Voici la suite ;) Bonne lecture bien au chaud vous aussi, tout comme Harry dans ce chapitre.
Vous allez découvrir aussi pourquoi cette histoire s'intitule Shadow...
J'espère que ça vous plait toujours !
Didie
3.
L'intérieur du Manoir avait changé. Dans ses souvenirs, Harry se rappelait d'un hall lugubre. Peut-être que les circonstances de l'époque lui avaient donné cette impression, mais la pièce semblait plus lumineuse maintenant. Les murs avaient été repeints en blanc et les meubles étaient différents. Harry ne devait pas avoir été le seul à avoir fait des travaux de rénovation cet été. Pas très rassuré quand même de se retrouver en ces lieux, Harry suivait Malfoy comme son ombre. Après s'être débarrassé de son manteau et de ses bottes, le blond avait fait un détour par le grand salon mais était ressorti aussitôt. Il s'apprêtait à monter l'énorme escalier qui conduisait aux étages. Harry hésita un instant à le suivre. Il marqua un temps d'arrêt au pied des marches. Malfoy dut sentir son hésitation car il se retourna en disant :
-Viens ! Je vais te présenter à Mère.
Harry ne se fit pas prier plus longtemps. Il grimpa les marches à la suite du jeune homme.
Ils arrivèrent dans un immense couloir, aussi large que certains couloirs à Hogwarts. Des portraits ornaient les murs. Malfoy s'arrêta devant une porte ornée de roses sculptées dans le bois. Il frappa doucement. La voix de Narcissa Malfoy se fit entendre pour l'inviter à entrer. Harry resta caché derrière ses mollets. Ils entrèrent dans un petit salon décoré dans des tons bleus. Mme Malfoy prenait apparemment son thé du matin. Elle était installée à une petite table avec un exemplaire de la Gazette du Sorcier.
-Bonjour Mère, dit Malfoy poliment.
-Bonjour Draco, répondit-elle en souriant à son fils.
-Excusez-moi de venir vous déranger de si bonne heure, mais je voulais vous présenter quelqu'un.
-Tu ne me déranges jamais mon chéri. Je ne savais pas qu'on avait de la visite par contre.
-Je ne le savais pas non plus jusqu'à ce matin, répondit-il avec un sourire énigmatique. Il se tourna soudain pour attraper Harry, toujours caché derrière lui, et le porta contre son torse.
Ne s'y attendant pas du tout, Harry se laissa faire. Il ne savait pas trop comment réagir à cette situation embarrassante. Malfoy l'avait calé contre lui sur un de ses avant-bras. De l'autre main, il lui caressait machinalement le cou. Si Harry ignorait la petite voix l'alertant qu'il était dans les bras de Malfoy, c'était plutôt agréable en fait. Il ne fit donc aucun geste pour s'échapper de là.
-Regardez ce que j'ai trouvé dans notre parc. Je l'avais remarqué hier déjà. Il semblait perdu et affamé. N'est-il pas mignon ?
Harry avait-il bien entendu ? Malfoy le trouvait mignon… Il décida de faire comme s'il avait rêvé. Le blond lui gratouillait toujours le cou.
-Effectivement, il a l'air adorable, répondit Mme Malfoy en s'approchant de son fils. Elle tendit une main vers Harry, visiblement pour lui caresser le haut de la tête, mais Harry décida qu'il y avait une limite à tout. Hors de question qu'il se laisse caresser par Mme Malfoy ! C'était trop gênant. Il plongea son museau sous le bras de Malfoy pour se cacher, ce qui déclencha des rires chez la mère et le fils.
-Il a l'air de bien t'aimer en tout cas, ajouta la mère à l'attention de son fils. Je me demande comment il a pu se retrouver dans notre parc cependant.
-Je l'ignore aussi, Mère. Il n'a pas de collier, donc c'est difficile de savoir s'il appartient à quelqu'un.
-J'ai comme l'impression que ça t'arrange bien, mon fils.
Une fois assuré que Mme Malfoy n'insistait pas pour le toucher, Harry avait ressorti la tête de dessous le bras de Malfoy pour mieux observer la scène (et pour arrêter de s'emplir la truffe de l'odeur si délicieuse du blond). Mme Malfoy souriait tendrement à son fils. Il sembla pourtant à Harry que Malfoy, lui par contre, retenait sa respiration devant sa mère. Tout son corps s'était tendu.
-Nous aurons finalement un peu de compagnie pour Noël, ajouta-t-elle après un moment.
-Merci, Mère ! s'enthousiasma Malfoy, respirant à nouveau.
Ainsi, il attendait la bénédiction de sa mère pour le garder, se dit Harry.
-Je vais lui faire visiter les lieux dans ce cas ! poursuivit-il.
-Draco, ce chien semble plutôt épuisé. S'il a passé plusieurs jours dans la neige, il n'a sans doute qu'une envie, c'est dormir au coin du feu.
Mme Malfoy était perspicace. Harry rêvait de dormir devant la cheminée !
-Très bien, Mère. Vous avez raison, il a besoin de se remettre de ses émotions.
À qui le dis-tu, Malfoy. Dans quelle aventure je me suis encore fourré ? pensa Harry.
-As-tu reçu une réponse de Blaise à ton invitation ? demanda soudain Mme Malfoy, changeant de sujet.
-Non, Mère. Pas encore. Mais je suis sûr qu'il viendra nous rendre visite.
Malfoy prit congé de sa mère, Harry toujours dans ses bras. Celui-ci avait senti une pointe de tristesse chez le blond, à l'évocation de Zabini. Se pouvait-il que Malfoy n'ait revu personne de l'école depuis la fin de guerre ? Pas étonnant dans ce cas qu'il veuille tant s'occuper d'un petit chien comme lui. Le blond semblait perdu dans ses pensées, alors qu'il empruntait à nouveau l'escalier pour monter encore d'un étage. Il maintenait toujours Harry dans ses bras. Décidé à faire revenir le sourire sur le visage de Malfoy, il lui donna un grand coup de langue sur la joue. L'effet fut immédiat. Le blond se mit à rire de l'espièglerie.
-Je t'ai déjà dit que je te trouvais mignon, toi ?
Si Harry avait été humain à l'instant, il aurait rougi. Heureusement, il n'eut pas le temps de s'attarder sur cette pensée. Malfoy l'avait reposé à terre pour ouvrir une nouvelle porte.
Le blond s'engouffra dans la pièce, Harry sur ses talons. La chambre était immense. Tout le premier étage des Dursley tenait facilement à l'intérieur. Cela devait être la chambre de Malfoy, car il était allé s'affaler sur le grand lit à baldaquin qui trônait au milieu de la pièce. Harry fit le tour du propriétaire en reniflant le moindre recoin. Il y avait peu de meubles dans la chambre comparé à la surface des lieux. Un grand bureau était placé sous une des fenêtres. Une immense armoire occupait tout un pan de mur. En face du lit, de jolies flammes orangées crépitaient dans l'énorme cheminée en marbre gris, devant laquelle étaient placés deux fauteuils à l'allure confortable. Le ton beige des murs était réchauffé par le bois des meubles ainsi que la couleur vert foncé du linge de lit et des rideaux. Au sol, une épaisse moquette, claire elle aussi, apportait de la douceur à l'endroit.
Entre le lit et le mur-armoire, une autre porte s'ouvrait sur une salle de bain qui n'avait rien à envier à la salle de bain des préfets à Hogwarts. La baignoire n'était pas aussi grande mais tout aussi luxueuse, d'après Harry. Du marbre couvrait le sol et les murs, sauf au niveau de la grande fenêtre qui longeait la baignoire. La robinetterie cuivrée étincelait de mille feux. Il y avait également une grande douche et deux vasques pour les lavabos au-dessus desquelles se dressait un énorme miroir.
Son inspection terminée, Harry retourna dans la chambre. Malfoy était toujours allongé à plat ventre sur son lit, la tête enfouie dans un oreiller. Harry hésitait entre aller se rouler en boule sur un des fauteuils au coin du feu ou bien monter sur l'imposant lit. Il semblait moelleux lui-aussi. De plus, Harry crevait d'envie d'aller voir pourquoi Malfoy ne bougeait plus de là. Il prit appui sur ses pattes arrière pour sauter d'un bond sur l'édredon tout doux. Malfoy ne bougea pas, alors Harry s'approcha lentement vers sa tête. Le blond avait enfoui son visage au creux de ses bras, le nez dans un des gros oreillers. Harry ne pouvait donc pas voir s'il s'était endormi ou non. Il le poussa du museau au niveau de son oreille, déterminé à avoir un peu d'attention. Pourquoi Malfoy l'ignorait-il soudainement ?
C'est lorsqu'il l'entendit renifler dans l'oreiller qu'il se rendit compte qu'il pleurait. Pourquoi était-il si triste ? Sa mère lui avait pourtant permis de le garder. Est-ce que cela avait un rapport avec Zabini ? Harry recommença à le pousser du museau pour le faire réagir. Malfoy leva enfin la tête vers lui, le visage baigné de larmes. Harry ne réfléchit pas une seconde de plus, il passa de grands coups de langue sur ses joues salées. Malfoy lui sourit à travers ses larmes et l'attira contre lui en soupirant.
-Au moins, tu es là toi maintenant. Ces imbéciles d'Aurors ne pourront rien contre ça.
Harry ne comprit rien aux mots du blond, mais il se cala en boule contre son torse pour le réconforter. Malfoy reposa un bras sur lui et se mit à bouger ses doigts doucement sous son menton.
Ses yeux ne mirent pas longtemps à se fermer. Il se sentait bien, là, au chaud contre Malfoy. La douce caresse que lui prodiguaient ses doigts dans sa fourrure était comme une berceuse. Tout le stress dû à ses deux nuits dans le froid s'évaporait comme par enchantement. Il sentait tout son corps se relâcher sous les caresses du blond. Il soupira d'aise une dernière fois avant de se laisser gagner par le sommeil. Harry ne s'était jamais senti autant en sécurité qu'à cet instant.
Plus tard, lorsque Draco bougea pour se lever vers son bureau, Harry ouvrit un œil pour l'observer depuis le lit. (Il pouvait bien se permettre de l'appeler Draco maintenant qu'il avait dormi tout contre lui, et qu'il avait aimé ça…)
Le jeune homme avait sorti un parchemin vierge de son tiroir et s'apprêtait visiblement à écrire un courrier. Harry en profita pour prendre le temps d'observer en détail chaque trait de son visage. Il ne le voyait que de profil mais il remarqua que toute trace de tristesse avait disparu. Draco était concentré sur l'écriture de sa lettre. Son front était plissé. Il portait de temps en temps le bout de sa plume à sa bouche, avant de la tremper à nouveau dans l'encrier pour se remettre à écrire. Quelques mèches blondes lui retombaient sur le front, lui donnant un petit air mignon. Harry passa bien vite sur ces pensées étranges qui lui venaient régulièrement à l'esprit au sujet de Draco. Ce n'était que parce que Malfoy ignorait sa véritable identité qu'il se comportait ainsi avec lui. Il ne fallait pas trop qu'il compte sur cette facette de lui lorsqu'il aurait retrouvé son apparence humaine.
Draco le tira de sa torpeur une fois qu'il eut plié en quatre le parchemin.
-Tu restes là, ou bien tu viens avec moi ?
Harry ne se fit pas prier. Il sauta du lit pour suivre le blond à travers le Manoir. Celui-ci se dirigea au fond du couloir du 2e étage vers une petite porte qui débouchait dans une sorte de jardin d'hiver. Il y faisait plus frais que dans le reste de la maison, sans doute à cause d'une petite lucarne laissée ouverte vers l'extérieur, remarqua Harry.
Au milieu des plantes qui envahissaient l'espace largement vitré, plusieurs perchoirs étaient disposés ça et là. Draco semblait être à la recherche de quelque chose. Au détour d'un large feuillage, Harry comprit ce qu'il cherchait. Son hibou Grand-Duc - celui qui lui portait son courrier à Hogwarts - était perché au milieu de la végétation, la tête cachée sous son aile. Cette pièce verdoyante devait être la volière du Manoir.
-Salut mon beau. Désolé de te déranger pendant ta sieste, mais j'ai du courrier pour toi.
La voix de Draco était douce. Il s'adressait à son hibou de manière à ne pas le brusquer. Harry se fit la réflexion qu'il savait s'y prendre avec les animaux. Mieux qu'avec les humains. Ou en tout cas, il avait fait de grands progrès depuis cette séance avec Buck l'hippogriffe. Peut-être avait-il fait des progrès avec les humains aussi ? se prit à espérer Harry.
Une fois son hibou bien réveillé et disposé à porter son courrier, Draco enroula le parchemin à sa patte.
-Ce courrier est pour Blaise. Reviens avec la réponse ! ajouta-t-il lorsque le volatile s'apprêta à s'envoler dans le froid hivernal par la petite ouverture.
-Allez viens, j'ai des choses à faire en bas aujourd'hui, ajouta-t-il à l'attention de Harry.
Celui-ci le suivit comme à son habitude. Que pouvait-il faire d'autre de toute façon ? Ils dévalèrent ensemble les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée. Draco se saisit à nouveau de son manteau et de ses bottes fourrées. Une fois bien emmitouflé, il sortit dans le froid, Harry toujours à sa suite.
Ils contournèrent le Manoir par la droite pour rejoindre un endroit que Harry n'avait pas encore visité. Au bout d'une petite allée partiellement déneigée, une serre se dressait un peu à l'écart, entourée de plusieurs arbustes d'ornement. La chaleur constante qui se dégageait de la serre avait fait fondre la neige tout autour. S'il avait su, Harry serait venu là pour dormir au chaud les nuits précédentes.
Mme Malfoy sortit du bâtiment vitré pour venir à leur rencontre.
-Décidément, ce chien te suit comme ton ombre, Draco ! dit-elle en riant.
-Oui, Mère. Il m'a adopté.
Harry s'était éloigné de quelques mètres pour fureter sous les arbustes. Cette sortie dans la neige avait soudain plus d'attrait, sachant qu'il rentrerait au chaud ensuite. Lorsque les Malfoy, mère et fils, ne firent plus attention à lui, il profita de ce moment d'intimité pour se soulager contre un tronc d'arbre. Il se rapprocha ensuite pour entendre leur conversation.
-Draco, les elfes se sont chargés de la commande de sapins. Ils sont entassés derrière la serre. Peux-tu t'en occuper ?
-Oui, Mère. J'étais justement venu pour ça.
Harry le suivit pour observer ce qu'il allait faire. À sa grande surprise, Draco avait sorti sa baguette et commençait à faire léviter plusieurs sapins coupés en direction du Manoir. Lui qui avait si souvent critiqué Hagrid, voilà qu'il se chargeait lui-même de la décoration du Manoir pour les fêtes ! Harry n'en revenait pas de le voir sous ce nouveau jour. Gagné par l'excitation de voir ces grands sapins se déplacer à un mètre du sol, il jappa en leur direction. Il fut lui-même surpris de s'entendre aboyer. C'était la première fois qu'il essayait sa voix canine. Draco se mit à rire en le voyant faire. Harry préféra largement le voir ainsi, plutôt qu'avec des larmes sur son beau visage, surtout si c'était lui à l'origine de son rire. Draco salua sa mère, qui retourna dans la serre, et suivit les sapins avec sa baguette.
Le drôle de convoi finit sa route dans le Hall d'entrée.
-Ne reste plus qu'à décorer tout cela ! dit-il à haute voix comme s'il parlait à Harry. Nous verrons cela cet après-midi, qu'en dis-tu ?
Harry lui répondit d'un jappement joyeux, ce qui lui valu une caresse sur la tête en retour, pour son plus grand plaisir. Lorsque Draco se dirigea vers le grand salon, celui-là même où Harry avait aperçu Mme Malfoy lire dans son fauteuil depuis la grande fenêtre, Harry lui emboita le pas.
Là encore, un grand feu de cheminée diffusait une douce chaleur. Harry suivit l'exemple de Draco et se lova à ses côtés sur le canapé.
-Mère dit que tu me suis comme mon ombre, ce qui est plutôt vrai, non ? De plus, tu as une jolie couleur noire. Que dirais-tu si je t'appelais Shadow ?
Harry s'était redressé en position assise pour l'écouter parler. Il pencha la tête sur le côté, comme pour mieux intégrer ce que Draco venait de dire. Celui-ci voulait lui donner un nom. Shadow. Comme c'était ironique. Nommer Harry Potter du côté de l'ombre. Cela ressemblait bien à Draco de voir au-delà de son image de Sauveur. Ainsi, certaines choses ne changeraient jamais. C'était rassurant. Même Harry ne se considérait pas comme quelqu'un de lumineux. Il avait toujours trouvé cette division Ombre-Lumière un peu trop naïve. Chacun avait une zone d'ombre à l'intérieur de lui. Il en avait parlé avec son parrain Sirius une fois.
-Alors, qu'en dis-tu ? Shadow, ça te plait comme petit nom ? redemanda Draco.
Harry lui répondit par un aboiement pour montrer son accord. Il en profita aussi pour prendre appui sur lui avec ses pattes et lui donna à nouveau un grand coup de langue sur le visage. Il prenait goût au rire de Draco et à la saveur de sa peau sous sa langue. Le jeune homme tomba à la renverse sur le canapé en riant, Shadow debout sur lui, le léchant de plus belle.
-Arrête ! Tu me chatouilles ! rigola-t-il.
Ce qui incita fortement Harry à continuer. Ainsi Draco était chatouilleux. Intéressant !
Harry passa le reste de la journée, soit à dormir devant la cheminée du grand salon, soit à suivre avec attention les allées et venues de Draco dans les différentes pièces principales du Manoir. Harry ne se lassait pas de le regarder enchanter les différents sapins de Noël à l'aide de sa baguette magique. Chaque pièce était décorée selon un thème. Dans le Hall d'entrée, le sapin immense trônait à côté des escaliers. Il était décoré principalement dans des tons blancs, rappelant la neige au dehors. Des petites luges avaient été ensorcelées pour dévaler les longues branches, puis remontaient toutes seules au sommet de l'arbre pour recommencer leur manège. Des guirlandes d'étoiles illuminaient tout le reste du Hall.
Dans le grand salon, le sapin était paré d'argent. Le contraste avec ses branches bien vertes rappelait fortement les couleurs de Serpentard. Les boules d'aspect métallique de différentes tailles scintillaient à tour de rôle. Des petits hiboux argentés s'animaient entre les branches. Et chose surprenante aux yeux de Harry, un ange, argenté lui aussi, étendait ses ailes au sommet de l'arbre.
Dans la salle à manger, Draco avait enchanté un autre sapin dans des tons rouges sur fond blanc. Du blanc avec de la neige encore une fois, et des flocons qui tombaient sur l'arbre. Du rouge avec des branches de houx, des sucres d'orge, mais aussi avec des petits rouges-gorges qui voletaient de branches en branches. Une grosse étoile rouge scintillante ornait la cime.
Le Manoir n'avait vraiment plus rien de lugubre.
Après un léger dîner que mère et fils prirent dans le grand salon, la table étant certainement d'une taille plus décente dans cette pièce que celle immense de la salle à manger, Draco déposa des écuelles pour Shadow à côté de la cheminée. Harry eut droit cette fois-ci à un mélange de viande cuite à point, de riz et de petits légumes. Draco avait certainement dû donner des instructions en cuisine auprès des elfes de maison pour sa nourriture. Un large bol avec de l'eau fraîche complétait le tout.
Il mangea comme un glouton, comme tout chien qui se respecte.
Draco enfila ensuite son manteau pour l'emmener faire un tour dans le parc. L'air de la nuit était glacial. Un léger vent du nord avait fait chuter les températures encore plus. Il ne neigeait plus, mais le froid était mordant. Harry se réjouit à l'idée qu'il ne passerait plus la nuit dehors. Les perspectives de rester coincé au Manoir Malfoy n'étaient plus aussi effrayantes depuis qu'il était nourri et choyé bien au chaud par Draco. Harry ne voyait toujours pas d'issue à sa situation, mais au moins, il se sentait en sécurité. Cette journée l'avait réconcilié avec les lieux qu'il qualifiait auparavant de glauques. Il avait également découvert son ancien ennemi Serpentard sous un jour complètement nouveau. Sa compagnie était très agréable, même si cela était dû principalement au fait qu'il était un chien.
Une fois leur promenade terminée, Harry s'empressa de suivre Draco au chaud en restant le plus près possible de ses mollets jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à l'intérieur du Manoir.
-Je n'allais pas te laisser dehors, tu sais. Il gèle cette nuit, lui dit Draco en se moquant gentiment.
Le blond avait dû remarquer son empressement à rentrer. Harry se sentit tout à coup un peu bête d'avoir eu peur d'être laissé en arrière. Il faut dire qu'il faisait tellement froid dans le parc ! Il remua la queue pour quémander une caresse, que Draco s'empressa de lui donner. Sa main était encore toute fraiche, malgré les gants qu'il portait tout à l'heure.
-Attends-moi là. Je vais souhaiter une bonne nuit à Mère, je reviens.
Harry se força à rester assis au pied du grand escalier. Il avait tellement pris l'habitude de suivre Draco partout que c'était extrêmement difficile de l'attendre comme il lui avait demandé. En une journée, il ne pouvait déjà plus se passer du jeune homme. Il ne chercha pas à analyser ce changement. Au lieu de ça, il s'obligea à observer les petites luges qui dévalaient à l'infini les branches du grand sapin.
Draco ne mit pas très longtemps à revenir. Il le félicita d'avoir attendu et lui offrit une friandise en guise de récompense. Était-ce si simple que ça ? Se laisser acheter avec de la nourriture ? Harry n'y vit pas plus d'inconvénients que ça, alors que Draco le prenait dans ses bras pour monter les escaliers.
Une fois arrivé dans sa chambre, il le déposa délicatement sur son lit. Apparemment Shadow gardait le privilège accordé dans la matinée de dormir sur le lit. Harry s'en réjouit. Cela aurait été étrange de dormir ailleurs que contre Draco.
Ce qu'il n'avait pas anticipé par contre, c'est de voir le blond se déshabiller entièrement devant lui, avant qu'il ne rejoigne sa salle de bain personnelle. Harry dut admettre que Draco avait un corps quasiment parfait. Il avait dû reprendre quelques kilos, car il ne semblait plus aussi maigre que durant les deux dernières années du règne de Voldemort. Ça se voyait à son visage de toute façon. Pour le reste, Harry ne pouvait que le deviner. Draco semblait en tout cas avoir repris sa fine musculature de joueur de Quidditch. Sa carrure était restée élancée, mais de discrets abdominaux se dessinaient sur son ventre parfaitement plat. Son postérieur n'avait rien à envier aux gravures de mode. Un corps quasiment parfait, s'était dit Harry, car une seule imperfection venait entacher la vision angélique du blond qui s'était dénudé sans pudeur un peu plus tôt devant lui. Une imperfection dont il était à l'origine. Il ne considérait pas la Marque des Ténèbres sur son avant-bras comme une imperfection. Non, ce tatouage reçu de force faisait partie de Malfoy. Harry parlait plutôt des deux fines cicatrices qui barraient le torse à la peau d'albâtre. Des cicatrices témoins de ce sort que Harry lui avait lancé dans les toilettes de Mimi Geignarde en sixième année.
Harry n'en était vraiment pas fier. Il culpabilisait encore à ce sujet d'ailleurs. Cela dut se voir à son expression, car Draco s'adressa à lui en revenant de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille et ses cheveux blonds encore mouillés.
-Eh bien, Shadow ! Qu'est-ce-qui ne va pas ? On dirait que tu as tous les malheurs du monde. Tu n'es pas bien, là, sur mon lit ? lui dit-il en approchant son visage à hauteur de sa truffe.
Harry resta la tête posée sur ses pattes, tandis que Draco s'affalait devant lui.
-Tu me rappelles quelqu'un quand tu fais cette tête, tu sais. Ça doit être tes yeux. Ce n'est pas courant chez un chien d'ailleurs. Mais tu as les mêmes yeux que lui. Vert émeraude. On pourrait plonger dedans et s'y noyer. Tu fais la même tête que lui quand il donnait l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules. Toi aussi tu as le monde à sauver ? dit-il en lui offrant un sourire magnifique.
Harry ne bougea pas d'un pouce, la tête toujours posée sur ses pattes. Comment Draco pouvait-il plaisanter alors qu'il avait failli le tuer ce jour-là avec le Sectumsempra ? Et de qui parlait-il donc ?
-Même quand tu boudes, tu es trop mignon, Shadow, continua-t-il en l'embrassant sur le dessus de la tête. C'est marrant, ta petite tache blanche là sur ton front est en forme d'éclair. Tu ressembles vraiment à Potter. Je me demande ce qu'il devient. La Gazette ne le lâche plus et raconte n'importe quoi comme d'habitude. Tu crois qu'il a fini par être enfin heureux ? Il m'a sauvé la vie plusieurs fois, tu sais. Après toutes ces crasses que j'ai pu lui faire. J'espère qu'il va bien.
Harry n'en croyait pas ses oreilles. Draco lui parlait de lui, sans aucune animosité dans ses paroles. Au ton de sa voix, on aurait presque dit qu'il lui manquait. En tout cas, il se souciait de lui. C'était surprenant. S'il savait qu'il était juste en face de lui à l'instant même…
Harry releva la tête en direction de Draco pour lui administrer son coup de langue habituel.
-Ah, j'aime mieux ça ! Tu ne boudes plus finalement ? demanda-t-il en riant.
Draco lui caressa le cou un instant, avant de se relever pour enfiler son pyjama. En soie, bien entendu. Tout comme les draps sous l'édredon. Un Malfoy restait un Malfoy !
Harry était pourtant loin de s'en plaindre lorsque ledit Malfoy l'invita à s'installer tout contre lui pour la nuit. Première fois qu'il dormirait dans de la soie. Quel contraste après deux nuits dehors !
Draco éteignit les lumières d'un sort de sa baguette. La chambre n'était plus éclairée que par la douce lueur des flammes qui dansaient dans la cheminée. Harry posa son museau sur le torse de Draco. Toute excuse était bonne pour qu'il le caresse tendrement derrière les oreilles.
Draco murmura tout à coup, plus pour lui-même que pour s'adresser au chien lové contre lui.
-J'espère que tu vas bien, Potter. Nos échanges me manquent…
Harry se serra alors encore un peu plus contre lui, touché par les paroles du jeune homme.
-Mais oui, je t'aime aussi Shadow. Ne sois pas jaloux ! À lui je ne lui ai jamais dit… ajouta-t-il dans un souffle.
Draco ne pouvait pas deviner la raison qui avait poussé Harry à se coller un peu plus contre lui. Mais Harry, lui, avait le cœur qui battait soudain la chamade tout contre le cœur de Draco.
... à demain pour la suite !
