Je sais que plusieurs d'entre vous sont impatientes, alors je ne m'attarde pas.
Voici la suite ;)
Bonne lecture ! Et merci pour l'accueil chaleureux donné au premier chapitre !
Didie


2.

La neige recouvrait toute la campagne du Wiltshire, rendant le paysage presque lumineux malgré la nuit. Le fond de l'air était beaucoup plus froid qu'à Londres et Harry frissonna. Il ne sut pas très bien si le froid en était vraiment le responsable. Les grilles du Manoir Malfoy étaient toujours aussi imposantes que dans son souvenir. Harry avait transplané depuis Londres non loin des haies qui bordaient le Manoir. Il avait attendu la nuit tombée pour ne pas se faire repérer, sachant que des Aurors étaient régulièrement présents sur place pour s'assurer que les barrières magiques, mises en place pour empêcher Mme Malfoy de sortir de chez elle, étaient toujours opérationnelles.
Harry comptait sur son nouveau statut d'Animagus pour rentrer incognito sur la propriété sans se faire remarquer. Les barrières magiques sorcières laissaient passer les animaux. Il était pressé de vérifier si cela marcherait pour lui aussi.

N'ayant repéré personne à l'extérieur du domaine, il se transforma rapidement en chien. Le processus ne lui demandait plus aucun effort maintenant. Tout excité à l'idée de cette sortie un peu spéciale, il se faufila avec empressement sous la haie. Sa forme canine le rendait toujours très impatient lorsqu'il se baladait dans des endroits inconnus. Ce soir, il l'était encore plus que d'habitude. Il ne ressentit rien de particulier en traversant la végétation, si ce n'est qu'un paquet de neige lui tomba sur la tête lorsqu'il frôla une branche basse de la haie. Il s'ébroua avec gaieté. Les protections magiques entourant la propriété l'avaient donc laissé passer comme prévu ! La queue fièrement dressée, la truffe en alerte, Harry se mit en route au petit trot en direction de l'imposante demeure. Sa fourrure le protégeait efficacement du froid comme de l'humidité. Son souffle chaud formait de petits nuages de vapeur en sortant de sa gueule. La neige au sol avait une consistance douce sous ses coussinets. Harry avait l'impression de marcher sur un tapis moelleux. Aucune présence humaine aux alentours n'était à déplorer. Il évita quand même d'emprunter l'allée en gravier – parfaitement déneigée par de la magie sans doute, ou par des elfes - préférant zigzaguer dans le parc pour plus de sûreté. Son plan était d'aller espionner derrière les grandes fenêtres du rez-de-chaussée pour voir si Malfoy était au Manoir en compagnie de sa mère, puis de repartir aussi discrètement. Il n'avait pas besoin qu'on le remarque. Un chien inconnu remontant l'allée principale, même en pleine nuit, serait tout sauf discret.

Il atteignit rapidement la bâtisse, la contourna et se dirigea vers les premières portes-fenêtres éclairées qui donnaient sur l'arrière du parc. Tout était silencieux. Il se risqua à jeter un œil vers l'intérieur. La fenêtre donnait sur un gigantesque salon dans lequel ronflait un énorme feu de cheminée. De là où il était, Harry ne pouvait pas voir s'il y avait quelqu'un dans la pièce. Il se déplaça vers la fenêtre suivante pour avoir un meilleur point de vue.
Une femme lisait dans un des fauteuils près du feu. Mme Malfoy était fidèle à elle-même. Très digne, bien habillée, alors qu'elle était seule chez elle. Personne d'autre en effet ne lui tenait compagnie. Cela ne signifiait pas pour autant que son fils n'était pas là. Il pouvait être ailleurs dans le Manoir, à l'étage par exemple. Le bâtiment était tellement immense. Comment vérifier ? Harry décida de poursuivre son inspection, pour vérifier si d'autres pièces étaient occupées. Il était un peu déçu de ne pas voir Malfoy, sans savoir vraiment pourquoi. Où ce blondinet arrogant pouvait-il bien être ? Rien dans la Gazette du Sorcier n'était paru sur lui depuis le procès. Il avait dû se faire très discret. Mais où pouvait-il être si ce n'est au Manoir ? Il devait être là, c'est certain. Harry voulait juste voir de loin s'il allait bien. Si seulement il existait une carte du Maraudeur pour le Manoir, il aurait eu une réponse tout de suite. À Hogwarts, il le faisait souvent. La carte lui permettait d'avoir toujours un œil sur lui. C'était devenu une habitude. Harry avait même continué à le faire l'an passé, lorsqu'il cherchait les Horcruxes. Chaque soir dans la tente, il jetait un coup d'œil sur sa carte. Juste comme ça. Il ne s'expliquait pas vraiment pourquoi. Quelque part, ça le rassurait de savoir où était Malfoy.

D'autres fenêtres étaient allumées au rez-de-chaussée, mais de ce que Harry pouvait distinguer depuis le jardin, le Manoir semblait désert.
Alors qu'il retournait vérifier là où il avait aperçu la maîtresse des lieux, Harry perçut à travers les vitrages des bruits de pas résonnant sur le sol en marbre de la demeure. Son ouïe fine ne pouvait pas le tromper. Le bruit se rapprochait du salon. Harry reprit donc son précédent poste d'observation en faisant bien attention de rester discret. Il jetait des coups d'œil par intermittence derrière la fenêtre. Effectivement, une autre personne était entrée dans le salon où se tenait Mme Malfoy. Celle-ci avait relevé la tête de son livre en direction de la porte. Un sourire éclairait son visage, d'habitude si neutre. Harry se dit que ça lui allait bien. De là où il était, il ne pouvait pas voir à qui ce sourire était destiné. Il tendit le cou en espérant que la personne avance un peu plus en direction des fauteuils. Il n'eut pas à attendre longtemps. La personne s'approchait de Narcissa Malfoy.
Lorsqu'il reconnut enfin la chevelure blonde si caractéristique, sa queue se mit à frétiller toute seule. Harry s'en étonna. Normalement, les chiens faisaient ça pour faire la fête à quelqu'un, non ? Il préféra ne pas s'attarder sur la question. Malfoy fils était bien là, au Manoir. Il s'adressait à sa mère sans que Harry ne puisse distinguer toutes les paroles. Il avait l'air d'aller bien. Son visage n'avait jamais paru aussi détendu à Harry. Rien à voir avec l'air impassible qu'il affichait constamment à Hogwarts, ni l'air stressé qu'il avait arboré au procès. Quelque part, Harry se sentit rassuré. Il avait bien fait de venir. Ces derniers mois avaient été bizarres. Non pas que Harry se soit spécialement inquiété de ne rien trouver dans la Gazette au sujet de Malfoy, mais un peu quand même. Il avait espéré pouvoir lire quelques articles pour savoir ce qu'il devenait après-guerre. Le voir détendu chez lui après six mois sans signe de vie était un peu un soulagement.
Harry resta à l'observer jusqu'à ce que Malfoy prenne congé de sa mère. Il devait pourtant lui aussi se décider à rentrer. Il avait vu ce qu'il voulait. Il était temps de repartir. La perspective de réitérer l'expérience de temps en temps fit disparaître la petite pointe de déception qu'il ressentit en reprenant lentement la direction des haies bordant le parc. C'était une bonne idée de balade après tout. Il reviendrait, c'était décidé.

Cependant, au moment de passer le museau sous la végétation, comme il l'avait fait en arrivant, Harry se cogna dans une barrière invisible. Sous l'effet de surprise, il fut projeté en arrière dans un couinement aigu, et se retrouva l'arrière-train plongé dans la neige. Il s'ébroua, sous le choc. Il pouvait entendre son cœur cogner à grands coups dans sa poitrine. Il décida de s'avancer plus lentement sous la haie pour se frayer tout de même un passage. Mais la barrière magique qui délimitait la propriété refusait de le laisser passer ! Il réessaya encore et encore, à plusieurs endroits différents, sans succès. Harry sentit la panique le gagner. Il fallait qu'il sorte d'ici ! Il n'avait pas le droit d'être là. Il s'était introduit chez les Malfoy sans aucune invitation. Comment allait-il faire maintenant ? Cette fichue barrière magique l'avait laissé entrer. Pourquoi ne le laissait-elle pas sortir ?
Il tenta de creuser un passage sous la haie en grattant frénétiquement avec ses pattes avant, mais rien à faire, les protections magiques l'empêchaient de passer.
Essoufflé, il s'obligea à se calmer. Peut-être qu'en faisant le tour du domaine, il trouverait une faille dans le dispositif. Il n'avait aucune idée de l'étendue du parc, mais au vu de l'imposante propriété, il devait y avoir plusieurs hectares. Cela lui prendrait sûrement toute la nuit pour en faire le tour ! Ses petites pattes se mirent en route sans plus tarder. Harry était bien déterminé à sortir d'ici coûte que coûte.
Après avoir longé des haies et même par endroits des pans de murs en pierres pendant une bonne partie de la nuit, Harry était exténué. La végétation autour de lui s'était densifiée. Le Manoir comptait apparemment une forêt sur ses terres. La propriété semblait immense, et les protections magiques qui l'entouraient étaient infranchissables. Il lui faudrait bien plus d'une nuit pour en faire le tour.

Harry se faufila sous un bosquet épais pour dormir un peu. La neige n'avait pas réussi à pénétrer sous les branches. Il se roula en boule sur l'épais tapis de feuilles sèches amassées au sol, le museau enfoui sous sa queue. Il s'endormit presque aussitôt.

Le chant d'un rouge gorge le réveilla au petit matin. Il se demanda un instant ce qu'il faisait là, puis son aventure nocturne lui revint en mémoire. Il était toujours coincé sur la propriété des Malfoy et il devait trouver un moyen de sortir sans être vu. Il s'étira sur ses pattes avant, en laissant échapper un petit bâillement. La nuit avait été courte. De plus, il commençait à avoir faim et soif. En sortant du bosquet, il plongea sa gueule dans le tapis enneigé pour essayer de se désaltérer avec un peu de neige. La sensation lui laissa les moustaches toutes gelées. Il soulagea sa vessie contre un arbre et reprit son inspection du domaine en longeant les limites. Le ciel matinal était gris et bas. La température s'était encore rafraîchie pendant la nuit. Les nuages ne demandaient qu'à déverser de nouveaux flocons. La truffe au sol et les oreilles aux aguets, Harry pouvait sentir la campagne environnante s'éveiller tout doucement. La neige atténuait les sons, cependant rien n'échappait à Harry. Du petit mulot qui détalait à son approche à l'oiseau qui s'envolait un peu plus loin, il avait conscience de tout.

Il poursuivit son exploration jusqu'à avoir les coussinets gelés. Le Manoir était visible au loin, se dressant fièrement au milieu du parc immense, comme pour le narguer. Harry aurait tout donné pour se retrouver quelques instants devant le feu de cheminée qu'il avait vu la veille dans le grand salon. Son pelage le protégeait du froid mais il ne sentait plus ses pattes à force de s'enfoncer dans la neige tout ce temps. Il n'avait pu détecter aucune faille dans les barrières magiques jusqu'à présent. Complètement découragé, Harry décida de refaire route vers le Manoir. Peut-être trouverait-il un endroit pour se faufiler au chaud à l'intérieur ? En dernier recours, il reprendrait sa forme humaine pour sonner à l'entrée. Il n'avait aucune raison valable pour expliquer sa présence. Malfoy en profiterait certainement pour se moquer de lui. Mais quelle autre option s'offrait à lui ? Il n'allait pas rester indéfiniment dans ce parc à errer comme un chien perdu.
Une fois arrivé aux abords du bâtiment, sa récente motivation de se montrer s'était faite la malle. Il longea tout de même les murs à la recherche d'une grille d'aération quelconque par laquelle il pourrait se faufiler au chaud, mais il ne trouva rien de la sorte. Comme pour ajouter à sa malchance, de lourds flocons de neige se mirent à tomber de plus belle. Le pelage bientôt trempé, Harry se mit à grelotter. Il était fatigué, il avait faim, et maintenant il avait froid. Tant pis pour son orgueil, il devait reprendre sa forme humaine pour demander à entrer.

Il trottina derrière un buisson à feuilles persistantes pour se dissimuler un minimum. Lorsqu'il serait à nouveau humain, il rejoindrait discrètement l'allée centrale jusqu'à la porte du Manoir. Là, il inventerait quelque chose. Il aurait l'air ridicule mais tant pis. Tout, sauf rester une minute de plus dans ce froid.

Ce que Harry n'avait absolument pas prévu dans son plan, mais alors pas du tout, c'est que rien ne se passa. Rien du tout. Il avait beau se concentrer à redevenir Harry Potter, le sorcier, rien n'y faisait. Il n'arrivait pas à reprendre sa forme humaine ! Il essaya de fermer les yeux. Il essaya de s'asseoir dans la neige et de se détendre. Il essaya de visualiser très fort sa forme humaine. Il essaya même de faire le vide dans son esprit. Rien ne marchait !
Harry ne comprenait plus rien. D'habitude, cela ne lui demandait aucun effort de reprendre son apparence. Pourquoi n'y arrivait-il pas alors ?
Après plusieurs longues minutes d'essais infructueux, la panique recommença à le gagner.
Par Merlin, il ne méritait pas ça ! Il réalisa à ce moment-là qu'il n'avait prévenu personne de sa petite escapade chez les Malfoy. Personne non plus n'était au courant de ses nouvelles capacités d'Animagus. En cet instant, il s'agissait plutôt d'incapacités d'ailleurs.
Personne ne penserait à venir le chercher ici, encore moins sous sa forme canine. Ses amis allaient s'inquiéter. Noël approchait. Qu'allait-il faire ?
Après avoir survécu à Voldemort plusieurs fois, le Sauveur du Monde Sorcier serait porté disparu. Il mourrait de faim et de froid sur la propriété de son ancien ennemi, sans que personne ne soit jamais au courant. Harry se sentait pathétique !

Le moral dans les chaussettes, ou plutôt dans les coussinets, Harry repartit sous le couvert des premiers grands arbres qui bordaient les immenses pelouses enneigées. Il devait avant tout se mettre à l'abri quelque part en attendant que la neige cesse de tomber. Peut-être même qu'il réussirait à chasser un mulot ou deux pour se nourrir. Ces pensées lugubres firent remonter des souvenirs de Sirius. Lorsqu'il était en cavale, son parrain s'était un temps abrité dans une petite caverne aux abords de Pré-au-Lard pour rester près de Harry. Il avait pu voir le grand chien noir plusieurs fois aux abords de la cabane Hurlante. Il se rappelait qu'à l'époque il ne disait pas non aux paniers de nourriture que Harry lui rapportait de Hogwarts. Il ne pouvait que compatir aujourd'hui !
Sauf que dans son cas, personne n'allait lui apporter à manger…
Les oreilles basses et la queue entre les pattes, il se posta à la lisière du petit sous-bois. Un grand sapin se dressait parmi les arbres dénudés. Harry s'installa sous ses branches protectrices, tout contre le tronc. Un épais tapis d'aiguilles recouvrait le sol. Au moins, là, il était au sec. De plus, il avait une vue d'ensemble sur l'imposant Manoir. Harry se roula en boule en soupirant. Il posa son museau sur ses pattes. De gros flocons continuaient de tomber. Il les regarda virevolter un moment, puis la fatigue eut raison de lui. Ses yeux se fermèrent tout seul. Il se laissa sombrer dans un sommeil bienvenu, sans remarquer la silhouette derrière une fenêtre à l'étage du Manoir qui regardait elle-aussi la neige tomber sur le parc, dans sa direction.

Lorsque Harry se réveilla, la nuit était déjà tombée. Il ne neigeait plus, mais le froid de l'air transperçait sa fine fourrure. Il s'ébroua et trottina un peu aux alentours du sapin, histoire de faire circuler son sang pour se réchauffer un peu. Son estomac se rappela aussitôt à lui. Il n'avait rien mangé depuis la veille. Ses instincts canins lui crièrent d'essayer de chasser. Il se mit donc à flairer le sol à la recherche d'une quelconque piste. La neige rendait les choses encore plus compliquées. Elle recouvrait quasiment tout, sauf sous des bosquets serrés ou sous son sapin. Il avait en effet décidé que ça serait son sapin, tant que sa situation ne se serait pas améliorée. Ces quelques heures de sommeil lui avaient fait du bien. Il avait repris espoir de se sortir de là. Il ne savait pas comment, mais il n'était pas Harry Potter pour rien après tout. Il s'était sorti de situations bien pires.
Une chouette hulula dans le silence cotonneux de la nuit. Elle lui rappela Hedwige. Sa chouette aurait su leur chasser quelque chose à manger si elle avait été là. Harry se gronda intérieurement. Il ne devait pas se mettre à penser à ceux qu'il avait perdu. Il se concentra sur les odeurs que lui renvoyait le sous-bois, zigzagant entre les arbres au gré de sa truffe.
Plus tard dans la nuit, Harry dut se rendre à l'évidence. Il n'était pas encore très expérimenté comme chien. Un mulot lui avait filé sous le nez sans qu'il ne réussisse à l'attraper. Depuis, aucune autre proie ne s'était présentée à lui. Harry était retourné se rouler en boule sous son sapin, dépité. La nuit devait être plutôt avancée car aucune fenêtre du Manoir n'était allumée. Malfoy devait sûrement dormir bien au chaud sous sa couette, contrairement à lui. Demain, il devait absolument trouver quelque chose à se mettre sous la dent, sinon les forces allaient lui manquer pour lutter contre le froid.

Des bruits provenant de l'entrée du Manoir le tirèrent du sommeil au petit matin. Harry redressa la tête, curieux de savoir ce qu'il se passait. Malfoy se tenait sur le perron et déposait quelque chose devant la porte. Que fabriquait-il donc de si bonne heure ? La porte se referma sur lui quelques minutes après seulement. Harry décida donc de s'approcher pour voir ce que le blond avait posé en haut des marches. Arrivé à peine à quelques dizaines de mètres, son odorat lui indiqua une bonne odeur de viande. Poussé par la faim qui lui tenaillait l'estomac, Harry s'approcha davantage. Arrivé en bas des marches, il s'arrêta pour vérifier que personne n'était dans les parages. Aucun son suspect, aucune odeur à part ce délicieux fumet de viande qui emplissait sa truffe. Harry décida qu'il ne courrait aucun danger. Il monta les marches du perron jusqu'à se retrouver devant l'imposante porte d'entrée. Deux écuelles étaient posées sur le sol. L'une contenait de la viande encore crue, l'autre était remplie d'eau. Harry se jeta sur la nourriture en premier. Merlin que ça faisait du bien de manger ! La viande lui sembla absolument délicieuse, il n'en fit que deux ou trois bouchées. Une fois rassasié, il s'empressa de laper l'écuelle d'eau. La neige n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour se désaltérer.
Mis en confiance par cette nourriture inattendue, il n'entendit pas tout de suite la porte d'entrée s'entrouvrir sur Malfoy. Harry sursauta en le voyant. Il détala la queue entre les pattes jusqu'au premier buisson qu'il trouva sur sa route.

-Attends ! lui cria Malfoy. Je ne te veux pas de mal !

Le blond était en peignoir et en pantoufles. Harry l'observa à l'abri de son buisson. Il venait sûrement de se réveiller il n'y a pas longtemps car il était encore tout décoiffé. Harry le trouva moins intimidant comme ça. Mais pourquoi avait-il placé ces écuelles devant sa porte ? Lui étaient-elles destinées ?
Malfoy ne resta pas longtemps dans le froid aussi peu couvert. Il rentra bien vite à l'abri de son Manoir. Harry resta un moment caché dans le buisson puis décida de retourner vers son sapin. Maintenant qu'il avait mangé, il pouvait retourner dormir encore un peu sous le couvert des branches. Si Malfoy mettait de la nourriture sur son perron, Harry pourrait encore en profiter. Sa situation n'était pas si désespérée.

À peine s'était-il roulé en boule au sec sur son matelas d'aiguilles que la porte du Manoir s'ouvrit à nouveau sur Malfoy. Harry redressa la tête pour l'observer de loin. Le blond avait revêtu un manteau, une écharpe et des gants. Il n'avait pas l'intention de rester à l'intérieur apparemment. Harry le regarda descendre les marches. Il avait enfilé de chaudes bottes fourrées. Que venait-il faire dans le parc par ces températures ?
Lorsque Harry réalisa que Malfoy prenait la direction de son sapin, il détala se cacher un peu plus loin. Il était visiblement repéré. Les écuelles d'eau et de nourriture avaient donc été mises vers l'entrée pour lui. Depuis quand le blond l'avait-il remarqué dans le parc ?
Malfoy peinait à marcher dans l'épaisse couche de neige, mais il finit par arriver au pied du sapin. Il siffla. Voulait-il s'adresser à lui ? Harry sortit la tête de derrière un tronc d'arbre. Il vit Malfoy déposer de la viande au pied de son sapin. Le blond se mit à parler à haute voix. Ses paroles résonnèrent dans le silence alentour.

-Allez viens ! Tu n'as rien à craindre ! Montre-toi ! Je sais que tu es là ! J'ai à manger pour toi, viens !

Harry ne bougea pas de sa cachette. Même si Malfoy ne savait pas que c'était lui, lui savait à qui il avait affaire. C'était Malfoy après tout. Pourquoi lui faire confiance…
La bonne odeur de viande vint toutefois lui titiller la truffe. Il devait résister à l'appel du ventre. Il se força à rester derrière son tronc d'arbre.
Au bout d'un moment, la curiosité lui fit sortir la tête de sa cachette. Malfoy s'éloignait du sapin. Il reprenait la direction du Manoir. Une fois qu'il fut à bonne distance, Harry se rapprocha de son sapin pour le suivre des yeux, et pour engloutir la viande laissée pour lui au sol !
Le blond s'était arrêté à mi-chemin entre le sapin et sa maison. En voyant que Harry s'était montré, il lui adressa un grand sourire. Harry n'avait jamais vu Malfoy sourire. Cela lui donnait une toute autre allure. Il faisait moins hautain comme ça. Harry l'observait toujours et le blond en profita pour déposer à nouveau de la viande à même la neige.

-Viens ! Tu dois avoir encore faim, cria-t-il en sa direction.

Voilà que Malfoy cherchait à l'amadouer avec de la nourriture. En même temps, il n'avait pas l'air menaçant. Et Harry avait faim…
Le blond s'éloigna tranquillement jusqu'au perron de son Manoir. Harry se précipita donc vers la viande qu'il avait laissée dans la neige, tout en ne le quittant pas du regard. Il souriait toujours, l'air content de lui. Il pouvait l'être. Il avait fait sortir Harry de sa cachette. Ce petit jeu semblait l'amuser en tout cas. Il l'appela encore du haut du perron, d'une voix rassurante.

-Viens ! Approche ! Je ne te ferai pas de mal.

Harry s'approcha lentement des marches. Il hésitait encore. Devait-il faire confiance à Malfoy tant qu'il était coincé ici en chien ? Il faisait froid dehors et il ne savait pas vraiment chasser pour se nourrir. Le blond lui apportait de la viande sur un plateau. C'était quand même très tentant de se laisser tenter justement. Harry monta la première marche. Malfoy sortait encore de la viande d'une boîte hermétique. Il s'était accroupi en haut de l'escalier, la main tendue avec la nourriture.
Après tout, Malfoy ne savait pas qui il était. Il n'avait pas à craindre leur ancienne inimitié. Harry monta à mi-hauteur des escaliers.

-Allez, viens ! N'aie pas peur, l'encouragea encore le blond.

Il n'avait vraiment pas les mêmes expressions qu'à Hogwarts. Cet air détendu et souriant le rendait beau. Harry gravit les dernières marches. Il était à deux pas du blond. Celui-ci n'avait pas bougé pour ne pas l'effrayer. Il avait toujours la paume tendue, un morceau de viande au milieu. Harry s'approcha encore un peu, hésitant. Malfoy n'avait pas l'air menaçant, et la viande était de premier choix. Harry franchit le dernier pas qui le séparait de la main du blond. Il approcha son museau tout doucement. Malfoy ne bougeait pas d'un pouce. Harry attrapa alors la viande délicatement entre ses crocs, et l'engloutit sans la mâcher. Il s'aventura même à lécher la paume de la main tendue, arrachant un rire au blond.

-Hé ! Ça chatouille ! rigola-t-il.

Harry n'avait pas bougé, hypnotisé par le regard gris plein de malice qui le regardait. Il n'y avait aucune trace de dureté dans ses pupilles. C'était la première fois que Malfoy arborait un tel regard devant Harry. Bien sûr, il ne se doutait pas que c'était Harry devant lui.

-J'ai encore à manger si tu veux, ajouta-t-il en ouvrant sa boîte.

Harry le regarda d'un air intéressé. Il s'assit sur son arrière-train, attendant patiemment la suite.
Il ne se méfia pas quand Malfoy approcha sa main du haut de sa tête. Il se laissa même faire quand celui-ci lui gratouilla délicatement derrière les oreilles. C'était plutôt agréable comme sensation. Harry ferma les yeux de contentement.

-Tu aimes ça, hein ! rigola Malfoy.

Il avait l'air tellement content que Harry le laissa le caresser dans le cou. C'était étrange de voir Malfoy si heureux. Harry n'avait pas l'habitude d'être à l'origine d'un tel comportement chez lui.

-Tu es tout doux, ajouta-t-il.

Toi aussi ta main est toute douce, pensa Harry.

-Je ne t'ai jamais vu dans les environs, tu es perdu ? Tu n'as pas de collier pourtant.

Si tu savais…se dit Harry.

Il poussa du museau l'autre main du blond, celle qui était vers le plat de nourriture, ce qui le fit rigoler à nouveau.

-Un vrai glouton ! dit-il en sortant un autre morceau de viande. C'est le dernier. Si tu en veux d'autres, il te faudra entrer au chaud.

Harry lécha jusqu'à la dernière trace de viande sur la main de Malfoy, tout en réfléchissant. La proposition d'entrer au chaud était vraiment tentante. Il faisait tellement froid dans cette neige. Que risquait-il après tout ? Malfoy avait l'air vraiment amical envers lui. Harry n'avait pas trop envie de retourner dormir sous son sapin. L'image de l'énorme feu de cheminée du salon s'imposa dans son esprit. Il ne lui fallut pas plus longtemps pour prendre sa décision. Nourri et au chaud, il lui serait plus facile de réfléchir calmement à sa situation. Quand Malfoy se leva pour ouvrir la porte, Harry l'observa un instant. Le blond paraissait immense debout devant lui. Immense, mais pas menaçant.

-Tu viens ? lui demanda-t-il en souriant.

Harry trottina derrière lui, confiant. Son moral était remonté en flèche depuis qu'il avait mangé. Et depuis que Malfoy lui avait gratouillé le cou, mais ça, Harry n'était pas encore prêt à l'admettre.


J'espère que ça vous a plu !
... à demain pour la suite ;)