Disclaimer : Le monde de Harry Potter n'appartient à nulle autre que notre chère auteure adorée, J.K. Rowling.
Ce moment est sous-entendu dans Invisible. Il s'agit de la première journée d'Astrid dans le monde des sorciers, et les personnes qu'elle rencontre ce jour-là. Comme vous le verrez, il n'y a pas d'affinités immédiates avec tout le monde, mais il y en a qui commencent déjà à naître :)...
Et sur la suggestion d'un lecteur, je vais à présent préciser si ce moment était déjà "écrit" (du moins dans ma tête) lorsque j'écrivais Invisible, ou s'il s'agit d'une demande de lecteurs. Dans ce cas, ce moment était déjà bel et bien écrit lorsque j'étais dans l'écriture d'Invisible. J'avais songé à l'insérer comme un flash-back dans le chapitre où Chuck et Astrid parlent de leur premier trajet, mais finalement, je me suis dit que ça serait très bien en tant que bonus.
Premier septembre 2015.
- Bon Dieu, murmura Jill en lissant les épaules de ma veste. Onze ans déjà… Tu as grandi bien trop vite, ma chérie !
Je me laissai entraîner dans l'étreinte dans laquelle m'enserra Jill à peine eut-elle terminé cette phrase, et la serrai aussi fort que je le pouvais, pour lui transmettre tout l'amour que je lui portais. C'était ma tante, et à défaut d'avoir des parents, je l'avais elle. Ce n'était pas toujours facile, mais Jill était bien plus apte à s'occuper de moi que certains parents que je connaissais. C'était bien mieux que rien, et c'était mieux que tout ce dont je pouvais rêver, j'en étais certaine. Elle n'avait pas voulu être mère, mais elle s'accommodait très bien de ce rôle, et jamais elle ne m'en avait voulu de m'imposer ainsi dans sa vie.
Son étreinte se défit, et je me reculai d'un pas. J'inspirai profondément, et osai enfin regarder vraiment ce qui se passait autour de nous.
J'y étais. J'étais sur la voie 9 ¾. Le quai était bondé d'élèves, de balais, de malles, de parents, et d'animaux magiques. Au bout du quai, je remarquai une grande famille. La plupart était roux, mais au centre, je distinguai une tignasse brune, qui paraissait se cacher des autres, un adulte qui ne semblait pas vouloir être remarqué, et dont beaucoup, dans cette famille, se moquaient.
Je reportai mon attention sur Jill. Ce n'était pas le moment de me préoccuper des familles des autres. La mienne était là, en face de moi. Jill était la seule famille me restant. Ses yeux se posèrent sur ma tresse, dont une grande partie s'était échappée de l'élastique qui la retenait. Inconsciemment, elle défit la coiffure et la refit naturellement, tout en me parlant.
- Bon. Je pense que tu vas être un peu décontenancée, en arrivant à Poudlard. Je suis désolée, c'est de ma faute… J'aurais dû garder contact avec des sorciers, et ne pas te laisser découvrir ce monde au dernier moment, alors que tu es une sorcière de Sang-Pur… Encore que ça ne veuille plus rien dire, de nos jours, maintenant que la guerre est terminée. Encore heureux, soupira ma tante. Elle m'a pris deux frères…
Je ne comprenais rien à ce qu'elle me racontait, mais je buvais ses paroles. Sang-Pur, guerre, sorcellerie… Tous ces mots étaient des concepts que je savais exister, qui appartenaient aux sorciers, mais que Jill avait simplement survolés, parce qu'elle ne voulait pas mal m'expliquer les enjeux du monde sorcier, elle ne voulait pas m'induire en erreur. Et puis, en toute honnêteté… Moi, je m'en moquais. J'étais bien contente d'éviter cette prise de tête qu'était l'étude d'une nouvelle guerre. Et puis, ce que je savais et qui était réellement important, c'est que j'étais une sorcière ! J'avais une superbe baguette, et des tas de livres avec plein de choses à apprendre dedans. C'était le bonheur total.
Mais j'étais quand même un peu triste, aujourd'hui. En recevant ma lettre, j'étais intenable mais, aujourd'hui, malgré tout, malgré l'excitation ambiante, j'étais mélancolique. Jill dut le sentir, parce qu'elle s'agenouilla devant moi, et fixa ses yeux dans les miens.
- Astrid… Je sais qu'on ne parle pas souvent de tes parents, parce que tu ne veux pas trop, et que ça te rend trop triste.
J'avais soudainement la gorge nouée, et j'éprouvai des difficultés à hocher la tête.
- Mais je sais qu'ils seraient très fiers de toi, de te voir aujourd'hui sur le quai, avec ta grosse malle, et prête à commencer Poudlard. C'est une étape importante de ta vie, tu sais. À partir de maintenant, tu vas apprendre à être ce que tu dois vraiment être : une sorcière. Rien ne pourrait me faire plus plaisir, j'espère que tu en as conscience…
Elle se redressa lentement, et une fois encore, m'attira à elle, avant de me relâcher, et de regarder l'heure sur la grosse horloge du quai.
- Tu as encore dix minutes, mais tu ferais mieux de monter, me conseilla Jill.
- D'accord, murmurai-je. Mais, je…
Je balbutiais. Je ne savais pas quoi dire à ma tante. Je n'allais plus la voir pendant des mois, mais j'étais incapable de prononcer le moindre mot.
- Astrid…, chuchota Jill. Tout va très bien se passer. Tu verras. Il n'y a aucune raison. Ça va être vraiment super, pour toi. C'est le moment où tu dois apprendre à quitter le monde des Cracmols, des Moldus, parce que ce n'est pas celui auquel tu appartiens… Tu comprends ?
Je hochai difficilement la tête. Évidemment que je comprenais. Enfin, je croyais le comprendre. Ce n'était pas toujours facile, de saisir les subtilités que me faisaient partager Jill. Sa vision de la vie était trop complexe pour moi. Faire la part des choses était une expression qu'elle appréciait beaucoup, et que je ne comprenais pas.
- Alors, si tu as compris ça, tu as tout compris, me dit Jill, dans un sourire qui était aussi joyeux que mélancolique, aussi fier que triste. Je suis contente d'être ici, sur ce quai, avec toi, pour le début de la partie la plus importante de ta vie.
- Moi aussi, je suis contente que tu sois là, Jill.
Je ne savais pas si c'était ce qu'elle voulait entendre, ou si ça avait vraiment du sens que je lui dise cela, mais c'était ce que je ressentais au plus profond de moi, et je me devais de lui dire. J'étais contente qu'elle soit là.
- Allez, file, ma puce.
- Eh ! protestai-je. Tu avais promis de ne plus m'appeler comme ça une fois que je serai à Poudlard !
Elle éclata de rire.
- Tu n'es pas encore à Poudlard ! me rappela-t-elle en accentuant ses mots d'un clin d'œil. File !
Je bougonnai un peu, mais me séparai d'elle, une boule dans le ventre. Après un dernier salut de la main, je m'engouffrai au milieu des autres élèves, et me laissai emporter par le flot d'apprentis sorciers. Étonnamment, dans le train, rapidement, les élèves se glissèrent dans des wagons, rejoignant presque tous des élèves qu'ils connaissaient, ou des personnes de leur famille, je supposai. Moi, j'étais seule, et mon ventre se noua, une fois encore, à cette idée. Je ne connaissais personne à Poudlard. J'inspirai profondément, et continuai d'avancer, alors que les compartiments se refermaient une fois pleins. J'en trouvai finalement un où personne encore n'était installé, et y entrai. Je jetai ma valise au sol, et collai mon nez à la fenêtre. Je repérai aussitôt Jill, et l'appelai par la fenêtre, au moment même où la locomotive écarlate se mettait en route. Nous eûmes le temps d'échanger un dernier signe de la main, et puis, déjà, le quai était loin.
Et j'étais seule dans le Poudlard Express. Effrayée.
Et terriblement excitée à l'idée de marcher sur les traces de mes parents.
…
Cela faisait déjà une bonne dizaine de minutes que je m'étais assise dans mon fauteuil, et que j'avais réussi à monter ma valise dans le filet à bagages, quand la porte du compartiment s'ouvrit, alors que je me demandais comment j'allais m'occuper durant les prochaines heures.
L'élève qui entra était certainement un première année, tout comme moi. Il avait une malle semblable à la mienne qu'il traînait derrière lui, et des cheveux qui lui tombaient devant les yeux, ne dissimulant toutefois pas son sourire excité.
- T'es toute seule ? me demanda-t-il dans un souffle.
Je hochai la tête. Il réussit à le voir, malgré les cheveux qui lui obstruaient la vue.
- Super. Je m'installe.
Sans me laisser le choix, il entra, et referma la porte d'un coup de pied, avant de mettre sa malle à côté de la mienne. Une fois que ce fut fait, il se retourna vers moi, ouvrit grand les bras, et me serra immédiatement dans les siens, me faisant rougir.
- Salut ! Moi, c'est Charles Barrow.
- Moi, c'est Astrid, parvins-je à glisser.
Je n'étais pas certaine qu'il m'ait entendue, parce qu'il s'était déjà remis à parler.
- Mais j'aime pas trop mon prénom, alors à partir de maintenant, pour toi, ce sera Chuck. Surtout si on devient amis. On devient amis ? me proposa-t-il.
Je haussai les épaules.
- Je ne te connais pas.
- Je ne te connais pas non plus, mais t'as l'air sympa. Tes parents sont venus avec toi pour le départ ?
Mon cœur se serra. Ce garçon ne pouvait pas savoir, mais il venait de frapper là où ça faisait mal.
- Non…, murmurai-je.
Si j'avais cru pendant un instant que mon air triste allait le convaincre d'éviter le sujet, je me trompai lourdement. Cela sembla, au contraire, l'intriguer au plus haut point, et il me regarda avec de grands yeux curieux.
- Pourquoi ?
- Parce que, dis-je d'un ton que j'espérais assez buté pour qu'il cesse de me questionner à ce sujet.
Apparemment, c'était peine perdue.
- T'as une famille atypique ? demanda-t-il sans aucune gêne.
- En quelque sorte, avouai-je du bout des lèvres.
Et à nouveau, cette phrase, au lieu de l'inciter à se taire, aiguisa sa curiosité. Il se redressa sur son siège, et ses yeux marron pétillèrent un peu plus.
- Je te parie que ma famille est plus atypique que la tienne.
Je redressai la tête, piquée au vif.
- Tu ne me crois pas ? s'étonna-t-il. Si je gagne, tu devras être mon amie.
J'hésitai un instant. Ce garçon était tout de même vraiment étrange, et sans aucune gêne. Mais je ne risquais rien à accepter. Même si nous devenions amis parce que j'aurais perdu, peut-être que ce ne serait que le temps du trajet jusqu'à Poudlard.
- Allez ! insista-t-il. Ce sera marrant.
Ma bouche se tordit sous l'effet de l'hésitation, et je triturai le bout de ma tresse, tandis que lui dégageait une mèche de cheveux bruns de devant ses yeux.
- Je commence, si tu veux, me proposa-t-il.
- D'accord, abdiquai-je finalement en haussant les épaules.
Après tout, je n'avais pas grand-chose à perdre.
- Mon père est remarié avec une femme qui avait déjà une fille, m'apprit Chuck.
Je souris, certaine de gagner. S'il n'avait qu'un divorce et un remariage comme carte maîtresse, c'était certain que j'étais la future gagnante de ce jeu. Je n'aimais pas trop la compétition, et me battre pour ce type de raison me paraissait stupide, mais ça avait le mérite de faire passer le temps.
- Je vis avec ma tante Cracmole.
- Il est sorcier et elle est Moldue, alors c'était un peu compliqué au début, mais maintenant, ça va mieux, assura Chuck.
Oups. Cela risquait d'être finalement un peu plus compliqué que ce à quoi je m'attendais.
- Euh… Je vis avec elle parce que mes parents sont morts, dis-je d'une petite voix.
- Désolé, grimaça Chuck.
Il remarqua certainement qu'en parler n'était pas facile, et prit son temps avant de continuer notre petit jeu. Quand il estima que le temps nécessaire à me remettre de ma confession était écoulé, il reprit la parole.
Il m'amusait bien, ce garçon, en fait. Il était un peu bizarre, et vraiment tactile – il avait dû me taper au moins trois fois le genou depuis qu'il était entré dans le wagon, comme si nous étions déjà les meilleurs amis du monde – mais il avait l'air sympathique.
- Ma mère est partie de la maison pour vivre sa carrière de Quidditch comme elle l'entendait, et elle ne voulait pas de moi, parce que je freinais sa carrière. Depuis, je n'ai plus de nouvelles, ou presque pas.
Je compris à cet instant que m'avouer ça était la raison qui avait poussée Chuck à débuter ce jeu. Il voulait en parler à quelqu'un, mais il ne savait certainement pas comment le faire. Il voulait que quelqu'un le sache à Poudlard, mais il ne voulait pas que tout le monde soit au courant. Il voulait que certaines personnes comprennent qu'il avait ses secrets, ses tourments, mais il ne voulait pas que ce soit n'importe quoi.
Alors, je dépliai mon bras, et posai ma main sur son genou.
- Je suis désolée, lui dis-je sincèrement, même si dans ses yeux, il chassait toute trace de tristesse susceptible de s'y dissimuler.
Il haussa les épaules d'un geste désinvolte, et ce faisant, me prouva qu'il ne se moquait pas du tout de cette situation, sinon qu'elle lui pesait.
- Pourquoi me l'avoir dit à moi ? ne pus-je m'empêcher de demander.
Il inspira profondément.
- Parce que t'avais l'air sympa, et c'est pas tout le monde qui a l'air sympa. Et parce que tu as l'air triste de ceux qui le cachent, et que seuls ceux qui ont aussi leurs chagrins peuvent avoir. Alors je me suis dit que t'étais la mieux placée pour m'écouter, bougonna-t-il avec une sincérité et une candeur déstabilisantes.
Je serrai un peu plus son genou.
Je crois que Chuck Barrow avait compris bien avant moi, bien avant que je ne le voie, au moment même où il m'avait vue, que nous allions devenir amis. Il m'avait vue, et il avait su. Et moi, comme une idiote, j'avais cru que son jeu était stupide.
Son jeu n'était pas stupide. Son jeu était pour m'ouvrir les yeux, et me permettre de démarrer plus rapidement le processus d'amitié qui allait nous lier. Amitié qui n'allait pas cesser de grandir, j'en avais la certitude du haut de mes onze ans.
- Tu disais que ta tante est Cracmole ? Il y a des trucs que tu ne connais pas, chez les sorciers ? Tu veux que je t'apprenne, durant le trajet ?
Je m'empressai d'acquiescer.
Chuck n'était pas encore mon ami, mais il se comportait déjà en tant que tel. Il n'émettait aucun jugement, et il se lançait tête baissée dans ce qu'il voulait. À savoir, mon amitié. Heureusement qu'il avait du courage pour nous deux, parce que moi, je n'aurais jamais osé me lancer.
…
- T'inquiète pas, me murmura Chuck. Peu importe la maison dans laquelle tu seras, ça ne changera rien à notre amitié.
Mon nouvel ami me serra le poignet, et j'esquissai un faible sourire alors que nous étions en train de traverser la Grande Salle. J'étais émerveillée par tout ce que je voyais autour de moi, et Chuck avait beau m'avoir expliqué un nombre incalculable des phénomènes magiques que j'observerais à Poudlard ce soir, je n'en étais pas pour autant moins ébahie par ce que je voyais. Les bougies qui pendaient, le plafond magique où se voyait le ciel, les fantômes qui bavassaient dans un coin de la pièce alors que les élèves nous regardaient avancer… J'étais impressionnée, et excitée en même temps. Et si contente d'être là, au milieu de tous ces sorciers…
J'écoutai à peine le discours du directeur adjoint, seulement la partie où il expliquait que la Cérémonie de Répartition n'était pas aussi horrible que l'avaient prétendu des élèves qui avaient patienté avec nous. En fait, il s'agissait simplement de poser un chapeau sur notre tête. Immédiatement, c'était bien moins impressionnant, et la nervosité me quitta un peu, surtout lorsque j'entendis la chanson du Choixpeau, qui était rassurante, parlant de l'harmonie que l'on avait réussie à atteindre, et qui était à présent entretenue par les différents élèves des différentes maisons, chacun unique et apportant ainsi la diversité nécessaire à la paix dans l'école. Mais j'étais naïve de croire que ma nervosité allait me quitter entièrement. Elle ne s'en alla qu'en partie, et pas pour longtemps, parce qu'à l'instant où je me disais que la Répartition allait être simple, le silence se fit plus pesant alors que le directeur adjoint déroulait un long parchemin, et j'eus soudainement du mal à déglutir.
- Andersen, Paige !
Une petite fille au regard rêveur s'approcha du tabouret, et le regarda longuement, comme se demandant quoi faire avec celui-ci, avant que le professeur ne se penche vers elle et ne lui glisse quelques mots à l'oreille. Elle s'installa finalement, un grand sourire sur le visage, comme se moquant des murmures étonnés et moqueurs qui s'étaient élevés en la voyant hésiter. Le professeur avait pourtant expliqué peu de temps auparavant ce qui convenait de faire, mais elle devait déjà l'avoir oublié.
- Serdaigle ! dit subitement le Choixpeau.
L'objet était impressionnant, à mon sens. Après sa petite chanson, il était redevenu immobile. Il ne se déplaçait pas, c'était le professeur qui le faisait bouger, et à mon avis, cela représentait son importance. Il était la pièce maîtresse de cette soirée, et c'était les sorciers qui se pliaient à sa volonté.
Mon analyse s'arrêta subitement lorsque Chuck fut appelé. Je me sentis à nouveau grandement seule lorsque sa main quitta mon poignet autour duquel elle s'était enroulée.
- Serdaigle ! ne tarda pas à annoncer le Choixpeau.
Je savais que Serdaigle était une maison qui comptait beaucoup pour lui. Elle comptait aussi pour moi, c'était là où était allée ma mère. Mon père, lui, était un élève de Poufsouffle. J'aimerais beaucoup être envoyée dans l'une de ces deux maisons.
Petit à petit, les élèves étaient appelés, et passaient sous le Choixpeau avant de rejoindre leur nouvelle maison sous un tonnerre d'applaudissements. Un garçon qui nous avait rejoints, avec Chuck, dans le train, un certain McCall, fut envoyé à Poufsouffle. Je tentai de le féliciter d'un signe de tête, mais ne parvins pas à attraper son regard, alors j'abandonnai. Et puis, mon attention fut soudainement attirée par le silence qui s'abattait à nouveau sur la salle, alors que McGonagall, Murray, était appelé. La déférence soudaine qui se fit sentir dans l'air me fit comprendre qu'il faisait partie d'une des familles influentes dont Chuck m'avait vaguement parlée dans le train, et dont Jill n'avait jamais voulu discuter, parce qu'elle ne voulait pas que j'aie des idées reçues sur certains de mes camarades.
Murray McGonagall fut envoyé à Gryffondor, et j'étais certaine qu'il était bien plus applaudi que ceux qui avaient déjà été envoyés dans cette maison. Mais si je crus qu'il serait l'élève le plus attendu de la soirée, je me trompai lourdement.
Murray McGonagall avait eu droit à un grand silence. James Potter eut droit à plus. Le silence. Les hochements de tête respectueux. Les murmures, que moi-même je parvins à entendre, ne parlaient que de son père. Et lorsque le Choixpeau l'envoyât à Gryffondor, je crus que les murs allaient s'effondrer. Il paraissait gêné de cette attention, qui de toute évidence était due à la notoriété de son père plutôt qu'à la sienne. Mais ce qui était certain, c'est que tout le monde savait exactement ce qu'avait fait son père… sauf moi. Et quelques autres nouveaux élèves qui devaient être des nés-Moldus, si j'en jugeais par leur expression surprise.
Je n'eus pas le temps de vraiment m'interroger sur cette réaction. Le calme était revenu, la Répartition avait repris, et avant que je ne puisse vraiment me poser des questions sur ce qui se passait, sur les noms qui défilaient, le mien était appelé, et j'avançais sans m'en rendre compte vers le Choixpeau qui allait décider quelle serait ma maison pour les sept années à venir.
Je ne sais pas comment je parvins sans encombre au Choixpeau, mais ce qui est certain, c'est que je me souviens très bien de ce qu'il me dit :
- J'ai connu tes parents. C'étaient des personnes que j'appréciais. Je suis désolé de ce qui leur est arrivé, et je suis content de savoir que leur fille est prête à suivre leurs traces…
Je serrai aussi fort que je le pus les bords du tabouret.
- Mais qui vas-tu suivre ? Ton père, ou ta mère ?
Je ne savais pas moi-même qui je voulais suivre. J'aimais mes deux parents, et mes souvenirs d'eux étaient trop flous pour que j'aie une préférence pour l'une de leurs maisons. Heureusement, le Choixpeau ne tarda pas à décider pour moi.
- Serdaigle !
Soulagée, j'ouvris les yeux que je ne me rappelais pas avoir fermés. L'esprit encore sous le choc de ce qui venait de m'être dit, je me relevai en tremblant légèrement, et rejoignis la table des Serdaigle – la maison de ma mère, ma maison ! – sans réaliser qu'on m'applaudissait aussi.
Le Choixpeau se rappelait de mes parents.
Peut-être que d'autres personnes à Poudlard se rappelleraient d'eux.
Mais je n'eus pas le temps de songer à ce que cela voulait dire. Chuck m'avait déjà fait de la place, et engageait à nouveau la conversation en me disant à quel point il était content que nous soyons dans la même maison. Moi aussi, j'étais bien contente.
…
Le festin copieux avait eu raison de moi, et c'est sans protester et sans vraiment faire attention au chemin que nous empruntions que je me fis mener jusqu'à la salle commune des Serdaigle – ma salle commune. Nous étions sept premières années : trois garçons, quatre filles. Nos Préfets nous donnaient les recommandations d'usage en nous menant à notre salle commune puis, quand ils réalisèrent que rien d'autre ne pourrait entrer dans notre esprit ce soir, ils nous indiquèrent nos dortoirs et nous laissèrent y monter.
Sans plus tarder, j'étais sur un lit à baldaquin, dans une chambre dont les tons se nuançaient entre le bleu et le bronze, avec trois autres filles. Paige Andersen, Mélina Wilson et Roxanne Weasley, dont le nom, ainsi que celui de son frère, avait fait une certaine sensation lorsqu'ils avaient été appelés – rien de comparable à celui de Potter, toutefois. Mais c'était assez important pour que je m'en souvienne, et pour que Mélina Wilson se tourne vers Roxanne, la regarde avec de grands yeux, et dise immédiatement :
- Fille d'un héros de guerre ?
Roxanne Weasley la regarda avec des yeux insondables.
- Oui, répondit-elle sombrement.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça fait ? demanda Mélina en triturant le plaid de son lit.
- De grandir en étant toujours interpellé dans la rue, et d'avoir une vie privée proche de l'inexistence ? s'enquit Roxanne avec un grand sourire.
Cela fit rougir Mélina, et me fit perdre toute envie de poser à mon tour des questions. Peut-être que Jill avait raison, et que je faisais mieux de rester en dehors de tout ça.
- Non, ce qui est bien, reprit Roxanne comme si rien de ce qui venait d'être prononcé avait été en réalité dit, c'est que lorsque ton père possède le plus grand magasin de Farces et Attrapes du pays, tu as toujours des réserves pour faire des plaisanteries.
Elle fouilla alors dans sa malle et, sous nos yeux ébahis, en sortit un tas d'objets que je ne parvins pas à identifier, mais qui arrachèrent des cris de joie et d'étonnement aux deux autres filles du dortoir, et les lança vers nos lits.
- Voilà pour vous ! Et si on vous demande, ce n'est pas moi, dit tranquillement Roxanne en se laissant tomber en arrière sur son lit. Aaah, Poudlard, me voilà enfin… Depuis le temps que j'attendais ce moment…
Je crois que toutes, dans le dortoir, nous pensions comme elle. Et moi, j'étais émerveillée de voir que mes camarades de dortoir étaient aussi incrédules que moi devant certaines facettes de notre dortoir. Mélina venait de sursauter en entendant son oreiller couiner, et Paige n'arrêtait pas de fixer son réveil, dont les couleurs ne cessaient de changer. Roxanne se tourna sur le côté, et me fixa, ses yeux plissés.
- Toi, c'est Astrid Smith, c'est bien ça ?
Je hochai la tête, et Roxanne sourit doucement.
- Tu n'as pas l'air de connaître grand-chose de notre monde… Je me trompe ?
Je la dévisageai avec de grands yeux.
- Comment tu sais ?
- Personne connaissant le magasin de mon père n'aurait accepté une crème Canari comme tu viens de le faire, dit-elle simplement en désignant ce que je tenais en main.
Je baissai les yeux vers la crème dans ma main. Lorsque la friandise était tombée sur mon lit, j'avais instinctivement tendu la main vers celle-ci, sans même chercher à analyser ce qu'elle pouvait contenir. Un cadeau ne se refuse pas, c'est ce que Jill m'avait enseigné.
- Tu me raconteras ton histoire demain, exigea Roxanne. Je suis sûre qu'elle doit être passionnante.
- Pas autant que la tienne, apparemment…, murmurai-je en jetant un coup d'œil à Mélina, qui rougit à nouveau en se rappelant ce qu'elle avait dit peu de temps auparavant.
- L'histoire de mes parents est intéressante. La mienne est celle de milliers d'autres enfants sorciers, assura Roxanne. Je suis sûre que la tienne est différente.
Je rougis violemment, et elle m'adressa un sourire rassurant.
- Je sens qu'on va bien s'amuser, toutes les quatre, pour les sept années à venir…
Et puis, sur ces paroles, elle ferma les rideaux de son lit.
Je regardai Paige, puis Mélina, qui étaient déjà prêtes à se coucher, et je me dépêchai de me changer à mon tour, et de me glisser sous mes draps.
J'étais à Poudlard.
Enfin.
Comme mes parents avant moi.
Je ne pus m'empêcher de sourire.
…
Si j'avais su, le premier septembre 2015, que les sept prochaines années allaient être aussi riches en émotions, eh bien…
Je crois que j'aurais tout fait exactement comme aujourd'hui. Je n'aurais rien changé. Parce que cette première journée dans le monde de la sorcellerie était géniale.
Note d'auteur.
Alors ? Que pensez-vous de cette première journée de nos protagonistes ? Il est vrai que j'aurais pu, dès le début, montrer une grande amitié les liant tous, mais à mon avis, ce n'est pas ce qui s'est passé. Chuck est le plus exubérant de tous, et c'est lui qui va permettre que tous se rapprochent ; mais sinon, les filles sont plutôt timides (n'oublions pas que Mélina gardera des secrets sur sa vie jusqu'à la "mort" d'Astrid, et que Paige est toujours un peu dans sa bulle...), et Roxanne est généralement avec son frère. Passons.
Merci à tous pour vos reviews de la semaine dernière, apparemment, je ne suis pas la seule à apprécier Chuck et Lola :) ! En parlant de review, une petite anonyme s'est glissée dans celles de la semaine dernière !
guest, contente que tu aimes ce type de bonus ! Alors, un bonus sur Will, un autre sur Camille ainsi qu'un sur Astrid sont bien prévus, donc tu auras ça. Concernant Jones, c'est un peu plus complexe (parce que le personnage est complexe), mais pourquoi pas :). Quant à la suite d'Invisible, eh bien, elle viendra, c'est certain, mais je t'avoue que ce ne sera pas pour tout de suite, puisqu'il y a aussi l'histoire sur Jason et Lily qui doit être placée avant, ne serait-ce que pour un souci chronologique. Mais elle viendra ;). Et merci pour ta review !
Bien, il me semble avoir tout dit ! Le prochain bonus portera certainement sur Kira Shacklebolt. Vous ne vous rappelez peut-être pas bien de cette jeune fille de Serpentard d'un an l'aînée de James et Astrid... mais elle avait son petit secret à garder, et James sera là la semaine prochaine pour vous dévoiler un peu plus son secret ;). Alors, j'espère vous revoir pour en savoir plus sur cette jeune fille ! En attendant, passez une bonne semaine.
