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Je ne déteste pas grand-chose.
Haine est un grand mot mais au fond de mon coeur, je déteste la musique country. Je hais les trafiquants de drogue et les violeurs et le Wi-Fi lent. Je déteste le cérumen et les CD rayés. J'ai en horreur les gars autour de moi qui prétendent n'avoir pas choisi la vie de voyou - la vie de voyou les a choisis. C'est stupide ce ne sont pas des voyous, ce sont des péquenauds.
Je hais vraiment ma voiture.
Je roule sur une route que personne n'emprunte à moins d'être d'humeur à enfreindre la loi et la vitesse car je ne peux pas pousser ma stupide voiture à plus de 50 km / h. C'est une grosse voiture orange et rouillée et c'est mon pire cauchemar.
Et aujourd'hui elle a décidé qu'elle me haïssait aussi.
Ça a commencé quand j'ai dû accélérer pour grimper cette stupide colline pour retrouver la voie rapide B. J'ai pu sentir cette garce se secouer entre mes mains, comme si elle allait exploser ou quelque chose. J'ai accéléré de plus en plus mais là elle a commencé à toussoter. Pour finir j'ai relâché l'accélérateur et là elle s'est carrément arrêtée.
Tout s'est éteint. La voiture s'est arrêtée. Pas d'avertissement, putain elle a tout simplement lâché.
J'ai tourné la clé dans le contact.
Rien. Même pas un bruit.
Je hais ma vie.
"Non," dis-je, parce que je n'arrive pas à croire cette merde. "Non, tu te moques de moi ?"
Mon pire cauchemar.
Je suis coincé sur cette route où personne ne passe jamais à moins d'avoir l'intention de quitter la ville, dans une voiture qui n'a plus de système de chauffage depuis les années 90. Je n'ai pas de téléphone portable ni même un putain de manteau parce que c'est moi l'idiot qui porte un sweat à capuche, parce que je suis trop paresseux pour regarder la météo avant de partir.
"Putain !" Je crie dans le volant… car crier aide beaucoup.
Je suis une cause perdue.
Je tourne à nouveau la clé dans le contact car cela a vraiment bien fonctionné la première fois... Je le fais encore et encore. Enfin je sors de la voiture et essaie de voir ce qui ne va pas avec le moteur. J'ouvre le capot et je dois le tenir parce que ma voiture est ancienne et qu'il n'y a rien pour le retenir.
Je regarde le moteur et je blanchis.
C'est vraiment comme ça que doit être la science des fusées.
Je touche un tuyau qui a l'air un peu mouillé et j'essaie de savoir ce qu'il fait, c'est alors que j'entends le claquement d'une portière derrière moi. Je ne prends pas la peine de me retourner car je réfléchis encore à la complexité des moteurs de voiture et je pense qu'il n'y a aucun moyen que je puisse comprendre ça.
"Besoin d'aide ?"
C'est la meilleure voix que je connaisse et ça fait que mon cœur menace de sortir de ma cage thoracique.
Je commence à me redresser mais ma tête cogne contre l'intérieur du capot et je sens mon cerveau se fissurer. Ma tête palpite et je gémis fort. Ça fait un mal de chien.
Je frotte l'endroit où j'ai cogné pour apaiser la douleur et ferme les yeux pour essayer de minimiser l'humiliation et la douleur que je ressens.
Je me hais.
"Oh merde !" J'entends le sifflement de Brightside et je sens des doigts chauds se poser sur les miens. "Aïe ! Ça avait l'air brutal, mec. Tu vas bien ? S'il te plait, ne meurs pas devant moi."
"Oui." J'ouvre les yeux et regarde la fille aux yeux en amande à laquelle je n'arrête pas de penser. Je laisse tomber mes mains en lâchant le capot car le simple fait de voir cette fille m'affaiblit.
Le capot ne se referme pas. Evidemment.
Je secoue la tête en réalisant ce que j'ai dit. "Je veux dire, je vais bien. Je ne vais pas mourir."
Je ne peux pas croire qu'elle est là, juste en face de moi. Peut-être que je me suis cogné la tête trop fort.
Bella est vêtue d'un sweat à capuche semblable au mien mais elle ne porte pas un pantalon. Elle porte une jupe qui semble ample - mais trop courte - et des ballerines noires.
Ses cheveux bruns teintés de rouge fraise et ondulés, sont jetés par-dessus son épaule et tombent en cascade sur son sweat à capuche.
On dirait qu'elle vient de se réveiller et elle est déjà splendide.
Après un moment d'observation, elle hoche la tête avec précaution, les yeux sceptiques.
"Hum, alors, qu'est-ce qu'il se passe avec ta voiture ? As tu besoin d'un deuxième avis ? Je ne suis pas une experte mais il semble que tu as de l'huile sur ton moteur."
Bien sûr qu'elle s'y connait. La science des fusées serait simple pour cette fille.
"Hum." Je détourne mes yeux des siens et je me retourne vers la voiture. "Je ne sais pas, honnêtement. Je... attends, ne devrais-tu pas être en cours ?"
Elle fronce les sourcils et je regrette de lui avoir dit quoi que ce soit. Je déteste quand cette fille fronce les sourcils. "Eh, j'ai fait la grasse matinée. Je sais, ce n'est pas bien, n'est-ce pas ? Pas vraiment un bon départ." Elle se penche sur le moteur, examinant le tuyau que je touchais plus tôt. "Euh, oh. Tu vois ça juste là ?" Je me penche pour voir où elle montre. "C'est un tuyau et il est censée être à l'intérieur du moteur et pas à l'extérieur."
"Euh..." dis-je bêtement. "Ok."
Je me demande si ses jambes ont froid dans cette jupe. Je pense à les réchauffer.
Oh mon Dieu, la ferme.
C'est juste mes hormones et moi.
Elle fait un signe de la tête et claque ses lèvres. "Il va certainement falloir la remorquer. Il s'agit d'un grosse panne. Tu devrais laisser mon père y jeter un œil. Il était mécanicien, il sait tout sur ces voitures."
Je ne manque pas de remarquer la façon dont elle dit "ces voitures". Ces, c'est-à-dire, vieilles comme le monde. "Je ne sais pas," je grimace, parce que l'idée de rencontrer le père de cette fille dans ces circonstances me fait grimacer.
Comment me présentera-t-elle ? Comme un étranger qu'elle a vu sur la route ou comme le garçon avec lequel elle a ignoré le couvre-feu vendredi dernier ? "Hum..."
"C'est cool, tu peux venir à l'école avec moi." Elle a déjà sorti son téléphone portable. "Mon père a une remorque - il peut ramener la voiture chez nous et y jeter un coup d'œil."
Je change de place parce que je suis mal à l'aise et que je suis la personne la plus bizarre de la planète.
"Bella, je ne veux pas te mettre en retard à l'école."
"Relax, on va quand même arriver pour la première heure." Elle commence alors à parler au téléphone, écartant toutes mes protestations. Après un moment de discussion rapide avec son père, elle ferme le téléphone et le glisse dans la poche de son sweat à capuche. "Charlie est en route. Il a dit qu'il est sur l'autoroute alors pas besoin de retenir ton souffle."
Je retiens mon souffle de toute façon.
