Cet os aurait dû être bien plus amer mais c'est Noël et j'aime profondément ces perso' même si la série s'est évertuée à les briser.
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Je vous souhaite de bonnes et heureuses fêtes malgré les circonstances et cette drôle d'année que l'on vient de passer.
N'en gardez que les lumières,elles seront vos lumières pour 2021.
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Merci d'être encore et toujours là, vous êtes ma plus belle récompense.
Merci à Cha pour son indécrottable soutien.
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Enjoy.
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" Aimer, c'est savoir laisser partir ceux qu'on aime "
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Une simple faille dans cette grâce multiséculaire a fait de son existence céleste une plongée même au cœur des émotions, alors interdites à l'être qu'il était.
Lui le soldat de Dieu, si curieux de cette humanité qui le fascinait et le fascine encore, en était tombé amoureux avant de chuter pour un être de chair et de sang qui en habitait alors les tréfonds.
Castiel a appris à aimer sans jamais l'avoir été vraiment. Sans jamais en entendre l'écho, sans jamais s'en plaindre.
Aimer semblait lui suffire.
Pourtant, Castiel ne cesse de chercher des réponses à ces questions qui n'en ont pas. Depuis ce jour où, de guerre las et le cœur fatigué de cacher ce qui le rongeait depuis tant d'années, il s'est déclaré à cet homme qu'il aimait au-delà même de la raison.
Quitte à mourir autant le faire avec le sourire pour celui qui vous a croche-pieds les ailes.
Ce sacrifice, Castiel ne l'a vécu que pour ce qu'il était : un acte d'amour sans espoir de retour.
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Le plus beau…, pensait-il alors…
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Seulement, depuis, l'ange observe ce paradis sous le sien et écoute ce silence qui le brise, un peu plus chaque jour divin qui passe.
Ce cœur offert et piétiné.
Même s'il a toujours été conscient que ce qu'il désirait lui demeurerait à jamais inaccessible, il ne pensait pas que sa confession lui coûterait, inversement, cette indifférence qui lui arrache des bouts de grâce comme autant de souffles de vie.
Castiel sourit tristement en glissant ses mains dans les poches de ce trench-coat devenu le reflet de sa propre image : un abri pour la pluie qu'on abandonne quand le soleil brille.
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Dans le paradis de Dean, aucune trace de l'ami qu'il pensait avoir été pour lui, à défaut d'en avoir été l'amant.
Cet havre de paix est à l'image de ce que le chasseur a toujours désiré.
Une famille de chair et de sang. Une famille choisie.
Dont Castiel l'éthéré n'est pas.
L'ange a pleuré ce rejet et ces larmes, cette fois, n'ont eu aucun sourire pour les accueillir.
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Mais si Castiel a mal, il pardonne…
Parce que c'est Dean.
Parce qu'aimer, c'est savoir laisser partir ceux qu'on aime.
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Alors Castiel lui a dessiné son paradis et Jack en a tracé les routes.
Tous les Eden sont liés entre eux. Tous sauf ceux où l'ange réside.
Lui ne peut être présent dans celui des humains que si ces derniers l'invoquent.
De ce jour où le vide l'a emporté, Castiel n'a plus été qu'une ombre dans les pensées du chasseur. Jusqu'à en disparaître…
Son prénom effacé. Son existence reniée. Sa confession oubliée.
De ce jour, Castiel n'est plus, alors que Dean continue de hanter sa grâce foulée dans ce paradis interdit.
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Sur ce pont, Dean a retrouvé Sam.
Ils ont désormais l'infini pour rattraper le temps volé.
Sa grâce se tord, mais Castiel ne peut s'empêcher d'être heureux pour eux.
Il n'y a jamais eu que Sam pour Dean.
Il n'y a jamais eu que Dean pour l'ange.
Immuable balancier de l'horloge de ce lien qui s'est effiloché jusqu'à ne plus être.
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Ce soir, c'est le premier Noël d'une éternité d'autres.
Ce sont les rêves de Dean : effacer ces fêtes teintées d'abandon. Retrouver les siens et prendre sa revanche sur ce destin forcé.
Redevenir l'enfant qu'il n'a jamais pu être et chasser l'adulte qu'il a toujours haï être devenu.
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De son paradis, Castiel entend les chants s'élever. Les voix de cette famille élue pour cette fête de la renaissance où l'être de lumière qu'il est n'a pas été convié.
Le rire de Dean fracasse les murs fragiles de son Élysée céleste.
Castiel sert les poings, bras ballants. Il ferme les yeux et ouvre ses ailes. Le vaisseau cède, sa grâce éclate.
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Et soudain :
" Cass ? "
La voix du chasseur le rattrape…
" Cass ? "
Les ailes se replient.
" Cass ? "
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Dean fixe le ciel et Castiel plonge dans cette forêt aux reflets d'hier.
Le chasseur tient dans sa main une photo écornée. Un instant piégé du passé qui vient de ressurgir du néant.
Miracle de cette veillée, mémoire réveillée.
Dean ne peut plus nier la dés-évidence…
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" Je ne sais même pas si tu m'entends… C'est pas comment si, après tout ce temps, t'aurais pas le droit de m'en vouloir, hein ! ", rire gauche. " Bobby m'avait pourtant prévenu pour Empty et Jack…et toi...", après quelques secondes, main fauchant le vide, chassant la dérive de ses pensées. " J'aurais dû… mais tu me connais… J'ai eu la trouille, Cass, et je crève encore de trouille… parce que j'ai jamais oublié, tu sais… tes mots… ", trébuchant sur les siens. " Jamais ", murmure-t-il en fixant cette photo jaunie d'un temps où il priait encore cet ange qui l'aimait.
" Je suis désolé… Je te demande pardon… même si ces mots n'ont plus aucun sens, je le sais bien… Je te les ai balancés tellement de fois à la figure pour recommencer à merder la seconde d'après… ", sourire amer.
Il inspire profondément cet air qui n'en est pas un pour remplir ses poumons qui n'en sont plus.
" Il est magnifique ce paradis, Cass…Il n'y avait que toi pour savoir…" Il jette une œillade vers le ciel. " Même s'il manque un banc dans ce parc… et un ponton sur le lac… et un Biggerston's aussi…et cette immonde voiture pour faire de l'ombre à Baby ", étouffant un rire empreint de tristesse.
La voix trop basse d'un aveu maladroit.
Il finit par relever la tête vers ce ciel de nuit trop bleu.
" J'ai Sam… Je les ai eux… Je devrais être heureux, non ? C'est mon putain de paradis après tout ", balance-t-il, faussement débonnaire. " Sauf qu'il n'est pas complet… ", les pieds au bord du gouffre. " T'es pas là, mec ", rictus dépité.
Dean sent les chaînes qui lui entravent le cœur céder une à une, le libérant de cet oppressant carcan.
" Cass ! ", le supplie-t-il une dernière fois.
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S'ensuit un long silence… Intemporel…
Un bruit d'ailes.
" Hello, Dean. »
Et Dean sourit avant même de le voir. Ces deux simples mots viennent de remplir son paradis.
" Hey, Cass ", en caressant du pouce la photo toujours dans sa main.
Il se tourne vers lui, hésitant. Parce qu'il sait ne pas mériter cette nouvelle chance que lui offre l'ange.
Castiel qui le fixe avec ce même regard océan… Ce amour absolu que même son silence n'a pas réussi à ternir.
Et puis Castiel sourit et c'est l'univers entier qui retrouve sa juste place.
Dean se rue vers lui et le serre dans ses bras, les doigts accrochés à ce soleil, le sien, l'unique alors que les cris provenant du roadhouse annonce la naissance du fils de Dieu.
" Reste… Reste… Reste… ", ne cesse de murmurer Dean à son oreille.
Et Castiel reste…
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Il ne lui aura fallu qu'une seule photo glissée au creux d'une poche pour faire ressurgir de l'inconscient les souvenirs refoulés.
Jack efface le miroir du paradis de Dean d'un geste de la main.
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Aimer, c'est savoir laisser partir ceux qu'on aime…
" Joyeux Noël, père. "
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En espérant que ce petit OS vous aura plu, on se retrouve dimanche pour la suite du chasseur et du soldat, si le coeur vous en dit.
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Bonnes fêtes
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Love you.
