Un petit OS comme cadeau de Noël à mon amie Nanthana14. En espérant qu'il te plaise. Joyeux Noël!

Bonne lecture!


Un trésor sous la neige


- Mais, adar, j'aimerais jouer dans la neige et…

- J'ai dit non, Legolas et je ne reviendrai pas dessus ! répliqua à nouveau la voix forte et sans appel de Thranduil.

L'elfing voulut encore argumenter, il ouvrit donc la bouche mais le regard devenu noir de son père l'empêcha de sortir la moindre parole. Legolas se retourna et partit, boudeur et déçu en direction de sa chambre. Thranduil le regarda partir en poussant un soupir. Machinalement, il se servit une coupe de vin carmin tout en se maudissant du rôle ingrat qu'être père pouvait être parfois. Il ne voulait pas priver son fils du bonheur de jouer dehors, mais le danger rôdait partout et malheureusement, il ne s'arrêtait pas avec l'arrivée de la neige. Le roi ferma les yeux tout en savourant sa première gorgée. Il avait encore quelques affaires importantes à traiter, mais peut-être qu'une fois terminées, il pourrait éventuellement lui proposer de l'accompagner… Oui, cela semblait un juste compromis, mieux valait qu'il s'attelle au plus vite à la tâches alors. Thranduil se leva, emportant avec lui coupe et pichet de vin dans son bureau.

De son côté, Legolas se jeta sur son lit, fâché et triste. Son père pouvait l'énerver parfois ! Il avait juste voulu sortir devant les portes du palais, pas de parcourir la forêt entière ! Mais depuis que peu à peu Vertbois camouflait des créatures venues tout droit du Mal, le roi devenait intransigeant sur les sorties de son fils. Legolas se tourna sur le dos et aperçut par la fenêtre les gros flocons tomber un par un dans une danse hypnotisante. Que c'était injuste ! Il s'approcha de l'ouverture, et regarda la chute lente de la neige, laissant vagabonder ses pensées au même rythme. Quand son regard accrocha sur le balcon qui ressortait de la roche quelques mètres à côté de sa fenêtre, il eut une idée. Il hésita longuement, mais son envie l'emporta.

Aussi discret que pouvait l'être un elfe et surtout un elfing prêt à faire une bêtise, Legolas se faufila dans la grande pièce qui se tenait à côté de sa chambre. C'était un grand salon, spacieux et accueillant, avec une belle cheminée où crépitait un feu. Au centre, délimité par un immense tapis de laine aux motifs complexes, se trouvaient une table basse et des canapés moelleux, des grandes vasques fleuries d'hellebores et de lierres. Contre les murs quelques bibliothèques trônaient, chargées de livres sur l'Histoire d'Arda, de Valinor et d'autres textes anciens. Ils s'y trouvaient aussi des recueils de poèmes, que son père gardait aussi précieusement que s'il s'agissait de pierres précieuses, car sa défunte femme les appréciait grandement. Il y avait d'ailleurs quelques recueils écrits de sa plume, et Legolas en gardait un souvenir ému de ce moment de partage avec son père. Cette pensée l'arrêta quelques secondes, comme si la présence de sa mère pouvait le gronder pour ce qu'il allait faire. Mais un coup d'œil vers le balcon et la ouate blanche qui tombait du ciel le fit avancer encore.

Arrivé sur le balcon, il chercha la grande plante grimpante qu'il avait aperçue de sa chambre. Après l'avoir trouvée, l'elfing testa la solidité d'attache du végétal sur la roche, et après un dernier regard en arrière, il enjamba la barrière de pierre et commença sa descente. Il était agile et léger, il ne lui fallut que quelques minutes pour atteindre le sol enneigé. Puis il fila sur la droite, pour rejoindre une petite clairière qui servait de jardin quand les temps étaient plus sûrs. A peine arrivé, il se jeta dans la neige fraîche, s'ébroua dedans, et s'amusa à la jeter en l'air. Puis il fit le tour de la clairière, observant les rares végétaux s'épanouissant au milieu de l'hiver. En s'approchant d'un buisson, son pied se posa sur la neige mais rencontra un obstacle qui le fit trébucher. A peine remit de son émotion, Legolas s'assit et essaya de déterminer ce qui l'avait fait tomber. A son grand étonnement, lorsqu'il enleva la poudre blanche qui recouvrait la forme, il découvrit un faon qui grelottait de froid.

- Mais d'où viens-tu, toi ? Où est ta maman ?

La pauvre bête était si froide que Legolas pensa que cela faisait un moment qu'elle devait se trouvait ici, sans protection. Machinalement, il balaya du regard la clairière, puis se leva pour chercher aux abords des traces de la présence de la mère de l'animal. Il en découvrit, mais malheureusement, après les avoir suivies un petit moment, il avait compris que la biche ne reviendrait plus jamais, ayant servi de repas aux monstres qui hantaient la forêt depuis quelques temps. Legolas revint sur ses pas, et prit délicatement le faon dans ses bras, le plaçant sous sa grosse tunique de lainage.

- Je vais te réchauffer, tu verras. Je vais m'occuper de toi…

Tout en le frictionnant, Legolas réfléchit. Il ne pouvait pas le laisser là, maintenant qu'il l'avait découvert. Mais il ne pouvait pas non plus réussir à escalader la paroi jusqu'au balcon avec lui, et passer par les portes, il en était hors de question, sauf s'il voulait s'attirer les foudres de son père. Après avoir pesé le pour et le contre, Legolas se leva, le faon toujours serré contre lui. Il découvrit un creux dans un tronc, déposa l'animal dedans, et il enleva sa tunique pour la poser sur son dos. Après quelques minutes, il avait collecté plusieurs pives et autres branches qui pourraient servir de repas à son petit protégé. A contrecoeur, il partit en direction du palais. Cela faisait un moment qu'il était sorti, s'il ne voulait pas se faire prendre, il fallait qu'il rentre.

- Ne t'inquiète pas, je reviendrai demain et avec de quoi manger !

.o.O.o.

Legolas ne tenait plus en place. Il n'avait rien suivi de son cours du matin, attendant avec grande peine de pouvoir être libre et de s'éclipser à nouveau. La soirée de la veille, il l'avait survolée, prêtant à peine attention à ce que son père lui avait dit et il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, s'inquiétant pour le petit faon qu'il avait dû laisser dehors. Alors dès qu'il avait pu être libre, il s'était levé comme un ressort sous les yeux plus que surpris de son précepteur, et il s'était précipité vers les cuisines. Sur place, il chipa discrètement pain, légumes et un peu de lait, remonta rapidement dans sa chambre où il prépara un petit sac avec ses provisions et quelques couvertures. Puis l'elfing s'assura que plus personne était dans le couloir et se glissa comme une ombre dans le salon. Il descendit le long de la plante grimpante et courut à s'essouffler jusqu'à la clairière. Son cœur battait la chamade, tant par la course que par crainte de découvrir l'absence de son protégé. Mais quand il s'accroupit vers le tronc creux, il soupira de soulagement. L'animal était toujours là, en vie, le regardant avec crainte.

- N'aie pas peur, c'est moi, Legolas. Viens, je vais te donner à manger.

Le jeune elfe le prit délicatement et commença par lui donner le lait. Apparemment cela plut au faon qui but goulûment. Puis il lui proposa le pain et les légumes, qui ne mirent pas long à être engloutis. Le faon se blottit contre Legolas, qui le recouvrit d'une couverture. Les yeux de l'animal se fermèrent peu à peu, battus par la fatigue et la sécurité qu'il ressentait par la présence de l'elfing. Legolas n'osa plus bouger, veillant sur le sommeil de son nouvel ami. Engourdi par le froid et l'inaction, il fut content quand le petit cerf ouvrit à nouveau les yeux. Ils s'amusèrent dans la neige puis Legolas lui dit au revoir après avoir réarrangé son abri avec des couvertures sèches.

Les jours passèrent et le même rituel recommençait chaque jour. Legolas trépignait durant ses cours, visite aux cuisines, passage dans sa chambre pour remplir un petit sac, escalade et petite escapade. Legolas était heureux d'avoir pu sauver l'animal, qui prenait des forces chaque jour. L'elfe essaya aussi de lui montrer comment débusquer quelques racines, pour qu'il puisse se débrouiller seul.

- Mais tu ne t'éloignes pas, d'accord ! lui ordonna-t-il en lui gratouillant le museau avant de rentrer.

Legolas grimpait lestement le long de la tige accrochée à la roche, quand il entendit des voix provenant du salon. Il reconnut celle de son père et de son précepteur. Apparemment, le premier s'était rendu compte de son absence et questionnait toutes les personnes susceptibles de savoir où il se trouvait. N'osant plus bouger, il resta agrippé à la plante ce qui lui semblait une éternité au point qu'il ne sentit bientôt plus le bout de ses doigts. Lorsque les voix se turent et qu'il entendit la porte se fermer, Legolas se risqua à remonter le dernier mètre. Malheureusement pour lui, son père se tenait toujours dans le salon, et il sursauta quand la voix forte résonna.

- Tu m'as désobéi délibérément, Legolas Vertefeuille !

L'elfing ne put contredire son père qui se retournait vers lui et ne put que baisser la tête.

- Tu resteras dans ta chambre ces prochains jours, tu ne pourras sortir que si je viens moi-même ou ton précepteur te chercher. Un garde sera posté devant ta porte.

- Mais, adar, il faut que je…

- Suffit ! Je t'avais déjà répondu non, je me suis fortement inquiété quand je ne t'ai pas trouvé alors que j'allais justement te proposer de faire une sortie avec moi. Tu te mets en danger en sortant seul et tu m'as désobéi. Va maintenant rejoindre ta chambre !

.o.O.o.

Cela faisait trois jours que Legolas était retenu dans sa chambre. Il s'inquiétait énormément pour le faon qui avait dû s'éloigner de la clairière ou pire… ce qui faisait qu'il n'avait absolument pas la tête à écouter ou à faire ce qu'on lui demandait. Il avait essayé d'échapper de sa chambre, mais son père n'avait pas plaisanté, il y avait bel et bien un garde devant sa porte. Il ne trouvait pas de solution et il était devenu de plus en plus apathique, ce qui commençait à inquiéter son père qui lui rendit une visite.

- Legolas, commença Thranduil, cela te semble injuste, mais nous avons perdu tellement de personnes ces derniers mois dans la forêt… qu'il m'est intolérable de prendre ce risque pour toi en t'autorisant à sortir seul.

Legolas resta silencieux. Thranduil soupira et s'assit aux côté de son fils.

- Ecoute, si tu veux, nous pouvons sortir ensemble aujourd'hui ? J'avais fait en sorte de finir rapidement les affaires urgentes du royaume pour te le proposer car j'avais eu envie de partager ce moment avec toi… et je l'ai toujours cette envie… Cela te convient ?

Legolas se leva, se prépara et se retourna vers son père.

- Oui, allons-y. Mais s'il lui est arrivé malheur, je vous tiendrai comme responsable !

- Malheur à qui, Legolas ?

Mais le jeune elfe était déjà parti. Thranduil eut à peine le temps d'enfiler à la va vite un manteau, qu'il vit Legolas tourner en direction des cuisines et revenir avec des provisions. Puis il quitta à nouveaux les quartiers royaux, se dirigeant vers la sortie du palais. Le roi soupira, se demandant de qui pouvait-il tenir un caractère aussi borné et le rattrapa pendant que les portes s'ouvrirent. Toujours en silence, le grand guerrier elfe suivait son fils qui marchait d'un pas rapide et sûr. Arrivés vers la petite clairière que Thranduil reconnut, il vit Legolas se précipiter vers un grand arbre millénaire. Là, le jeune elfe s'agita.

- Il n'est plus là, il est parti ! sanglota-t-il.

Devant la détresse de son fils, Thranduil ne put rester insensible alors il s'approcha.

- Qui est parti, ma petite feuille ?

- Le… le faon, hoqueta Legolas. J'avais trouvé un petit cerf… c'est ma faute…

- Cherchons-le… il a dû partir chercher à manger en ne te voyant plus revenir…

Alors que père et fils s'apprêtaient à quitter la clairière à la recherche du petit cerf, des petits craquements se firent entendre. Par réflexe, ils tournèrent la tête dans la direction des bruits et Thranduil ne revint pas. Se tenait devant eux un petit cerf, pas si petit que cela en fin de compte. Debout sur ses pattes, il atteignait déjà la hauteur d'un adolescent elfe, même si au pelage, il ne faisait aucun doute que ce n'était encore qu'un faon. Thranduil était encore sous le choc quand Legolas s'approcha de la belle bête.

- Te voilà ! J'ai eu si peur pour toi ! Mais je vois que tu as pu te débrouiller tout seul !

Legolas lui caressait le museau et la joue, quand Thranduil s'approcha.

- Legolas… c'est le petit d'un cerf… mais d'un cerf géant… cela fait des siècles que je n'en avais pas revu…

- Comme celui que vous chevauchiez ?

- Oui, ma petite feuille… il est peut-être l'un de ses descendants…

Thranduil fut ému à la vue de cette magnifique bête qui lui rappela son ancienne monture, avec laquelle il avait eu un lien si fort. Legolas sentit l'émotion de son père et avec malice, demanda :

- Alors, j'ai bien fait d'être sorti pour l'avoir sauvé ?

- Legolas Vertefeuille, n'abusez pas de la situation ! sourit Thranduil en le prenant dans ses bras. Mais en effet, tu as bien fait d'avoir sauvé ce trésor caché dans la neige. Nous allons prendre soin de lui ensemble, en sécurité dans les écuries du palais.

Le trio s'éloigna de la clairière alors que la neige se mit à tomber à gros flocons.