Cette histoire fut écrite pour le Secret Santa HunterxHunter à l'attention de Takkaori. Merci à Zofra, Moira-chan, La Pomme Verte, Takkaori et Miss Pupitre pour ce moment de partage et un calin tout particulier à Zofra pour ce brainstorming de folie xD.
Hellooooo Takka,
J'espère que ce texte te plaira. Je te souhaite un joyeux Noël auprès des tiens ! Une partie 2 arrivera demain.
Biz.
Turand
Flying Lights
Partie 1
« Kirua, tu pourrais me dire ce que tu en penses ? »
Tiré de sa rêverie, Kirua leva les yeux vers Gon, qui lui présentait un cerclage en bambou. Il l'examina un bref instant du regard et répondit sans hésiter :
« Le diamètre de ton cercle est un peu grand. Resserre la tige. »
Gon s'exécuta immédiatement et attrapa l'adhésif pour figer la forme. Il la déposa sur la table et saisit un assemblage de feuille de riz qu'il montra à Kirua.
« Et ma lanterne ? C'est bien assemblé comme ça ? »
Kirua termina de découper le dernier fuseau de papier de sa propre lanterne et se pencha ensuite sur le travail de Gon. Mis à part quelques défauts de collage, il ne remarqua rien d'anormal.
« Je pense que c'est très bien comme ça, dit-il.
-Tu es sûr ? demanda Gon, soucieux.
-Oui. »
Kirua soupira intérieurement. Il savait pourquoi son compagnon était si nerveux. C'était sa deuxième participation à la célébration du zhongyuanjie chez les Zoldick et il fallait bien avouer que la première avait été... remarquée. Chaque année, les membres présents dans la maison familiale marquaient le début de l'hiver en lâchant des lanternes volantes au-dessus du lac qui bordait la grande demeure et l'année dernière avait été particulière : en effet, pour la première fois depuis dix ans, Kirua était revenu chez lui pour participer à la tradition.
Il s'était enfui à 12 ans pour se présenter à l'examen de Hunter et avait ensuite passé le plus clair de son temps à chercher le père de Gon avec ce dernier, ne revenant que très brièvement à la maison familiale. Les deux années passées avec ce garçon aux manières rustres, plus poli avec les animaux que les humains, avaient été intenses et aventureuses. Habitué au confort de sa maison, Kirua avait appris à apprécier la nature et la vie sauvage. Lui qui s'était toujours satisfait du goût du sang et des friandises, s'était surpris à ne plus pouvoir se passer de la compagnie des autres, à préférer le partage à la solitude et à s'abandonner à l'incertitude du lendemain, se contentant de la seule assurance qu'un ami serait à ses côtés le jour suivant. Et Gon avait été cet ami. Mais il l'avait quitté au pied de l'Arbre Monde, partant à la découverte de contrées lointaines avec sa soeur Aruka, espérant également trouver une solution pour qu'elle puisse vivre avec Nanika sans plus jamais provoquer de désastres. Durant ce voyage, il avait compté chaque jour passé loin de Gon. Et chaque nuit, juste avant de s'endormir, il avait senti le poids de la séparation. Quatre ans plus tard, après avoir enfin permis à Aruka de vivre normalement, il était revenu au pied de l'Arbre Monde. Il avait dormi une nuit aux creux de ses racines. Le jour d'après, il avait attendu. Alors que le soleil se couchait à nouveau, Gon qui avait presque atteint l'âge d'homme l'avait rejoint. Kirua avait accepté sa main, puis son étreinte et finalement le baiser qu'il proposait. Et après ça, il ne l'avait plus jamais quitté.
Néanmoins, ce ne fut que quelques années plus tard qu'il décida d'officialiser sa relation auprès des membres de sa famille, lors du zhongyuanjie. Gon avait participé avec enthousiasme mais avait sous-estimé le soin qu'il fallait apporter à la confection de la lanterne volante... Mal équilibrée, son ballon avait dérivé par rapport aux autres et était allé s'écraser sur le toit de la maison des Zoldick, provoquant un petit incendie, heureusement rapidement maîtrisé. Gon ne voulait pas refaire la même erreur cette fois-ci. Kirua l'observa du coin de l'œil. Il savait bien que son compagnon avait cru lui faire honte ce jour-là. Mais il avait tort. Ça n'avait pas eu la moindre importance et le jeune Zoldick voulut lui dire qu'il ne devait plus y penser, que le toit était réparé depuis bien longtemps, que la seule trace qui restait de cet incident était un peu de bois noirci et aussi les ricanements d'Irumi qui ne pouvait s'empêcher d'évoquer cet accident dès qu'il en avait l'occasion, qu'il tuerait son frère s'il le mettait encore une fois mal à l'aise, que ce n'était rien et qu'il ne l'aimait pas moins. Qu'il l'aimait au contraire chaque jour un peu plus. Et qu'il finirait bien par mourir de l'aimer tant.
Mais rien de tout cela ne sortit car Aruka déboula dans la pièce et vint s'accrocher à sa taille en demandant avec excitation :
« Tu as fait ma lanterne, Grand-Frère ?
-Oui, c'est celle avec la carpe koï. »
Kirua désigna la table où reposait la lanterne céleste en papier de soie bleu. Aruka se précipita pour contempler l'ouvrage qui était déjà muni de son cercle de bambou et son brûleur. Après avoir longuement tourné autour sans oser la toucher, elle revint joyeusement auprès de Kirua qui terminait son propre lampion avec la cire servant de combustible.
« Merci, Grand-Frère ! Elle est magnifique !«
Elle passa encore ses bras autour de sa taille et fourra son visage dans sa chemise. Kirua sentit le nez de sa petite sœur s'enfoncer dans son dos. Cette étreinte, cette façon plus douce de le serrer, le jeune Zoldick le remarqua immédiatement. Il n'eut même pas besoin d'avoir la confirmation que lui donna la voix de la jeune fille :
« Elle est vraiment trop belle, Kirua. Je l'adore. »
Il avait bien deviné. Celle qui l'appelait « Kirua » et non « Grand-Frère », venait de se réveiller. Nanika était toujours là. Plus discrète depuis que le Nen d'Aruka avait été traité, mais bien présente, un peu comme un reflet diffus sur une vitre.
« Je suis content que tu l'aimes aussi, Nanika. »
La jeune fille resta contre lui un moment et puis finit par repartir avec la même énergie qu'à son arrivée, non sans bousculer Irumi qui entrait dans la pièce. Kirua entendit son grand frère pester contre sa petite sœur mais celle-ci s'éloigna sans même présenter ses excuses.
« Bientôt fini ? » demanda Irumi à leur attention.
-Oui, répondit Gon qui avait deviné que Kirua ne comptait pas répondre à cette question, ni même entamer la moindre conversation. Je ne te l'ai pas dit en arrivant mais ça fait bizarre de te voir avec des cheveux courts, Irumi. Nouveau look ?
-Plutôt une erreur de jugement », répondit l'homme sans rien laisser transparaître.
Alors qu'il observait les deux jeunes hommes au travail, le regard de l'aîné des Zoldick se posa sur la lanterne bleue d'Aruka.
« Kirua... Tu fais encore sa lanterne ? dit-il avec lassitude. Tu sais que ce n'est plus un enfant, au moins ? »
Kirua dissimula tant bien que mal son exaspération. Evidemment qu'il le savait. Aruka avait presque 16 ans. Le jeune homme voulu lui rétorquer de se mêler de ses affaires mais Irumi continua sur le même ton :
« Tu veux bien faire la mienne ?
-Jamais de la vie, répliqua sèchement Kirua. Il faudrait t'y mettre, d'ailleurs. »
Irumi ne sembla pas dérouté par la réponse de son frère et au contraire, afficha un large sourire qui dissimulait bien mal son air mauvais.
« Bien sûr que je vais la faire, moi-même. Je serai plus rapide que vous et en plus de ça, la mienne ne mettra pas le feu à la maison...
-IRUMI ! » s'écria Kirua avec rage.
Il n'avait pas pu s'empêcher de narguer Gon une fois de plus avec cette histoire... Kirua s'était promis de tuer son frère s'il osait encore évoquer l'incident et il le ferait. Oui, il allait le faire. Maintenant. Néanmoins, la voix de Gon le coupa dans son élan :
« Kirua, ce n'est rien... Il me taquine... »
Le jeune Zoldick souffla. Gon avait raison. Irumi se payait sa tête. Il ne cherchait qu'à le pousser dans ses retranchements pour s'amuser de le voir exploser, tout en étant conscient des risques qu'il prenait. Sûrement parce qu'il était assez fou pour préférer mourir plutôt que de voir son jeune frère se ramollir dans une vie de couple. Malgré les années écoulées, ses petites attaques marchaient encore. La tension redescendit mais Kirua ne se détendit pas pour autant car une autre personne indésirable pénétra dans la pièce :
« Ah tout ce Nen bien sombre... Je sens qu'il y a des envies de meurtres par ici ! »
Hisoka. Ou plutôt « l'invité d'Irumi ». Il ne manquait plus que lui pour le convaincre que le monde entier sauf Gon et Aruka s'était ligué pour pourrir cette journée. Sans surprise, l'homme se réjouit de la situation et demanda sur un ton bien trop doux :
« Alors, qui doit-on tuer pour rendre les choses un peu amusantes ?
-On ne tue personne, répondit Kirua. Dépêchez-vous de faire vos lanternes.
Hisoka ignora la réponse et s'intéressa plutôt à Irumi qui rassemblait du matériel.
« Hum, et tu vas faire la mienne, alors ? dit-il avec curiosité.
-Non, débrouille-toi, Hisoka, répliqua immédiatement Irumi
-D'accord. »
Kirua observa discrètement les deux hommes en débarrassant son plan de travail. Il vit Hisoka qui ne paraissait pas vexé par le refus d'Irumi prendre un rouleau de papier de soie et se mettre à côté de lui. Néanmoins, ce dernier protesta :
« Ne te mets pas si près, tu vas me gêner. Vas plutôt là. »
Irumi désigna l'opposé de la table et Hisoka s'exécuta sans discuter. Gon et Kirua qui avaient terminé leurs lanternes les déposèrent à côté de celle d'Aruka et sortirent de la pièce, laissant Hisoka et Irumi seuls. Ils allèrent ensuite dans l'ancienne chambre de Kirua. Ce dernier s'allongea sur son vieux futon alors que son compagnon prit place sur le tapis. La célébration débuterait dans moins de deux heures et ils préféraient éviter de croiser les autres membres de la famille entretemps.
« Pourquoi Irumi a invité Hisoka, au juste ? demanda subitement Gon.
-Aucune idée et je m'en fiche. » répondit Kirua d'un ton acerbe.
C'était faux. Il ne s'en fichait pas du tout ou plutôt pas autant qu'il voulait le faire croire à Gon. Irumi n'avait prévenu personne quant à la venue d'Hisoka et avait mis l'intégralité de la famille devant le fait accompli.
« Tu penses qu'ils sont ensembles ? ajouta Gon.
-Peut-être. Mon grand frère n'est pas facile à suivre. »
Kirua ferma les yeux. C'était en effet une possibilité mais il avait du mal à y croire. Il avait du mal à croire que son frère puisse « être avec quelqu'un », en tout cas dans le sens où il l'entendait lui, c'est-à-dire, lui tenir la main ou l'embrasser, mais pas seulement, apprécier un silence à ses côtés sans en ressentir la moindre gêne, poser sa tête sur son épaule ou l'entourer de ses bras sans raison apparente si ce n'était chercher sa chaleur comme était en train de faire Gon en ce moment précis. Ce dernier avait en effet fini par se lever du tapis pour s'allonger son corps. Ils restèrent dans cette position jusqu'à ce qu'une Aruka surexcitée tambourine à la porte, les intimant de venir sur le champ au bord du lac. Gon et Kirua sortirent donc dans le froid glacial pour rejoindre les autres membres de la famille sur les rives de l'étendue d'eau gelée.
Quand tous furent présents, la cérémonie du zhongyuanjie put commencer, présidée par Zeno Zoldick qui tenait beaucoup à ce que cette célébration ait lieu chaque année. Ce jour était le plus court de l'année. La tradition disait que pendant cette période les esprits tourmentés remontaient des Enfers à la recherche de réconfort. Ce culte était leur délivrance. L'encens apaisaient leur chagrins et les lanternes volantes leur montraient le chemin du ciel. Pour cette raison, Kirua avait souvent appelé ce moment « la Fête des Fantômes ».
Comme à son habitude, Zeno Zoldick s'occupa des rituels, secondé par son fils, Silva. Aux yeux du patriarche, les Zoldick ne tuaient pas par sadisme. C'était leur travail. Leurs victimes qui n'avaient jamais demandé à être des cibles mourraient de façon violente et ne pouvaient en aucun cas trouver la paix. Ils étaient donc de leur responsabilité de les guider par la suite. Ce point de vue n'était bien sûr pas partagé par tout le monde. Silva Zoldick s'exécutait davantage par respect pour la tradition que par conviction personnelle et bien évidemment, il y avait des membres comme Irumi qui trouvaient ça complètement ridicule. Kirua avait de son côté quelques doutes sur l'utilité de cette cérémonie mais y trouvaient son compte car la fabrication des lanternes l'amusait. Le moment où il fallut les faire voler arriva enfin. Les lanternes disposaient d'un brûleur en papier de cire, relié au cercle de bambou par quatre fils de métal. Une fois allumée, la flamme chauffait l'air contenu dans la lanterne, abaissant ainsi sa densité et permettant à l'ensemble de monter dans les airs. Les lanternes célestes étaient conçues pour voler tant que le brûleur restait allumé, après quoi elles redescendaient lentement vers le sol.
Kirua fut heureux de voir le visage de Gon s'illuminer quand sa lanterne s'éleva gracieusement et prit le vent avec les autres. Néanmoins, aucun Zoldick ne le nota et Kirua aurait d'ailleurs parié que même si la lanterne de Gon avait mis le feu à la maison tout entière, personne n'y aurait prêté attention. Les membres de la famille étaient bien trop occupés à scruter les faits et gestes de quelqu'un d'autre. Même s'ils étaient extrêmement discrets, Kirua l'avait immédiatement remarqué : tous, à l'exception de Gon et Irumi, observaient Hisoka. Ce dernier en avait bien probablement conscience mais continuait à agir naturellement, faisant décoller sa lanterne comme tout le monde. Sa présence imposée par Irumi rendait la famille perplexe. Même Zeno Zoldick qui d'habitude ne s'intéressait guère aux relations que pouvaient bien entretenir les membres de son clan semblait soucieux de résoudre ce mystère. Cependant, rien dans l'attitude d'Irumi ne fournit la moindre explication. Les deux hommes restaient l'un à côté de l'autre sans se parler, sans se regarder. Quand la cérémonie fut terminée, Kirua regarda Irumi et Hisoka s'éloigner de leur côté. Ou plutôt Hisoka suivre Irumi qui s'éloignait. Néanmoins, il ne put s'interroger plus longuement sur cette question car Gon saisit sa main, lui rappelant qu'il y avait bien d'autres choses dignes d'intérêt, comme la chaleur de sa paume qui le faisait se sentir aussi léger qu'une lanterne volante de la Fête des Fantômes.
Merci de m'avoir lue.
J'espère que cette première partie t'a plu, Takka. Biz.
Le zhongyuanjie est une fête chinoise en l'honneur des fantômes. Elle a lieu le 15e jour du 7e mois lunaire.
(Non, Zofra, ça n'a rien à voir avec l'O-bon, hum hum, je ne vois pas du tout de quoi tu parles. Je ne nourris aucune obsession pour cette fête.)
