Joyeux Noël, solstice, Yule ou quelque soit la fête que vous célébrez à la fin de décembre ! Cette année n'est pas coutume, je vous offre un petit OS le jour J :)
J'espère qu'il vous plaira !
Bonne lecture,
Yume u_u
Cachés sous la cape
La maison était parfaitement silencieuse quand Ron ouvrit la porte.
Il avait pris l'habitude de prendre les transports moldus à l'époque où il sortait avec Hermione. Même s'ils étaient infiniment plus lents qu'un coup de cheminée, il s'amusait du métro et des drôles de passagers qui le prenaient. C'était un bon poste d'observation pour mieux comprendre comment se comporter pour se fondre dans la masse quand il quittait le monde sorcier.
Cependant, en voyant à quel point le domicile d'Harry était silencieux, il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de venir le plus vite possible lorsqu'il avait appris la nouvelle. Le salon était vide, de même que la cuisine. En bas des escaliers, cependant, il remarqua qu'un léger bruit de conversation s'élevait de l'étage.
Pris d'un mauvais pressentiment, il sortit sa baguette et entreprit de grimper les escaliers, prenant garde à placer ses pieds sur le côté des marches pour ne pas les faire grincer. Le bruit venait du premier étage, du petit salon pour être exact. Une légère lumière passait sous la porte, changeant de couleur comme si plusieurs sortilèges étaient lancés à la suite. Les voix qu'il entendait à l'intérieur étaient étrangement basses en comparaison de la colère qui semblait les habiter.
Resserrant sa poigne sur sa baguette, Ron saisit la poignée et prit une profonde inspiration.
Il ouvrit la porte d'un coup en brandissant l'objet devant lui.
Et faillit le laisser tomber en voyant la tête d'Harry détachée de son corps.
- Putain ! Harry tu m'as fait peur !
Son ami grogna en tournant la tête vers lui, les yeux rouges et l'air grognon. Sa main sortit de sous sa cape d'invisibilité, actionnant la télécommande pour couper la télévision. Seul le feu de la cheminée les éclairait à présent.
- Pourquoi tu te sers de ta cape comme d'un plaid ? Tu sais que c'est super flippant vu de l'extérieur, une tête qui flotte comme ça dans le vide ?
- J'avais froid et ma couette était trop loin. Qu'est-ce que tu fais là ?
Rangeant sa baguette, Ron vint s'asseoir aux côtés de son meilleur ami, passant un bras dans son dos.
- J'ai appris que ma sœur t'avait largué, je suis venu voir comment tu allais.
- On a rompu d'un commun accord.
- Bien sûr.
Ils fixèrent la télévision éteinte de longues secondes avant qu'Harry ne soupire lourdement et se laisse aller contre lui.
- Bon, OK, on n'était pas tout à fait d'accord tous les deux, mais ce n'est pas ce que tu crois !
- Je ne crois rien du tout, mon vieux. J'ai bien vu que ça n'allait pas fort entre vous depuis un moment. Tu veux en parler ?
- Non.
Ron n'insista pas. Il n'en eut pas besoin, Harry craqua moins d'une minute après son dernier grognement :
- En fait, si : ta sœur et moi, nous n'étions pas d'accord sur quelque chose, c'est pour ça qu'on se disputait tout le temps. En fait, je voulais rompre depuis des mois déjà.
Ron écarquilla les yeux, surpris par une telle déclaration.
- Sérieux ?
- Sérieux ! En fait, je…
La voix de son meilleur ami s'éteignit et il se renfrogna.
Harry était tout le temps comme ça quand il avait honte de quelque chose : ça le mettait de mauvaise humeur, il boudait, il refusait de leur parler jusqu'à ce qu'Hermione ou lui insiste suffisamment pour qu'il crache le morceau. Hermione était bien meilleure que lui pour ça, devinant la moitié de ce qu'il cachait avant qu'il ne trouve la force de le dire lui-même. Ron n'avait pas ce talent, mais il avait à la place suffisamment de patience pour attendre qu'Harry se décide lui-même.
Ce qui ne manqua pas cette fois encore. Après de longues minutes à s'ennuyer en regardant l'écran éteint, Harry se détacha de lui pour enlever sa cape d'invisibilité, dévoilant ses vieux habits trop grands récupérés de son cousin.
Ron grimaça à cette vue. Depuis qu'Harry s'était refait sa garde-robe à la sortie de Poudlard, il ne remettait ces guenilles que lorsqu'il se sentait particulièrement misérable.
- Écoute Ron…
- Je t'écoute.
- Je n'ai pas fait exprès, d'accord ?
- D'accord.
- C'est pas comme si je voulais que ça arrive !
- Hmhm.
- C'est arrivé, c'est comme ça. Je n'y peux rien.
- OK.
- Dès que je m'en suis rendu compte, j'ai été honnête avec Ginny ! Je n'aurais jamais fait de mal à ta sœur intentionnellement !
- Je sais bien.
- Mais bon, tu la connais, quand elle veut quelque chose, elle peut être obstinée…
- C'est sûr.
- Et ça me plaisait, ce trait de caractère ! Tu as le même après tout !
- C'est vrai…
- Tu comprends ce que j'essaie de te faire comprendre ?
Ron plissa les yeux. Il essayait de lui faire comprendre quelque chose ? Il avait plutôt eut l'impression que Harry tournait autour du chaudron depuis tout à l'heure… Il repassa mentalement la conversation dans sa tête, puis une deuxième fois, mais non, il ne voyait toujours rien.
Voyant son absence de réaction, Harry soupira, de légères rougeurs pointant sur ses pommettes. Il déposa sa cape d'invisibilité sur le col à côté de lui et serra ses mains en poing sur ses genoux.
- Bon, Ron… Comment te dire… Tu es mon meilleur ami. Mon premier ami. Ça compte énormément pour moi, tu le sais. Depuis qu'on a affronté un troll, que tu es venu briser les barreaux de mes fenêtres avec tes frères, que tu m'as accompagné dans la forêt interdite malgré les araignées…
Ron hocha la tête pour lui faire signe de continuer. Il n'avait pas encore compris compris là où Harry voulait en venir, mais il sentait déjà ses oreilles chauffer d'embarras. Cela lui faisait toujours énormément de bien quand Harry lui disait à voix haute qu'il l'appréciait, même si ni l'un ni l'autre n'était bavard sur ces questions de sentiment.
- Et puis, tu te rappelles de la quatrième année ?
- Quand je me suis comporté comme le pire des abrutis parce que je me sentais mis à l'écart ?
Harry eut un sourire indulgent et le ventre de Ron se réchauffa.
- Je voulais plutôt parler de quand on s'est réconcilié et que la coupe a choisi la personne « la plus importante pour moi » à mettre au fond du lac.
Cette fois, ses oreilles n'étaient plus les seules à être rouges. Ron était intimement persuadé d'être cramoisi de la base de son cou jusqu'à la racine de ses cheveux. Le regard d'Harry, plongé sur lui, était saisissant. Il déglutit bruyamment.
- Ça a été le premier déclencheur, tu sais. Mais à l'époque, je n'étais pas du tout prêt à ça. Il y avait le championnat à gagner, puis il y a eu la mort de Cédric, Voldemort, la disparition de Sirius, la chasse aux horcruxes, tout ça… Je n'ai pas besoin de te raconter, tu étais là tout du long. Tout ça pour dire que j'ai préféré la simplicité, au moins sur ces questions-là.
Ron prit une brusque inspiration, ne s'étant pas rendu compte qu'il avait arrêté de respirer. La tension entre eux était devenue étrangement intense.
Harry le regardait toujours en face, mais quelque chose avait changé dans son regard. Il avait enfoui ses mains sous ses manches trop longues, et une ride s'était formée sur son front, entre les sourcils.
- Ça m'a pris du temps pour arrêter de me contenter de la simplicité. Quand j'ai commencé à peut-être l'envisager, Hermione et toi étiez en couple alors je m'étais plus ou moins résigné. Ginny était là, je l'appréciais beaucoup, donc j'ai juste…
- Attends, coupa Ron pour la première fois. Est-ce que tu essaies bien de me dire ce que je crois que tu essaies de me dire ?
Harry pinça des lèvres, immobile durant de longues secondes, puis il se détourna.
- Tu n'as pas besoin de t'en faire, je ne te demande rien.
Mais Ron lui attrapa le bras pour le forcer à lui faire face de nouveau. Ses mains tremblaient.
- Si, au contraire ! Je pense que tu devrais demander !
Harry cligna des yeux, stupéfait.
- Tu devrais vraiment demander, insista Ron.
Il avait l'impression d'avoir un Feudeymon dans le ventre tant il se sentait brûlant, fébrile et fou. Oui, totalement fou. Parce que tout ça, il l'avait vécu lui aussi ! La naïveté de l'enfance, l'attachement à son premier ami, ses complexes d'infériorité et la guerre, puis la recherche de simplicité et la résignation…
Mais ce que lui disait Harry, aujourd'hui, était en train de tout chambouler !
Le petit brun, justement, ouvrit la bouche de surprise, la referma en fronçant les sourcils, puis finit de se tourner complètement vers Ron. Il sortit le bout des doigts de ses manches trop longues et effleura les poignets de Ron qui lui tenait toujours les bras.
- Ron…
- Oui ?
- Est-ce que tu… Tu… Tu sais, quoi.
Ron sourit, attendri par les maladresses de son meilleur ami qui avait finalement détourné les yeux de gêne sans réussir à aller au bout de sa demande. Sa peau hâlée atténuait ses rougeurs, mais il était visiblement tout aussi embarrassé et ravi que Ron par la tournure que semblait prendre leur relation.
- Tu préfères que je demande ?
Harry grogna avant d'acquiescer à mi-voix. Ron prit son courage à deux mains puis se lança à l'eau :
- Harry, mon ami, mon précieux meilleur ami… Accepterais-tu de passer à l'étape supérieure ?
Sa formulation eut le mérite de dérider le brun qui pouffa.
- Je le…
Une des marches de l'escalier grinça soudain, les faisant sursauter. D'un geste vif, Harry attrapa sa cape d'invisibilité et la jeta au-dessus de leur tête. Ron se rapprocha aussitôt de lui pour s'assurer que rien ne dépasse du tissu magique, se collant contre le petit brun.
Il sentait le souffle d'Harry contre sa joue, la chaleur de son corps contre le sien et son cœur battant follement contre ses doigts.
Il aurait voulu lui demander « pourquoi on se cache ? » mais leurs visages étaient si proches l'un de l'autre que les mots de Ron se perdirent avant de passer le barrage de ses lèvres. Celles d'Harry étaient venues s'y poser.
- Harry ? Tu es là ?
La porte s'ouvrit quelques secondes puis se referma. Les pas d'Hermione s'éloignèrent dans le couloir.
Harry pouffa et Ron passa ses bras autour du cou de son tout nouveau petit ami qui l'enlaça en retour.
Là, sous la protection de la cape d'invisibilité, relique ultime de la Mort et héritage sacré de la famille Potter, deux garçons s'embrassaient pour la toute première fois.
.
FIN
