Bonjour bonsoir ! J'espère que vous passez de bonnes fêtes de fin d'année !

Je voudrais remercier Musing-and-Music, L'atelier des Chats, Sei', Hachiko-Tan, LénaFMa et Sow' pour leur commentaire au chapitre 4, ça me touche tellement ^^

Trève de blabla, je vous laisse apprécier (ou non) cet ultime chapitre assez long et on se retrouve en bas !

Bonne lecture !


Riza sentit que quelqu'un ou quelque chose secouait délicatement son épaule. Elle avait l'impression d'avoir couru après un suspect durant des heures, son corps et ses sens semblaient endoloris. Elle marmonna à l'encontre de celui qui osait la réveiller de la sorte. Réveiller, pensa-t-elle. La jeune femme sursauta et se retrouva sur ses pieds rapidement, exécutant un salut militaire de rigueur. Elle avait complètement oublié qu'elle était au bureau.

- Repos, Lieutenant, répondit la voix de Roy avec un sourire.

Elle se détendit imperceptiblement et voulut se justifier pour ce comportement peu professionnel.

- Mes excuses, Colonel, cela ne se reproduira plus.

Il vit avec adoration les joues de la jeune femme rosirent et l'informa qu'elle pouvait disposer si elle le désirait. Lui se contenta de se diriger à nouveau vers son bureau et se laissa tomber sur sa chaise. Riza leva les yeux vers l'horloge et elle ne put en détourner le regard. 18h24. Quelque chose clochait. La dernière fois qu'elle avait regardé la pendule, elle était persuadée que la grande aiguille indiquait 23. Roy s'aperçu que sa subordonnée ne bougeait plus et qu'elle restait prostrée face à l'indicateur de temps.

- La pendule n'est pas cassée ? demanda-t-elle, incertaine.

- Il ne me semble pas, répondit-il en fronçant les sourcils. Lieutenant, tout va bien ?

Elle avait un comportement étrange. Mustang avait laissé à son équipe le droit de s'octroyer une petite pause avant la fin de leur service. Bien évidemment, il les avait accompagnés mais il était revenu avant eux au bureau, retrouvant la jeune femme la tête dans les bras. Sa mèche cachait ses yeux mais il avait eu le loisir d'observer un temps le visage de celle qu'il aimait secrètement. Elle semblait tellement paisible et détendue, malgré les cernes qui commençaient à s'établir sous ses yeux. Ces temps-ci, elle paraissait absente et parfois déconnectée de la réalité.

Depuis le temps, il savait qu'elle n'était pas friande de ces fêtes de fin d'année et jamais il n'avait osé l'inviter. Malgré tout ce que les autres pouvaient en penser, Roy passait bien-sur les fêtes avec des femmes mais il ne précisait jamais que c'était au bar de sa tante, Chris, accompagné des filles qu'il considérait comme ses sœurs de cœur. Il avait toujours une pensée pour Riza qui devait probablement être seule chez elle, blottie contre Hayate. Chris le sermonnait de ne jamais proposer à Riza de venir. Elle savait très bien vers qui les pensées de son petit Roy-Boy se tournaient le soir du réveillon.

- Hum oui, ne vous inquiétez pas, répondit-elle distraitement.

Il vit la jeune femme secouer la tête et s'asseoir à sa place, prenant un stylo et se recomposant un visage impassible. Roy savait que son masque n'était qu'une façade et que derrière cela, se cachait la même adolescente qu'il avait eu le loisir de connaître, la même personne qui n'hésitait pas à le remettre à sa place si le besoin s'en faisait ressentir.

Le jeune homme croisa ses mains et vint poser son menton dessus, contemplant de loin la jolie blonde. Ses traits étaient tirés et pourtant, elle ne se plaignait pas de la charge de travail. Elle était très probablement éreintée. Au cours de la journée, elle n'avait même pas repris ses collègues qui décrochaient des dossiers. Roy avait même pu s'absenter plus longtemps durant la pause repas et à son retour, elle ne l'avait même pas gratifié d'une remarque de son cru. Elle n'était vraisemblablement pas dans son assiette.

Silencieusement, il décida de se relever et de s'adosser sur le bureau juste à côté d'elle, en croisant les bras. Riza ne releva pas la tête, tachant de se concentrer sur ce fichu dossier dont elle ne comprenait pas le sens, insensible à son environnement. Elle était perdue dans ses pensées et essayait de comprendre comment elle avait pu vivre autant de choses en une minute à peine. Le souvenir de sa mère était encore bien trop présent dans sa tête.

- Riza, vous êtes sûre que ça va ? redemanda Roy en murmurant.

A nouveau, elle sursauta en sentant la proximité avec son supérieur. A force de retourner dans tous les sens ce drôle de voyage qu'elle avait fait, Riza n'avait pas senti que Roy s'était rapproché d'elle. C'était la deuxième fois qu'elle sursautait en l'espace de quelques minutes. Intrigué par son comportement plus qu'étrange, le brun se contenta de la regarder alors qu'elle se perdait dans son regard. De par sa posture, il était légèrement supérieur à elle. Ils partirent dans une de leur conversation silencieuse, une dont eux seuls avaient le secret. Indifférents aux éléments extérieurs, Roy se laissa envoûter par ce regard si puissant qui happait ses deux onyx. Dans le reflet de ses yeux, il se revit alors chez elle, adolescent. Il revit cette petite fille plus jeune que lui, qui courait dans la maison, tentant de lui échapper. Elle savait que Roy n'était pas du matin et à chaque fois qu'il traînait un peu trop au lit, elle trouvait de nouvelles solutions pour le tirer de son lit douillet. Bien évidemment, le meilleur moyen qu'elle trouvait pour parvenir à ses fins était de lui renverser un verre d'eau glacée sur la tête.

A l'époque, son visage était tellement plus expressif et ses yeux beaucoup plus joueurs, plus malicieux. Bien-sûr, il aimait la jeune femme qu'il avait à ses côtés, pour rien au monde il en changerait. Mais parfois, il lui manquait ce grain de folie, ce brin d'insouciance qu'elle avait autrefois. Par la force des choses, de son engagement et de ses rêves, elle entretenait cette image froide et intouchable qui faisait sa prestance au sein de l'armée. Et à quelque part, il s'en sentait coupable. Coupable car il était celui qu'elle devait protéger au péril de tout, envers et contre tous. Mais il ne voulait plus qu'elle fasse passer son bien-être avant sa propre vie personnelle. Son cœur tambourina contre sa poitrine lorsqu'il vit sa subordonnée s'humecter innocemment les lèvres. C'était clairement un appel au vice.

De son côté, Riza était tout autant charmée par les yeux de Roy. Elle lisait tellement de choses dans le fond de ses yeux sombres. Pour autant, parmi la confiance et le respect qu'il éprouvait à son égard, la jolie blonde fut frappée par le sentiment d'amour qui englobait tout cela. Ce regard-là n'était destiné qu'à elle et elle sentit sa tête tourner et ses jambes devenir cotonneuses. Jeanne avait sûrement raison, il n'attendait qu'un geste de sa part, qu'un mot. Puis les paroles et les sous-entendus de sa mère lui revinrent en mémoire. A l'évocation d'un futur avec Roy, elle sentit une nuée de papillons s'envoler dans son estomac et une douce chaleur se diffuser. Elle sentit qu'il s'approchait légèrement d'elle et cligna des yeux, sans pour autant s'éloigner, le souffle chaud de Roy caressant ses lèvres.

La porte du bureau s'ouvrit en grand et claqua contre le mur. Cette fois-ci leur cœur se mit à battre plus fort mais pas à cause de l'autre. Roy se redressa subitement, sous les regards suspicieux du reste de son équipe. Riza tenta de reprendre contenance en se passant dégageant la mèche de son visage.

- On interrompt quelque chose ? demanda Breda en mâchouillant une sucette.

- Non messieurs, je vérifiais juste l'avancée du dossier, fit Roy, impassible.

Havoc haussa un sourcil et ne put s'empêcher de lui faire une remarque.

- C'est ça, vous étiez plongé dedans.

Roy lui jeta un regard noir et lui désigna sa pile, lui intimant silencieusement de travailler. Son équipe s'installa et ils se remirent aux dossiers en bavardant. Il lança un coup d'œil à Riza et fut ravi de voir un mince sourire sur son visage. Heureux comme un enfant, il se dépêcha également de terminer sa pile. Ce soir, son équipe était en vacances pour les fêtes. L'an dernier, ils avaient été privés de leur famille car ils étaient de garde. Roy avait tout de même prévu un repas digne de ce nom pour ses collègues mais cela ne remplaçait pas un Noël en compagnie de leurs proches.

A nouveau, ses pensées divergèrent vers une certaine blonde. Tout à l'heure, avant l'arrivée de son équipe, il était à deux doigts de succomber et de l'embrasser. Mais ce n'est pas ainsi qu'il avait prévu les choses. Il devait avant tout l'inviter à passer le réveillon avec lui, en espérant qu'elle ne se refuserait pas à lui. Il lui restait deux jours pour la convaincre de bien vouloir le passer avec lui.

Au bout d'une longue heure, le jeune Fuery mit le point final au dernier dossier de l'équipe Mustang. Avec un soupir de soulagement, ses camarades exposèrent leur plan de Noël. Ainsi, Fuery le passait avec sa famille, tout comme Falman. Quant à Breda, il recevait ses parents et sa sœur chez lui, à Central. Enfin, Havoc apprit qu'il le passait également avec ses proches mais aussi avec sa copine. Roy essaya de le charrier sur sa conquête, disant que bientôt, elle finirait par le plaquer.

- Je ne suis pas sûre que ce soit le genre de Rebecca, fit Riza innocemment, en enfilant son long manteau.

Les quatre paires d'yeux se tournèrent vers elle et Jean se mit à bégayer. Lui qui croyait être discret avec la meilleure amie de la jeune femme, voilà qu'ils s'étaient fait démasquer. Elle lui conseilla cependant d'éviter de trop l'ébruiter, la loi de fraternisation étant toujours active.

- De toute manière, la nouvelle année arrive bientôt, fit Roy en haussant les épaules. Peut-être que le Père Noël va être clément avec toi.

Ses collègues se mirent alors à énoncer à voix haute toutes les bourdes que Jean avait commises au cours de l'année pour le taquiner. Toujours mal à l'aise de s'être fait surprendre de la sorte, il marmonna des choses inintelligibles, faisant rire doucement Riza. Oui, décidément, c'était bien eux sa famille et pour rien au monde elle en changerait.

L'air froid de l'extérieur et les flocons qui tombaient firent que l'équipe se sépara rapidement. Riza prévint Jean de prendre soin de Rebecca et fit promettre au jeune homme de dire à la brune qu'il fallait qu'elles aient une discussion entre femmes. Il lui adressa un sourire éclatant et s'en alla, saluant ses deux supérieurs.

- Je vous raccompagne ? demanda gentiment Roy, espérant ainsi gagner du temps pour formuler sa requête.

- Avec plaisir.

Le fin sourire qu'elle abordait depuis la fin de la pause ne l'avait pas quitté et bien qu'il appréciât ce doux spectacle, le jeune homme se demanda si elle allait aussi bien qu'elle le prétendait. Marchant côte à côte, ils parlèrent de tout et de rien. Une bourrasque les fit frissonner et Mustang jeta un coup d'œil à Riza. Sa coiffure ne ressemblait plus à grand-chose à cause du vent mais pour autant, il ne fit aucune remarque. Cependant, Riza secoua la tête pour remettre un peu d'ordre mais cela fit le contraire de l'effet voulu.

La barrette tomba sur le sol, libérant entièrement sa chevelure. Roy, ébahi devant ce spectacle, la regarda la bouche grande ouverte, tandis qu'elle se baissa pour ramasser la broche à cheveux. La militaire capta son air médusa.

- Et bien, Colonel, restez pas comme ça. J'ai cru comprendre que l'eau et la neige ne faisaient pas bon ménage avec le feu, se moqua-t-elle en reprenant la route.

Il marmonna dans son écharpe mais sourit devant la remarque. Il trottina pour se remettre à sa hauteur.

- Ça vous va bien, dit-il en désignant ses cheveux. Vous devriez envisager plus souvent de les laisser comme ça.

- J'y songerai à l'avenir.

A nouveau, elle ne se départit pas du sourire qui flottait sur ses lèvres. Sa mère avait très certainement raison, elle devait se laisser un peu plus aller. Ils arrivèrent devant l'appartement de la jeune femme et ils s'arrêtèrent de concert au pied de l'immeuble. Elle voyait Roy danser d'un pied à l'autre à ses côtés et se demanda quelle mouche l'avait piqué.

- Je… vous avez l'air différente.

Devant son air interrogateur, il crut bon de poursuivre.

- Par ça, j'entends que vous me semblez plus sereine, plus tranquille.

- Est-ce une mauvaise chose ?

- Non, loin de là ! Bien au contraire même, c'est très agréable. Surprenant mais agréable.

- Ravie que cela vous convienne alors, fit Riza avec un clin d'œil malicieux.

Il se racla la gorge et dégagea sa bouche de son écharpe pour lui adresser un sourire complice. S'il ne lui demandait pas maintenant, il savait qu'il n'oserait pas le faire par la suite.

- Hum, est-ce que vous faites quelque chose pour le réveillon ? Je sais qu'en général, on fait cela en famille et… enfin voilà… et je sais aussi qu'en cette période plus que d'habitude, c'est bien de partager un peu de chaleur humaine… et donc voilà…

- C'est d'accord.

- Mais après, si vous avez autre chose de prévu, eh bien je le comprendrais totalement… mais euh… ça me ferait extrêmement plaisir et…

- J'accepte, Roy.

Elle avait posé sa main sur son bras, l'interrompant dans sa tirade. Elle voyait son air gêné et maladroit et elle trouvait cela adorable. Lui qui était si performant pour entraîner et rassembler les autres devenait complètement embarrassé voire timide pour demander une chose si simple à une femme. Éberlué, Roy releva ses yeux vers elle, croyant avoir rêvé. Et en prime, elle l'avait même appelé par son prénom. La magie de Noël n'était peut-être pas bien loin, ou alors sa bonne étoile veillait encore sur lui.

Il lui offrit un sourire immense et se retient de crier son bonheur, se disant que cela aurait été mal perçu pour un homme de son statut. Il lui donna l'adresse du bar de Madame Christmas ainsi que l'heure à laquelle le repas devait débuter. Elle le remercia de son invitation et juste avant de grimper au chaud dans son appartement, se pencha et déposa furtivement ses lèvres sur sa joue. Avant de n'avoir à justifier de son comportement, elle lui souhaita une bonne soirée et s'enfuit littéralement, le plantant là comme un bienheureux.

Roy regarda sa silhouette blonde disparaître, emportant un bout de son cœur avec elle. Il passa la main sur sa joue, croyant avoir rêvé son geste. Il resta un instant dans cette position, fixant la porte qui avait emmené la jolie blonde. Ce ne fut que lorsqu'un locataire avec les bras chargés de colis lui demanda de se pousser de la porte, que Roy repris contact avec la réalité. Enfin il allait pouvoir avancer. Il se dépêcha de rentrer chez lui afin de préparer une valiser et de partir en direction du bar de sa tante. Tous les ans, il passait non seulement le réveillon chez elle mais également les jours qui entouraient cette date, coupant le temps d'un instant avec l'armée et ses responsabilités.

Là-bas, il pouvait être pleinement lui-même, il se sentait bien et n'avait pas besoin de faire de courbettes dans tous les sens. Madame Christmas, étant la dernière personne de sa famille encore vivante, l'avait recueilli après la mort de ses parents. C'était grâce à elle que Roy avait pu partir en apprentissage chez les Hawkeye. A quelque part, il lui devait également sa rencontre avec Riza. Heureux comme un enfant, il s'empressa de préparer ses affaires pour annoncer la bonne nouvelle à Chris et à ses sœurs.

De son côté, Riza ne tarda pas à aller se coucher dans son lit après cette journée pleine d'émotions. Le lendemain, elle allait devoir faire quelques magasins afin de ne pas arriver les mains vides mais surtout, pour s'acheter une tenue correcte. Elle eut une pensée pour sa mère qui devait l'observer de là-haut. Était-elle contente de voir qu'elle laissait tomber plutôt rapidement son masque ? Ou bien aurait-elle préféré qu'elle fasse les choses en douceur, sans se précipiter ? La tête pleine de question, elle ne râla même pas lorsque Hayate grimpa sur le lit. Il jappa doucement alors qu'elle lui grattait le ventre. Avec un sourire en coin, elle s'imagina la future soirée et se sentit partir au pays des rêves, des papillons dans l'estomac.


- Roy ! s'exclama Madame Christmas, excédée de voir son fils adoptif se ronger les sangs.

- Et si elle ne venait pas ? demanda-t-il avec un air de chien abandonné.

La vieille femme s'approcha de lui en soufflant. Tantôt il débordait de joie, tantôt elle voyait sa mine triste. Elle se demandait parfois comment pouvait-il avec la carrure d'un futur Général et l'instant d'après, redevenir aussi incertain qu'un enfant.

- Passe-lui un coup de fil, si ça peut te rassurer.

Il lui adressa un grand sourire et monta en quatrième vitesse pour être au calme dans sa chambre. Chris croisa le regard d'une de ses filles, June, et lui fit un vague geste de la main, montrant qu'il n'y avait pas matière à s'inquiéter.

Le jeune homme se posa sur son lit pour reprendre ses esprits. Il devait absolument réussir à calmer sa voix et le rythme de son cœur. Il secoua légèrement sa tête et composa enfin le numéro de chez Riza. Il se mordilla les lèvres au fur et à mesure que les sonneries retentissaient dans son oreille.

- Allo ? répondit enfin une voix essoufflée.

- Riza ! Je vous dérange ?

Son prénom lui avait échappé et pourtant, cela lui paraissait presque normal.

- Absolument pas, je suis juste sortie faire un petit tour. Je peux vous aider ?

- Hum… c'est que…

Voilà qu'il se mettait à bégayer encore une fois devant elle. Il pesta contre lui-même et se reprit.

- Vous venez toujours ce soir ? osa-t-il finalement demander.

- Bien-sûr ! approuva la jeune femme, assez surprise de sa question. Sauf si vous ne voulez plus de ma présence.

- Si !

- Vous voulez que je reste chez moi ?

- Mais non !

Il voulut se justifier mais le rire de la jeune femme à travers le combiné lui fit comprendre qu'elle le faisait tourner en rond depuis le début.

- J'ai l'impression de passer pour le dindon de la farce en ce moment, marmonna-t-il en faisant accentuer le rire de Riza.

Elle le rassura finalement de sa présence et il raccrocha avec un sourire niais sur les lèvres. Roy redescendit tout guilleret. Il était tellement intenable que Chris lui fit récurer et aménager la salle du bar pour le repas du soir. Depuis qu'il lui avait annoncé qu'il viendrait accompagné, la tenancière avait l'impression de revoir ce même enfant qu'elle avait élevé. Dès qu'elle le sermonnait, il lui adressait son plus beau sourire et elle finissait bien souvent par passer l'éponge. Adossée contre le bar, un torchon à la main, Chris vit l'une de ses filles s'approcher d'elle. Aya sortit une cigarette de son paquet et en tendit une à la vieille femme.

- Il a bien grandi, n'est-ce pas ? fit la plus jeune en secouant son briquet.

- Il devient enfin un homme, répondit Chris en observant son fils se dandiner sur la musique avec un balai en main.

Les deux femmes pouffèrent et il releva ses yeux vers elles, comprenant qu'elles se moquaient de lui. Avec un sourire enfantin, il s'approcha d'elle et enleva la cigarette d'Aya pour la poser sur le cendrier. Elle allait l'incendier mais il l'en empêcha pour la faire tourner au rythme des instruments. Elle éclata de rire et Chris les regarda d'un air bienveillant. Elle n'avait pas eu une vie aisée mais ces temps-ci, elle se surprenait de plus en plus souvent à être fière de ce qu'elle avait accompli, Roy restant son succès le plus cher et le plus important. Se sentant nostalgique et détestant l'être en public, elle frappa dans ses mains et remit tout son petit monde au travail.

- Roy, va ranger ta chambre un petit peu. Je ne pense pas qu'Elizabeth souhaite passer le reste de la soirée dans une porcherie, fit Chris avec un air qu'elle voulait sévère.

- Ça serait dommage que ton plan tombe à l'eau à cause d'une chambre en désordre, ajouta Joy en sortant de la cuisine.

- Oh oui tu m'étonnes, approuva Maggie en descendant les marches.

- J'espère que ton bureau est mieux rangé à ton travail ! renchérit June en venant à sa rencontre avec un petit sac.

Roy marmonna devant toutes ces remarques peu flatteuses, faisant rire les filles. Il attrapa le présent et fronça les sourcils devant l'emballage cadeau.

- Je croyais qu'on ouvrait les cadeaux ce soir ? demanda-t-il.

June reprit la parole, au nom des autres filles.

- On a pensé que tu pouvais ouvrir celui-ci en avance et en faire bon usage.

Intrigué, il s'asseya sur un des tabourets alors que ses sœurs l'entouraient. Précautionneusement, il défit les pans du papier pencha la tête en observant une petite boite. Il prit une bonne inspiration, sachant pertinemment que deux options s'offraient à lui : soit c'était un véritable cadeau, soit quelque chose de complètement aberrant fait pour le mettre mal à l'aise.

- Oh ! s'exclama-t-il en voyant une magnifique cravate bordeaux en satin.

Avec des yeux brillants, il remercia les femmes de la pièce, les enlaçant à tour de rôle. En voyant l'heure défiler, elles le poussèrent gentiment à aller se préparer convenablement pour la soirée.


La table était magnifique et toutes les femmes de la soirée portaient de sublimes robes, plus belles les unes que les autres. Il était bientôt vingt heures et Riza n'avait toujours pas fait son apparition, au plus grand malheur de Roy. Certes, la jeune femme n'était jamais en retard mais Roy stressait à l'idée qu'elle se défile malgré tout. Il passa une main tremblotante dans ses cheveux qu'il avait tenté tant bien que mal de discipliner. L'immense horloge du bar se fit entendre, faisant augmenter la tension. Alors que le dernier coup retentissait et que Roy relevait les yeux vers Chris, l'air abattu, trois coups assez discrets se firent entendre, ainsi qu'un aboiement. Alors, les femmes virent une multitude d'émotions traverser les yeux du seul homme présent de la soirée.

- Va lui ouvrir, ingrat ! le poussa alors Chris.

Il se précipita, manquant de peu de trébucher sur le tapis et d'emmener la nappe rouge de la table avec lui. Il entendit le rire moqueur de ses sœurs derrière lui mais cela lui semblait tellement lointain. Il lissa sa cravate d'un geste nerveux et abaissa finalement la poignée, sous les yeux brillants des filles. Elle apparut enfin devant ses yeux, encore plus ravissante que dans ses désirs les plus fous. Ses cheveux étaient ondulés et lâchés dans son dos. Elle avait légèrement maquillé le contour de ses yeux avec du noir, accentuant son regard mordoré. Sa bouche était colorée d'un rouge à lèvres clair et mat. Pour l'instant, Roy ne vit qu'un long manteau noir laissant tout de même entrevoir ses jolies jambes. Des talons noirs complétaient pour le moment sa tenue.

- Fais-là donc entrer, Roy !

- Ah euh oui, pardon !

Machinalement, il se repassa une main dans les cheveux et Riza se sentit rougir sous ses yeux. Elle se sentait tellement désirable observée de la sorte. Ses yeux brûlants qui parcouraient son corps pour finalement se fondre dans les siens faisaient battre son cœur beaucoup trop rapidement à son gout. Si rien que sous son regard elle ressentait cela, elle n'osait pas imaginer comment la fin de la soirée serait.

Elle pénétra dans la salle à manger et aussitôt, les filles vinrent l'entourer. Elles se présentèrent et Riza fit de son mieux pour retenir les prénoms de chacune. Elle croisa le regard amical de Chris qui la salua de loin. En parfait gentleman, Roy la débarrassa de son manteau. Il fit glisser ses mains le long de ses épaules et elle frémit. Elle se savait épiée sous toutes les coutures et préféra reporter son attention sur Hayate qui découvrait ce nouvel endroit avec plaisir.

- Magnifique, murmura Roy plus pour lui-même que pour les autres.

Si jamais Riza avait voulu le surprendre, elle n'aurait pu s'y prendre d'une meilleure manière. En effet, la jeune femme avait passé une robe rouge bordeaux, étrangement assortie à la cravate de son supérieur. Le tissu épousait parfaitement ses formes. Le col de celle-ci était fait de dentelle et dévoilait ses épaules nues, recouvertes partiellement par ses cheveux d'or. Elle portait toujours le cadeau qu'il lui avait offert à son anniversaire. A vrai dire, Roy était complètement subjugué par cet alléchant spectacle que lui offrait inconsciemment la jeune femme. Enfin à présent, il n'était pas vraiment sûr que ce soit le bon adverbe. Depuis le soir de leurs vacances, il se demandait sans cesse ce qui avait bien pu pousser la jeune femme à changer assez radicalement. Son baiser sur sa joue l'autre soir était loin de l'avoir laissé indifférent, il avait plutôt ressenti une douce chaleur se diffuser en lui, telle une marque indélébile.

Elle lui adressa un sourire lumineux et il lui répondit tout aussi naturellement. D'un accord tacite comme bien souvent entre eux, ils convinrent de laisser de côté les grades et autres formalités. Le militaire guida alors son invitée du soir jusqu'à la table, non sans glisser une main dans son dos. Riza se sentit immédiatement bien intégrée dans cette petite famille durant le repas. Placée en face de Roy au milieu de la table, Chris présidait le repas en pointe. Riza se sentait à son aise et il fallait avouer qu'il était assez plaisant de voir Roy essayer de se défendre de toutes les boutades que lui envoyaient les filles. Finalement, cela lui rappela un peu l'ambiance au bureau juste après le Jour Promis, comme si le fait d'avoir une cible commune était fédérateur.

- Je croyais que vous deviez assurer mes arrières ! s'exclama alors le seul homme de la soirée, scandalisé.

- Et moi qui pensais que d'avoir l'intérêt de la gente féminine était votre unique but en ce bas monde, soupira Riza d'un geste théâtral.

Au cours du repas, les filles s'amusèrent énormément de leurs joutes verbales et Chris se contenta d'observer son rejeton interagir avec celle qui lui avait ravi son cœur.

- A vrai dire, il n'y a qu'une seule femme qui m'intéresse.

Elle planta son regard dans celui de Roy, assez surprise, et se laissa submerger par le flot de ses émotions. Lui se contenta de la fixer tout en sirotant tranquillement son verre. Hayate vint rompre le charme en couinant auprès de sa maîtresse. Avisant l'heure plus qu'avancée, Riza s'excusa et enfila sa veste. Les filles se levèrent en même temps qu'elle afin de débarrasser tranquillement la table et de remettre des assiettes propres pour la suite du repas.

- Mais attendez, Riza ! Vous n'avez même pas goûté au dessert ! s'écria Roy, paniqué à l'idée de voir sa belle partir aussi rapidement.

Elle inclina la tête, ne comprenant pas bien ce qu'il sous-entendait.

- Idiot ! intervint June en frappant son crâne avec un tas de serviettes en papier. Elle va juste sortir son chien !

En effet, Riza était accroupie devant son chien et attachait sa laisse au collier.

- Je vais finir par penser que vous voulez vraiment me mettre à la porte, se moqua Riza.

- Jamais de la vie.

Roy enfila hâtivement son manteau et son écharpe avant de rejoindre la jeune femme dehors, tout en saisissant une petite enveloppe au passage. Aussitôt que la porte se fermait, les filles se précipitèrent auprès de la fenêtre. Elles soupirèrent de concert en voyant les silhouettes, épaule contre épaule, s'éloigner lentement du bar, un chien trottant à leur côté.

Ils marchèrent quelques instants avant de finalement atterrir dans un parc où Riza retira la laisse d'Hayate, le laissant courir librement. Les deux adultes s'assirent sur un banc et Roy s'excusa une énième fois des agissements de ses sœurs. Riza l'interrompit en lui disant qu'au contraire, elle était heureuse de voir qu'elles restaient fidèles à elles-mêmes malgré l'arrivée d'une nouvelle personne. A nouveau, elle abordait ce fin sourire qui ne semblait plus vouloir quitter ses lèvres.

- Je peux vous demander quelque chose ? fit alors Roy, incertain.

- Depuis quand vous demandez la permission ?

Il marmonna devant sa répartie mais entreprit tout de même d'aller jusqu'au bout des choses. Il inspira et se lança enfin.

- Depuis notre dernier jour de travail, vous semblez changée. Pas en négatif, bien au contraire. C'est juste que j'ai l'impression de retrouver un peu l'adolescente que j'ai rencontré. Et puis vous avez l'air apaisée et plus détendue.

Riza l'écouta un instant puis se demanda si elle devait lui raconter pour son étrange voyage. Ne risquait-il pas de la prendre pour une folle à lier si elle balançait qu'elle avait revu sa défunte mère ? Après tout, il n'était pas courant d'entendre ce genre d'histoire et Riza était plutôt réputée pour être quelqu'un de terre à terre. Elle reporta son attention au loin et décida d'être honnête avec lui, tant pis pour les répercussions.

- Vous avez déjà rêvé de pouvoir reparler aux morts ? murmura la jeune femme, les yeux dans le vague.

Sa question n'appelait pas forcément de réponse tant l'intonation semblait floue. Elle poursuivit.

- Cela va probablement vous paraître étrange mais j'ai eu la sensation d'avoir vécu ce genre de chose inexplicable.

Elle lui raconta alors les différents passages de sa vie qu'elle avait traversé avec sa maman et Roy ne l'interrompit pas une seule fois, avide de ses paroles. Elle lui parla alors de sa mère, Jeanne, décédée bien avant l'arrivée de l'apprenti alchimiste. Riza marqua alors une pause, juste après avoir relaté sa vision de son anniversaire d'un point de vue extérieur à la scène.

- Votre maman avait l'air d'être une personne formidable, fit-il tendrement avec un sourire.

- Vous l'auriez adoré, répondit-elle en plongeant ses yeux dans ceux de Roy.

Sans qu'elle ne puisse le contrôler, une larme solitaire roula sur sa joue. Si elle avait réussi à maîtriser ses émotions au début du récit, elle se sentait lasse de devoir encore s'en cacher. Et entendre Roy complimenter sa mère de la sorte, avait fait sauter ses dernières barrières. Lentement, il vint cueillir cette perle saline sur sa joue et Riza appuya légèrement sa joue dans la paume de sa main. Pourtant, elle détourna le regard, n'ayant pas fini son histoire.

- Mais voilà, poursuivit Riza. Je crois que je n'ai pas spécialement apprécié la dernière scène qu'elle m'a montré.

Intrigué, Roy s'enfonça un peu plus sur le banc. Il hocha imperceptiblement la tête, enjoignant la jeune femme à continuer.

- Après un nouveau tourbillon, on est arrivés devant un grand restaurant et vous étiez assis face à une femme blonde et assurément très belle.

- C'était vous ? osa-t-il demander.

Elle secoua la tête, non sans un petit sourire. Elle avait pensé à la même chose que lui lorsqu'elle avait vécu la scène.

- Vous l'avez demandé en mariage et elle a accepté. Alors je suis partie.

Roy se laissa le temps de la réflexion. Jamais il n'aurait pu s'engager avec une autre femme que Riza. S'il sortait avec des femmes pour des histoires sans lendemain, c'était certes pour étoffer son réseau mais aussi pour ne pas penser à celle qu'il n'aurait jamais. D'un gracieux mouvement de la tête, elle dégagea son visage des mèches qui l'entravait et décida de laisser parler son cœur.

- En fait, peut-être que ce voyage a réellement eu lieu ou alors, ce n'était que mon imagination mais j'ai compris beaucoup de choses. Vous avez toujours été là pour moi lorsque j'en avais besoin. Je ne voyais pas tout ce que vous faisiez pour moi, ou alors, je m'interdisais de les voir par peur de me faire de fausses idées. Mais il vint un moment où il faut savoir grandir et avancer, n'est-ce pas. Apprendre à tomber mais surtout à se relever.

Roy acquiesça silencieusement et attrapa délicatement son menton afin de pouvoir la regarder.

- Je ne supporterais pas l'idée de t'avoir loin de moi, murmura-t-il d'une voix rocailleuse. Et je veux être ton soutien et ton phare dans la tempête quand ça va mal.

- Je compte bien me rendre indispensable, répondit-elle sur le même ton.

Il esquissa un sourire et Riza prit l'initiative de l'embrasser la première, nouant ses mains derrière sa nuque. Le baiser dura un moment et ils se séparèrent à bout de souffle.

- Mais il reste quand-même une zone d'ombre, fit Riza, réaliste. La loi interdit toujours les relations entre militaires et bien que Jean et Rebecca en profitent, ils risquent chaque jour de se faire surprendre.

- Justement, fit Roy en sortant l'enveloppe de sa poche.

Il lui tendit le morceau de papier et attendit patiemment qu'elle l'ouvre. Roy vit ses yeux parcourir le papier attentivement et au fur et à mesure de sa lecture, ses yeux s'embuèrent et un sourire fleurit sur ses lèvres.

- Joyeux Noël, murmura-t-il avant de capturer ses lèvres furtivement.

- Comment as-tu fait ! s'exclama la jeune femme.

- A la pause de midi, je suis allé voir ton grand-père et nous avons longuement parlé. Il y a de ça quelques années, lors d'une partie d'échec, il m'avait proposé la main de sa petite fille. J'ai décidé de l'accepter que récemment mais uniquement en faisait les choses correctement. Alors il faudra d'abord abolir cette loi et comme tu as pu le lire, c'est pour bientôt.

- Et après ? fit-elle avec un sourire mutin sur les lèvres.

Il se releva et lui prit les mains pour la ramener tout contre lui. Il glissa ses mains dans son dos et colla leur corps à l'extrême.

- Après, murmura-t-il tendrement, je vais faire de toi ma femme, tu porteras mon nom et nous allons avoir plein d'enfants qui nous ferons tourner en bourrique.

Alléchée par ce programme plus que prometteur, elle se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser encore et toujours.

Perdus dans les bras de l'autre, les deux amants ne virent pas cette étoile qui scintillait de milles feux au loin dans le ciel. De son perchoir, Jeanne laissa une larme s'écraser contre l'épaule de Berthold. Ils avaient vu leur petite fille grandir et à présent, grâce à l'intervention de Jeanne, elle avait toutes les clefs en main pour réussir.

FIN


Et bien voilà, on y est hein, c'était le dernier chapitre de cette fiction. Je vais pas vous mentir, j'y tenais vraiment à cette fic surtout en cette période où l'absence des proches se fait ressentir bien amèrement.

Il y a un an et quelques jours, j'ai perdu mon arrière-grand-mère et, ô grand étonnement, elle s'appelait Jeanne également. Alors je me suis dit que j'étais probablement pas la seule dans ce cas où l'absence se fait ressentir à table mais surtout dans les cœurs. J'ai pas la prétention de pouvoir apaiser les peines mais ça m'a fait du bien d'écrire ça malgré tout, un peu comme une catharsis. Certains passages ont été assez compliqués à écrire et j'espère que vous avez apprécié cette fic autant que j'ai pris de plaisir à l'écrire.

Enfin bon, allez, essuyez vos larmes et souriez hein, on est là pour ça ! En plus, j'ai fait un truc niais à souhait et tout dégoulinant alors j'ai bien le droit à un p'tit sourire non ? Genre je sais pas, lâchez vous dans les reviews par exemple !

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année et à très vite !

Tchuss pamplemousse !

Todorotwix