profond de toi-même, que nous pouvons dormir ce soir ?
- Mais… Allons-nous nous réveiller ?
- Est-ce si important après tout ce temps ?
- Bien sûr ! Après autant de temps nous sommes enfin ensemble je ne veux pas que notre histoire soit littéralement morte-née !
- Mourir… c'est partir ailleurs. Nous pourrions renaître. Et quelque chose me dit que nous le devons et .. que ce sera quelque chose de bien qui nous arrivera.
- Je te préviens… si on se retrouve au purgatoire, je te trancherai en plusieurs parties.
- D'accord. Viens là et embrasse-moi… puis dormons.

C'est enlacé qu'ils s'endormir après une séance de baiser intense et d'enlaçade amoureuse.


C'est le matin qui les réveilla. Mais aussi la lourdeur et une sensation de poids. Alexander cligna des yeux, passa sa mains dans ses cheveux, se demandant ce qu'il se passait avant de lever ses mains devant lui et d'hurler de terreur en voyant des mains de vivant.

Son cri réveilla en sursaut Nicholas qui manqua de tomber au sol. Ce dernier darda ses yeux bleus sur la personne à côté de lui faite de chair afin de comprendre ce qui n'allait pas. Il parcourut le corps de l'homme, du jeune homme au long cheveux noir bouclés et yeux chocolat. Il flottait dans des affaires trop grandes pour lui et… horriblement taché de sang.

Alexander s'approcha de Nicholas et l'observa à son tour, le toucha, surtout sur le cou où une très fine cicatrice faisait le tour. L'homme devait être dans la vingtaine et avait les cheveux blond court et des yeux bleus incroyables.

- Qu'est-ce que… ?
- Magia nous a offert une autre chance… Je ne dirais pas non à un bain, un vrai bain et quelques vêtements propres avant d'aller rendre visite à la directrice. Tu ne vas pas me découper hein ?
- non, non du tout… Mais merde.

Nicholas lui sourit et l'embrassa, le plaquant sur le lit. Le baiser était différent de la veille, plus réel, plus … tout. Le baiser dura un moment avant que leur corps ne leur rappelle qu'ils étaient maintenant bien vivants et qu'il fallait utiliser la salle de bain et les toilettes, mais aussi le besoin de manger. C'est avec des jambes tremblantes qu'ils arrivèrent dans la pièce et manquèrent de tomber au passage.

Ils prirent rapidement la décision de prendre une douche rapide et assise, puis de prendre le petit déjeuner. Le bain pouvait attendre le soir. Il passèrent du temps à se toucher, découvrir et redécouvrir leur corps, le toucher…

Sortir fut difficile et plusieurs fois ils manquèrent de chuter. Arrivés dans la chambre, ils ouvrirent le placard et ne trouvèrent que des affaires de l'ancien temps, assez défraîchis. Alexander soupira et appela un elfe de maison qu'il dû calmer avant de lui expliquer rapidement qui ils étaient, pourquoi ils étaient là et de quoi ils avaient besoin.

C'est avec soulagement qu'ils eurent des affaires prêtés par un des professeurs et une indication que la directrice actuelle arriverait d'ici quelques minutes. Ce fut donc sans surprise que Minerva McGonagall passa la porte de l'appartement. Ses cheveux avaient pratiquement entièrement blanchis ces dernières années et elle portait toujours son chignon serré et son air sévère bien que, adoucie avec le temps. Elle resta un moment debout en voyant les deux hommes assis à table, côte à côte, devant un pantagruélique repas, à discuter et une main venant de temps en temps toucher l'autre ou une paire de lèvres attraper sa jumelle. Elle toussota, attirant leur attention.

- Professeure !
- Je dois avouer que quand l'elfe Cassy m'a dit que deux des spectres de Poudlard étaient en vie et demandaient ma présence, je ne m 'attendais pas à cela messieurs.
- Nous ne nous attendions pas à cela non plus, directrice.

Les deux jeunes hommes s'observèrent et expliquèrent l'ensemble de la soirée à la directrice, n'omettant que quelques détails privés avant d'arriver au matin même.

- Quand Alex a hurlé ce matin… j'ai eu la trouille de ma vie. Mais maintenant… ce qui est fait est fait et… je pense que nous allons partir un moment.
- Mais vous allez devoir expliquer pourquoi le Baron sanglant et Nick Sans-Tête sont absents.
- Et comment allez-vous l'expliquer au monde ?
- Personne ne nous connaît. Il ne sera pas bien difficile de nous faire une vie. Je pense qu'une discussion avec la Ministre Weasley pourrait nous garantir une certaine discrétion et… Elle était intelligente.
- Vous savez quel nom vous allez prendre ?
- Nous… devons en parler, dit Nicholas avec prudence. Voir si nous allons prendre un nom pour deux ou non. Notre relation est jeune et ce n'est pas quelque chose à prendre à la légère malgré nos quelques centaines d'années de vécu.
- Dans tous les cas je pense que nous reviendrons.. Ici, c'est chez nous et… ça le restera certainement pendant longtemps.
- Compréhensible. Bien, je vous laisse et passez me voir avant de partir. Le mot de passe est Aristochat.

La femme sortit de la pièce et secoua la tête. C'était bien là l'œuvre d'une magie puissante. Elle devait contacter Hermione.

Les deux jeunes hommes finirent leur repas et discutèrent, un bon moment afin de décider où aller, quel nom prendre et pendant combien de temps durerait leur voyage approximativement.


Ce fut pratiquement sans surprise que la directrice, et l'ensemble du château, les virent partir le soir même après avoir discuté avec les autres spectres et quelques autres personnes. Helena jura de garder un œil sur Peeves et de le menacer avec autant de terreur qu'il le faudrait. Peeves, ou Peers tel était son nom, lâcha même une larme en les voyant partir.

C'est main dans la main qu'Alexander et Nicholas Carlson quittèrent Poudlard, non sans un dernier regard et la promesse d'y revenir… en tant que vivants ou spectres.