Hey, bienvenue de nouveau dans la Galaxy Far, Far Away de OhMyDisney !

Et Joyeux Noël !

J'ai écrit la majorité de cette deuxième partie pendant le deuxième confinement. Aujourd'hui, entre le boulot, les fanfiscs et le dessin, j'ai l'impression d'avoir plusieurs vies en une, je n'avance pas pas autant que je le voudrais dans mes autres fanfics... J'ai fait la couverture de cette story, je ne sais pas si vous l'avez déjà vue, si ce n'est pas le cas, passez en mode desktop ou bien allez voir mon compte insta (dans ma bio). J'espère qu'elle vous plaira!

Okay, cette partie n'était pas prévue… celle qui suivra oui, mais celle-là vraiment pas. L'avantage, c'est que ça fera un chapitre de plus, et une bonne transition avec celui d'après.

Cette fois le texte et les dialogues sont entièrement de moi, je n'ai pas de base. Évidemment, c'est parti en cacahouète, littéralement. C'est de l'absurde. J'espère que vous êtes au point sur vos Disney, Marvel et Star Wars !

Allez, bon courage ! On se retrouve à la fin !

Plus sérieusement, je vous souhaite une bonne lecture.


Dans la Galaxie Far, Far Away de OhMyDisney!, Rey, la nouvelle Princesse Disney, peut compter sur tous ses amis, ceux de toujours et les nouveaux qu'elle a rencontré grâce à Vanellope. Quand la jeune Jedi a un petit coup de mou, Finn est le premier à proposer son aide. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu…


— Tu devrais vraiment y aller.

— Non.

— Pourquoi tu dis toujours « non » ?

— Tu as vu le thème abordé ?

— Bien sûr.

— Alors pourquoi m'as-tu inscrite à ce groupe ?!

— Ouah ! Doucement Rey !

— Non, non, non, non, non, non, non, non. Pas de « doucement Rey » !

— Allez… J'ai pensé que ça pourrait t'aider. Depuis… Tu sais… Et rencontrer de nouvelles personnes…

— Eh bien, je ne pense pas que m'inscrire à ce groupe puisse m'aider, Finn.

L'ancien Stormtrooper soupira, désespéré, et passa un bras autour des épaules de Rey.

Ils venaient de sortir de l'un des studios de Star Wars et marchaient tranquillement.

Il faisait beau, il faisait bon, c'était chouette. Oui, c'était une journée sympa. Et Finn venait de la gâcher.

— Tu as besoin de faire une pause, ma petite cacahouète.

Rey s'arrêta, sourcils froncés, les lèvres retroussées en un rictus bizarre.

— Comment m'as-tu appelée ?

— Oh, ma petite cacahouète.

— C'est quoi, ça, petite cacahouète ?

— Non ! Enfin Rey ! Tu sais tellement de choses sur les droïdes et tu ne sais pas ce qu'est une cacahouète ? T'es sérieuse ?

— Je suis sérieusement sérieuse.

Devant son air sceptique, Finn réfléchit.

— Oh la vache… Elle est sérieuse. Bah, en fait, c'est un fruit, une arachide, un truc que tu grignotes à l'apéro.

— Tu me prends pour une idiote.

Le jeune homme la dévisagea, dépassé par la tournure absurde que prenait leur conversation.

— Bien sûr que non ! Attends une seconde, donc tu sais ce que c'est ?

— Oui. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu viens de m'appeler « ta petite cacahouète ». Quel est le rapport entre moi et une cacahouète ?

Finn se tapota le menton.

— Fais très attention à ce que tu vas dire, Finn.

— T'es déjà arrivée à la conclusion que j'allais dire un truc pas sympa ?

— Euh, je dirais plutôt vexant.

— J'y crois pas ! C'est quoi ces accusations ? Je suis ton ami, jamais je ne te dirais quelque chose pour te blesser ! À moins que ce soit vraiment grave. C'est pas juste, parce que j'en connais un qui t'a dit plein de trucs vraiment pas sympas et tu ne lui as rien dit.

— C'est. Différent, répondit la jeune fille en faisant mine d'étudier les ongles d'une de ses mains.

— Rey, je t'en prie… Attends une minute. T'essaies de détourner la conversation.

La jeune Jedi eut un pouffement de rire.

— Pas du tout.

— Rey, tu vas aller à cette thérapie.

— N'appelle pas ça une thérapie.

— Euh, une discussion de groupe ?

— Du grand n'importe quoi, je dirais plutôt.

Les deux amis se fixèrent un moment. Finalement, au bout de quelques secondes, la jeune fille sortit une carotte de l'une des sacoches à sa ceinture.

Une carotte ?

Rey mordit dedans en le regardant avec ennui. Elle mastiqua, savoura le légume cru. Elle avait décidé de goûter tous les fruits et légumes qui existaient. Cette semaine-là, elle venait de découvrir les carottes. La jeune Jedi les avait goûtées de plusieurs façons différentes.

Crues, vapeur, sautées, en wok (à propos… un conseil pour rester en vie, ne jamais demander à Mulan de faire la cuisine), en salade, en chips, en purée, en ragoût (de Flemmy… merci, merci beaucoup, beaucoup Kristoff… pour l'indigestion) … Mais la façon dont elle les préférait, c'était crue.

C'était tellement bon ! Frais, sucré et croquant ! Bref, Rey adorait. Et le bruit de la carotte alors qu'elle croquait dedans semblait agacer Finn prodigieusement. Parfait. Elle tenait sa vengeance.

— T'es vraiment sérieuse ? J'essaie de t'aider, là ! lui demanda son ami qui observait la scène avec effarement.

— Mancher, ch'est ma thérapie, répondit-elle la bouche pleine, en levant les yeux au ciel, un air béat sur le visage. Cha me fait du bien. Les carottes, ch'est chénial…

— Je vois ça. Et tu as raison, les carottes, c'est génial. Ça rend aimable.

— Che chuis aimable !

Rey faillit s'étrangler avec un bout de carotte. Le jeune homme lui lança un regard éloquent.

— Nan, Rey.

— Si ! s'exclama-t-elle d'une voix stridente.

— Nan, nan, nan. Depuis qu'il est plus là, tu es insupportable.

— Hein ?

— Je sais que ce n'est pas facile pour toi, mais Rey, tu ne peux pas rester là à errer comme un zombi.

La jeune fille leva sa carotte et la pointa vers Finn.

— Il avait raison. Tu es un traître.

Piqué, Finn renifla sèchement.

— Ah ouais, tu veux jouer à ça ? Alors fais gaffe à ta carotte, Rey, elle aussi c'est une traîtresse. Si t'en manges trop, tu vas finir orange ! Exactement comme elle !

— Quoi ?

Le jeune homme grimaça et se frotta les yeux au son bien trop aigu de sa voix. Ce n'était plus possible. Être l'ami de Rey s'avérait ne pas être évident tous les jours. On aurait dit qu'on l'avait remplacée par un clone capricieux. Qu'on lui rende la gentille Rey !

— La carotte contient du carotène qui est précurseur de la vitamine A, c'est-à-dire que grâce à l'action enzymatique, la molécule de carotène se transforme en molécule de vitamine A, or la vitamine A serait connue comme un élément stimulant la mélanine responsable de la couleur de la peau, donc CQFD, tu vas devenir orange si tu continues de manger des carottes. Et pourquoi cries-tu comme ça ?

Rey plaqua une main devant sa bouche, les yeux écarquillés d'effroi.

— Ma voix est si terrible que ça ? demanda-t-elle en se forçant à se concentrer sur sa voix. Mais, ouah, d'où sais-tu tout ça ?

— Vanellope m'a présenté son ami du moteur de recherche, Monsieur Je Sais Tout, une fois que tu es dans ses petits papiers, c'est génial, répondit Finn, très, très fier de lui. Il m'a présenté à des gars de Wikipédia.

— Je suis désolée, s'excusa-t-elle en rentrant la tête dans les épaules.

— Je te pardonne, répondit le jeune homme en tapotant son épaule. Mais tu n'es pas obligée de devenir un baryton. Juste… Redeviens toi-même, s'il te plait.

— Finn, chouina-t-elle en laissant retomber dramatiquement ses épaules.

En voyant son air dépité, il eut un drôle de glapissement.

— Oh, ma pauvre petite cacahouète !

Rey ne put l'empêcher de refermer ses bras comme des tentacules autour d'elle. D'abord mal à l'aise, la jeune Jedi se contenta de lui donner une accolade énergique. Un gémissement plaintif suivit. Amusée, la jeune fille se détendit et lui rendit finalement son étreinte avec douceur.

Le menton posé sur son épaule, Rey tourna légèrement sa tête en fronçant les sourcils.

— Finn, pourquoi « petite cacahouète » ?

— Tu en es toujours là ?

— Oui.

L'ancien Stormtrooper soupira et tapota gentiment son dos.

— Parce qu'une cacahouète c'est petit, tu es toute menue et je trouve ça mignon comme surnom, ça te va bien.

La jeune fille s'écarta brusquement, les yeux plissés.

— D'accord, si tu n'étais pas comme mon frère, je trouverais ça carrément bizarre…

— T'as pas tort.

Avec un haussement de sourcils et un sourire malicieux, Rey s'exclama :

— Alors tu ne m'en voudras pas si je t'appelle ma petite cacahouète ?

— Rey ! Mes oreilles !

La jeune Jedi éclata d'un rire que Finn n'avait pas entendu depuis longtemps. Le jeune homme profita de cet instant où Rey lui parut enfin de nouveau elle-même pour revenir à la charge.

— Franchement tu sais, ce n'est pas pour t'embêter que je t'aie inscrite à ce groupe. En fait, je crois que tu ne seras même pas obligée de parler si c'est ça qui t'inquiète.

— Finn… Je comprends ta démarche, et c'est très attentionné de ta part, mais je n'ai pas besoin d'aller dans ce groupe.

— Nan, tu n'en as pas besoin…

— Nan, surtout un groupe qui s'intitule « Je suis un personnage de fiction stressé de la vie et j'ai besoin d'aide » …, insista la jeune fille avec un ricanement incrédule.

— C'est évident, soupira Finn.

— N'est-ce pas !

— Donc l'éclair de ce matin qui a failli mettre le feu au plateau et qui a dû mettre l'onglet de notre univers en maintenance, ce n'était rien ? Tu n'es pas du tout stressée ?

La jeune fille ouvrit la bouche et se figea net. Puis elle croisa les bras sur sa poitrine, avant de poser les poings sur ses hanches. L'ancien Stormtrooper observa son manège pendant quelques secondes, les sourcils haussés. Finalement, elle se racla la gorge et agita sa main qui tenait la carotte devant son ami.

— Non… C'était… C'était… C'était à cause du ragoût de… de… Comment ça s'appelle déjà ? Ah oui ! Le ragoût de Flemmy de Kristoff ! Vive les crampes d'estomac !

— Mouais. Le ragoût…

— Quoi « mouais » ? Ça ne te suffit pas comme raison ?

— Donc le fait que Ben ne soit plus là n'a absolument aucun rapport avec le fait que tu sois vraiment, vraiment bizarre en ce moment ?

— Non. Bon d'accord, c'était juste… un peu de nervosité. Tu sais, on approche de la fin de l'année, on a été pas mal sollicité ces derniers temps, et puis ce nouveau tournage du Holiday Special, c'est… spécial. Tu sais le morphing Lego, Elsa et Anna m'ont dit que ce n'était pas franchement agréable comme transformation, alors, ouais, j'appréhende un peu. Tu vois, je ne suis pas stressée, c'est juste les appréhensions du boulot.

— C'est parce que Ben n'est plus là.

— Oh, Finn ! Nom d'un réglisse ! s'énerva-t-elle en laissant retomber ses bras.

Touché, coulé ! Dans le mille ! Bon, en même temps, ça n'avait pas été trop difficile à deviner. Ben Solo était la kryptonite de Rey, et réciproquement. Même si Finn avait toujours un peu de mal à y croire. Comment dire… Ben Solo n'était pas son meilleur ami. L'ancien Stormtrooper avait dû faire beaucoup d'efforts afin de comprendre ce que pouvait ressentir Rey pour l'ancien Suprême Leader. Il y était parvenu, plus ou moins. Finn et lui s'entendaient, cordialement, très cordialement.

En fait, moins ils pouvaient se croiser, mieux c'était.

Finn profitait donc du fait que Ben n'était plus là pour se réapproprier son amie. De l'extérieur, c'était facile de prendre ça pour de la jalousie mal placée. Et ouais, il était jaloux ! Rey était sa première vraie amie, et il la considérait comme sa petite sœur, alors oui, voir un homme, surtout cet homme, accaparer toute son attention, ça faisait mal.

Surtout que tout le monde adorait Ben depuis qu'il était revenu du côté lumineux de la Force. C'était dingue ! Leia et Han, c'était un peu normal, compliqué certes, mais normal. Après tout, ils étaient ses parents.

Avec Poe, ils étaient tantôt comme chien et chat, tantôt comme cul et chemise. Aussi surprenant que ça pouvait paraître, ils s'entendaient bien, à coups de piques acerbes et d'accolades viriles. Deux coqs dans une basse-cour… Autant dire que Leia avait quand-même tendance à les surveiller quand ils étaient ensembles, parce qu'il ne manquait plus que Han pour former un trio infernal.

Quant aux Princesses fanfreluches avec qui Finn s'entendait très bien, elles étaient toutes tombées sous son charme de Prince des Ténèbres. L'ancien Stormtrooper l'avait déjà surpris en plein débat philosophique, artistique et magique avec Raiponce, en entraînement avec Mulan et Mérida, et Rey

Il parlait souvent avec Elsa, très souvent même. Être esclave d'un pouvoir magique et avoir eu une enfance pourrie étaient de sacrés points communs.

Vanellope se bidonnait quand elle montait en voiture avec Ben dans Slaughter Race, ce que Finn ne comprenait pas. C'était… dangereux, lorsqu'il conduisait. La petite Princesse des circuits l'admirait beaucoup. Sans parler des autres Princesses, et des avatars des fans…

Le pire, c'était ce lien qu'il avait avec Rey. Il était si puissant qu'il reléguait toutes les autres relations de la jeune fille à de la gnognotte.

Pour faire court, Ben Solo était agaçant.

Et Finn n'était pas du tout, du tout objectif.

— Arrête de nier, Rey. Et je sais que ce n'est pas à cause de la Dyade, que tu es dans un état pareil.

— N'importe quoi.

— Là, c'est toi qui me prends pour un idiot.

— Alors arrête d'essayer de me psychanalyser !

— Ce n'est pas ce que je fais. Je suis juste convaincu que ce n'est pas uniquement parce qu'il n'est plus là et qu'il… waouh, c'est dur de le dire ! Et qu'il te manque, que tu disjonctes !

Un drôle de bruit empêcha Rey de répondre. Finn et elle baissèrent les yeux. Avec une expression scandalisée, la bouche grande ouverte, la jeune Jedi leva la main.

— Ma carotte…

Son ami s'accroupit et tendit la main avec une moue attendrie.

— Salut Panpan ! Oooh, tu es si mignon !

— Ma carotte…

L'adorable peluche vivante tendit sa petite tête vers l'ancien Stormtrooper. Le jeune homme caressa sa fourrure soyeuse.

— Tu es vraiment, vraiment trop mignon.

Le petit lapin sembla sourire et se tourna vers Rey. Il bomba le poitrail, les poils gonflés et brillants, redressa sa petite tête et ses petites oreilles. Pas très impressionnée, ou attendrie, la jeune fille serra le légume contre elle.

— C'est ma carotte.

Les oreilles de Panpan s'affaissèrent de dépit. Finn s'empressa de le câliner, puis il leva la tête vers son amie.

— Le pauvre ! Comment peux-tu résister à une bouille pareille ?

— Je ne plaisante pas avec la nourriture. Et il n'a pas eu besoin de me demander pour croquer dedans.

— Ça aussi tu devrais en parler en thérapie.

Rey pinça les lèvres et finalement, elle se mit à leur niveau en posant un genou à terre.

— Arrête de dire « thérapie », ça m'énerve.

La jeune Jedi tendit sa main libre vers Panpan. Il s'approcha doucement, avec précaution, son museau s'agitant vivement alors qu'il reniflait ses doigts puis sa main. Le lapin la gratifia d'une petite léchouille sur le bout de l'index. Rey posa une main sur le haut de sa tête et le caressa jusqu'entre les oreilles.

— C'est vrai que tu es très doux… et mignon.

Panpan pencha la tête sur le côté et ses yeux ronds s'arrondirent encore plus. Vaincue, la jeune fille soupira.

— D'accord, tu as gagné.

Rey lui tendit la carotte sous le nez. Le lapin se tendit vers le bout du légume et le renifla consciencieusement. La jeune fille vit alors de grandes dents croquer dedans. Ouah, ça, c'était de la dent. Mais au lieu de commencer à la manger, il recommença son manège et s'approcha de la partie de la carotte la plus proche des doigts de Rey.

— Vraiment ?

Panpan l'ignora royalement, concentré dans son déchiquetage de carotte. Pour un petit animal, il avait une sacrée force !

— Je savais que tu allais craquer !

— Oh, ça va Finn.

— Je crois qu'il n'y a pas plus mignon.

— Euh, si.

— Euh, non.

— Si, BB-8.

— BB-8 est un droïde !

— Et alors ?

— Comment tu peux préférer BB-8 à Panpan ?

— Chacun ses goûts.

— Ah, ça, c'est sûr !

— C'est quoi cette réflexion ? AAAÏÏÏEEE !

Rey tomba sur les fesses et serra sa main contre sa poitrine. En fusillant Panpan des yeux, elle porta son pouce endolori à sa bouche. Le petit lapin avait reculé derrière Finn, terrifié par le cri de douleur. Le jeune homme se pencha aussitôt sur son amie et s'empara de sa main blessée.

— Ça va Rey ? Je suis désolé, fais voir. Je vois que ça saigne un peu.

— Je le savais, je le savais…

— Bah, je suis sûr qu'il n'a pas fait exprès.

— On voit que ce n'est pas toi qui viens de te faire mordre ! Il a plus de force que ce que tu crois avec ses dents tranchantes.

— Les petites bêtes ne mangent pas les grosses.

— Justement, tu as vu la taille de ses dents ? Et tu as vu la taille de sa tête par rapport à son corps ? Imagine s'il avait été de la taille de BB-8 et carnivore !

— BB-8 n'est pas très impressionnant…

Rey se contenta d'un pouffement de rire. Finn ne faisait jamais le malin lorsque BB-8 sortait son bras à décharge électrique.

— Marshmallow est impressionnant, les TB-TT sur Crait étaient très impressionnants ! BB-8… pas vraiment...

— Mais oui, bien sûr… Ce que je veux dire c'est… Imagine s'il avait fait la taille de Rex.

— Rex est un jouet, Rey.

— Finn, c'est un dinosaure ! Tu vois ce que je veux dire ?

— Je trouve que t'en fais beaucoup pour une carotte.

— Il m'a mordu !

Le jeune homme soupira.

— D'accord, d'accord, ce serait Jurassic Park.

Vexée, la jeune Jedi retira vivement sa main de celles de son ami, avant de se relever. Puis énervée, elle tapa du pied, le nez froncé.

Ni vu ni connu, Panpan s'était emparé du reste de la carotte pendant qu'ils ne le regardaient pas. Le plus discrètement possible, il se dépêcha de s'éloigner. Le lapin était presque parvenu à rejoindre le studio « Disney Animation », quand Rey s'en aperçut.

Finn vit très bien quand elle changea de couleur. Son joli teint hâlé vira au blanc et pendant une bref seconde, une expression féroce et flippante anima son visage. Et elle leva le bras, brandissant son blaster.

PIOU !

L'ancien Stormtrooper s'interposa aussitôt et lui fit baisser le bras. Il lui enleva l'arme dangereuse des mains, furieux.

— Mais ça va pas ! T'as failli tuer Panpan ! Attends une minute, comment tu as pu sortir un blaster du studio ?

— Arrête de me hurler dessus, Finn ! s'énerva Rey. De toute manière, il ne peut pas mourir !

— Non, non, non ! Rey. On. Ne. Tire. Pas. Sur. Panpan ! Ni sur Bambi ! Surtout pas sur Bambi. Ni sur personne d'autre ! C'est tout !

La jeune fille baissa les yeux alors qu'elle reprenait petit à petit des couleurs. Elle grimaça, l'air sonné. La colère de Finn s'évapora aussitôt. Le jeune homme la soutint par la taille. Rey se passa une main sur le visage.

— Est-ce que ça va ?

— Je ne sais pas Finn. Il vient de se passer quoi, là ?

— Ok, quelque chose ne va pas. Tu as tiré avec ton blaster sur Panpan, tu te souviens ?

— Non, pourquoi j'aurais fait une chose pareille ?

— Je ne sais pas, viens on va s'asseoir.

L'ancien Stormtrooper la guida, et elle se laissa tomber sans grâce sur le banc. Le jeune homme s'accroupit devant son amie et prit ses mains dans les siennes.

D'un coup, elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Déboussolé, Finn ne sut pas vraiment quoi faire.

— Hé, qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-il d'une voix douce.

La réponse lui parvint difficilement, hachée, entre deux sanglots.

— J'sais pas. Je, je crois que, que c'est à cause de, de Ben…

Finn dut se retenir fort de lui dire encore une fois qu'il avait raison.

— Dis-moi. Est-ce qu'il a fait quelque chose de mal ? Il t'a blessée ?

— Non, Finn, grogna-t-elle. En fait, tout va très bien. C'est juste que… il est parti et je… je suis en flippe total !

Le jeune homme se redressa et s'assit à côté de Rey. Il enlaça ses épaules. La jeune Jedi se laissa aller contre son ami.

— Je crois que j'avais remarqué. Tu te rends compte qu'on tourne autour du pot depuis tout à l'heure.

— Oui, désolée. Tu sais que ce n'est pas facile de parler de… moi et mes émotions, répondit Rey en tentant de parler à travers des sanglots qui s'étaient transformés en hoquets.

— Je sais. Mais je ne pense pas que tu devrais t'inquiéter.

— Tu crois ? Mais imagine que… il y ait un problème et qu'il ne revienne…

— Oui, je crois, l'interrompit l'ancien Stormtrooper.

Rey s'écarta légèrement pour lui faire face. Elle tamponna ses yeux avec le creux de son poignet, en levant les yeux au ciel. Puis, avec un soupir, la jeune fille le fixa dans les yeux.

— Finn, t'as raison.

— À propos de quoi ?

Mal à l'aise, elle ramena ses genoux contre sa poitrine, puis distraitement, elle s'empara de la main de son ami.

— Je devrais aller à cette thérapie de groupe.

Le jeune homme retint un soupir de soulagement. Enfin ! Mais étant donné son état émotionnel, il se contenta de lui sourire gentiment.

— Tu vas y aller, affirma-t-il en tapotant doucement sa main. Et ne t'inquiète pas, Rey, ça va aller. Ça va aller.


— Ça va aller, ça va aller, murmura Rey pour elle-même.

Elle jeta une dernière fois un regard en arrière. Au loin, Finn hocha la tête et lui sourit d'un air confiant. La jeune femme le lui rendit, puis, elle se tourna vers la porte bleue. Une feuille était posée à hauteur d'yeux sous l'étoile argentée qui ornait le bois. Perplexe, Rey fronça les sourcils en lisant le message.

« Tous les vendredis, nous invitons tous ceux qui se sentent stressés, incompris, désespérés, abandonnés, débordés, fatigués, angoissés, déprimés, préoccupés, oppressés, paniqués, égarés, hallucinés… »

— Hallucinés ? releva-t-elle, amusée.

« Ceci s'adresse à tous les personnages de Disney, tous studios confondus, que vous soyez gentil ou méchant, pour partager vos expériences et/ou vos émotions. Parce qu'au fond, tout le monde a le droit de se sentir aimer et de s'aimer ! Pour vous inscrire, allez voir Grincheux à l'Association des Personnages. Mais n'oubliez pas que dans chaque studio, vous avez un représentant qui assure plus de réunions. »

Sous le message, il y avait une liste d'inscrits. Rey ne prêta pas vraiment attention aux autres noms et trouva celui qu'elle cherchait. Le sien était bel et bien inscrit. Finn avait tout planifié à l'avance.

— Finn, tu n'es qu'un traître !

Avec une grande inspiration, la jeune Jedi frappa contre la porte.

Rey n'eut aucune réponse, mais elle pouvait entendre des voix dans la pièce. Timidement, elle baissa la poignée de la porte. Cette dernière s'ouvrit sur un espace relativement grand. En son centre, une série de chaises formait un cercle. Elles étaient loin d'être toutes occupées.

La jeune Jedi s'approcha prudemment du cercle. Elle s'assit près d'Elsa qui observait avec intérêt la discussion entre Thor, assis à côté d'elle, et Grincheux.

— Bonjour, Elsa.

Son amie se tourna avec un léger sursaut.

— Oh, bonjour Rey. Ça me fait vraiment plaisir de te voir.

— Tu as changé. Tu as l'air différente… Libérée de tes chaînes, délivrée du protocole.

Elsa répondit par un gloussement.

— Désolée, ce n'était pas voulu ! Tu dois en avoir assez qu'on te le dise, s'excusa Rey.

— Je ne t'en veux pas, Rey. En fait, je commence à avoir l'habitude. Mais beaucoup de personnes ont du mal à se faire à l'idée que je ne suis plus la reine d'Arendelle. Maintenant, nous sommes coordonnées avec tout ce blanc !

— C'est vrai ! Alors, tu es quoi exactement ?

— Un esprit. J'ai moins de responsabilités qu'avant. Du moins, auprès du peuple d'Arendelle… des gens, quoi. Ça fait du bien.

Rey fronça les sourcils. Comme à son habitude, Elsa était magnifique, élégante et polie. Son sourire était doux et timide, ce qui ne changeait pas non plus. Alors pourquoi son regard semblait toujours si triste ?

— Je suis contente que tout aille bien pour toi. Mais dis-moi, si ta nouvelle vie te convient, pourquoi es-tu ici ?

Les yeux de l'ex-Reine des Neiges s'écarquillèrent de surprise. La seconde suivante, elle avala difficilement sa salive.

— Euh, c'est-à-dire que…

— Salut, l'interrompit Thor en s'adressant à Rey. Hé, c'est la première fois qu'on se rencontre en vrai. J'ai beaucoup entendu parler de toi.

Elsa avait reculé brusquement dans le fond de sa chaise, le dos collé contre le dossier, une main contre le nez et la bouche avec une mine écœurée. Assis à côté d'elle, le héros s'était penché pour se rapprocher de Rey. La jeune Jedi fronça le nez et s'écarta, elle aussi.

— Oh Seigneur, Thor ! s'exclama Elsa les yeux au ciel, la voix étouffée par sa main.

— Nan, sœurette, c'est pas « Seigneur ». Ni Lord du Tonnerre, c'est Thor, Dieu du Tonnerre. Combien de fois je vais devoir te le répéter ?

— Oh non, ne le répète pas ! Recule s'il te plaît ! Combien de pintes de bière as-tu bu aujourd'hui ?

— Pas assez.

— Si, je crois. La dernière fois que tu t'es lavé ?

— Tu ne veux pas le savoir, sœurette.

— C'est tellement horrible…, gémit le Cinquième Esprit.

Rey hésita entre le dégoût et l'amusement. Le grand Dieu du Tonnerre était dans un état pitoyable. Sa longue barbe blonde était drue et on aurait dit que… des morceaux de nourriture étaient coincés dedans. Ses cheveux rassemblés en une tresse qui aurait pu faire concurrence à celle de Raiponce ressemblaient à de la paille et étaient gras. Beurk.

Il tendit une main vers la jeune Jedi en la regardant par-dessous ses cils. Rey saisit sa main non sans hésitation. Thor aurait pu être charmant s'il n'avait pas été si repoussant. Elsa quant à elle faisait toujours de l'apnée.

— Enchanté, dit-il avec un sourire enjôleur.

Quel gros lourdaud. Rey serra sa main plus fort.

— Ouais, vraiment enchantéééééé ! Ah, ah, c'est que t'as de la poigne ! Au fait, j'adore ce que tu fais, s'exclama-t-il en se libérant.

L'Avenger secoua sa main, puis il lui lança un clin d'œil. La jeune Jedi détourna les yeux, très mal à l'aise. Thor s'écarta enfin et se rencogna nonchalamment contre son dossier, genoux écartés, les mains croisés derrière la tête. Il respirait une assurance virile agaçante… et la bière, littéralement.

Rey s'approcha discrètement de son amie et ne put s'empêcher d'examiner de nouveau le Dieu du Tonnerre. Un détail faillit la faire rire.

— Ils sont tous comme ça, les Avengers ? chuchota-t-elle.

— Je ne crois pas. Depuis qu'on s'est rencontré et qu'il sait que je viens de Norvège, il ne me lâche plus d'une semelle et m'appelle « soeurette » ! Je ne comprends pas pourquoi ! répondit Elsa sur le même ton.

— Je suis désolée pour toi, c'est vrai qu'il a l'air un peu… collant.

Un rire menaçait de franchir les lèvres de Rey. Ce qu'elle fixait n'aidait pas. Alors, finalement, elle se força à détourner les yeux.

Sauf que malheureusement, Thor était toujours là.

— T'as le droit d'admirer, ça ne me dérange pas, dit-il sans se départir de son arrogance.

Excédée, Elsa soupira. En soutien, la jeune Jedi tapota sa main.

— Ça va aller, ça va aller. Je vais lui dire.

— Lui dire quoi, Rey ? Il y a trop de choses à lui dire…

— Je ne crois pas qu'admirer soit le bon mot, Thor.

— Mmh, si, admirer, c'est bien. Aduler, ce serait mieux.

— Encore faudrait-il qu'il y ait quelque chose à admirer. Aduler, nan, vraiment… c'est… encore un peu prématuré.

Le Dieu du Tonnerre se mit à rigoler.

— Eh… T'as du répondant. J'aime bien. Mais je suis le Dieu du Tonnerre, Roi d'Asgard. Un peu de respect, fillette.

— J'en aurais eu sûrement si tu ne sentais pas autant la bière, si de la nourriture n'était pas coincée dans ta barbe et si la seule chose qui ne me sautait pas aux yeux n'était pas ta brioche gonflée de ladite bière.

— Tu as abdiqué, ajouta Elsa à voix basse en fixant le plafond.

La mâchoire de Thor tomba. Il baissa les yeux sur son ventre gonflé sous son tee-shirt noir et sa chemise à carreaux puis les regarda tour à tour.

— Les filles, c'est très bas de vous liguer toutes les deux contre moi.

— Mais c'est la vérité.

L'ancien Roi d'Asgard scruta Elsa avec regard peiné.

— T'as raison, petite sœur.

Néanmoins, il se reprit vite et son regard dévia vers Rey.

— Alors ? Il paraît que tu es plutôt puissante.

— Alors, oui, il paraît.

— Vas-y, t'as quoi comme pouvoir ?

— Je n'ai pas de pouvoir, à proprement parler, mais je suis puissante dans la Force, une énergie, ce qui me permet de faire léviter des objets, d'influencer des gens, de lire dans les pensées, de créer un sabrer laser…

— Ok, ok, j'ai compris, c'est un pouvoir magique qui te permet de faire plein de trucs.

— Tu ne m'as pas écoutée…

— Et ton sabre laser, c'est l'espèce d'épée lumineuse…

— Ce n'est pas une épée. C'est une arme qui allie de nombreux éléments technologiques et notamment un cristal kyber, sans quoi la construction est impossible. Je te fais grâce des détails techniques…

— Je te sais gré de faire preuve de tant de mansuétude à l'égard de mon pauvre esprit, railla le Dieu du Tonnerre.

—… mais il faut savoir manipuler la Force pour arriver à le construire. La lame, c'est de l'énergie pure ! Elle transperce quasiment tout !

— Mouais, c'est pas mal.

— Pas mal ?

— Mjöllnir est plus puissant que ton épée magique.

Rey se pencha vers Thor, son regard prêt à lancer des éclairs.

— Ce n'est pas une épée magique. Je crois que ton marteau n'est pas si puissant que ça, puisqu'il a été détruit.

Pendant une seconde, la remarque sembla atteindre l'Avenger. Puis, il se pencha à son tour, un faux air malin plaqué sur son visage. Entre eux, Elsa recula brusquement sa chaise en se pinçant le nez.

— Il paraît que tu peux lancer des éclairs…, contra-t-il.

— Non.

— … et que tu as fraternisé avec l'ennemi.

— C'est prendre quelques raccourcis…

— Ça, c'est pas beau, fillette, c'est même très vilain.

— Non, c'est avoir de l'espoir.

Les mots avaient fusé. Elle ne permettrait à personne de s'en prendre à Ben.

— Y a un truc spécial entre lui et toi, c'est ça ?

— Oui, gronda-t-elle.

— Mais, il est pas mort dans le dernier film ?

Un instant, Rey avait pensé qu'il n'était pas irrécupérable. La jeune fille faillit lui sauter dessus, avec dans l'idée de l'étrangler avec sa tresse quand un raclement de gorge stoppa net tous ses plans. Alors elle se contenta de pointer deux doigts devant ses yeux, puis de les pointer vers lui. La discussion n'était pas terminée.

Rey se tourna vers Grincheux qui se tenait au centre du cercle.

— Bon, je crois que nous allons pouvoir commencer. Je vois que nous ne sommes pas beaucoup, ce qui tombe bien, cela va vous permettre de pouvoir vous exprimer plus. Je vous en prie, rapprochez-vous ! Avancez-vous !

La jeune fille obéit, surprise.

— C'est bien Grincheux ? glissa-t-elle à Elsa.

— Oui, lui répondit cette dernière avec un sourire en s'asseyant.

Rey l'imita et accorda enfin de l'attention aux personnes présentes. Effectivement, ils n'étaient pas très nombreux. Thor, Elsa, Scar, C-3PO et elle. C-3PO ? C-3PO ! Le droïde sembla aussi s'apercevoir de sa présence. Il pencha légèrement la tête sur le côté et lui fit un signe de la main. La jeune Jedi lui répondit de même, le regard plein d'interrogations.

— Bonjour à toutes et à tous ! Soyez les bienvenus. Comme je le disais, nous ne sommes pas très nombreux aujourd'hui et c'est une chance ! Je vais me présenter, vous parler un peu de ce qu'on va faire, puis ce sera à votre tour de vous présenter et de partager avec nous ce qui vous tracasse, je pourrais vous apportez des réponses ou bien nous pourrons les trouver collectivement. C'est ce qui est intéressant quand on est en groupe…

— T'es sûre que c'est bien Grincheux ? demanda Thor à Elsa.

— Hum, hum… Oui, répondit-elle en se penchant vers Rey.

Le Nain se tourna vers eux, les sourcils haussés. Rey, Elsa et Thor s'installèrent correctement chacun sur leur chaise, pris en faute comme des enfants.

— Bien. Je sais que certains d'entre vous sont surpris de me voir à cette place. Mon association existe depuis quatre-vingt trois ans. Pendant longtemps j'ai été tout seul, puis la Reine et le Chasseur se sont dit que ça leur ferait du bien d'avoir quelqu'un à qui parler et qui puisse les défendre au sein-même de Disney. Aujourd'hui, avec le nombre de chefs d'œuvre existants et le nombre de nouveaux studios qui se sont ajoutés, nous avons dû nous organiser différemment, par studio. Nous animons de temps en temps des groupes de discussion où des personnages de tous les horizons peuvent se rencontrer et échanger sur leurs expériences. L'apparition d'Internet a considérablement changé la donne. Avec l'accélération de l'information et la présence envahissante et pas toujours bienveillante des avatars, beaucoup d'entre nous sont de plus en plus stressés et mal dans leur peau…

— Je vous demande pardon, Monsieur, mais ces réunions étaient-elles réservées uniquement aux méchants ? intervint C-3PO, avec un intérêt certain.

— Non, puisque je ne suis pas un méchant.

— Alors pourquoi avoir créé cette association ?

Grincheux fixa le visage inexpressif du droïde. Puis, il enleva ses lunettes et soupira. Le Nain s'assit sur sa propre chaise et balaya du regard la petite assemblée.

— Quand mon film est sorti en mille neuf cent trente-sept, on m'a catalogué comme personnage à mauvais caractère. Je ne prétends pas ne pas avoir du caractère et je peux être très grincheux quand je veux, je ne suis ni l'aîné, ni le cadet de ma fratrie, alors pour se faire entendre, il faut parfois élever la voix. Pour le film, et ma chère Blanche-Neige, j'ai joué le jeu pendant un moment, mais quand j'ai voulu montrer qui j'étais réellement, on m'a gentiment fait comprendre que ce n'était pas ce qu'on attendait de moi. La Reine et le Chasseur ont eu le même souci. Nous nous sommes unis. Voilà comment tout a commencé.

Thor se pencha en avant, l'air très intrigué.

— Vous dites que vous avez dû vous organiser différemment, par studio. Vous voulez dire qu'il y a des représentants pour chacun des studios ?

— C'est ça, Blondie.

Le Dieu du Tonnerre fit de son mieux pour ignorer les rires étouffés de ses voisines.

— Si vous pouviez éviter « Blondie », ce serait cool. Laissez-moi deviner, pour Marvel, je suis sûr que c'est Loki ! Cet idiot adore jouer les sauveurs pour passer son temps à se faire plaindre !

— Non.

— Banner ?

— Non, plus.

— Alors qui ?

— Thanos.

Thor faillit s'étouffer avec sa propre salive. Compatissante, sa « petite sœur » frotta gentiment son dos tout en éloignant son nez à une distance raisonnable.

— Vous tournez pas rond !

— Si ma réponse ne te satisfait pas, tu peux te lever et quitter cette salle, Thor.

Crispé, le Dieu ferma les yeux et se passa une main sur le visage. Elsa lui murmurait de se calmer. Rey se posait la même question que Thor à propos de son propre studio.

— Et pour Star Wars ? demanda-t-elle avec une pointe de sarcasme, s'attendant à entendre le nom de son grand-père.

Grincheux fronça les sourcils.

— Il ne te l'a pas dit ?

— Euh, non ?

— C'est Maître Ben, répondit le droïde de protocole assis de l'autre côté de la jeune fille.

Surprise, elle se tourna vers lui et un « Quoi ! » strident lui échappa. De peur, C-3PO faillit tomber de la chaise. Scar s'était dressé sur ses pattes arrières pour le retenir.

— Tu le savais ?

— Évidemment.

— Évidemment ? Mais pourquoi je ne suis pas au courant ?

— Oh, ça je ne sais pas, Maître Rey. Les humains peuvent être si mystérieux.

Cette réponse n'avança pas la jeune Jedi qui se rencogna contre sa chaise. Elle ne se serait jamais doutée que Ben aurait pu être à la tête d'une thérapie de groupe. Ou peut-être que si, en fait. Après tout, question chute, désespoir et rédemption, il en connaissait un rayon.

Rey était perdue dans ses réflexions quand Grincheux éleva de nouveau la voix.

— Si vous le voulez bien tous les deux, je vais reprendre les rênes de cette réunion.

— Bien sûr, bredouillèrent Rey et Thor en même temps.

— Je vous remercie. Scar, comme tu es le seul méchant de ce groupe, je te propose de commencer.

Le Lion bailla, laissant apparaître des crocs de taille impressionnante. Un rugissement comme un grondement de tonnerre sortit de fond de sa gorge.

— Merci, beaucoup. Bonjour, je m'appelle Scar.

— Bonjour, Scar ! répondirent-il tous.

— Je viens à cette thérapie parce que je me sens rejeté et incompris. Je suis l'aîné, mais mon frère a profité de mes faiblesses physiques pour prendre ma place en tant que Roi du Rocher au Lion. C'est la loi de la nature, me direz-vous, mais il m'a rejeté et m'a abandonné. Je n'étais plus qu'un paria, un moins que rien. Je sais que j'ai des qualités. J'attire l'attention des foules, on m'écoute. J'ai de bonnes idées. Mais mon frère n'en a jamais tenu compte. Comme vous le savez, je me suis vengé… dans le film. Mais même au studio, Mufasa et mon neveu m'ignorent. Pourtant, j'essaie de faire des efforts !

Tout penaud, le Lion courba l'échine, les oreilles tombantes.

— Quels efforts fais-tu ? demanda Grincheux tout en écrivant.

— Je couvre ma petite-nièce de cadeaux, je l'emmène découvrir le royaume…

— Tu l'emmènes au cimetière d'Eléphants ?

— Non. Bien sûr que non.

— Scar.

— D'accord, d'accord, c'est arrivé une fois. Deux. Mais c'est vrai, je me suis repenti, répandu en excuses… j'ai l'impression que rien n'y fait.

— Je vois, marmonna le Nain, avant de s'éclaircir la voix. Merci, Scar d'avoir partagé tes sentiments avec nous.

Rey leva la main. L'intervenant lui fit signe de se lancer.

— Je pense que vous devriez aller voir votre frère et lui demander de parler, seul à seul. Après, dites-lui ce que vous ressentez vraiment, au plus profond de vous-même. Laissez tomber le masque. Et n'emmenez plus votre petite nièce dans ce cimetière d'Eléphants.

Le Lion se contenta de la fixer de son drôle de regard vert.

— Merci, Rey. J'y réfléchirai, répondit-il, sa suffisance toute retrouvée.

— Je vous en prie.

La jeune fille se sentit vraiment gênée par son regard perçant et son sourire machiavélique. Pendant un instant, Rey avait oublié que Scar était un méchant.

— Elsa, à ton tour ?

L'ancienne Reine d'Arendelle hocha la tête, le rouge lui montant aux joues.

— Bonjour, je suis Elsa.

— Bonjour, Elsa ! s'exclama le petit groupe.

Le Cinquième Esprit replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, un petit rire nerveux lui échappa.

— Alors, voilà… vous connaissez tous l'histoire maintenant, je suppose. Libérée, délivrée, dans un autre monde, je me suis cherchée…

— Vanellope a raison, il y a un projecteur et de la musique, murmura Rey pour elle-même.

Devant les mines perplexes de ses interlocuteurs, Elsa ricana de nouveau.

— D'accord, je me suis trouvée. Je ne suis plus Reine, mais je suis un Esprit, le Cinquième Esprit. Je suis… libre, j'ai laissé les rênes d'Arendelle à ma petite sœur… Mais… depuis quelques temps, je ne me sens pas heureuse, et je me pose beaucoup de questions.

Elsa croisa les bras et fixa le sol.

— J'ai l'impression que tout le monde est heureux sauf moi. Ma sœur va bientôt se marier, mais moi, je reste désespérément seule. Je me demande si un jour je rencontrerais la personne faite pour moi, si je ne suis pas gay, ou si je ne mériterais pas de rester seule. Après tout, c'est vrai, j'ai causé tellement de problèmes chez moi. Qui voudrait se lier à quelqu'un comme moi ?

Un rire tonitruant éclata. Hilare, Thor essuya le coin de ses yeux.

— Oh, petite sœur, tu es la lumière de ma journée.

— Thor ! menaça Grincheux en pointant son stylo.

— Toi, gay ? Personnellement, je n'ai rien contre, mais le studio préfèrera te laisser seule jusqu'à la fin des temps plutôt que tu aies une petite copine !

Rey recula discrètement sa chaise et tendit le bras derrière une Elsa qui cacha son visage dans ses mains, rouge comme une Fraise Tagada. La jeune Jedi prit un peu d'élan et avec un grand sourire vicieux, elle lança son poing contre le bras de l'Avenger.

Le Dieu ne bougea pas d'un pouce à sa plus grande déception. Il tourna un regard ennuyé vers Rey.

— Aïe… Franchement, c'est quoi ton problème ? T'as un truc contre moi ? On se connaît depuis quoi, cinq minutes. Cinq minutes !

— Tu ne vois pas qu'elle ne se sent pas bien ! Et tu la mets encore plus mal à l'aise ! s'exclama Rey en pointant un doigt vers lui, toujours dans le dos d'Elsa.

Le Dieu frappa sa main. Avec un petit cri, la jeune Jedi se rassit correctement en massant sa main endolorie, celle que Panpan avait mordu, comme par hasard.

— Tout doux, petit grain de sable. Ce que je dis, c'est que peu importe ses choix, tout le monde devrait l'accepter telle qu'elle est, et ça arrive à tout le monde de faire des erreurs. J'ai fait des erreurs ! Ton petit-copain a fait des erreurs, toi aussi sûrement. Et je n'ai fait qu'énoncer une vérité. Le studio préfèrera la laisser seule plutôt qu'avec une fille.

— Ce n'est pas comme ça que tu l'as dit. Et laisse Ben tranquille !

— STOP !

Le silence tomba et tous les participants se tournèrent vers Grincheux. Son visage était écarlate, son nez, bordeaux.

— Ça suffit tous les deux !

— C'est elle qui a commencé, se plaignit Thor.

— T'as quel âge ? Deux ans ? Si vous continuez, je vous vire !

— Pardon.

— Je te pardonne, Rey.

Scar examinait ses griffes quand il laissa échapper un petit rire.

— Quel dommage, ils sont si amusants. Pas besoin de Disney+, de Netflix, d'Amazon Prime…

— Scar, ne t'y mets pas non plus ! menaça Grincheux.

— D'accord, d'accord !

Le Lion descendit de sa chaise et s'étala de tout son long aux pieds de C-3PO. Le droïde de protocole tenta de protester, mais un bâillement bruyant de Scar lui en ôta toute envie. Thor tentait de cacher son sourire tant bien que mal.

— Tiens, Thor, puisque tu as l'air d'avoir tellement de choses à nous dire. Vas-y, je t'en prie, à ton tour.

Le sourire du Dieu retomba aussitôt, celui de Rey remonta.

—Vous êtes sûr ? Peut-être que Rey devrait plutôt… c'est… pour être galant, bredouilla-t-il.

La jeune fille leva les yeux au ciel, en secouant la tête.

— Non, c'est moi qui décide, retorqua le Nain.

— Eh, c'est pas ce que vous avez dit…

— Euh… Bonjour ?

Six paires d'yeux se tournèrent vers l'entrée de la pièce. Un séduisant jeune homme se tenait dans l'embrasure de la porte. Après un moment d'hésitation, il se décida à entrer.

— Pardonnez mon retard, j'ai eu un souci de boule de neige.

D'un signe de la main, Grincheux lui fit signe d'approcher.

— Bienvenu, Hans. Prenez une chaise, s'il vous plaît et installez-vous.

Rey se leva pour écarter sa chaise et celle de C-3PO afin qu'il puisse poser la sienne à côté d'elle. Quand elle se rassit, la jeune Jedi croisa le regard d'Elsa. Elle n'avait pas l'air très contente. Ses sourcils blonds étaient froncés, et ses poings serrés se couvraient de flocons de neige.

— Tu le connais ? demanda la jeune fille.

— Oui, gronda la jeune femme.

— Bonjour, Elsa, la salua Hans.

Le Cinquième Esprit ne lui répondit pas et regarda droit devant elle. Déçu, le jeune Prince se râcla la gorge, embarrassé.

Entre eux, Rey, qui s'était tenue en retrait pour observer cet échange qui au final n'en fut pas un, fronça les sourcils et croisa le regard du Dieu du Tonnerre. Il le lui renvoya, puis il se pencha en avant, un peu incommodé par son ventre, et posa ses coudes sur ses genoux, les poings fermés, en dévisageant le nouveau venu avec insistance. Le pauvre n'avait pas l'air très bien, engoncé dans son costume de Prince. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux cuivrés en déglutissant difficilement.

Grincheux brisa le silence.

— Thor ? Tu dois nous parler de ce qui te trouble en ce moment.

— Hum… Ouais, il paraît.

— Nous t'écoutons.

Le Dieu du Tonnerre poussa un profond soupir.

— Comme je le disais tout à l'heure, avant qu'un grain de sable ne m'interrompe, j'ai aussi fait des erreurs. J'ai déclenché des guerres par pur arrogance, j'ai littéralement détruit mon monde, Asgard. J'ai condamné mon peuple à l'errance dans l'espace, et Thanos l'a réduit quasiment au néant. J'ai perdu toute ma famille, et je regrette même mon pauvre crétin de demi-frère. Et, je me suis fait larguer par ma copine qui vit sur Terre. Mais c'était un peu avant… J'ai laissé ma couronne à une Valkyrie qui a su gérer ce drame avec plus de coui… de sang-froid que moi. J'ai aidé à sauver le monde, j'ai voyagé dans le temps, et maintenant, je suis une bande de loosers avec un lapin, euh un râton-laveur pardon… Bref c'est le bordel dans ma tête si vous saviez… La seule chose qui m'empêche de devenir fou, c'est d'avoir rencontré Elsa et Anna. J'ai l'impression d'avoir retrouvé une famille ! Anna n'a pas vraiment de pouvoir, mais elle me fait penser à Jane. Elle est courageuse et intelligente. Et Elsa, tes pouvoirs ! Ils sont extraordinaires ! J'espère que tu ne m'en veux pas de vouloir m'accrocher à vous comme ça. J'ai l'impression d'être moins seul.

Thor se tourna vers celle qu'il appelait sa « petite sœur », les larmes aux yeux. Rey fronça un sourcil, haussa l'autre. Quel cinéma ! Elle comprit mieux pourquoi son amie disait qu'il était collant.

— Oui, je comprends, répondit Elsa d'une voix douce.

Le Dieu s'empara de ses mains.

— Ah ! T'as les mains froides. Oh, des flocons de neiges ! C'est marrant. Pardon. Tu sais, mon père est mort en Norvège, il aimait beaucoup ton pays. J'ai l'impression que j'irais mieux si j'ai envie de protéger ma famille. C'est vrai, je peux te protéger. Je…

— D'accord.

— Je peux te protéger des Princes coincés du c…, continua-t-il en fixant Hans.

— J'ai dit d'accord ! s'exclama Elsa.

Il reporta son attention sur elle avec un grand sourire.

— C'est vrai ?

— Oui. En revanche, ce sera à certaines conditions.

— Vas-y. Je suis prêt !

— Tu quittes les Gardiens de la Galaxie. Ils ont une trop mauvaise influence sur toi…

— Personne ne m'influence…

— Bains tous les jours, c'est non négociable, et sevrage de bière. Et régime plus sport.

— Quoi ?

— La bière n'est qu'un moyen de fuir tes problèmes et de les remettre au lendemain.

— Mais pourquoi y'a plus de bière !

— Thor !

— Pardon, petite sœur. Tope là !

Elsa observa la grande paluche devant elle. Avec prudence, elle frappa la paume de sa main contre la sienne.

— Oh j'ai envie de te faire un câlin !

— Non ! Ce sera peut-être envisageable uniquement quand toutes les conditions auront été remplies.

— Ça fait beaucoup de conditionnel…

Tous se seraient attendus à encore plus de protestations, mais à la surprise général, Thor, Dieu du Tonnerre abandonna tout air stupide et arrogant. Il posa très solennellement une main sur son cœur.

— Elsa, je te promets de tout faire pour devenir le grand frère que tu as toujours voulu.

— Euh…

— Je te promets de vous protéger, Anna, ton royaume et toi. Et mon offre tient toujours, je peux te débarrasser des Princes machiavéliques, fourbes, perfides, démoniaques…

— Hé ! se manifesta l'intéressé.

— Merci, mais je crois pouvoir m'occuper de ça moi-même.

Hans se leva brusquement et posa un genou à terre devant Elsa. De surprise, l'Esprit agrippa l'assise de sa chaise. Cette dernière se couvrit intégralement de glace. Rey poussa un cri de surprise à côté d'elle.

— C'est génial ! gloussa Thor, ravi.

Le jeune Prince, lui, ne sembla pas surpris, ou ne le montra pas. Il regardait Elsa avec beaucoup de sérieux.

— Votre Majesté, pardonnez-moi, je ne savais pas que nous serions ici en même temps. Je partirai si le vous souhaitez. Et je n'aurai pas besoin d'aide, merci, dit-il en coulant un regard méfiant à Thor.

Ce dernier frappa son poing dans sa paume, les murs tremblèrent. Hans secoua la tête et reporta son attention sur Elsa.

— L'occasion est trop belle pour que je la laisse passer. Je ne vous demanderai qu'une chose. Que vous m'écoutiez, s'il vous plaît.

L'Esprit était en train de réfléchir quand Thor se pencha vers elle.

— C'est un piège, souffla-t-il.

— Il a raison. Ça ressemble à un piège, confirma Scar, toujours étendu de tout son long.

Elsa et Hans grimacèrent en sentant le doux parfum de l'Avenger.

— Quel immonde personnage, gémit le jeune homme.

— Nous sommes au moins d'accord sur un point.

— Hé ! Vous ne voyez pas qu'il essaie d'obtenir sa rédemption ? intervint Rey, son regard voyageant entre le Lion et « Blondie ».

— Pff…

Sous le regard de Rey, Thor s'éloigna non sans soupirs et ennui.

— Merci, votre Altesse.

— Je ne suis pas une Altesse, Hans.

— Alors vous n'êtes pas une Princesse ?

— Ah… Si, désolée, je n'ai pas l'habitude.

— Au fait, t'es Princesse Rey comment ? Parce que c'est pas très clair. Skywalker ? Solo ? Palpa…

— THOR ! TU AS EU LE TEMPS DE PARLER ! MAINTENANT, TU TE TAIS !

Furieux, Grincheux donnait l'impression qu'il allait exploser, littéralement. Avec le peu de dignité qu'il lui restait, l'Avenger sortit ses Ray-Ban de la poche poitrine de sa chemise. Il les posa sur son nez pour bouder discrètement.

— Seigneur, cette réunion ne respecte aucun protocole.

— TOI AUSSI LA BOITE DE CONSERVE ! TU TE TAIS ! TOUT LE MONDE SE TAIT ! C'EST MA RÉUNION, C'EST MOI QUI COMMANDE !

Tout le monde fixa Grincheux la bouche ouverte.

— Merci ! Hans, continuez, qu'on en finisse !

— D'aaaccord, je vais essayer d'être concis. Je suis désolé. J'ai été stupide, arrogant, arriviste et tout ce que vous voudrez ajouter. Je voulais vraiment vous aider, et j'ai…

— Déconné grave…, grommela Thor.

— … trahi votre confiance, et je m'en excuse. Je suis prêt à me racheter. Je suis sincèrement désolé. Vous pouvez demander à Rey de lire mes pensées si vous avez besoin d'être sûre. S'il vous plaît. J'offre ma vie à Arendelle.

Confuse, Elsa se figea. Elle aurait aimé retirer ses mains des siennes, mais ses habitudes de reine l'empêchèrent de s'enfuir. Alors elle lui dit la première chose qui lui vint à l'esprit.

— Pour offrir votre vie à Arendelle, il faudra en parler à ma sœur. J'ai abdiqué en sa faveur.

— Et si je vous l'offre à vous ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.

La bouche d'Elsa s'ouvrit à plusieurs reprises, mais aucun son n'en sortit. Choquée par ce qu'il venait de dire, elle essayait de trouver la meilleure réponse. Jamais dans sa vie de Princesse on ne lui avait fait une telle demande. Mais en voyant qu'il était aussi rouge et embarrassé qu'elle, la jeune femme se mit à rire nerveusement. C'est alors que Thor revint à la charge.

— Attends, je rêve ou t'es en train de draguer ma petite sœur ?

— Non ! Je vous assure !

— Nan, nan, tu me la feras pas à moi ! Je vois quel genre de lascar tu es, j'avais le même à la maison. La fausse modestie, les ruses, je connais par cœur.

Les deux hommes se défièrent du regard. Le Dieu du Tonnerre crânait toujours en jouant des immenses battoirs qui lui servaient de mains. Hans n'avait pas l'air très impressionné, plutôt lassé d'être interrompu. Alors en levant les yeux au ciel, il se tourna de nouveau vers Elsa sans répondre à la provocation.

— Elsa, je suis sincère. Je ne demande que votre pardon.

L'Esprit fixa un long moment son visage et ses yeux. Ses épaules baissées, ses clignements des paupières très répétés, la tension de sa mâchoire. Le tremblement de ses mains. Il était stressé, anxieux. Sincère. La jeune femme déglutit difficilement avant de retirer ses mains des siennes.

— Il faudra tout de même vous entretenir avec ma sœur. Je ne suis plus reine, éluda-t-elle le plus calmement possible.

Le jeune Prince sembla comprendre ce qu'elle ne disait pas.

— Merci.

Hans retourna à sa place avec un soupir de soulagement. Scar toujours allongé sur sol, la tête sur ses pattes étalées au sol, le regardait avec un regard perçant et un rictus qui découvrait quelques crocs impressionnants.

— Merci, Hans, ce n'était pas ce à quoi je m'attendais, mais on va dire que ça fera l'affaire, marmonna Grincheux, toujours ronchon. Rey, tu es la dernière.

— Mais C-3PO ?

Le droïde de protocole leva la main.

— Je ne suis pas là pour la thérapie.

— Alors pourquoi es-tu là ?

— Je n'ai pas le droit de dévoiler cette information.

Rey fronça les sourcils.

— Qui t'a envoyé ?

— J'ai promis !

— 3PO…, menaça-t-elle.

— Non ! J'ai promis au Maître !

La jeune Jedi croisa les bras et pouffa de stupeur.

— Ah, d'accord…

— Dis donc, il serait pas maniaque du contrôle ton copain ? Moi je trouve ça super flippant…, observa Thor.

— Tais-toi !

— Sérieux, c'est carrément bizarre !

— Ça ne te regarde pas !

— En fait toi aussi t'es bizarre. Tu le défends comme une maman ourse ! Et toute cette agressivité refoulée… Quelque chose ne va pas, petit grain de sable.

L'expression de Rey devint si féroce que même Elsa recula sa chaise.

— Tais-toi.

Ce fut à cet instant que Grincheux décida d'intervenir, très agacé.

— Calmez-vous tous les deux, C-3PO remplace Ben Solo parce qu'il a été retenu ailleurs. C'était la première fois qu'il devait assister à une réunion multi-studio. C-3PO est là pour lui faire un compte-rendu. Maintenant ça suffit, sinon, je vais vraiment m'énerver.

— Maître Ben m'a aussi demandé de veiller sur vous. D'ailleurs il faut dire que cette réunion est tout sauf une thérapie. J'ai peur des effets que cela pourrait avoir sur vous.

Rey avait senti son cœur fondre en entendant que Ben prenait soin d'elle, même s'il n'était pas là. Cependant, elle revint vite à la réalité.

— Que veux-tu dire ?

— Étant donnée votre agitation en ce moment…

— Je ne suis pas agitée…

— Vous avez lancé un éclair ce matin.

Un silence de mort tomba brusquement. Thor ouvrit la bouche, mais le Cinquième Esprit l'en dissuada d'un regard.

— Je… Non… Je… C'était un accident, bredouilla Rey en sentant la panique monter.

— Mais pourquoi t'as peur ? demanda Thor avec enthousiasme. C'est génial de pouvoir lancer des éclairs.

— Non ! Ce n'est pas bien !

— Au contraire, c'est très efficace.

— C'est le côté obscur !

— Moi, je suis pas du côté obscur et je lance des éclairs !

— On ne vient pas du même studio !

— Et alors ?

— Non, non, non, non, non ! Ça veut dire que je suis une Palpatine ! C'est à cause de Palpatine que j'ai failli perdre Ben ! C'est le plus horrible des grands-pères !

— Relax mon cœur, on croirait que tu vas nous jouer une de ces tragédies grecques.

Agacée, Rey croisa les bras.

— Ah, ah, vraiment très drôle, mais laisse les Muses en dehors de ça. Et oui, ça ressemble à une tragédie ! Je suis morte, il m'a sauvée, et il est mort ! C'est Shakespeare !

— AH ! J'adore Shakespeare !

Il y eut un sursaut général au cri d'Olaf.

— Olaf ? Mais que fais-tu ici ? demanda Elsa, aussi surprise que les autres.

— Mais je suis là depuis le début. Je réfléchis à ce que je ferai quand je serai plus grand, parce qu'apparemment, il faut que je pense à mon avenir ! Je teste ma discrétion avec Courant d'Air pour devenir agent secret.

— Agent secret ?

— Pourquoi pas ? Ou psychologue. Rey, je ne sais pas comment, mais je sens le conflit en toi.

— Quoi ?

— Je crois que tu as peur de l'abandon. Et tu fais une très grande confusion entre les films et ta vie dans OhMyDisney. En fait il apparaît clairement que vous le faites tous. Vous n'arrivez plus à les dissocier, ce qui vous cause beaucoup de stress…

— Je… Nan ! J'arrive à faire la part des choses !

— Si, ce qui se traduit par des manifestations physiques telles que les éclairs que tu as lancés, l'envie de tirer sur Panpan. Tu devrais faire comme moi. Quand ça va pas, je vais m'allonger au soleil, babilla le Bonhomme de Neige avant de prendre une voix dramatique. Mais n'oublie pas… La peur mène à la colère, la colère mène à la haine et la haine mène à la souffrrraaance…

Bouche bée, Rey resta figée quelques secondes, avant de laisser échapper un très beau juron.

— Putain de merde…

— AAAHHH ! Tu as dit deux gros mots ! Il me faut une boîte à gros mots ! s'exclama le Bonhomme de Neige. Elsa, Elsa ! S'il-te-plaît !

La jeune femme ignora Olaf qui trépignait devant elle pour étudier Rey. Sans le regarder, elle remua la main et une boîte transparente apparut dans celles du Bonhomme de Neige.

— Tu as tiré sur Panpan ? demanda-t-elle, incrédule.

— Apparemment…

— Le lapin, c'est délicieux, lança Scar en ronronnant.

L'assistance se tourna vers lui. Il feignit alors l'innocence.

— Quoi ? C'est un met très fin.

Elsa et Thor échangèrent un regard choqué.

— Non ! Les lapins, c'est trop mignon ! s'écria l'Avenger. Je voyage… euh, voyageais avec un lapin. Ah non, c'est un râton-laveur ! Thor, tu devrais t'en souvenir avec le temps ! Quoi ?

Avec un sourcil haussé, la jeune femme blonde le dévisageait. Son regard s'adoucit quand elle posa une main sur son épaule.

— Arrêter la bière te fera le plus grand bien.

Le Dieu du Tonnerre poussa un profond soupir. Pendant ce temps-là Rey se mordait les lèvres, de plus en plus nerveuse. Olaf venait de mettre le doigt là où ça faisait mal. Oh, il ne venait pas de lui faire une révélation, elle le savait déjà mais l'entendre dire à voix haute, ça lui donnait chaud, puis froid, son palpitant s'excitait (et pas de façon agréable), le stress se diffusait doucement mais sûrement dans son corps. La jeune femme subissait cette montée d'énergie sans pouvoir la contrôler. Penchée en avant, le regard dans le vide, elle se tordait les mains, faisait craquer ses doigts nerveusement.

Thor, qui avait remarqué son comportement bizarre, tendit le menton vers elle.

— Hé, ça va ? T'as pas l'air dans ton assiette, t'es toute blanche.

Rey lui renvoya un regard noir. Vraiment noir.

— T'es vraiment bizarre… Dis, fillette, il va falloir que tu te détendes un peu.

— Occupe-toi de tes oignons, siffla-t-elle entre ses dents.

— Non, je suis sérieux. Si tu veux un conseil, et je pense que ton copain sera à peu près d'accord avec moi, tu devrais accepter la part d'ombre qui est en toi. T'es pas épuisée de repousser ça à longueur de journée ?

— Non !

— Rey, il n'a pas tort, intervint Elsa. Je me suis battue contre mon pouvoir durant des années…

La jeune Jedi se redressa, le visage plissé de perplexité.

— Oh oui, et maintenant tu fais une crise d'identité. C'est sûr que ça te réussit, railla-t-elle avec un rire mauvais.

— En fait, je n'ai plus que ce problème-là à régler…

— Et ça lui réussit aussi au grand Lord du Tonnerre, entre la brioche, la barbe aux pépites de moisissure…

— Dieu du Tonnerre, Dieu du Tonnerre, gémit l'Avenger.

—… le cheveu tellement gras qu'on a plus qu'à essorer pour faire de l'huile, et cette haleine…

— STOP ! hurla Thor.

Son éclat eut le mérite de couper Rey dans son élan.

— T'es possédée ou quoi ? Si tu pouvais arrêter de m'insulter, merci ! Tu veux que je te dise ce que c'est ton problème ?

— Attention, Thor, prévint Grincheux en lui faisant les gros yeux.

Rey plissa les yeux, les bras croisés sur la poitrine.

— Ton problème, c'est que tu es… une Palpatine…

La jeune femme bondit sur ses pieds, le regard dur, les narines dilatées de colère, le souffle court.

— Laisse-moi finir avant de t'énerver. Tu es une Palpatine. C'est un fait. Maaaiiis… on sait très bien que ce n'est pas que pour cette raison que tu te fais appeler Rey Skywalker…

L'Avenger laissa sa phrase en suspens. Elsa avait un mauvais pressentiment. La jeune femme repoussa Olaf derrière sa chaise. Comme le Bonhomme de Neige ressentait les mêmes émotions qu'elle, il se laissa faire.

— Je comprendrai quand je serai plus grand, murmura-t-il.

— On sait que tu as beaucoup d'affection pour Leia et Luke, reprit le Dieu du Tonnerre. Mais fillette, tu veux être une Skywalker pour une autre raison. Une raison qui a un rapport avec ton copain. Ne me regarde pas comme ça. Tu attends désespérément qu'il fasse son boulot de Prince Charmant. Eh, petit grain de sable, on est au vingt-et-unième siècle, t'as le droit de prendre les devants !

— Je… Tu racontes n'importe quoi ! Comme tu l'as dit, on est au vingt-et-unième siècle, je suis indépendante.

Il y eut quelques raclements de gorge éloquents. Rey fit un tour sur elle-même. Elsa lui offrit une grimace désolée.

— Oookaaayyy, on va dire que tu l'es, reprit le Dieu du Tonnerre en balayant l'air de la main. Sauf que, tu as peur qu'il disparaisse de ta vie d'une manière ou d'une autre s'il ne fait pas son job de PPC…

— PPC ?

— Prince Presque Charmant. Mais tu as aussi peur qu'il le fasse, parce que tu sais que si jamais il lui arrive quelque chose, ça fera encore plus mal. Tu vois ce que je veux dire ?

— Ouais, on t'a déjà dit que tu parlais trop ? retorqua-t-elle, acide.

La voix de C-3PO s'éleva dans le dos de la jeune fille.

— Pardonnez-moi, puissant Thor, vous parlez bien de mariage ? Maître Ben marmonne souvent tout seul, mais je ne l'ai jamais entendu mentionner une bague ou même un mariage.

Rey serra les poings. Son visage chauffa tellement qu'il devint presque aussi rouge que celui de Grincheux.

— Tu vois, fillette. Si c'est pas toi qui te lances, tu resteras une Palpatine. Ou alors… tu resteras… personne, asséna Thor.

La jeune Jedi resta bouche bée quelques secondes. Il avait osé.

— Mais si tu veux qu'on te passe la bague au doigt, moi, je me ferai une joie de recoller les morceaux de ton petit cœur brisé. Je t'aime bien, même si t'es bizarre.

Il eut à peine le temps de terminer sa phrase que Rey pointa un doigt rageur vers lui, le visage déformé par la fureur. Oh, à cette seconde-là, on aurait dit une furie. Tout d'un coup une fine fumée noire enveloppa Rey. Des pixels rouges étincelant apparurent de façon anarchique dans cette curieuse fumée.

— Il faut qu'on sorte, murmura Elsa en poussant Olaf.

Le Bonhomme de Neige sortit. Au même moment, l'image de Rey trembla.

— ÇaAaA SuSuffit !

La voix de la jeune femme avait tremblé comme son image. Cette dernière changea pendant une fraction de seconde. Un visage pâle et maladif, des yeux noirs sournois, des lèvres livides retroussées férocement sur des dents effilées, dignes de Bruce. Ça tombait bien, c'était vendredi… sauf qu'il n'y avait pas de poisson.

— Sortez ! ordonna Elsa d'une voix sans appel.

Tout le monde l'écouta, sauf Thor, évidemment. Hans hésita mais finit par obéir quand elle le supplia des yeux.

— C'est pas un moustique comme elle qui va me faire peur. Tu sais, j'en ai vu des trucs chelous, il en faut beaucoup pour m'impressionner.

Sauf que pendant ce temps-là les pixels rouges s'excitaient de plus en plus rapidement dans la fumée qui enveloppait Rey.

— Allez, Palpi ! Fini de jouer ! Montre-moi de quoi t'es capable !

— Thor ! s'indigna le Cinquième Esprit.

Et ce qui devait arriver arriva. Une puissante lumière jaillit des mains de Rey. Elle frappa le sol. Des éclairs rebondirent contre les murs, certains les transpercèrent. L'un d'entre eux faillit atteindre Elsa qui utilisa sa magie in extremis, le transformant en glaçon brillant. D'un coup de pied, le sol se recouvrit d'une fine pellicule de givre, pour tuer dans l'œuf tout départ de flamme.

De son côté, Thor avait l'air de s'amuser comme un fou.

— Je crois que j'ai trouvé mon âme-sœur ! Ça chatouille !

La jeune femme se tourna vers son « frère », le front plissé de perplexité. Elle haussa les bras et les épaules, avant de les laisser retomber, défaitiste. Le bruit d'un objet cristallin tombant au sol attira l'attention Elsa qui fit de nouveau volte-face. Ses yeux bleus tombèrent sur un glaçon qui avait emprisonné un éclair. Il brillait encore de l'intérieur. Ce fut alors qu'elle se rappela que la glace était de l'eau gelée et que l'eau conduisait l'électricité.

Le glaçon ne parvint pas à contenir l'énergie de l'éclair. La décharge atteignit Elsa en pleine poitrine. La force de l'impact la projeta en arrière. Thor cessa de rire et l'intercepta avant qu'elle n'atteigne le sol.

— ELSA ! s'écria la jeune Jedi.

Le Dieu du Tonnerre leva les yeux vers Rey, qui était redevenue parfaitement normale, si ce n'était cette expression horrifiée sur son visage. Les cheveux dressés sur la tête, l'air un peu sonné, le Cinquième Esprit s'assit avec un gémissement.

— Wooow… Ça va, ça va… marmonna-t-elle.

Rey s'agenouilla à ses côtés.

— Je suis désolée ! Tellement désolée.

Son regard passa entre Elsa et Thor avant d'être attiré par le plafond.

— Pourquoi il y a des trous dans le plafond ? Et dans le mur ?

L'Avenger fronça les sourcils.

— Tu ne te souviens pas ? Tu viens de lancer des éclairs, au milieu d'une fumée noire crépitante de pixels rouges en furie.

— Euh… je… non… c'est impossible.

Thor hocha la tête en la regardant dans les yeux. La jeune fille déglutit difficilement. Depuis le matin, il ne lui arrivait que des choses étranges, surtout depuis sa rencontre désastreuse avec Panpan. Le pire étant qu'elle ne souvenait pas du tout avoir pointé un blaster sur le Lapin, ni d'avoir lancer des éclairs. Il y avait de quoi paniquer.

L'Avenger aida Elsa à se relever. Elle attendit d'évaluer son équilibre avant de tendre la main vers Rey. Surprise qu'elle ne lui en veuille pas, la jeune Jedi s'empara de sa main avec hésitation, mais la poigne à la fois ferme et douce de son amie la rassura. « Désolée » articula-t-elle encore une fois.

Ils sortirent tous les trois de ce qui restait du bâtiment. Beaucoup de personnages s'étaient réunis pour tenter de savoir ce qu'il venait de se passer. Un cri retentit au milieu de la foule.

— ELSA !

Anna se fraya un passage et elle courut prendre sa sœur dans ses bras.

— J'ai eu si peur ! J'ai entendu une énorme explosion et j'ai vu un énorme éclair. Wow ! Tes cheveux ! On dirait les miens au réveil !

— Je vais bien, la rassura Elsa d'une voix posée, en caressant ceux de sa sœur.

De son côté, incapable de faire face à tous les regards, Rey se tourna, les épaules voûtées. Le Dieu du Tonnerre posa une main sur son épaule. Il avait l'air bizarrement sérieux.

— Que tu lances des éclairs, c'est pas grave. Mais que tu oublies ce que tu fais, ça, ce n'est pas très rassurant.

— Je sais, murmura la jeune fille, les yeux fixés sur les restes de la salle de réunion.

— Et… je suis désolé de t'avoir poussée à bout…

— Non, ce n'est pas ta faute !

— Je suis allé un peu trop loin, admit-il en se grattant la joue.

— Moi aussi.

Un raclement de gorge interrompit leur échange paisible. Grincheux agitait un doigt accusateur devant eux.

— Vous deux... Plus jamais... Basta ! Je me mets en arrêt !

Puis le Nain s'éloigna d'un pas furibond.

Rey agita la tête de gauche à droite puis elle se tourna vers le Dieu. En dépit de tout ce qui ne faisait pas son charme à cet instant, ses yeux bleus étaient beaux, gentils et sincères. Mais beaucoup moins séduisants et intenses que ceux de Ben. Et franchement, Thor ne sentait vraiment pas la rose. La jeune fille s'écarta poliment et lui offrit un sourire. Elle lui tendit une main. L'Avenger la fixa avant de la serrer avec force.

— Donc on fait la paix ?

— On fait la paix.

— J'ai vraiment aucune chance contre ton copain ? tenta-t-il.

Rey eut du mal à retenir son rire. Elle secoua la tête énergiquement. Thor haussa les épaules et soupira dramatiquement. Puis il fixa quelque chose au-dessus de l'épaule de la jeune Jedi. Du menton, il désigna ce qui retenait son attention.

— Quand on parle du diable…

Rey fronça les sourcils.

— Est-ce que tu peux arrêter les références à Hercule, s'il te plaît.

— J'y peux rien. Bref, ton Prince des Ténèbres est là, fillette.

La jeune fille se retourna aussitôt. Oh, Ben… Il avait l'air pour le moins perplexe. Rey fendit la foule pour le rejoindre. Sa première idée avait été de se jeter dans ses bras, mais en le voyant les bras croisés, les yeux plissés, la jeune fille se demanda depuis quand il était là. Un peu honteuse, elle s'approcha timidement. A côté de lui, Anakin contenait visiblement un rire. Il adressa un haussement de sourcils éloquent à Rey. Oh Seigneur, ils avaient tout vu.

— Alors je m'en vais pendant deux jours et c'est la fin du monde ? demanda Ben.

La jeune Jedi se tordit les mains. Ben usait et abusait de l'humour pince sans rire et elle dut faire un gros effort pour savoir s'il se moquait d'elle ou non. Mais sa voix un peu rauque et le haussement discret de ses sourcils l'aiguillèrent.

Un rire gêné échappa à Rey.

— Euh… non, c'est Finn, il m'a inscrite à une thérapie de groupe dans mon dos, je lui en veux… un peu.

— Oh, c'est un traître.

— Oui. Non ! Ben !

— Ah, parce que, si c'est un traître, alors j'en suis un aussi.

— Que veux-tu dire ?

Au lieu de répondre, il s'empara de sa main et l'attira à lui. Dès que leurs peaux entrèrent en contact, la jeune fille perdit tous ses moyens et se laissa faire, hypnotisées par ses yeux sombres. A côté d'eux Anakin Skywalker secoua la tête avec un sourire.

— Eh bien, c'est moi qui lui aie demandé de t'inscrire, lui murmura-t-il chaudement à l'oreille.

Ben Solo était sournois. Comment était-elle sensée s'énerver contre lui quand il la regardait comme ça, alors qu'elle était prisonnière de ses bras ? La jeune fille secoua la tête pour reprendre ses esprits. Elle posa les mains sur son torse et s'écarta autant qu'il le lui permit pour lui faire face. C'était qu'il avait l'air fier de lui en plus !

— Je croyais que tu n'aimais pas Finn !

— On sait s'entendre quand il le faut.

— Tu n'es qu'un traître ! gronda-t-elle en frappant son torse de son poing. Et quand est-ce que tu comptais m'informer du fait que tu organises des thérapies de groupe au studio ? C'est ça que vous êtes aller faire à l'Arcade avec Ralph ?

— Oui, entre autres choses, répondit Anakin évasivement.

— Comment ça ?

— Les courses dans Tron sont pas mal. Celles de Sugar Rush sont géniales ! s'enthousiasma l'ancien Maître Jedi.

Sceptique, son regard voyagea entre les deux Skywalker. Finalement, avec un grognement, elle frappa de nouveau son Prince presque Charmant.

Ben bougea à peine, juste pour lui faire plaisir. Le jeune homme ne retint pas son sourire. Incapable de lui résister, Rey écarta une boucle noire rebelle de ses yeux avant de laisser ses doigts glisser sur la peau de sa joue en suivant la ride creusée par son sourire. Ses lèvres boudeuses retombèrent et Rey perçut le tressaillement qui le secoua. Elle aussi avait un certain pouvoir sur lui.

— Tu es mon traître, soupira-t-elle, faussement fataliste, en agrippant en même temps le col blanc de sa tunique et celui de sa veste de cuir noire, très Han Solo.

Il hocha la tête distraitement, les yeux fixés sur sa bouche. Ben se pencha pour l'embrasser. Comme d'habitude, Rey sentit son corps se liquéfier. Un soupir lui échappa. La jeune fille ne pouvait nier le soulagement qu'elle éprouvait à l'avoir de nouveau auprès d'elle.

— Hum, hum… Je suis vraiment désolé de vous interrompre, mais vous avez un public.

Rey et Ben se tournèrent, le regard flou, vers l'ancien Général de l'armée des Clones. Avec une moue amusée, il désigna la moitié de OhMyDisney ! qui venait d'assister à leur baiser passionné. À côté de lui, sa fille les regardait avec tendresse.

La jeune Jedi vit Ben froncer les sourcils, contrarié.

— Euh, Rey, je crois que Thor veut te dire quelque chose.

Elle se tourna dans ses bras. Avec son perpétuel sourire idiot, l'Avenger lui fit un signe de la main et lui lança un clin d'œil. Les bras de Ben se tendirent autour d'elle. La jeune fille savait que si elle se tournait, elle verrait sa mâchoire se crisper et ses yeux lancer des éclairs. Jamais elle ne le lui dirait, mais le voir jaloux faisait un bien fou à son égo.

Thor tendit sa main gauche devant lui et secoua les doigts. Rey fronça les sourcils. Alors le Dieu du Tonnerre tapota son annulaire gauche avec son autre main. La mâchoire de la jeune fille tomba. Sérieusement ! Elle se tourna vers Ben. Il n'était vraiment, vraiment pas content.

— Ça veut dire quoi, ça ? demanda-t-il d'une voix blanche.

Rey posa une main contre la peau brûlante de son cou, ce qui eut le mérite de ramener l'attention du jeune homme à elle.

— Rien, c'est Thor. Il est juste… bizarre.

Mais Ben plissa les yeux.

— Tu me fais confiance ?

— Bien sûr, répondit-il en voyant la panique dans ses yeux.

Le jeune homme regarda de nouveau en direction de Thor. Il savait qu'il n'avait rien à craindre du Dieu, mais la jalousie prit le dessus sans prévenir. Une de ses mains quitta la taille de Rey et agrippa sa nuque. Elle dut se hisser sur la pointe des pieds avec une exclamation de surprise. Sa bouche entra en collision avec la sienne, dans un baiser encore plus brûlant. Interloquée, Rey se dit qu'elle aimait bien quand il était jaloux. Comme le disait Vanellope, il était bien parti pour l'avaler toute entière.

— Ça, c'est le fils de son père !

Ben faillit s'étouffer. Il se sépara brutalement de Rey qui émit un petit bruit de protestation. Han Solo leva un pouce en l'air. Sa femme le frappa.

— Aïe !

Ben dévisagea son grand-père, son père et sa mère avec une grimace. Leia et Han commençait à se disputer sous l'arbitrage d'Anakin.

— Des enfants, ce sont tous des enfants, soupira Padmé en contemplant son mari, sa fille et son gendre d'un air désabusé.

Le jeune homme prit la main de Rey dans la sienne et l'attira à l'écart de la foule. Une fois assez loin à son goût, il se tourna vers elle. L'interruption de Han lui avait remis les idées en place. Ben l'examina avec inquiétude.

— Tu es vraiment… une distraction permanente. Maintenant que j'ai les idées claires… Trêve de plaisanteries, si tu me racontais ce qu'il t'arrive.

— Euh… c'est-à-dire que…

Coup de pouce du destin, Anna se planta à côté d'eux, comme montée sur ressort.

— Rey ! Ben ! J'ai une très bonne nouvelle à vous annoncer ! Nous avons fixé la date du mariage ! Tu veux bien faire partie de mes demoiselles d'honneur ? Et Ben, Kristoff n'ose pas te demander, mais est-ce que tu veux bien être garçon d'honneur ? Je suis tellement excitée. Ah oui, le plus important, le mariage est la semaine prochaine !


Non loin de là, un petit lapin observait l'agitation. Cette nouvelle Princesse avait bien failli avoir sa peau. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle se retourne contre lui. Le lapin recula dans l'ombre de son studio. Il regarda autour de lui. Personne. Tant mieux, si quelqu'un avait vu ce qui allait se passer…

Ses yeux devinrent jaunes et méchants. Le petit lapin secoua la tête. Il ouvrit la gueule, comme pour bailler. Une drôle de fumée noire crépitante de pixels rouges en sortit, ainsi que par ses oreilles.

Le petit corps rond de Panpan tanga. Au milieu de la fumée noire, les contours flous d'un visage se dessinèrent. Les yeux jaunes réapparurent écarquillés et cernés au centre d'une tête au crâne disproportionné à la peau grise.

Le petit lapin reprit ses esprits et quand il vit ce qui flottait au-dessus de lui, il sursauta de frayeur. Panpan ne demanda pas son reste, il déguerpit aussi vite que le permirent ses pattes.

— Mais pourquoi cours-tu ? l'interpella l'ombre effrayante, avant d'éclater d'un rire machiavélique.

Le visage sans corps observa la foule au milieu de laquelle Rey et Ben Solo tentaient d'échapper. Ils parvinrent à s'extraire de l'attroupement. Le jeune homme avait l'air inquiet, et quand il prit sa petite-amie dans ses bras, l'ombre vit très bien l'expression effrayée de la jeune fille. Un grand sourire sournois dévoila des dents jaunes. Parfait. Il avait très bien choisi.

— Les petits crétins ! Ils ne se doutent pas de ce que je prépare ! Je tiens enfin ma vengeance ! Sugar Rush et l'Arcade seront enfin à moi !


Et voilà ! J'espère que ça vous a plu. J'ai adoré écrire Thor de cette façon. Il a pris cher dans Endgame, son potentiel comique est plutôt intéressant.

Les réflexions de Rey sur les lapins sont celles que je me fais en observant le mien. Sous leurs airs super mignons, ce sont de vrais petits démons.

Avec une fin de chapitre comme celle-là, vous vous doutez que ça va remuer dans le suivant. J'ai vu énorme ! Du grand n'importe quoi ! Pour le coup, ce sera vraiment un crossover, littéralement. Comme j'ai tendance à m'étaler en longueur en ce moment, je pense qu'il y aura peut-être une quatrième partie, et sûrement un bonus, quand Ben et Anakin vont voir Ralph à l'arcade.

Je crois que j'ai trouvé une musique de générique pour cette histoire. Comme Rey a mentionné Shakespeare, je pensais à « Mademoiselle Juliette » d'Alizée. Je sais, c'est vieux, j'écoutais ça quand j'étais ado, mais je trouve que les paroles collent bien avec l'histoire.

Merci beaucoup à CCM-Blinded Watcher, Harlonne01, Mimsy Pocket et Harpie pour vos reviews. Je suis ravie que ça vous aie fait rire, j'espère avoir réitéré l'exploi !

À bientôt !