Disclaimer : Kill Ben Lyk est l'oeuvre d'Erwan Marinopoulos, de Jean-Christophe Establet et d'Oliver Maltman.
Résumé : Ben tomba des nues quand il apprit que l'anniversaire de Roberto, c'était le vingt-cinq décembre.
Note de l'auteur : Cet OS est une réponse au défi d'écriture Calendrier de l'Avent 2020 de la page Facebook « Bibliothèque de Fictions ». Les conditions étaient : deux cents mots minimum, cinq mille mot maximum, inclure les mots «rêver» et « courir», inclure la phrase « Il faut qu'on parle.».
Réconcilier Noël et anniversaire
- Robbie. Il faut qu'on parle. Lança Ben d'un ton sérieux, ce qui ne manqua pas de surprendre Roberto
Le jeune youtuber disait souvent vouloir parler sérieusement mais là, le timbre de sa voix était sans appel. Ca n'était pas le sérieux qu'il disait afficher alors que c'était souvent pour des broutilles, comme gérer les mauvais commentaires sur ses vidéos ou si sa vidéo en cours était bien, s'il n'avait pas l'air bizarre. En fait, à cet instant précis, le vidéaste était remisé et c'était juste Ben Lyk, son colocataire et ami, qui lui parlait.
- Ouais ? Dit-il depuis le canapé
- Pourquoi tu ne m'as jamais dit que t'étais né le jour de Noël ? Sérieux, ça fait neuf mois qu'on vit à deux et t'as jamais pensé à me le dire ?
L'espace d'un instant, le jeune homme se demanda comment il avait appris l'information. Puis il remarqua sa carte d'identité dans les mains. Ben avait eu la gentillesse d'aller chercher un colis pour lui car il était malade et fiévreux. Roberto lui avait donc passé les documents nécessaires. C'était donc en lisant la fameuse carte qu'il avait vu sa date de naissance.
- Je connais ton groupe sanguin, ton groupe préféré, les aliments que tu détestes, plein de détails mais une chose comme ta date d'anniversaire, non.
Roberto soupira.
- Je n'ai pas cherché à te la cacher.
- Je sais... J'ai pas cherché à te la demander non plus... J'aurais cru que ça serait venu dans la conversation. J'ai honte.
- Te bile pas pour ça. J'aime pas mon anniversaire de toute façon. Alors, même si tu ne me l'avais pas souhaité, ça n'aurait pas été un drame.
- C'est vrai ? T'aimes pas ton anniversaire ? S'enquit Ben en s'asseyant à ses côtés.
- Non, sincèrement. J'aime pas mon anniversaire et j'aime pas Noël non plus.
Le malade pouvait voir le pet de cerveau de son colocataire à travers son regard.
- Bah pourquoi tu m'as laissé décorer l'appartement, alors ? Tu m'as même aidé ! Demanda-t-il
- Parce que tu vis aussi ici. Répondit-il. Et puis, même si j'aime pas Noël, la déco est sympa.
- Pourquoi tu n'aimes ni ton anniversaire ni Noël ?
- Oh, pour beaucoup de raisons. Des raisons philosophiques et des raisons beaucoup plus égoïstes. Tu me verrais d'un autre œil si tu savais.
- J'en serai le juge. Je voudrais savoir.
Les raisons pour son désamour de sa date d'anniversaire étaient intimement liées à celles pour lesquelles il n'aimait plus Noël.
Petit, comme tout le monde, il adorait cette fête : les vacances, les dessins animés, les gâteaux et les cadeaux. Cela le faisait rêver. Même la messe de minuit lui était agréable.
Mais en grandissant, alors qu'il se découvrait et qu'il traitait les yeux sur sa famille, alors qu'il comprenait petit à petit la toxicité des siens, qu'il remettait sa propre foi en question, Noël perdait de son éclat.
Au-delà du côté commercial de la fête que l'on pouvait critiquer, c'était surtout l'hypocrisie religieuse de ses parents qui le dégoûtait petit à petit.
Noël, c'était censé être le temps du partage, du pardon, de l'ouverture pour aider son prochain. Sa famille s'en vantait d'ailleurs, de mettre un couvert en plus, de respecter la tradition de la place du pauvre.
Eux qui n'hésitaient pas à dire aux SDF qu'il fallait se bouger le cul et trouver un boulot au lieu de mendier.
Eux qui allaient à la messe de minuit, aux messes dominicales, se confessaient, écoutaient les paroles sur l'acceptation des autres.
Eux qui traitait comme persona non grata une de ses cousines qui avait été violée et qui était tombée enceinte, à qui on avait refusé l'avortement parce que c'était péché mais que l'on traitait désormais en pestiférée car c'était bien connu que les victimes de viol avaient dû chauffer le violeur avant...
Lui dont on s'était moqué quand il avait voulu passer le réveillon de Noël dans une soupe populaire pour nourrir les pauvres et les sans-abris.
Lui à qui on reprochait d'être distant et d'avoir de la rancune alors qu'on le traitait en monstre parce qu'il aimait des deux côtés.
Noël dégoulinait d'hypocrisie.
C'était devenu la course à qui ferait le plus gros cadeau, à qui organiserait le mieux la fête, à qui recevrait le plus de présents... Au lieu d'être un moment de paix et de joie, c'était devenu une source de stress, de compétition.
Ainsi, tout en se prétendant bons chrétiens, ils bafouaient le premier ordre du Christ en réinvitant les marchands à venir vendre au temple.
La crise de foi spirituelle de Roberto rimait avec une crise de foie, écœuré par tant de mensonges.
- Et les raisons plus égoïstes ? Demanda Ben
Roberto admettait que c'était petit, gamin et cela faisait très « problème du premier monde ». Il en avait un peu honte d'ailleurs. Mais le fait était qu'un anniversaire, même si on ne le fêtait pas ou si on ne faisait rien de spécial, c'était un jour que l'on savait particulier. Un jour rien qu'à soi. Un jour où on pouvait se permettre un peu plus d'égoïsme parce qu'on fêtait sa venue au monde. Un anniversaire, c'était la journée spéciale de celui qui le célébrait.
Et lui n'avait jamais eu le droit à son jour spécial.
Déjà, le fait d'être né à Noël n'aidait pas. Une de ses cousines était née le vingt-quatre et on confondait toujours son anniversaire avec Noël alors qu'on était la veille, alors lui, le vingt-cinq pile poil... En fait, son anniversaire, il avait toujours eu l'impression qu'on l'expédiait. On le lui souhaitait le matin, on l'embrassait vite fait, on lui offrait son cadeau et c'était tout, on passait à Noël, la corvée était finie. Sa grand-mère l'avait laissé s'échapper un jour, par maladresse la connaissant : « Maintenant que c'est fait, on passe à Noël. ». Il ne demandait pas à ce qu'on ne fête pas Noël juste pour lui. Cela aurait été cruel. Mais à la vérité, son anniversaire, toute sa vie, ça avait duré cinq minutes sur les vingt-quatre heures.
- Attends... Ils auraient pu couper la poire en deux... Dit Ben. Le matin, vous faisiez Noël et l'après-midi, c'était ton anniversaire. Perso, si t'avais été mon gamin, c'est ce que j'aurais fait, ça paraît logique.
- Et encore, t'as pas tout entendu. Tu t'imagines, tous les ans, pendant que tu grandis, entendre tes parents et tes grands-parents s'engueuler pour savoir qui fera Noël ? Ca fait toujours plaisir de savoir que le jour de ton anniversaire cause une guerre intestine puisqu'on ne sépare pas les deux. Et quand t'oses dire quelque chose, qu'on te remet à ta place parce que t'as rien à dire ou que t'es ingrat ? J'ai passé mes dix-neuf ans assis loin de mes cousins, les seuls membres potables de ma famille et avec lesquels je m'entends bien et personne ne m'a adressé la parole ou ne me répondait, ou juste en piques parce que ma tante et ma mère s'étaient prises le bec sur le repas à préparer. Et après, personne n'a compris quand j'ai dit vouloir passer Noël seul l'année suivante. Donc oui, mes raisons sont très gamines.
- Gamines ? Robbie... Où est le mal à vouloir une journée à soi ? Oui, okay, c'est pas vital mais c'est pas un crime ! T'as raison de dire qu'un anniversaire, c'est le jour où tu te sens plus important et où tu te permets une petite folie en plus.
- Tout le monde n'est pas aussi ouvert d'esprit que toi.
Ben soupira puis sembla soudain prit par une idée. Il avait un air étrangement décidé.
- Tu sais quoi ? Cette année, le vingt-cinq décembre, c'est pas Noël ! Ca sera ton anniversaire ! On fera ce qui te fera plaisir, on mangera ce que tu veux, on ira même quelque part si tu veux !
- Ben, c'est pas la peine, vraiment... Et puis, ta famille voudra certainement que tu restes le vingt-cinq avec eux, c'est normal.
- Je leur dirai que je ne peux pas parce que c'est ton anniversaire et qu'on fait quelque chose !
- Ben, sérieux...
- T'as le droit d'avoir ton anniversaire, Robbie. D'avoir Noël et ton anniversaire séparés comme il se doit. Mes parents et ma grand-mère ne diront rien. Je te rappelle qu'ils t'apprécient. Et puis, on est le premier décembre. Si je les préviens dans la semaine, ça leur laisse le temps de s'organiser et ça leur évite de courir pour rien.
Roberto soupira.
- Tu ne lâcheras pas l'affaire, hein ?
- Non. Et si tu veux ne rien faire le vingt-cinq, alors on ne fera rien. C'est ton anniversaire et tu peux le passer comme tu le souhaites !
- Soit... Si ça te fait plaisir.
- Faut surtout que ça te fasse plaisir à toi, Robbie.
Il l'avouait, l'idée de passer un vrai jour d'anniversaire aux côtés de son meilleur ami lui plaisait. Un jour rien qu'à lui, avec une personne qu'il appréciait énormément, à profiter et à se réjouir d'être en vie. Et savoir que Ben s'en souciait autant le touchait profondément. Plus qu'il ne voulait l'admettre même.
- D'accord. Mais seulement si ça ne pose vraiment aucun souci à tes parents et à ta grand-mère.
Ben sourit, victorieux. Il dégaina son téléphone portable et appela sa grand-mère. Lorsqu'il revint, il riait un peu.
- Ma grand-mère veut t'envoyer un colis d'anniversaire.
- C'est super gentil.
- Et mes parents te proposent ceci : si tu fêtes Noël tout seul, tu peux venir à Liverpool avec moi le vingt-quatre. Comme ça, tu seras en bonne compagnie.
- T'es au courant que ta famille, qui me connaît depuis grosso merdo un an, m'accueille comme ça, les bras ouverts alors que la mienne m'a foutu à la porte pour une histoire à la con ?
- Que veux-tu ? Etre génial, c'est une seconde nature chez les Lyk !
Roberto ne lui dit cependant pas qu'il venait de réaliser un miracle :
Pour la première fois depuis longtemps, il avait hâte d'être à Noël.
Noël n'était magique que si on le passait entouré de gens que l'on aimait et dont on était aimé en retour.
FIN
