17 mars 2012 - 9 : 30
Il y a ce moment juste avant que je n'ouvre les yeux, avant même que j'entende le battement de mon cœur, avant même que je me reconnecte aux événements de la nuit précédente quand tout ce que je sens est l'herbe et la vanille. Mes oreilles sonnent, ma tête lance, mon estomac est en vrac et mes membres sont lourds. Je ne veux pas me réveiller mais la conscience revient malgré moi.
La première chose dont je me rends compte quand j'ouvre les yeux c'est qu'il pleut fort contre la fenêtre. De grosses gouttes s'infiltrent entre les battants entrouverts et je sors du lit pour les fermer avant que ma chambre ne soit inondée.
Du coin de l'œil je repère l'attirail sur ma table de chevet puis je me souviens qu'il y avait une fille ici hier soir. Dans ma chambre. Sur mon lit. Avec moi. Sous moi.
Je me retourne et je sens mon cœur dégringoler dans mon estomac.
Elle n'est plus là. Mon lit est vide. La couverture est tassée au pied du lit et mes draps sont tous froissés. Plus de Brightside.
J'essaie de ne pas être déçu. Je veux dire vraiment mais pourquoi serait-elle restée ?
J'attrape une serviette pour la mettre par terre et absorber la pluie sous la fenêtre et je vais dans la salle de bain du couloir. J'essaie de trouver quelque chose qui me permette de soulager le battement dans mon front mais tout ce que je trouve c'est un flacon d'aspirine à croquer. J'en prends cinq et j'essaie de contrôler le battement de mon coeur mais je suis trop anxieux. Je n'arrive pas à saisir la réalité.
Ça doit être à ça que ressemble la mort.
"Joyeuse Saint Patty !" Ce cri fait presque sauter mon cœur à travers mes côtes et je dois m'accrocher au comptoir de la salle de bain pour me soutenir. Rosalie est face à moi toute en vert et souriant négligemment. Elle porte un legging vert rayé, des pantoufles vertes et un débardeur vert pailleté. Ses cheveux… sont verts aussi.
Je me racle la gorge, souhaitant un peu qu'elle s'en aille parce que je dois vraiment pisser. "Rose depuis quand tu es irlandaise ?"
Elle se trémousse dans ses pantoufles et je hausse les sourcils vers cette fille que mon frère dit aimer et qui sent la laque et la bière et il n'est pas encore dix heures du matin.
"Non mec," elle fait un petit sourire et montre le faux tatouage en forme de trèfle à quatre feuilles sur sa joue. "Tout le monde est Irlandais, le jour de la Saint Patrick, non ? Est-ce que tu viendras à la parade avec nous ?"
Je fronce les sourcils. "Il y a une parade ?"
Elle fait un autre pas à l'intérieur de la salle de bain et tend la main pour toucher mon cou. Je recule immédiatement. "Désolée." Elle laisse tomber sa main, fixant mon cou. "Euh... qu'est-que c'est ?"
"Quoi ?" Je me redresse presque en panique.
"Sur ton cou." Elle se penche jusqu'à ce que son nez touche pratiquement mon cou. Cette fille n'a aucune notion de ce qu'est l'espace personnel. "Oh putain de merde Edward !"
Son cri m'effraie, une fois de plus. Je bondis en arrière et je saisis mon cou, de plus en plus en colère contre son manque d'explication.
"Quoi ? !" Je crie, en reculant, parce que Rosalie est sans doute la fille la plus étrange de la planète et peut-être que je ne lui fais pas confiance… un jour elle pourrait craquer et me poignarder avec ma propre brosse à dents.
Elle halète, ses yeux s'élargissent comme si elle avait repéré un insecte. "Et ton dos !" Ses yeux s'écarquillent encore plus quand elle se saisit de mon épaule. Je ressens une petite douleur et je commence à faire le lien. La fille. "Pas possible... que tu aies fait des avances à la nouvelle fille !" Elle sourit.
"Il a fait QUOI ?!″ La voix de mon frère vient d'ailleurs dans la maison et je sens mes joues qui s'enflamment de gêne alors que Rosalie essaie d'évaluer l'état de ma peau.
Merde.
Rose halète, pointant mon épaule. "Edward, as-tu.."
Je secoue la tête avec véhémence, la faisant sortir de la salle de bain. "Non."
"Dis-moi juste si c'était elle."
Je continue de secouer la tête. "Non. Vas-y."
"Edward, je ne dirai rien."
"Non." Je claque la porte dès que je l'ai fait reculer dans le couloir et ma migraine atteint son apogée. Affaibli par la douleur dans ma tête et une lourdeur induite par la gueule de bois dans mes membres, je glisse sur le sol de la salle de bain et j'enfouis ma tête dans mes mains.
"Edward, il n'y a pas de quoi avoir honte !" dit Rose de l'autre côté de la porte, en frappant sur le bois sans relâche. "J'ai tout le temps une aventure d'un soir avec ton frère !"
La façon dont elle dit "un soir " ne manque pas de me faire tressaillir, parce que je pense au sourire de Bella dès qu'elle le dit. Je sens mes dents s'enfoncer dans ma lèvre inférieure et le feu dans mes joues s'étend à mes oreilles alors que la gêne se transforme en colère.
Les regrets s'enchaînent et mes tripes se resserrent et des pensées vicieuses tournent en rond dans ma tête. La nuit précédente me revient subtilement, avec des images refoulées et des sensations fortes.
Le sourire de Brightside. Un rire. Un autre sourire. Un autre rire. Tant de rires. Elle me dit que je devrais sourire davantage. Je lui ai dit qu'elle devrait aussi. Flirt. Tellement de flirt. Prendre un coup de jaeger de Jake Black et voir son nez se retrousser de dégoût. La regarder chanter Fans et ne pas être capable de contrôler mon propre rire. Essayer de trouver une excuse pour ne pas avoir à la laisser partir.
Rassembler le courage de l'embrasser. Chercher l'air oublié quand elle m'a embrassé en retour. Mettre mes doigts entre des mèches de cheveux quand j'ai essayé de la rapprocher de moi. Voir son sourire quand j'ai baissé la tête pour l'embrasser.
Soudain, l'air de la salle de bains est trop dense pour que je puisse respirer. L'oppression dans ma poitrine est insupportable et les conséquences de mes décisions me reviennent sous forme de regret douloureux.
J'entends ses gémissements, ses soupirs. Je ne connais même pas son nom de famille mais je sais à quoi elle ressemble quand elle se tortille sous moi.
Je ne me laisse plus réfléchir, je n'essaie pas de me souvenir. Elle n'est pas là. Elle est partie sans que je m'en aperçoive, donc je ne suis pas censé me sentir si mal qu'elle soit partie. Peut-être qu'elle pense que j'ai eu ce que je voulais et que je ne veux plus rien avoir à faire avec elle. Peut-être qu'elle devait juste rentrer chez elle. Peut-être qu'elle… était juste dégoûtée par elle-même ou peut-être par moi.
Je tire des mèches de cheveux entre mes mains quand je me demande si elle va me sourire quand elle me verra à nouveau, parce que je ne sais pas.
Ce que je ne sais pas d'elle... et hier soir, et demain : tout cela me tue. Je pense que j'ai perdu les nouveau commencements mais je ne sais pas. Je ne connais même pas son putain de numéro de téléphone.
Je me couvre la bouche avec ma main et je ferme les yeux face à une lumière qui pique soudainement, trop vive.
"Putain !"
