Coucou, voici ma première fanfic' que je n'ai pas pu résister d'écrire après le visionnage de l'épisode 55.
Ce texte en est une réécriture personnelle, le caractère des personnages n'est pas exactement respecté ainsi que la narration originelle, mais nous méritons un Levi un petit peu sensible, seulement en cachette.
Il y a la mention du sang, de la mort, de scènes délicates d'où le rating M...
Merci de votre temps, et j'espère que vous apprécierez votre lecture !
Son choix aurait dû être direct.
Alors pourquoi se retrouvait-il à hésiter, maintenant ? Pourquoi était-il incapable de se ruer aux côtés d'Erwin et de son corps sanguinolent ? Pourquoi était-il incapable de laisser docilement le remède à Eren pour qu'il sauve son ami carbonisé à seulement quelques pas d'eux ?
Peut-être car, en voyant d'abord le corps noir de suie de celui qui fut autrefois un blondinet plein de vie, le souvenir de Farlan et d'Isabel refit subitement surface dans son esprit. Qu'aurait-t-il refusé de donner si une chance de sauver ses seuls amis s'était présentée, à ce moment? Il aurait probablement tout fait, tout sacrifié.
Alors, la détresse qu'Eren et Mikasa présentaient à cet instant face à lui était la sienne il y a de cela quelques années lorsque, impuissant, il avait recueilli les cadavres de ses deux compères dans l'herbe embourbée et gorgée d'eau écarlate.
Voilà la genèse de son hésitation.
Cette foutue preuve d'empathie. Ces foutus sentiments.
Car, eux, aujourd'hui, contrairement à lui, avaient de quoi ne pas rester impuissants. Ils pouvaient agir, et sauver leur camarade.
Si seulement on n'avait pas ramené cet autre corps…
Tandis que ses doigts en suspens s'apprêtaient tantôt à confier la boîte et sa fameuse seringue au jeune homme, une de leur dernière recrue attirait leur attention à coup de cris stridents. Tout en gravissant, Dieu seul sait comment, la façade de la baraque en pierre, ils découvrirent une tête rousse mystérieusement survivante de l'assaut du Titan Bestial, la carcasse familière d'un grand blond pâle attachée sur le dos. Erwin. Le corps entier de Levi lui fit défaut et ne sut rester de marbre. Un frisson désagréable se propagea dans son intégrité jusqu'à remuer ses viscères, stoppant presque tous les mécanismes automatiques de son organisme durant quelques secondes.
Il n'avait pas tardé, finalement, pour retirer sèchement la boîte de la portée d'Eren. Il la serra alors contre son palpitant, ignorant les grognements de son vis-à-vis. Ses yeux, aux couleurs tristes du métal, ne savaient plus se détacher de la silhouette mourante de son Commandant inerte.
Cela voulait dire que son seul choix avait encore une chance de le ramener, de le sauver. Erwin était la plus grande force de l'Humanité, sa plus grande chance, ce qu'ils avaient de meilleur. Leur espoir, tout simplement, d'un jour reconquérir le monde qui était le leur. Et ce foutu rêve, bien-sûr. Il s'était tant battu pour découvrir le vrai du faux, pour savoir d'où venaient toutes ces tourmentes… Levi connaissait cet homme depuis toujours, nourri par une soif insatiable de découvertes. Il ne pouvait pas se permettre de l'abandonner de cette manière, ou d'échouer si proche du but. Pas vrai… ?
Bien-sûr, un débat endiablé n'avait pas tardé pour éclater entre les deux camps Eren et Mikasa d'un côté réclamant la guérison de leur troisième camarade, et le reste du Bataillon d'Exploration d'un autre, revendiquant l'importance d'Erwin dans leurs rangs. Puis ils en étaient venu aux mains, car le désespoir était l'un des plus grands fléaux de l'humanité et la violence une réponse bien trop couramment efficace. Levi n'y avait pas répondu, trop épuisé de ses combats pour ne serait-ce lever un doigt. Lui arracher cette mystérieuse potion aurait été si facile…
Par miracle, cependant, il obtint le fin mot sur cette histoire. Hange retenait la démone aux cheveux d'ébènes, et Eren gisait à ses pieds, pleurant à chaude larme dans un dernier espoir de faire changer d'avis leur Caporal. Les autres se contentaient d'assister à la bataille sans intervenir, portant Erwin dans leur estime autant qu'ils pouvaient apprécier Armin.
Après l'avoir ordonné, Levi se retrouva enfin seul avec ce choix cornélien menaçant au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, et le destin de leur bataillon pesait déjà lourd sur ses épaules épuisées.
La survie d'Erwin était à présent entre ses mains, il n'avait plus qu'à injecter l'étrange substance pour laisser son corps se transformer, et la régénération ferait le reste pour le lui rendre indemne. Peut-être même qu'il retrouverait son bras gauche, qu'il serait à nouveau opérationnel pour combattre à leurs côtés… Et avec ce titan, cette fois-ci, il serait imbattable, rien ne saurait l'arrêter. Il ne pourrait jamais le perdre…
La main de son supérieur semblant démesurément grande dans la sienne, son pouce caressa délicatement la peau fine de son poignet, là où étaient visibles les veines bleutées… Avec des gestes précis empreints de délicatesse, Levi retira le médicament miracle de son socle de velours, vérifiant que le liquide violacé circulait correctement dans l'aiguille avant de la présenter au muscle tendu. La pointe en métal l'effleura, prête à libérer son fluide fantastique. Mais…
Son regard, juste une seconde avant l'injection fatale, se détourna du corps mutilé et baignant dans son propre sang pour observer celui qui imitait les nuances sombres du charbon un peu plus loin. Et si… ?
Son cœur et sa raison étaient en désaccord, engagés dans un combat terrible. Mais il était un homme sage, aujourd'hui.
Face à eux, un titan s'était dressé, tout droit sorti de nulle part. Ses mains gigantesques n'avaient pas tardé à trouver les restes hurlants du traître qui avait autrefois été leur ami. Il l'enfonça au fond de son gosier sans une once d'hésitation, réduisant au silence les supplications du garçon lorsque les dents s'étaient refermées sur son crâne avec un craquement effrayant. C'était fini pour lui, mais les survivants du Bataillon d'Exploration savaient que c'était un pas en avant pour eux.
L'ancien Titan Colossal ingéré, ils récupérèrent le blondinet dans un parfait état comme si rien ne s'était passé il y a de cela quelques minutes. Un soulagement comblait un peu plus leurs cœurs.
« Et le Caporal ?, se risqua à demander Eren tandis qu'il aidait leur survivant à tenir sur son épaule.
-Laissons le un instant. Il n'a jamais aimé dire au revoir. »
Hange, cependant, ne pu s'empêcher d'essayer de retrouver Levi et Erwin en balayant du regard les environnements, soucieuse. Sans succès, hélas. Leur Caporal aurait probablement préféré réduire au silence chaque témoin de l'un de ses moments de faiblesse plutôt que de les laisser assister à ce spectacle. Il reviendra lorsqu'il se sentira prêt, songea-t-elle, pas d'inquiétude à avoir.
Levi n'avait pas pu se convaincre de faire subir une transformation pareille à celui qui combattait ces monstres ignobles avec autant d'ardeur depuis maintenant des années.
La peau était plus pâle que jamais, ses yeux, normalement si bleus et éclatants, étaient maintenant sombres, presque éteints sous les paupières à moitié closes. Le sang dégoulinait le long de ses jambes tendues à force de s'écouler de son torse perforé, imbibant ses vêtements déjà abîmés par la chute à cheval, et la poussière qu'il en avait récolté. La main délicate du bon soldat avait fini par venir chercher celle de son supérieur pour s'y engouffrer, les nouant entre elles en une ultime embrassade. Les doigts du blond étaient bien plus grands que les siens, et la paume d'ordinaire rassurante et chaude était ici rigide et refroidie, signe que la Vie s'échappait au cœur du fleuve sanguin, inévitablement.
Aucune larme ne dévalait la pente de ses joues. Intérieurement, cependant, les sanglots étaient violents.
Il se pencha alors sur le corps de celui qu'il avait osé apprécier plus que les autres, celui qu'il avait secrètement aimé d'une manière différente. Son front rencontra la dureté de sa poitrine qui ne lui donnait plus que l'impression d'être une immense banquise. Il ressentait les faibles battements de son cœur qui se faisaient de plus en plus lents, et de plus en plus faibles.
Levi ferma les yeux, suppliant, dans un dernier espoir purement égoïste, qu'une force obscure puisse encore le sauver miraculeusement.
« Reste, murmura-t-il, avant de hausser à peine la voix pour ajouter : Je t'en supplie. Reste avec moi.
- Levi… »
C'est son propre cœur qui loupa un battement, à ce moment précis. Les doigts rêches s'étaient refermés sur les siens pour un dernier contact, et le soupire de son prénom lui avait fait croire à un miracle divin.
Les yeux écarquillés de surprise, il fallait pourtant se rendre à l'évidence. Erwin avait livré là son dernier mot, ainsi que sa dernière respiration, en rassemblant le peu de forces qui pouvaient bien lui rester quelque part.
Fatigué, Levi serra cette main dans la sienne avec le reste d'énergie que les épreuves précédentes pouvaient bien lui laisser, promettant silencieusement de découvrir pour lui ce qu'il ne pourrait plus jamais voir à leurs côtés. Il ferma ensuite les yeux, son front ne quittant toujours pas la place qu'il avait prit sur sa poitrine juste au-dessus de son cœur atone.
Enfin, une première goutte aux relents de sel vint se mélanger aux fibres de la chemise blanche, se diluant dans le sang déjà présent avant de provoquer la chute de milles autres comme elle.
Erwin était parti.
Parce qu'il méritait, à présent, de reposer en paix.
