Disclaimer : Le monde de Harry Potter n'appartient à nulle autre que notre chère auteure adorée, J.K. Rowling.
Ce moment est l'une des missions d'Astrid en tant qu'Invisible. Il est mentionné dans le chapitre 14, et aurait dû être intégré à celui-ci ; au final, je ne l'ai pas mis parce qu'il rallongeait beaucoup le chapitre, et n'avait pas un intérêt immense, pour le développement de l'histoire. En fait, il était trop descriptif pour les moments de vie que je postais dans ce chapitre. Il rejoint aussi la demande d'un certain nombre d'entre vous, qui souhaitiez un bonus mettant en scène Astrid chez les Invisibles.
L'anneau d'Andvaranaut
J'aurais pu laisser tomber au moment où j'avais compris que j'étais suivie. C'était certain, j'avais encore le choix, à ce moment-là. Mais en réalité, je n'aurais jamais pu me résoudre à agir ainsi. J'étais une Invisible, et les Invisibles n'abandonnaient jamais.
Au mieux, ils mouraient.
Mais nous n'abandonnions pas, et je n'allais pas être la première à le faire.
Cela dit, lorsque le troisième coup m'atteignit à la tête, et m'ôta toute envie de me défendre, je dus reconnaître que j'aurais souhaité mourir un peu plus rapidement.
…
Quelques heures plus tôt. Le O'Kelpy's Pub. Irlande.
La porte que je poussai grinça tristement. Elle aurait bien besoin d'être huilée, mais ce n'était typiquement pas quelque chose que je devais faire, ou même proposer, si je souhaitais éviter d'éveiller les soupçons. J'entrais à présent dans un pub où la propreté était synonyme de méfiance, et le bon état des lieux était plus suspect que normal. Je me retins de grincer les dents, tout en sachant que Camille se serait fait un plaisir de me traiter de princesse une nouvelle fois en connaissant les pensées qui m'enfumaient le cerveau.
Je rajustai ma capuche qui dissimulait mes cheveux bruns. Habituellement blonde, je m'étais résignée à teindre ma chevelure pour plus de discrétion lors de cette affaire. Le sujet était délicat, les conséquences terribles.
L'anneau Andvaranaut est un objet apparenté de façon plus ou moins lointaine à la Pierre Philosophale. Engendreur d'or, beaucoup de sorciers le voulaient… et, malheureusement, beaucoup de Moldus aussi. L'anneau avait été volé à son premier propriétaire et, celui-ci, pour se venger, avait lancé une malédiction. Malédiction que les sorciers pouvaient contrer, cela allait de soi. Malédiction qui tuait les Moldus, parce qu'ils pensaient qu'il ne s'agissait que d'une légende, et que personne ne mourrait réellement en possédant l'anneau. Foutaises. Cet anneau était une véritable bombe à retardement, nous le savions, et c'est pour cela que nous étions tous soulagés que l'anneau soit perdu, et donc inoffensif.
Jusqu'au mois dernier, en tout cas.
Nous avions appris qu'il avait été retrouvé par hasard, et c'était un hasard tout aussi grand qui avait voulu que nous apprenions qu'il était en la possession des Rapaces Nocturnes. Ceux-là, de toute façon, dès qu'il y avait un coup foireux à faire, ils y étaient mêlés. Détournement de fonds à Gringotts était un exemple comme un autre – c'était aussi l'exemple de mes parents – et finalement, lancer dans la nature un objet capable d'apporter malheur et destruction n'était qu'une petite part de leur monstruosité.
Je commandai une boisson locale au tavernier, sachant que c'était encore le meilleur moyen de m'attirer sa sympathie, et d'éviter qu'il ne me dénonce à quiconque s'inquièterait de voir une femme aussi distinguée que moi traîner dans un tel lieu. J'essayais toujours de perdre mes manières, de mettre de côté mes anciennes habitudes, mais ce n'était pas facile. J'avais été bien élevée, par Merlin. Je me tenais droite, je n'aimais pas plonger mes mains dans la saleté, sauf lorsqu'il s'agissait de Quidditch. J'étais comme ça, et ça plaisait. Sauf que chez les Invisibles, une telle attitude n'avait aucune valeur, et discréditait plus qu'elle n'attirait la sympathie. Dans une mission sous couverture, comme aujourd'hui, elle pouvait même me faire prendre.
Je vidai d'un trait ma boisson.
- Une autre ? proposa le serveur en louchant sur ma poitrine.
Je serrai les dents. Je ne savais pas qui confectionnait les accessoires des Invisibles, mais il fallait vraiment que j'exige de lui qu'il arrête de me donner des vêtements une taille trop petite. La dernière fois, ça avait failli tourner à la bagarre générale, parce que la longueur de ma jupe était vraiment trop indécente, et que moi, je devais passer au milieu d'une rue remplie d'hommes, tous plus saouls les uns que les autres, et tous rejetés par les cibles repérées au cours de leur soirée. Aujourd'hui, malheureusement, je ne pouvais pas me permettre d'expliquer les bonnes manières au serveur.
- Avec plaisir, lui dis-je donc avec un sourire resplendissant, et légèrement menaçant.
Juste pour qu'il sache que je n'étais pas du genre à me laisser faire. Quoi que je ne voyais pas bien ce que j'aurais pu faire pour lui qu'il regrette d'avoir simplement fait traîner ses yeux. Ce n'était pas le pire que j'avais déjà subi.
Je laissai traîner mon regard autour de moi, cherchant à voir si le suspect était bien là.
Attablé à un meuble bancal, il dînait tranquillement. Je le regardai rapidement, analysai ce que je voyais en le comparant à ce que je savais du suspect. Même taille, même corpulence, même âge, même manières. C'était bien lui. Je n'avais plus qu'à l'arrêter… et, surtout, ne pas me faire remarquer avant.
Je reportai mon attention sur le serveur, qui glissait justement la consommation demandée devant moi, en m'adressant un clin d'œil.
- Vous attendez quelqu'un ? demanda-t-il.
Je faillis l'envoyer paître. Je n'avais aucune envie de faire la conversation, je détestais devoir parler aux personnes que je rencontrais lors des missions, surtout lorsque c'était des hommes. C'était ce qui m'avait valu un second surnom – celui de sainte-nitouche. Surnom donné par Camille, au cas où cela ne soit pas évident. Plus j'y réfléchissais, et plus je me demandais comment ce type pouvait encore être en vie. Pourquoi est-ce qu'aucun Invisible n'avait encore décidé d'en finir avec lui ?
Bon, certainement parce qu'il était doué. Je ne pouvais pas lui retirer ça – mais je refusais qu'il sache que j'aie pu simplement émettre cette pensée. Sa tête gonflerait, si jamais il apprenait que je lui faisais des compliments. Ou peut-être qu'elle gonflerait assez pour exploser…
Cette idée me fit sourire, ce qui encouragea le serveur, en face de moi, à croire que je répondais à la positive.
- Oh ! Non, m'empressai-je de le corriger. Enfin, peut-être. Mes amis ne sont pas très fiables…
Mensonge, mensonge, et encore mensonge. J'étais devenue une véritable professionnelle du mensonge, à force. J'avais commencé fort, cela dit. J'avais tout de même fait croire à ma propre mort, ce n'était pas rien.
- Je connais ça, soupira le type en sortant un torchon crasseux de sous le comptoir, avant d'essuyer les gouttes d'eau sur le verre qu'il tenait à la main.
S'il essuyait tous les verres avec ce haillon, je n'étais pas certaine de porter encore un seul verre à mes lèvres. Pourtant, ne pas boire aurait paru suspect. De mauvaise grâce, je levai mon verre, et trempai mes lèvres dans le nouveau breuvage.
- Pas grand monde, ce soir, par rapport à d'habitude, hein ? dit-il laconiquement.
Comme si je pouvais bien le savoir. C'était la première fois que je venais.
Je vérifiai. Effectivement, nous n'étions que cinq dans le pub. L'homme que je surveillais était toujours là. Il était seul, mais cela ne voulait rien dire. La transaction ne devait pas avoir lieu ici. Elle devait se faire en-dehors, dans un pub Moldu. Il devait simplement être venu ici pour se restaurer de façon sorcière avant de se débarrasser de l'anneau. Sauf qu'il n'aurait jamais l'occasion de le donner au Moldu, je m'en faisais la promesse.
Je me glaçai soudainement.
Le pub était quasiment vide. Je ne pouvais me permettre de surveiller l'homme de façon trop voyante. Il me repèrerait bien trop facilement, et alors, le mois de travail que je venais de fournir n'aurait servi à rien. Acculer un Rapace Nocturne était une tactique stupide. Je ne pourrais jamais l'avoir si jamais il se méfiait. Encore moins si jamais il me repérait…
Sans le savoir, le serveur, en discutant avec moi, m'offrait la possibilité de renforcer ma couverture. De plus, chacun de ses mouvements me permettrait de savoir ce que faisaient les clients. Ce qui voulait dire que par le biais du serveur, je pourrais savoir ce que faisait mon suspect…
Le serveur se détourna à cet instant pour ranger un verre. Je tirai négligemment sur mon tee-shirt, renforçant le décolleté. S'il fallait passer par-là pour avoir une bonne couverture, j'étais prête à le faire.
Et ça fonctionna. Mieux que je ne l'aurais cru, à vrai dire. Je pus passer toute la soirée, à attendre que l'homme ait terminé de manger et boire, sans donner l'impression d'être là pour autre chose que pour boire et passer le temps. Je riais fort aux blagues du serveur, comme si j'étais saoule. J'avais depuis longtemps arrêté de boire, et j'avais déjà réglé toutes mes consommations, de sorte à pouvoir m'envoler à l'instant où le ferait le Rapace Nocturne. J'écoutais avec un intérêt parfaitement feint ce que me disait l'homme de l'autre côté du bar. Bref, j'étais tranquille pour les prochaines minutes. Selon ce que j'avais pu comprendre et glaner comme informations, la transaction devrait avoir lieu dans moins d'une heure. Le Rapace Nocturne ne devrait donc plus tarder à quitter sa table pour se diriger vers le pub Moldu, à deux villages d'ici, pour y retrouver le Moldu qui allait lancer l'anneau d'Andvaranaut dans la nature.
Enfin, sauf que ça ne se produirait pas, parce que j'allais les arrêter avant. Ça, j'en étais certaine.
Du coin de l'œil, je repérai du mouvement du côté de mon Rapace Nocturne. Je gloussai à la nouvelle plaisanterie du serveur. Mon bras dérapa à ce moment sur le comptoir, m'arrachant un nouveau rire.
- Oups… Je crois qu'il est temps pour moi de rentrer…
Je n'étais pas la seule à paraître ivre, dans ce pub. La différence, cela dit, c'est que j'étais – normalement – la seule à feindre l'ivresse.
Je crois que le serveur était prêt à me retenir. Mais il n'en fit rien, parce qu'à cet instant, le Rapace Nocturne arriva près de lui, l'air bourru, pour le payer. Ma capuche était toujours vissée sur ma tête, et je serrai un peu plus le lacet qui l'empêchait de glisser, avant de me diriger lentement vers la sortie, en slalomant, et en me retenant aux piliers qui se trouvaient sur mon chemin. La porte grinça à nouveau, mais je tentai d'en faire abstraction.
En retrouvant l'air glacial de cette nuit d'octobre, je réalisai alors à quel point l'air avait été étouffant, âcre, déplaisant, à l'intérieur du pub. J'avais réussi à l'oublier, en discutant avec le serveur, mais l'air qui me brûlait à présent les poumons me fit comprendre qu'il avait été plus que temps, pour moi, de retrouver un air sain.
Définitivement, j'étais une princesse…
Sans prendre le temps de m'arrêter sur cette constatation, je m'éloignai vivement de l'entrée du pub, pestant contre la boue qui laissait visibles mes empreintes. Heureusement, avec le nombre de personnes qui passaient dans cette rue, mes marques de pas n'étaient pas plus visibles que les autres, mais c'était tout de même un inconvénient dont j'aurais souhaité me passer.
Je n'eus pas le temps de m'attarder dessus, cela dit. La porte du pub s'ouvrit à nouveau, laissant sortir le Rapace Nocturne. Il regarda autour de lui, et parut marquer un temps d'hésitation. Je me mordis la lèvre, me maudissant pour ma stupidité. Il était sorti moins de deux minutes après moi. Il devait se demander ce qui m'était arrivée. Après tout, j'étais ivre, certainement pas en état de transplaner… Pourtant, je n'étais plus dans son champ de vision. Cela dit, les Rapaces Nocturnes n'étaient pas philanthropes. J'imagine que ne pas me voir le surprit une seconde, mais une fois la surprise passée, il haussa les épaules et se mit à avancer dans la rue. Il avait une mission à accomplir, et allait la faire.
Tout comme moi.
Je le laissai prendre de l'avance, avant de me mettre à sa poursuite, en rasant les murs. Je me fis aussi discrète que possible. J'étais plutôt douée, à présent, pour cela, c'était certain. La filature, ce n'était peut-être pas inné, mais j'avais su développer ce don.
Je suivis le Rapace, le cœur battant à tout rompre, tout en tentant de le ralentir. Je n'avais aucune envie de me faire surprendre parce que j'étais trop nerveuse. Ça aussi, j'avais su apprendre à le faire. À présent, je savais me calmer quand la situation l'exigeait.
Je me demandai quand est-ce qu'il allait transplaner. Après tout, le chemin était long jusqu'au village où il avait rendez-vous. Le plan initial était d'attendre qu'il ait rencontré le Moldu qui devait récupérer l'anneau, puis subtiliser l'anneau au moment de la transaction. Seulement, ce plan ne me convenait plus. Le Moldu ne pourrait jamais être poursuivi, et puis, on s'en moquait. Il ne comprenait rien à l'affaire, et les Invisibles n'avaient rien à faire de son envie de bercer dans l'illégalité. Ce que nous voulions, c'était le Rapace Nocturne.
Et j'allais l'avoir… avant qu'il n'ait atteint le village.
J'avais repéré les lieux avant de venir. Si je passais par la prochaine rue à gauche, et courais un peu, je pourrais faire un crochet et arriver en face du Rapace Nocturne. C'est ce que j'allais faire.
Il fallut que j'accélère le pas pour réussir à le doubler, mais ce n'était pas un problème. J'avais pris les conseils de Darren à la lettre, lorsqu'il m'avait conseillé de m'entretenir physiquement, et de développer mes compétences physiques. Aussi, le dépasser n'était pas difficile.
Ce qui l'était, en revanche, c'était de le faire alors que j'étais suivie.
Un frisson glacé glissa le long de mon épine dorsale. À l'instant où j'avais tourné dans la rue, j'avais compris que je n'étais pas seule. Je me déplaçais comme une ombre, silencieuse, discrète. Derrière moi, quelqu'un déployait des trésors d'ingéniosité pour en faire de même. Et cela voulait dire que quelqu'un était sur ma piste. Je déglutis. J'étais dans un sacré pétrin, si ma théorie s'avérait vraie. Il existait toujours la possibilité que quelqu'un soit derrière moi parce qu'il était en train de rejoindre sa maison, mais étonnamment, mon instinct me soufflait que ce n'était pas la bonne solution.
J'étais suivie. Mais j'avais une mission à mener à bien, et je n'allais pas l'abandonner. J'avais envie de croire que la personne qui me suivait était une personne du bar. Je savais que ce n'était pas vrai, mais le besoin d'y croire était plus fort que tout. Si jamais je me laissais envahir par la panique, et que j'acceptais l'éventualité qu'un Rapace Nocturne était sur mes traces, j'étais dans un pétrin innommable. Avoir un Rapace Nocturne en face de moi, et un derrière moi, était une situation des plus désagréables, et je n'avais pas envie de l'envisager. Prenons les problèmes lorsqu'ils se présentaient. Pour le moment, je n'avais qu'un Rapace Nocturne à gérer.
J'en aurais bientôt deux, j'en avais conscience.
J'avais encore le temps de transplaner, et de m'échapper de la zone de conflits… mais ma mission passait avant tout, et je ne pouvais pas me dire que j'allais abandonner. Je ne voulais pas le faire. Je ne pouvais pas le faire. Je devais simplement récupérer l'anneau, et arrêter le Rapace Nocturne, rien de plus. Je pouvais le faire. J'allais le faire.
Oh, Merlin, qu'est-ce que j'avais tort, j'en avais conscience.
J'accélérai le pas, me disant que j'allais bientôt arriver devant le Rapace Nocturne que je devais arrêter. Celui derrière moi, en revanche, n'avança pas plus vite. L'espoir revint. S'il n'accélérait pas, et n'essayait pas de m'arrêter, c'était peut-être parce qu'il n'était pas un Rapace Nocturne.
Le bout de mon détour était dans mon champ de vision. Dans quelques secondes, je serais prête à procéder à l'arrestation.
Je débouchai dans la rue principale, à nouveau, face au Rapace Nocturne.
Rectification.
Face aux Rapaces Nocturnes.
C'est là que je compris que j'étais fichue. Et que la mort était proche.
Je m'arrêtai net. Celui que je filais depuis un mois ricana, et fit un pas en avant.
- Quand on veut faire croire qu'on est saoule, ma jolie, on évite d'attacher solidement un nœud, sans aucune hésitation, la main sûre et pas tremblante…
Je m'insultai immédiatement d'une dizaine de façons. Quelle idiote.
- Les Invisibles sont tous stupides, Riley, tu le sais, pourtant, rit celui que je ne connaissais pas.
- Les Rapaces aussi, ne pus-je m'empêcher de dire.
Fierté mal placée. Ce n'était pourtant pas le moment.
- Peut-être, cracha Riley en s'avançant. Mais on est stupides en bande, nous.
J'allais lui faire remarquer que deux personnes, c'était plutôt un duo qu'une bande mais, à cet instant, une baguette s'enfonça dans mon dos.
Bon. Un trio, ça pouvait commencer à être une bande, aussi.
J'étais foutue.
Surtout lorsque je vis le quatrième Rapace qui sortit de derrière une poubelle. Il se jeta sur moi à l'instant où j'allais agir pour essayer de m'en sortir – c'était le moment où la fuite était envisageable, après tout. Mais je n'eus pas le temps de fuir. Il m'immobilisa d'une clef au bras, et celui qui avait sa baguette dans mon dos se saisit de mon autre bras. Ils serrèrent fortement, m'arrachant une grimace de douleur. Les brûlures n'étaient pas agréables, et ce n'était que le début.
Riley s'approcha. Il me toisa de bas en haut, et je redressai le menton, dans un élan de fierté. Il grimaça, moqueur.
- C'est qu'elles sont mignonnes, les Invisibles, maintenant… On pourrait s'amuser un peu, si seulement on n'avait pas pour principe de ne pas fricoter avec l'ennemi.
C'était une réaction très stupide, j'étais totalement d'accord. Mais lui cracher au visage me fit tout de même du bien.
Le coup de poing que je reçus en réponse à ma provocation, en revanche, ne me fit aucun bien, je devais bien le reconnaître.
Riley s'essuya le visage, l'air sombre, tandis que le Rapace Nocturne qui m'avait frappée – et bien frappé, du sang coulait déjà de la plaie, m'empêchant de voir de l'œil gauche – se lançait un sortilège pour atténuer la douleur qu'il devait certainement ressentir au poing.
- C'est mal, petite, de frapper ceux qui vont te faire subir une petite séance de torture. Ça les énerve et, après, ils se sentent obligés de frapper encore plus fort… voire de tuer. Ce serait dommage, non ?
Je ne répondis rien. Je n'avais aucune envie de leur donner des armes pour m'abattre, et répondre à leurs provocations serait une arme.
On resserra les prises sur mes bras. Je grimaçai à nouveau, et me tordit sous l'effet conjugué des deux prises.
- Tu as mal ? Ce n'est rien par rapport à ce que nous allons te faire, me promit Riley.
Bon. J'étais dans une sale posture, c'était certain. Mais je n'avais aucunement envie de me laisser tuer sans protester un peu. Je savais que ça allait me faire mal, que mes bras allaient me faire regretter ce geste, mais je ne pouvais pas laisser passer l'occasion. Riley était trop proche de moi.
Je levais vivement la jambe gauche, et la détendit.
De base, j'avais visé sous la ceinture, mais l'estomac, c'était pas mal aussi. Ça faisait plutôt mal.
Je savais de quoi je parlais parce que celui qui m'avait déjà frappée à la tête me balança le poing dans l'estomac juste après que j'aie osé toucher à Riley. Je suffoquai sous la douleur – Merlin, qu'est-ce qu'il prenait comme vitamines pour frapper aussi fort ?
Il fallut quelques secondes à Riley pour se remettre du coup que je lui avais donné. Quand ce fut fait, il se redressa de toute sa hauteur.
J'étais foutue, je le compris à son regard. Je lui rendis son regard noir.
Je n'allais pas me laisser faire.
Je tentai tant bien que mal de me débattre, et de me libérer de la prise des deux Rapaces Nocturnes. Mais rien à faire.
J'aurais pu laisser tomber au moment où j'avais compris que j'étais suivie. C'était certain, j'avais encore le choix, à ce moment-là. Mais en réalité, je n'aurais jamais pu me résoudre à agir ainsi. J'étais une Invisible, et les Invisibles n'abandonnaient jamais.
Au mieux, ils mouraient.
Mais nous n'abandonnions pas, et je n'allais pas être la première à le faire.
Cela dit, lorsque le troisième coup m'atteignit à la tête, et m'ôta toute envie de me défendre, je dus reconnaître que j'aurais souhaité mourir un peu plus rapidement.
Le quatrième coup m'atteignit à l'estomac. Derrière, on resserra mes bras, les tordant un peu plus.
Je ne retins pas le cri de douleur lorsque le cinquième coup fut porté. Je n'avais plus la possibilité de me défendre. J'étais trop sonnée.
C'est le constat que je fis avant le sixième coup. Celui-ci, il m'emporta dans l'inconscient.
…
J'ouvris des yeux hésitants.
Je ne savais pas où j'étais. Je refermai donc aussitôt les paupières, et analysai la situation.
Mon corps entier était endolori. J'avais mal au crâne, aux bras, aux épaules, et aux jambes. Étonnamment, mon estomac me faisait aussi extrêmement souffrir.
Conclusion : j'étais toujours en vie. Ce que je ne m'expliquais pas. Comment était-ce seulement possible ? Je n'avais rien fait pour ça. Les Rapaces Nocturnes étaient énervés contre moi, clairement. Pourtant, j'étais encore en vie.
Ou peut-être qu'il m'avait torturée une première fois et, qu'à présent, ils me laissaient le temps de récupérer, avant de lancer une nouvelle salve de tortures. Ça leur ressemblait.
La porte s'ouvrit.
Je gardai les yeux clos. Je ne voulais pas leur donner l'occasion de savoir que j'étais consciente. Pas tout de suite, en tout cas.
C'est ce moment que mon estomac choisit pour me brûler intensément. La douleur était insupportable. Inhumaine. J'avais déjà beaucoup subi, de toute ma vie. J'avais déjà eu la mâchoire fracturée, par Merlin ! Mais en cet instant, j'aurais presque voulu que ma mâchoire soit à nouveau fracturée. Ce n'était rien, en comparaison à cette douleur. Et je ne trouvai qu'un moyen de l'expier.
Je me redressai vivement sur le lit où j'étais installée, me mit en boule, et hurlai, les larmes jaillissant de mes yeux, sous l'effet de la douleur. J'avais oublié qui j'étais, où j'étais – ce que je ne savais de toute façon pas. J'avais même oublié que quelqu'un était entré, jusqu'à ce que le lit s'affaisse un peu.
- Astrid…, murmura la voix de Darren.
Darren. Darren était là. Je n'étais donc plus avec les Rapaces Nocturnes, mais avec les Invisibles. Comment cela se faisait-il ? C'était incompréhensible.
La douleur mit du temps à refluer. Lorsqu'enfin elle partit, je m'accordai quelques instants pour remettre de l'ordre dans mes idées, et me composer un visage neutre. J'étais donc avec les Invisibles. J'avais mal de partout. La dernière chose dont je me souvenais, c'était les coups de poing. Entre les coups reçus et mon réveil, que s'était-il passé ?
C'était ce que je demandai à Darren.
Son visage était sombre. Plus que d'habitude, alors qu'il était une personne extrêmement sérieuse, naturellement. Je pris peur de le voir aussi grave.
Il se leva de mon lit, et fouilla dans une de ses poches. Il ressortit un objet de sa poche droite. Je compris que c'était pour moi, et tendis la main. Il y déposa un anneau. Celui d'Andvaranaut.
Bouche bée, je n'arrivai pas à détacher mon regard de l'anneau. Bordel, que s'était-il passé ?
- Ils m'ont demandé de te raconter, bougonna Darren. J'sais pas si je suis le mieux placé. Mais bon… T'as été repérée. Tu pouvais pas savoir. C'était vraiment bien mené, comme affaire. T'as rien à te reprocher, c'est comme ça, on s'est tous déjà fait avoir. Bref. T'as été repérée. Ils t'ont attrapée, et tabassée. Mais c'est pas tout…
Je n'étais pas certaine de vouloir entendre la suite. Le ton grinçant, bougon et pressé d'en finir de Darren n'augurait rien de bon.
- Ta douleur, là, à l'abdomen… Ils t'ont gardé deux jours, Astrid. Ils t'ont opérée. Et ensuite, ils t'ont déposée pas loin de chez Will, avec l'anneau sur toi.
Opérée… La nausée m'envahit. Darren dut le sentir. Il matérialisa un seau, et je vidai mes tripes, réveillant par la même occasion la douleur de mon estomac. Sauf que je commençais à comprendre que ce n'était pas réellement mon estomac qui me faisait souffrir…
Accrochée au seau, je vis le tatouage inscrit sur ma peau. Le chiffre cent trente-neuf. Super. J'étais marquée par les Rapaces Nocturnes, à présent.
Je redressai la tête, et accrochai mon reflet dans la vitre. Je me dégoûtai moi-même. J'étais pâle à faire peur.
- Quelle opération ? murmurai-je d'une voix rauque.
Je savais déjà ce qu'il allait me dire. Je le sentais, au plus profond de moi. Je savais que quelque chose était différent.
- Ils ont fait ça à la façon Moldue, commença Darren.
- Je m'en fous.
Lui aussi, apparemment, se moquait que je l'interrompe.
- Mais un sorcier s'est assuré que la chirurgie ne puisse pas être défaite…
- Quelle opération, Darren ?
- Ce qui fait que ça ne peut pas être réparé, et…
- Va te faire foutre, Darren, je ne suis pas conne, je sais ce que ça veut dire ! Dis-moi quelle est cette putain d'opération ! m'écriai-je, hystérique.
Darren m'en voudrait un moment de lui avoir parlé sur ce ton, mais je m'en moquais. Réellement.
- Ligature des trompes.
Stérile.
Les Rapaces Nocturnes m'avaient stérilisée.
Ils m'avaient pris mes parents des années plus tôt.
Et aujourd'hui, ils me prenaient ma féminité.
Qu'ils aillent se faire voir.
Mon organisme était gelé, j'étais incapable du moindre mouvement.
Stérile.
Le mot tournait en boucle dans ma tête, j'étais incapable de réfléchir à autre chose. Darren me parlait toujours, j'en étais certaine, mais je m'en foutais. Je voulais être en colère, je voulais agir, pas être figée comme en cet instant. Je voulais réagir, crier ma rage, pas rester sans rien faire. Mais je ne savais pas comment me réveiller…
Je crois que je restai une heure sans bouger. Darren avait fini de me parler, évidemment. Il attendait simplement que je réagisse, mais je n'étais pas certaine de pouvoir le faire. Pourtant, je devais bien me relever de cette épreuve. Je ne pouvais pas rester là, sans bouger.
Ce fut la nouvelle crise de douleur qui me força à agir. La douleur me plia en deux, une nouvelle fois.
- Pourquoi ? soufflai-je difficilement.
Je ne comprenais pas pourquoi je souffrais autant. Une opération était douloureuse, c'était certain, mais là, c'était différent. Ce n'était pas le contrecoup de l'opération. C'était plus subtil, plus vicieux.
- Le sorcier a empoisonné l'opération, murmura Darren. Outre le fait qu'elle ne puisse pas être défaite, une petite piqûre de rappel viendra régulièrement. Tu sais, comme tu es une Invisible, tu ne peux pas avoir d'enfants. Alors, dans un sens, la ligature des trompes n'était pas nécessaire. C'est pour ça qu'ils ont rajouté ce poison. Comme ça, à chaque fois que tu oublieras cette opération, la douleur viendra te le rappeler.
Je hochai la tête.
Les Rapaces Nocturnes savaient y faire, en matière de blessures…
J'inspirai profondément.
Je n'étais plus figée. C'était terminé. À présent, j'étais en colère. Littéralement, et ça n'allait pas s'arrêter tant que je n'aurai pas arrêté autant de Rapaces Nocturnes que je le pouvais. J'allais me venger, en démantelant cette organisation, ou en mourant en essayant.
Et j'allais aussi évacuer ma colère.
Je baissai les yeux sur le seau que je tenais toujours. Je raffermis ma prise dessus et, sans crier garde, je le lançai contre la fenêtre. Je regardai ensuite autour de moi. Il y avait de nombreux objets à briser. Difficilement, je sortis de mon lit.
- Je vais tout casser, prévins-je Darren.
Il haussa les épaules. Le connaissant, il se moquait allégrement de ce que je pourrais faire. Tant mieux. Il commença à s'éloigner.
- Les objets en verre, ça fait plus de bien, quand on les brise, me dit-il simplement avant de sortir.
Très bien. J'allais en créer quelques uns. Et puis, une fois que toute ma colère serait évacuée, j'irai demander une nouvelle affaire à Will.
Invisible un jour, Invisible toujours. Je n'allais pas m'arrêter à cause d'une seule mauvaise affaire. J'allais faire en sorte que pour cette mauvaise affaire, dix bonnes en résulteraient.
À chaque objet que je brisais, j'imaginais le Rapace Nocturne que j'arrêterais lors de ma prochaine affaire.
Et ça me faisait presque du bien.
Note d'auteur.
Entre le fait que j'aie des soucis à me souvenir des différents jours de la semaine, et que la box n'a pas arrêté de tomber en rade aujourd'hui, autant vous dire que cela tient presque du miracle que je puisse poster à temps ! Enfin, mes soucis, vous vous en fichez, je m'en doute un petit peu ;).
Ah, on peut ne pas apprécier Astrid, suite à son intégration aux Invisibles, mais il est certain que cette mission était extrêmement difficile pour elle... Bref.
Petite réponse à guest, de la semaine précédente : C'est certain que la génétique joue en défaveur des enfants Potter ;)... Personnellement, je crois que je n'aurais pas pris de risques dans un tel cas, et je n'aurais pas eu d'enfants, ah ah !
La semaine prochaine, le bonus nous amènera dans la cuisine de Chuck, et mettra en scène deux Gryffondor et deux Serdaigle. Mais lesquels, et pourquoi ? Réponse : dimanche prochain ;) Bonne semaine, et à la semaine prochaine !
