Note de l'auteur : OS écrit dans le cadre du calendrier de l'avent 2020 sur un forum Harry Potter. Case 22 : un One-Shot (fiction en un chapitre) de moins de 2000 mots sur le thème suivant : "Un Noël qui tourne au drame".
Word me dit que j'ai atteint 1998 mots (hors note de l'auteur). Et d'après combiendemots (le site internet) j'en suis à 1959 (hors note de l'auteur). Je me suis remis à lire (beaucoup trop) de fanfictions sur Rogue. Et voilà, il fallait que j'écrive à nouveau sur lui. Donc je pars du principe qu'il a survécu à la guerre (parce que sinon c'est pas drôle). Voilà.
Vive le vent
15 décembre
"Oh, vive le vent, vive le vent ! "
La porte du Chaudron Baveur se referma brusquement. Une poignée de flocons de neige entra en même temps, par appel d'air.
La jeune femme qui venait d'entrer s'installa à sa table habituelle. Elle retira son épais châle, puis soupira en notant la quantité de neige dans ses cheveux.
Un sort fusa d'une des tables adjacentes lui permettant de se débarrasser de ce manteau blanc capillaire. Surprise, elle releva la tête pour croiser un regard amusé. Un regard sombre, qu'elle aurait pu reconnaître parmi des milliers.
-Professeur Rogue !
-Miss Granger, la salua-t-il.
Il leva à son attention la chope posée devant lui.
-Que faites-vous ici ? Je croyais...
Il était vêtu de ses traditionnelles robes noires. Sauf qu'elles étaient cette fois ouvertes sur une chemise d'un blanc immaculé, accompagné d'un veston d'un vert profond. Un vert Serpentard. Il était installé devant un carnet dont les pages étaient recouvertes d'une écriture serrée. Un journal était également plié sur la table.
Ses cheveux étaient ramenés en catogan et il paraissait encore plus mince que dans les souvenirs de la Gryffondor.
-Qu'en bonne chauve-souris des cachots je passais mon temps à Poudlard, hein ?
Il renifla, puis porta à ses lèvres la chope fumante devant lui.
-Affaires, reprit-il d'un ton sec.
Il haussa un sourcil tandis qu'un verre était posé juste devant Hermione. La couleur du breuvage ne laissait que peu de doute sur sa constitution.
-Whisky pur feu ? Vraiment, Miss Granger ? S'enquit le professeur.
Hermione roula des yeux.
-J'ai vingt-sept ans, professeur. Je pense avoir parfaitement l'âge pour ce genre de choses. Et mon travail est certes passionnant, mais j'ai parfois besoin de quelque chose d'un peu fort pour m'en remettre.
-Je vois ça.
16 décembre
Vive le vent d'hiver !
-Professeur ? S'étrangla Hermione en s'installant à la même table que la veille. Vous vivez ici ou quoi ?
Severus Rogue sourit largement à cette remarque.
-Affaires, rétorqua-t-il comme la veille.
Hermione pencha la tête, l'examinant avec attention. Quelques rides en plus, mais des yeux un peu moins sombres.
Et ce sourire. Un sourire qui changeait son visage, et le faisait paraître tellement plus jeune. Moins marqué par la guerre.
-Vous avez changé, constata-t-elle.
-J'ai vieilli, comme tout le monde, rétorqua-t-il en haussant les épaules. Et j'essaie de m'adapter aux récentes rumeurs.
Au haussement de sourcils d'Hermione, il rétorqua en lui envoyant une copie de la Gazette du sorcier.
En gros titres s'étalait "Les héros de la guerre ! Que sont-ils devenus ? Découvrez tout sur la nouvelle vie de Severus Rogue, le ténébreux et séduisant professeur de potions !"
-Ténébreux et séduisant, hein ? releva Hermione.
-Il faut croire que les temps changent. Pas que je m'en plaigne. Je préfète ça au titre de "bâtard graisseux".
Hermione baissa les yeux. Elle connaissait bien des Gryffondor qui avaient adoré l'appeler ainsi. Avant la guerre. Avant que le clan de la lumière ne l'emporte. Avant que Rogue ne soit lui-même considéré comme un héros.
18 décembre
Qui s'en va, sifflant, soufflant...
-Vous êtes encore là ?
Hermione s'était installée à sa table habituelle. Toujours avec son verre de Whisky pur feu. Et voilà qu'il était apparu. Comme par magie. Ou peut-être avait-elle été trop concentrée sur son rapport pour s'en rendre compte.
-Ne me regardez pas comme ça, la salua-t-il. Je vais finir par croire que ma présence vous importune.
Severus Rogue retira sa cape verte, et s'installa tranquillement à sa table.
-C'est la troisième fois que je vous vois ici, mais je commence sérieusement à m'interroger sur votre état de santé, Miss Granger. Quelle jeune femme digne de ce nom passerait tant de temps à boire du Whisky pur feu au Chaudron Baveur ?
Hermione soupira.
-Écoutez, marmonna-t-elle. J'essaie de travailler en paix.
-En paix ? Répéta-t-il. Ici ? Les bureaux du département de la coopération magique internationale sont-ils si désagréables que ça ?
-C'est le seul endroit où je peux rédiger mes rapports sans être constamment interrompue, rétorqua-t-elle. Alors navrée, mais vous risquez de me croiser encore quelque temps. Encore des affaires à régler ?
-Vous n'avez pas idée ! Soupira-t-il.
19 décembre
… dans les grands sapins verts
Rogue entra d'un pas rapide, ses bottes trempées par la neige créant un chuintement sur le sol en pierres.
-Regardez donc ce torchon ! S'exclama-t-il tandis qu'il s'installait sa table habituelle.
Hermione sursauta tandis que la Gazette du Sorcier était posée devant elle.
Elle parcourut rapidement la une, puis éclata de rire.
-Skeeter vous en veut ! Mais au moins, elle vous décrit sous votre meilleur jour. La dernière fois qu'il était question de moi, elle m'avait qualifiée de "sorcière hideuse et horripilante".
-Le qualificatif d'horripilante aurait pu vous convenir durant vos études, ricana Rogue.
Elle se contenta de lui sourire largement. Et peut-être était-ce un sourire que Rogue lui retourna à son tour. Un sourire complice...ou l'avait-elle seulement imaginé ?
20 décembre
Oh, vive le temps, vive le temps, vive le temps d'hiver!
-Rogue.
-Granger. Décidément, je vous croise ici un peu trop souvent.
-Pourquoi vous êtes là déjà ? Rétorqua-t-elle.
-Affaires, lâcha-t-il.
-Skeeter fait encore des siennes ? Lui répondit-elle.
-Encore une fois, malheureusement.
Une nouvelle Une de la Gazette fut lancée dans sa direction.
Ce petit jeu continua durant les jours qui suivirent. Peu à peu, ils échangeaient sur leurs vies et se rapprochaient de plus en plus. Leur compagnie respective devenait presque agréable. Comme si quelque chose s'était débloqué. Une évidence, bien dissimulée sous leur passé commun. Un passé compliqué. Et le présent était tellement différent. Écho d'un futur meilleur ?
24 décembre
Boule de neige et jour de l'an, et bonne année grand-mère !
-Satanée neige ! Pesta Severus Rogue en pénétrant dans le Chaudron Baveur de jour-là.
L'après-midi était bien avancée et une foule dense animait le chemin de traverse. Il en était de même dans la pièce principale du Chaudron Baveur. Le maître des potions balaya la salle du regard. Puis il finit par s'installer à la première table qu'il trouva. Ou du moins la première place qui lui parut satisfaisante.
-Granger, la salua-t-il en s'asseyant cette fois à la même table qu'elle.
-Professeur ! Ravie de vous revoir. Et joyeux Noël !
-Dit celle qui est encore en train de travailler. J'ose espérer que vous avez au moins prévu quelque chose pour ce soir ?
Hermione replongea dans son rapport, sans même prendre le temps de répondre à son professeur.
-Granger ?
Elle releva la tête et soupira.
-Je croyais que vous étiez au fait des derniers articles de Skeeter, non ?
-Je lis seulement ceux qui me concernent, rétorqua Rogue. Mes avocats travaillent dessus. Justement pour l'empêcher de raconter des bêtises.
-Alors, vous avez sûrement dû entendre parler de tous les épisodes de ma rupture avec...
-Weasley, la coupa-t-il. J'ai vu. Et vous méritez de toutes les façons bien mieux que lui. Mais je ne vois vraiment pas en quoi cela vous empêcherait de passer une soirée de Noël réussie.
-Si c'est pour rester chez moi et me lamenter dans ma solitude, je préfère encore travailler. Au moins, je suis payée pour faire ça.
-Je vois.
Severus trempa ses lèvres dans la chope qui avait été posée devant lui. Puis il grimaça au goût du breuvage.
-Ce n'est pas à votre goût ? Sourit Hermione.
-C'est tellement sucré que je pourrais presque me transformer en Gryffondor.
Hermione éclata de rire.
-Ça vous ferait peut-être du bien.
Le regard que lui jeta Rogue était tellement courroucé que cela ne fit que renforcer l'hilarité de la jeune femme.
-Ravi de voir que je contribue à rendre votre veille de Noël un peu plus joyeuse, grinça-t-il.
-Vous savez bien que je suis toujours heureuse de vous voir, professeur.
-Je crois qu'au point où nous en sommes vous pouvez peut-être au moins m'appeler Severus.
Hermione releva les yeux de son rapport pour lui jeter un regard surpris.
-Severus, déclara-t-elle ensuite lentement. Vous pouvez donc m'appeler Hermione.
-Hermione, répéta-t-il.
Puis il eut un rire nerveux.
-Je crois qu'il va me falloir du temps pour m'y habituer. Mais, je dois admettre que vous avez changé. Vous n'êtes plus l'élève à qui j'ai enseigné.
-Et vous n'êtes plus aussi grincheux qu'avant.
Il renifla à cette remarque.
-Grincheux ? Je le suis toujours autant. Mais par contre...
Il jura, et Hermione suivit immédiatement son regard.
-Encore ? S'exclama-t-elle en notant la Gazette du sorcier qui était posée sur la table juste à côté de la leur.
Elle titrait cette fois toute autre chose "Idylle au Chaudron Baveur. Le ténébreux professeur de Potions aurait-il trouvé chaussure à son pied ?".
-Elle va finir par me rendre dingue, pesta-t-il. Je suis même surpris qu'elle soit toujours en vie. C'est étonnant que quelqu'un n'ait pas déjà essayé de la faire taire.
-Oh, croyez-moi, j'ai essayé, soupira-t-elle. Mais malheureusement, mes menaces n'ont pas duré longtemps. C'est difficile, vous savez ?
-De ?
-De continuer, malgré la guerre…Et malgré elle...Elle écrit sur nous comme si nos vies lui appartenaient.
Une main se posa sur la sienne, et elle le dévisagea avec surprise.
Severus haussa un sourcil, puis serra sa main dans la sienne.
-Je comprends entièrement ce que vous ressentez, lui assura-t-il. Nous sommes lâchés dans la nature, comme si nous étions censés continuer de vivre. Comme si rien ne s'était passé. Et cette fichue journaliste se sert de nos vies pour se faire des gallions sur notre dos.
-Pourquoi vous êtes là déjà ? Souffla-t-elle.
Il hésita un instant. À peine quelques secondes.
-Parce que j'avais envie de vous voir, admit-il ensuite.
Oh, vive le vent, vive le vent
Ils sortirent du Chaudron Baveur quelques heures plus tard. La salle s'était vidée peu à peu et ne restaient finalement que ceux pour qui Noël n'avait guère d'importance. Ou ceux qui n'avaient pas à cœur de le célébrer cette année-là.
Vive le vent d'hiver
La neige s'était remise à tomber à gros flocons. Mais Hermione comme Severus ne faisaient pas attention à ces particules blanches qui se déposaient dans leur chevelure.
Qui s'en va, sifflant, soufflant
Ils marchaient l'un contre l'autre, dans le froid glacial du chemin de traverse, désert à cette heure.
Des bourrasques de vent s'engouffraient entre les boutiques, et Severus les abrita par réflexe dans sa cape.
Dans les grands sapins verts
La main d'Hermione alla se poser sur le torse du professeur de potions.
Puis elle se mit sur la pointe des pieds pour lui déposer un baiser sur la joue.
Oh, vive le temps, vive le temps
Souriant, Severus ferma un instant les yeux. Puis, prenant une profonde inspiration, il décida pour une fois de se jeter dans le vide.
Ses lèvres se posèrent sur celles d'Hermione, la serrant doucement contre lui, ignorant le vent qui continuait de souffler autour d'eux.
Vive le temps d'hiver!
À peine plus loin, un tout petit scarabée sautait dans la neige fraîche et observait avec attention ce duo incongru, toujours enlacé.
Boule de neige et jour de l'an
Trop pris par son observation, il ne remarqua pas la lanterne qui fut emportée par le vent. La lanterne accrochée juste devant l'échoppe de l'apothicaire.
Et bonne année grand-mère !
Minuit sonna tandis que Rita Skeeter finissait écrasée sous une lourde lanterne. Elle ne souffrit pas, et son cadavre fut très vite identifié par les aurors le lendemain matin.
La Gazette du Sorcier lui dédia sa Une du lendemain de Noël.
"Drame sur le chemin de traverse ! Vie et déchéance de Rita Skeeter".
Mais ni Severus ni Hermione n'y prêtèrent attention.
Leurs tables habituelles au Chaudron Baveur étaient vides. Hermione avait délaissé son whisky pur feu et ses rapports. Et pour une fois, Severus avait arrêté de lire les journaux. Assis l'un devant l'autre, dans les appartements du professeur de potions à Poudlard, ils profitaient d'un calme bien mérité.
Un monde sans Rita Skeeter ne pouvait être qu'un monde meilleur.
Un monde en paix.
Enfin.
FIN
