Ce texte est un OS-cadeau écrit dans le cadre du Secret Santa, qui consiste à écrire un cadeau à quelqu'un dont on connaît les fandoms et quelques préférences de lecture. Il a donc été écrit pour Destrange, et j'espère sincèrement qu'il te plaira autant que j'ai aimé l'écrire - et donc, que le titre de cet OS n'est pas une prophétie auto-réalisatrice ?
Un gros merci à Oceanna pour l'organisation du Secret Santa, et pour d'autres raisons qui seront développées à la fin de l'OS. Merci également à Ahélya qui m'a trouvé le titre et toutes les autres Fofiennes qui m'ont encouragée tout pendant l'écriture de ce truc !
Sur ce... Enjoy !
Absorbé dans sa discussion avec Avery, Lestrange tourna cependant les yeux en sentant quelqu'un déplacer légèrement le banc pour s'asseoir à la table des Serpentards avec eux.
- J'ai bien cru que vous comptiez sécher le repas, lança-t-il avec un sourire à l'adresse de Bellatrix.
Celle-ci s'était assise près de lui mais en laissant tout de même une place vide entre eux deux. Bellatrix lâcha un soupir épuisé avant de répondre :
- Le lundi où on enchaîne huit heures des cours les plus pénibles au monde, hors de question que nous rations le repas, il s'agit du seul moment agréable de la journée ! Fais passer le ragoût s'il te plaît.
Rodolphus lui tendit un saladier dont elle se servit copieusement une assiette avant d'en remplir une deuxième qu'elle posa devant la place laissée vide. La regardant faire, Lestrange demanda :
- Jodie n'était pas avec toi ?
- Elle arrive, elle devait voir Slughorn à propos du dernier devoir de potions.
Au moment où Bellatrix reposait le saladier, une jeune fille de leur âge entra dans la Grande Salle en même temps qu'un groupe de filles de Serdaigle et s'éloigna d'elles pour rejoindre la table des Serpentards, se glissant à la place réservée par Bellatrix. Elle posa son sac à ses pieds et repoussa dans son dos ses cheveux châtains attachés en une demi-queue de cheval. Avisant l'assiette devant elle, ses yeux vert clair se levèrent vers Bellatrix.
- Je te remercie.
- Je t'en prie. Tu t'en es sortie avec Slughorn ?
- Oui c'est bon. Il devrait accepter que je fasse un de ces soirs dans un cachot le filtre du mort-vivant sur lequel il vous avait noté quand j'étais malade. Ça m'évitera de perdre une potentielle bonne note sur ma moyenne.
Bellatrix approuva d'un hochement de tête satisfait et Rodolphus parut vouloir répondre quelque chose mais, avant qu'il n'ait pu dire un mot, Dumbledore se leva et tapota son couteau contre son verre pour attirer leur attention.
- Qu'est-ce qu'il a, encore, ce vieux fou… soupira Bellatrix.
Jodie approuva en levant les yeux au ciel pour exprimer sa lassitude et soupira imperceptiblement avant d'également se tourner vers leur directeur.
- Mes enfants ! Comme vous le savez, Noël approche et avec lui, ses traditions ancestrales. En ces temps troublés à l'extérieur de nos murs, il est plus que jamais essentiel de nous recentrer sur les valeurs qui nous réunissent tous ici.
- Compte là-dessus, soufflèrent en chœur Bellatrix et Jodie.
- Afin de nous recentrer sur la coopération et l'entente entre nous, l'équipe des professeurs et moi-même avons décidé d'organiser un Secret Santa.
- Un quoi ? s'exclama Lestrange.
Sa réaction avait été imitée à plusieurs endroits de la Grande Salle, y compris à la table des Gryffondors où les regards perdus de Potter et Black témoignaient qu'ils n'étaient pas les seuls à ne rien comprendre.
- Le Secret Santa, reprit Dumbledore, est une tradition consistant à offrir un cadeau de Noël à une personne tirée au sort quelques temps avant la date de remise des cadeaux. Afin de vous faciliter la tâche, nous avons décidé de restreindre les destinataires possibles à vos années respectives. Ainsi, sept tirages au sort, un par année, seront organisés pour permettre à chacun de vous de tirer le nom d'un camarade de sa promotion. Vous devrez alors trouver un cadeau à offrir à cette personne, en gardant son identité secrète. Vous pourrez bien entendu en discuter avec vos camarades, l'important étant que votre récipiendaire ne soupçonne pas que c'est vous-même qui lui devez un cadeau avant le jour de la remise. Enfin, afin que chacun parte sur un pied d'égalité, vous ne devrez pas débourser plus d'un gallion pour ce présent. Ce que nous vous demandons ici, c'est de la coopération, un geste symbolique, une attention, tout ce dont notre monde manque trop cruellement en ces temps troublés. Les tirages au sort seront organisés dans le courant de la semaine. Sur ce, bon appétit à tous !
Dumbledore se rassit et les discussions reprirent avec une rare intensité dans la Grande Salle, chacun commentant l'annonce qui venait d'être faite.
- Pourquoi ils n'ont pas restreint le tirage au sort à chaque maison ? s'étonna Avery à côté d'eux. Offrir un cadeau à l'un de vous pourrait être sympa. Mais imagine, t'es obligé d'offrir un truc à Potter ou Black…
- Ça peut être cool aussi, nota Rogue, rien que pour le plaisir de glisser un sortilège explosif dans le cadeau en question.
Jodie avait arrêté d'écouter le discours du directeur un peu avant qu'il termine et s'était détournée vers ses ongles sur lesquels elle soufflait pour dégager une poussière collée sur son vernis noir.
- Comme si on n'avait que ça à faire, grommela-t-elle. On va tous entrer en guerre pour prouver la supériorité du Seigneur des Ténèbres dans moins d'un an, et lui il souhaite qu'on offre un cadeau à une personne que l'on mettra un certain plaisir à tuer dans quelques mois. C'est ridicule, complètement ridicule.
Bellatrix approuva d'un hochement de tête avant de détourner son attention vers ce qu'elle jugeait cent fois plus intéressant que l'annonce de Dumbledore : son repas.
- Ça vous donne pas l'impression d'être revenus en première année ? demanda Sirius.
- Je me faisais la même remarque. Pas que ce soit désagréable, cela dit.
Après leurs cours et avant le repas, les septième année des quatre maisons avaient été réunis dans la Grande Salle pour le tirage au sort du Secret Santa. Tous groupés devant les tables, debout ou assis à l'extrémité des bancs, ils regardaient le professeur McGonagall avancer vers eux en tenant un chapeau. Ils s'étaient un instant demandé si le Choixpeau magique allait leur donner le nom de leur récipiendaire, pour parfaire l'impression d'un retour dans le temps, mais le chapeau contenant leurs noms était on ne peut plus banal.
- Vous vous avancerez un par un pour piocher un nom, que vous me montrerez pour que je puisse le noter sur ma liste de suivi, expliqua-t-elle en désignant un parchemin vierge. Avant que vos destinataires de cadeau ne soient désignés, je tiens à mettre une chose au clair, pour chacun de vous. Comme le professeur Dumbledore l'a expliqué, cette initiative vise à renforcer votre cohésion, l'entente entre chaque maison et l'esprit de Noël. Je me doute que certains d'entre vous y voient déjà une excellente occasion d'organiser de mauvais tours ou une quelconque vengeance en fonction du nom de la personne qu'ils tireront.
Son regard avait balayé les élèves en disant cela mais avait marqué une pause d'une seconde de plus sur les maraudeurs et les Serpentards.
- Aussi, nous avons décidé que les sanctions en cas de détournement de ce Secret Santa à des fins malveillantes seront exemplaires. Tout cadeau ayant ostensiblement un but provocateur, agressif ou humiliant lors de cet événement sera puni d'une retenue hebdomadaire jusqu'à la fin de l'année scolaire et de l'interdiction de participer à tout club ou équipe pour la même durée, me suis-je bien fait comprendre ?
Un murmure d'approbation parcourut l'assemblée mais un soupir désespéré s'éleva des Serpentards pendant que James marmonnait :
- OK je ne vois définitivement plus l'intérêt de ce truc.
- Si tout est clair, reprit McGonagall, je vous laisse venir chacun votre tour chercher un papier.
La foule d'élèves resta immobile, semblant chacun attendre que quelqu'un d'autre s'avance.
- Allons jeunes gens, j'ai été obligée d'appeler les première année par ordre alphabétique, faites preuve d'un peu plus d'autonomie qu'eux je vous prie !
Après encore une seconde, Peter soupira et s'avança pour tirer un papier. Il esquissa un sourire amusé en lisant le nom qu'il montra à McGonagall. Plusieurs personnes le suivirent, leur professeur notant consciencieusement les noms au fur et à mesure. Lorsque Lily s'avança, elle laissa échapper un léger ricanement nerveux en dépliant le parchemin.
- C'est mon propre nom, professeur…
McGonagall le confirma en vérifiant l'inscription.
- Donnez-le moi le temps d'en piocher un autre, je le remettrai dans le chapeau ensuite.
Elle s'exécuta et, en tirant un nouveau parchemin, resta complètement interdite en découvrant le nom inscrit dessus. Son regard s'échappa vers le premier papier tenu par McGonagall, trahissant le fait qu'elle aurait peut-être préféré garder son propre parchemin.
- Miss Evans, je ne vous croirai pas si vous me dites que c'est encore le vôtre, nota la professeure.
Sa remarque parut sortir Lily de sa torpeur et elle secoua rapidement la tête avec un air résigné.
- Non c'est pas le mien…
Elle laissa McGonagall l'inscrire sur sa liste avant de revenir parmi leur groupe, plus démoralisée que jamais. Le groupe de filles de Poufsouffle avec qui elle se trouvait lui posèrent des questions à voix basse mais elle parut refuser de leur répondre. Le tirage au sort se poursuivit sans encombre et, lorsqu'ils eurent tous un récipiendaire d'assigné, McGonagall conclut :
- Sur ce, je vous souhaite bon courage à tous et à toutes. Et n'oubliez pas : De la coopération, un geste d'apaisement envers les autres, et des sanctions exemplaires pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas disposés à comprendre le sens de ces mots !
- Finalement, c'est moins atroce que ce que je craignais, commenta Avery. Offrir un cadeau à l'un de vous, ça peut être cool.
- C'est vrai que la répartition n'est pas si mal tombée que ça, confirma Bellatrix. Ça va être sympathique. C'est juste dommage qu'on soit quasiment tous tombés sur l'un de nous, on ne pourra pas s'entraider pour trouver nos cadeaux sans risquer de nous dévoiler.
- Ça rajoutera juste un peu de mystère, ma chérie, lança Lestrange.
Bellatrix interrogea du regard son fiancé. Comme les autres, il avait refusé de dire quel nom il avait tiré, répondant juste qu'il s'agissait de l'un d'entre eux.
- Le plus pénible dans tout cela, au final, ce sera la limite d'argent, nota Wilkies. Restreindre ce que l'on peut dépenser à un unique gallion… Au nom de l'égalité entre élèves.
- Ce vieux fou ne sait plus quoi inviter pour nous faire croire que nous sommes égaux aux sang-de-bourbe ou aux traîtres à leur sang qui ont dilapidé leur héritage familial, confirma Bellatrix. C'est dépitant. Enfin, je suppose que cela ne nous empêchera pas de trouver une babiole à nous offrir publiquement quitte à ajouter le véritable cadeau à l'abri de son regard.
- Ce n'est pas faux. On a une idée des destinataires de la bande de Potter ?
- Vu la tête que tirait Evans, je doute que les Gryffondors soient comme nous en train de fêter leur répartition. Qu'en penses-tu Rogue ? Elle avait l'air dépitée, ta sang-de-bourbe préférée…
- Que veux-tu que ça me fasse ? demanda Rogue qui était resté silencieux jusque là. Je n'ai aucune idée de sur qui elle a pu tomber, et pour être honnête je m'en fiche un peu.
Avery semblait sur le point de répondre quelque chose lorsque le mur de leur salle commune pivota pour laisser entrer Jodie. Bellatrix se poussa légèrement dans son fauteuil pour lui laisser la place de s'asseoir sur l'accoudoir à côté d'elle et Rodolphus demanda :
- Où t'étais passée ? Le couvre-feu est tombé depuis une demi-heure…
- Avec Slughorn, pour finir mon devoir de potions. Une bonne chose de faite, soupira-t-elle. Alors, de quoi vous parliez ?
- Du Secret Santa. Tu as eu une répartition sympa ?
- Ça aurait pu être pire, jugea-t-elle en haussant les épaules. Et vous ?
Ils approuvèrent tous et Jodie haussa un sourcil suspicieux.
- Vous êtes sérieux ? Vous êtes tous en train de vous réjouir d'être tombé sur l'un d'entre nous ?
- Oui pourquoi ? Tu aurais préféré tomber sur un Gryffondor, peut-être ? demanda Lestrange.
- Eh bien… Si vous vous étiez donné la peine de regarder les têtes qu'ont tiré les dits Gryffondors pendant le tirage au sort, vous auriez remarqué qu'aucun d'eux ne semblait particulièrement ravi. Ça ne m'étonnerait pas qu'au moins la moitié d'entre eux soit tombé sur l'un de nous. Alors, si vous fanfaronnez tous que vous avez tiré l'un de nous… Ça me paraît évident qu'il y en a qui mentent dans le tas. Maintenant, si vous n'avez rien de mieux à faire que de débattre sur qui parmi vous et pourquoi… Moi je vais me coucher. Passez une bonne nuit !
Elle leur adressa un léger signe de la main avec un sourire avant de reprendre son sac laissé à ses pieds et de disparaître vers le dortoir des filles. Bellatrix laissa échapper un petit rire.
- Vous devriez voir vos têtes… Bref, comme elle l'a si bien fait remarquer, certains d'entre vous mentent et ce n'est pas moi. Bonne nuit également !
Bellatrix se leva et partit rejoindre Jodie.
James s'installa en travers de l'un des fauteuils de la salle commune des Gryffondors et soupira :
- Je vous en prie rassurez-moi, je ne suis pas le seul à avoir tiré le pire nom possible de ce chapeau ?
- Oh non, soupira Sirius. Peu importe qui tu as, je te l'échange volontiers.
James haussa un sourcil.
- Sérieusement Patmol, tu serais prêt à m'échanger Rogue ?
Sirius éclata de son rire semblable à un aboiement de chien.
- La question se pose j'avoue. Tu tiens tant que ça à me l'échanger contre Bellatrix ?
James resta stupéfait quelques secondes, semblant attendre que Sirius rigole à nouveau pour démentir, mais devant son air sérieux, lui-même finit par ricaner.
- Moi qui tire Rogue et toi qui tire Bellatrix, on n'est pas loin de la palme de la pire répartition au monde, il faut l'avouer. Et vous les gars ?
Peter interrogea aussitôt du regard Remus, qui sembla hésiter quelques secondes avant de soupirer :
- Joséphine Bones.
- Qui ça ? répondirent les trois autres en chœur.
Leur réaction arracha un rire sans joie à Remus mais il parut plus désespéré que jamais quand il répondit :
- Vous me rassurez un peu. Je sais pas qui c'est ! J'ai jamais entendu ce nom-là auparavant alors que c'est forcément une fille de notre année ! Donc ne vous plaignez pas avec Rogue et Bellatrix, vous au moins vous voyez de qui il s'agit !
- Tu ne dois certainement pas être le seul dans ce cas-là, nota Peter. McGonagall accepterait sûrement de te renseigner si tu le lui dis.
- Mais je suis préfet-en-chef ! protesta Remus d'un ton dépité. C'est mon rôle de connaître vaguement tout le monde, de venir en aide à tout le monde ! Je ne peux pas aller voir McGo et lui avouer que je n'ai aucune idée de qui est une fille que je fréquente forcément depuis plus de six ans ! Non non, je m'en fiche, il faut que je me débrouille, je ne sais pas encore comment mais je trouverai qui c'est !
- On t'y aidera Lunard ! Elle ne doit forcément pas être bien loin. C'est vrai qu'on ne connaît pas beaucoup de monde, regarde le groupe de filles de Poufsouffle avec qui Lily était pendant les assignations, on ne connaît pas la moitié d'entre elles ! On va se renseigner et trouver. Ce sera toujours une tâche plus intéressante que de trouver une idée de cadeau pour Servilo ou pour ma cinglée de cousine…
- Si au moins on pouvait se contenter d'un paquet cadeau avec un maléfice de chauve-furie à l'intérieur, la question serait vite réglée… confirma James. J'ai autant envie d'offrir quelque chose à ce bâtard graisseux que de me jeter du haut de la tour d'astronomie. Enfin, changeons de sujet. Peter, toi, tu as tiré qui ?
La question surprit Peter qui semblait espérer secrètement qu'aucun d'eux ne le leur demanderait.
- Je peux pas vous le dire, soupira-t-il.
- Queudver, lança Sirius, tu ne feras pas pire que nous ! On en est à deux Serpentards et une illustre inconnue, qui veux-tu ajouter de pire ?
- C'est… C'est pas pire, c'est… Bon sang, grommela Peter. C'est l'un de vous, OK ? McGonagall a dit que le destinataire ne doit pas savoir avant qui est son Santa. Et c'est l'un de vous. Alors oui ça me fait super plaisir ! Mais je peux pas vous dire qui c'est, c'est tout.
- OK, approuva James avec un hochement de tête compréhensif. Au moins tu remontes un peu le niveau de cette répartition pourrie.
- C'est ce que je me dis aussi, j'ai pas mal de chance comparé à vous, confirma-t-il. En vrai, vous allez faire quoi pour Rogue et Bellatrix ?
- Hors de question que je trouve quelque chose à offrir à ce crétin décérébré, décréta James. Et comme je ne peux pas lui offrir un truc vraiment marrant sans être privé de Quidditch jusqu'à la fin de l'année… Il n'y a plus qu'une solution.
- Tuer Rogue ? proposa Sirius. Tu me tues Bellatrix en même temps s'il te plaît ?
- L'idée est tentante Patmol, mais j'avais moins radical. McGo a noté toute la répartition sur une liste. Cette nuit, je m'introduis dans son bureau, je trouve la liste, je trouve dessus le nom de quelqu'un prêt à échanger son destinataire avec moi. On règle l'échange discrètement et la situation sera déjà plus supportable.
- Eh, c'est pas bête, nota Sirius. Je peux venir avec toi ?
James parut tenté par l'idée mais esquissa rapidement une moue ennuyée.
- Ne m'en veux pas Patmol mais McGo risque de se méfier, vu le potentiel explosif de ce Secret Santa. Et on est devenus trop grands pour tenir à deux sous la cape d'invisibilité. J'y vais seul et je te trouve quelqu'un avec qui échanger Bellatrix, ça t'irait ?
- Vendu ! approuva Sirius.
- Alohomora !
James ouvrit le plus silencieusement possible la porte du bureau de McGonagall et eut l'impression d'entendre un claquement à l'intérieur. Il s'immobilisa, laissant la porte entrouverte à l'affut du moindre bruit supplémentaire. Après une attente qui lui parut interminable, il se faufila dans le bureau, toujours caché par sa cape d'invisibilité et referma la porte derrière lui. Sa baguette allumée devant lui éclairait vaguement la pièce et il prit le temps de la détailler pour s'assurer qu'elle était vide. Il s'avança enfin silencieusement vers le bureau de la professeure de métamorphose. Au moment où il allait l'atteindre, une silhouette se redressa derrière le bureau.
- Petrificus Totalus !
Le rayon le frappa avant qu'il n'ait pu tenter quoi que ce soit et il bascula en arrière, sa tête heurtant douloureusement le sol de pierre. Sa baguette allumée ainsi que sa cape d'invisibilité avaient glissé dans sa chute, le dévoilant complètement.
- Potter ? lança d'une voix surprise la personne qui avait jeté le sort. Finite.
Elle s'était rapprochée de lui en annulant le maléfice et James s'assit sur le sol, massant l'arrière de son crâne. Il releva les yeux vers la personne debout face à lui.
- Evans, salua-t-il sobrement.
Lily semblait embarrassée, hésitant sur ce qu'elle voulait faire, avant de grommeler :
- Désolée pour le sort. Avec ta cape, je voyais juste la lumière de ta baguette qui se rapprochait, tu m'as fait peur.
- Tu m'as fait mal, on est quittes, sourit légèrement James en se relevant. Ne t'inquiète pas, j'aurais sûrement fait la même chose dans cette situation. Et puis ça en valait le coup.
James acheva de se redresser avant de reprendre :
- Lily Evans qui s'introduit en douce dans le bureau d'un prof, je ne pensais pas rester à Poudlard assez longtemps pour voir ça. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Et toi ? protesta Lily. Moi je suis préfète en chef ! J'ai tout à fait le droit de me promener la nuit dans les couloirs !
- Dans les couloirs, Evans. Pas dans les bureaux des profs, tu ne convaincras personne en affirmant que tu vérifiais la sécurité ici.
- Si tu es là aussi, c'est bien la preuve que les bureaux auraient besoin de rondes également ! Tu n'as pas répondu, qu'est-ce que tu fais là ?
James réfléchit à toute vitesse avant de se remémorer la scène du tirage au sort.
- J'ai bien l'impression qu'on est venus pour la même chose, non ? La répartition du Secret Santa. Toi aussi tu as eu l'assignation la plus pourrie possible ?
- Tu n'imagines même pas, grommela Lily. Je voulais voir si je trouvais sur la liste quelqu'un avec qui échanger.
- Nous sommes bel et bien venus pour la même chose, conclut James. Désormais autant faire équipe. Tu avais trouvé ton bonheur ?
- Je venais de mettre la main sur la liste quand tu as ouvert la porte, j'ai pas eu le temps de la lire.
Lily se rapprocha du bureau et reprit un parchemin roulé dessus. Elle le déplia à plat pendant que James l'éclairait avec sa baguette.
- Lily Evans – James Potter, lut James. Quoi ? Moi ? C'est moi que tu traites d'assignation la plus pourrie possible ?
- Qui d'autre, à ton avis ? protesta Lily.
- Je m'offusque ! Cela dit, Sirius cherche aussi quelqu'un avec qui échanger Bellatrix, tu pourrais lui proposer.
- Bellatrix ou toi, grommela Lily, j'ai l'impression d'avoir le choix entre dragoncelle ou scrofulite…
- Tu me brises définitivement le cœur ! protesta James.
- Ce n'est pas avec tes jérémiades qu'on trouvera une solution ! fit remarquer Lily. On pourrait être pragmatiques trois secondes ?
- D'accord, admit James. La situation me paraît simple. Tu dois m'offrir un cadeau et n'en a aucune envie. Je dois offrir un cadeau à Rogue et n'en ait aucune envie. Je trouve sur cette liste qui doit t'offrir un cadeau à toi, c'est avec cette personne que je négocie pour échanger Rogue contre toi. De cette façon, on se devra chacun un cadeau à l'autre et on conclut d'un commun accord de ne rien s'offrir. Et il ne restera plus qu'à trouver quelqu'un pour Sirius.
- Ça pourrait le faire, en effet, admit Lily.
- OK, conclut James en reprenant la liste, alors, qui doit t'offrir un cadeau…
Sa baguette allumée parcourut les différents couples inscrits dessus avant de s'immobiliser.
- Ah.
- Ah ? Quoi, ah ? s'exclama Lily. Il me plaît pas, ton ah !
- Je vais pas pouvoir demander à la personne qui doit t'offrir un truc de prendre Rogue à la place.
- Pourquoi ? Ils se détestent, et alors ? Y a pas de raisons qu'il n'y ait que nous qui ayons une répartition pourrie et…
- Non. C'est Rogue. C'est lui qui doit t'offrir un cadeau.
- QUOI ?
Lily avait arrêté de chuchoter et avait arraché la liste des mains de James par réflexe. Son regard resta figé quelques secondes sur la ligne Severus Rogue – Lily Evans avant qu'elle ne relève les yeux vers James.
- OK, changement de plan, déclara-t-elle très sérieusement. Je te propose qu'on foute le feu à cette liste.
- Quoi ? s'exclama James. En quoi brûler cette liste serait le début de l'ombre d'une solution ?
- Ce serait le plus simple ! protesta Lily. Je ne suis pas sûre qu'il y ait une seule personne dans l'école satisfaite du nom qu'elle a tiré ! On brûle la liste. McGo va tous nous redemander les noms de nos récipiendaires, on répond tous n'importe quoi. Toi, moi, ta bande, les filles de Gryffondor, je peux même demander à Sephy et ses copines à Poufsouffle, on donne n'importe quoi comme nom de façon à ce que ce soit impossible de la reconstituer. Elle sera obligée d'organiser un nouveau tirage au sort ! Fin de l'histoire.
- Damn, mais c'est que c'est pas idiot du tout, approuva James en faisant mine de réfléchir. Cela dit, on sait ce qu'on perd mais on ne sait pas quelle répartition on récupérera à la place. T'es tant que ça prête à prendre le risque de te retrouver obligée d'offrir un cadeau à Rogue ?
Lily marqua une seconde d'hésitation avant de secouer la tête.
- Parle pas de malheur, on ne fera jamais une répartition pire que celle-ci. Alors, on le fait ce feu de joie, oui ou non ?
Avant que James n'ait pu répondre, la porte du bureau s'ouvrit et la lumière s'alluma, les éblouissant momentanément.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda la voix de McGonagall.
Lily fut la première à réagir. Avant que les yeux de James ne se soient habitués à la luminosité, elle l'empoigna par le bras et jeta la liste sur le bureau avant de le traîner devant leur professeure.
- J'AURAIS DÛ ME DOUTER D'UN COUP PAREIL ! rugit-elle à l'adresse de James. Je viens à l'instant de le surprendre, madame, j'avais entendu du bruit dans votre bureau pendant ma ronde. Il essayait de trouver la liste du Secret Santa, j'ignore pourquoi. TU N'AS VRAIMENT QUE ÇA A FAIRE, POTTER ? Je vous laisse confirmer qu'il n'a touché à rien d'autre sur votre bureau mais je l'ai déjà sanctionné. CLAIREMENT PAS GRACE A TOI SI ON ARRIVE A GAGNER LA COUPE CETTE ANNÉE !
- Je vois, commenta laconiquement McGonagall en dévisageant ses deux élèves. Potter, quelque chose à dire pour votre défense ?
- Elle a tout dit madame, confirma James. Vous avez vu ma répartition comme moi, j'essayais de trouver quelqu'un avec qui échanger Rogue. C'est raté. Mais j'ai pris l'engueulade de ma vie et elle nous a déjà enlevé des points, on ne peut pas en enlever d'autres à Gryffondor sans tomber dans le négatif.
- Exact, confirma Lily. ET J'EN AI PLUS QU'ASSEZ D'ENLEVER DES POINTS A MA PROPRE MAISON PAR TA FAUTE ! Si vous permettez madame, on ne vous embête pas plus longtemps, je ramène ce crétin dans notre salle commune…
- Je vais vous contredire légèrement Miss Evans, répondit McGonagall. Je ne doute pas que vous ayez déjà sanctionné Potter, mais à mon avis, une retenue serait certainement plus appropriée. Que diriez-vous d'une heure chacun mardi soir ?
- Vous croyez ? Ce n'est pas néc… Comment ça, une heure chacun ? demanda Lily.
- Je pensais avoir prévenu que j'exigeais un comportement exemplaire concernant ce Secret Santa, Miss Evans, et c'était votre propre main qui était sur la liste à mon entrée. Je vous accorde le bénéfice du doute, mais vous viendrez tout de même tous les deux dans ma classe mardi soir à 18 heures afin que vous soyez pleinement conscients de ce que vous encourrez si je retrouve encore l'un de vous à proximité de cette liste. Maintenant filez avant que je ne décide de me montrer moins magnanime.
James et Lily détalèrent du bureau.
- C'était bien tenté, pourtant, avoua James. Merci d'avoir essayé.
- Ne me remercie pas, j'essayais de sauver ma peau en même temps que la tienne et c'est raté.
- Oh, ce n'est jamais qu'une heure de retenue… Ne me dis pas que c'est la première fois de ta scolarité ?
- Figure-toi que si ! protesta Lily. Si encore ça avait servi à quelque chose… Mais on en est toujours au même point.
- Il faut avouer que c'était un échec cuisant, convint James.
Ils atteignirent le portrait de la Grosse Dame auquel Lily donna le mot de passe et, quand elle s'arrêta devant l'escalier menant au dortoir des filles, James lança :
- Oh, et… Pour ton propre cadeau. Enfin… Le fait que tu dois m'offrir quelque chose. Te prends pas la tête, vraiment. Je ne t'en voudrais pas si tu ne m'offres rien.
Lily avait haussé les sourcils de surprise mais esquissa un sourire.
- Je te remercie. J'espère ne pas en arriver là mais… Je le note quand même. Au cas où je sécherai véritablement. Merci.
- C'est normal. On est tous dans la même galère et… Autant s'entraider comme on le peut.
Lily laissa échapper un petit rire.
- Tous dans la même galère, ça représente bien la situation, avoua-t-elle. Merci. Passe une bonne nuit !
Bellatrix entra dans le dortoir et avisa Jodie, assise en tailleur sur son lit en train de finir de remettre du vernis noir sur ses ongles. Elle lança sur ses mains un sortilège de séchage instantané avant de relever la tête vers Bellatrix.
- Les gars sont encore en train de débattre sur lesquels d'entre eux mentent à propos de leur répartition ? devina Jodie.
- Tu n'imagines même pas, soupira Bellatrix. J'ai tenu trois secondes avant de me douter que tu t'étais réfugiée ici. Ce sera un véritable miracle si ce Secret Santa ne provoque pas une guerre interne à la maison Serpentard…
Jodie esquissa un sourire pendant que Bellatrix se laissait tomber sur son propre lit.
- Alors, reprit la brune, entre nous on peut être honnêtes. Quel est ton heureux élu ?
- Contrairement aux crétins d'en bas, je ne vois pas quelle honte il y aurait à le divulguer, fit remarquer Jodie. Je suis tombée sur Remus Lupin. Pas que ça m'enchante des masses, bien sûr. Enfin, je suppose que c'est le jeu.
Bellatrix avait esquissé une moue de compassion.
- Un sang-mêlé qui semble avoir des secrets plus gros que l'ego de Potter, je te souhaite bon courage, ma chérie. Tu as une idée de la façon dont tu vas t'en sortir ?
- J'étais confiante sur le fait de pouvoir trouver lors de la prochaine sortie à Pré-au-lard une babiole de moins d'un gallion qu'il serait capable d'apprécier. Il semble studieux, peut-être qu'une plume de chez Scribenpenne suffirait à marquer l'occasion. Un cadeau plus symbolique qu'autre chose, en signe d'apaisement entre maisons, il me semble que cela cochera toutes les cases.
- Effectivement, approuva Bellatrix, tu devrais pouvoir t'en sortir. Oh, si jamais tu as des doutes, je sais que Severus a découvert certains de ses secrets il y a un ou deux ans. Dumbledore l'a menacé de sanctions s'il les révélait publiquement, mais peut-être qu'il accepterait de te souffler les informations dont tu manquerais.
- Je te remercie, je vais y penser, sourit Jodie. Et toi ? Tu n'as pas été très éloquente quant à ton destinataire secret.
- Difficile de l'être en compagnie des autres, répondit Bellatrix avec un sourire en coin. Il s'agit de Rodolphus.
- C'est génial ! s'exclama Jodie. Tu sembles être l'une des rares chanceuses de l'histoire. Tu aurais déjà des idées ?
- A vrai dire c'est un peu difficile, avoua Bellatrix. Je me demande si je n'aurais pas préféré également quelqu'un que j'aurais moins connu et qui aurait pu se contenter d'une babiole symbolique. Mais un homme que je côtoie depuis sept ans, auquel je suis fiancée et qui peut s'offrir tout ce qu'il désire ? Même toi tu aurais été plus facile, je t'aurais déniché l'un de nos vieux manuels familiaux de bonne éducation sorcière.
Bellatrix avait précisé la dernière phrase avec un sourire en coin et Jodie éclata de rire.
- Je ne suis pas sûre que Rodolphus le prenne aussi bien que je ne l'aurais pris, en effet, avoua-t-elle. Mon éducation laisserait-elle encore tant que ça à désirer ?
- Plus maintenant, ma chérie, la rassura Bellatrix. Tu es désormais très loin de la petite fille de onze ans qui ignorait tout du monde sorcier fréquentable.
Une ombre passa dans les yeux de Jodie mais elle releva la tête avec un sourire.
- Revenons-en à Rodolphus. Je suis sûre qu'on va réussir à lui trouver quelque chose. N'avez-vous pas des passions communes, quelque chose qui lui rappellerait votre union et votre attachement mutuel ?
- Hormis notre engagement futur auprès du Seigneur des Ténèbres, tu veux dire ? demanda Bellatrix. Cela dit, l'idée de lui offrir une statuette à l'effigie de la marque des ténèbres pourrait être tentante, ne serait-ce que pour voir la tête de l'autre vieux fou de Dumbledore. Mais ce ne serait pas si personnalisé que cela. Ce rappel à notre engagement aurait fonctionné sur n'importe lequel d'entre vous.
- Tu penses ? demanda Jodie. Aucun d'entre nous n'est plus engagé dans son combat et ses idées que vous deux. Votre allégeance et votre mariage iront de pair. Un symbole de ce double engagement, je suis sûre qu'il appréciera !
- C'est possible, admit Bellatrix. Mais je doute que tu aies raison concernant la sincérité de votre propre engagement. Nous sommes tous pleinement engagés en son nom, Rodolphus et moi sommes juste les seuls à le revendiquer à voix haute. Avery, Rogue, ou même toi, vous êtes juste plus discrets.
- La discrétion me convient, avoua Jodie. Elle permet d'amadouer les gens, de ne pas attirer l'attention. Tout le monde connaît Bellatrix Black, l'une des futurs mangemorts les plus engagées, et tout le monde se fiche de sa copine au vernis noir qui traîne avec elle. Cette situation je l'ai créée pour pouvoir mieux en profiter après.
- C'est tout à ton honneur, reconnut Bellatrix. Au final, je me demande si tu n'es pas la plus Serpentard de nous tous.
- C'est possible… avoua pensivement Jodie avec un sourire en coin.
Remus fronça les sourcils au-dessus de la carte du maraudeur.
- Comment voulez-vous repérer un nom là-dessus ? soupira-t-il. Dès la fin des cours, la grande majorité des élèves se tassent dans leur salle commune et à part quelques profs et préfets, on ne voit plus que quatre gros tas de noms illisibles. Et aux repas c'est encore pire, on ne voit que des tas informes. Peu importe qui est cette Joséphine Bones, la carte ne nous dira pas dans quelle maison elle est…
Assis à leur table pour le dîner, Remus avait tenté de scruter sur la carte du Maraudeur les noms des personnes qui entraient dans la salle. Avisant sur le parchemin un groupe tellement serrés que les noms étaient illisibles, il releva la tête vers un groupe de Serdaigle. Quatre filles parmi eux, une seule dont il connaissait le prénom avec certitude. Il étouffa un soupir de désespoir et Peter nota :
- Le pire, c'est que ce nom me dit quelque chose… Enfin pas son prénom. Mais Bones…
- Amélia Bones était préfète-en-chef, à Poufsouffle, lors de notre première année, confirma Sirius, et elle avait un petit frère, Edgar, en cinquième année, dans la même maison. J'y ai pensé. Les Bones sont une vieille famille sang-pur qui ont… Renié les traditions. Enfin selon les dires de ma mère. Ils se sont positionnés du bon côté de la guerre, pour traduire. Amélia et Edgar ont perdu leurs parents dans une attaque de mangemorts il y a quelques années. Je n'avais jamais entendu parler d'une sœur qu'ils auraient eue… Mais en ayant renié les familles de sang-pur du côté de Voldemort, ils ont pu vouloir rester le plus discret possible sur son existence pour la protéger.
- Du coup il faudrait commencer par chercher à Poufsouffle, à ton avis ? demanda Remus. Là où toute sa famille est passée ? Ce serait logique qu'elle ait été répartie dans la même maison.
James avait gardé les sourcils froncés, semblant fouiller dans ses souvenirs, avant de relever la tête vers eux.
- Il y a une fille surnommée Sephy à Poufsouffle.
- Quoi ? s'exclama Remus. Comment tu sais ça ?
- Lily a parlé d'elle l'autre jour dans le bureau de McGonagall. Je n'y avais pas fait attention sur le coup. Mais Sephy, c'est pas un prénom. Ça pourrait tout à fait être le diminutif de Joséphine. Et si elle a de fortes chances d'être à Poufsouffle…
Peter désigna un point solitaire sur la carte du maraudeur.
- Le préfet de Poufsouffle vient de sortir et se redirige vers leur salle commune face aux cuisines. Tu pourrais aller lui demander ?
- C'est vrai qu'il reste un peu de temps avant le couvre-feu, nota Remus. Allez, je tente.
- Je t'accompagne, déclara Sirius. J'essaierai de passer voir Regulus sur le retour.
- Pourquoi ? s'étonna James.
- Je voudrais rendre à Bellatrix un truc que je lui avais volé quand on était gosses, en signe d'apaisement, ça fera l'affaire en cadeau. Mais j'ai besoin qu'il demande à nos parents de le lui renvoyer, ils n'accepteront jamais si c'est moi qui leur demande.
Les autres approuvèrent pendant que Sirius roulait la carte du maraudeur dans sa poche. Il rattrapa rapidement Remus qui sortait de la Grande Salle et, quand ils furent suffisamment éloignés, James se retourna vers Peter avec un sourire.
- Je pensais qu'une occasion de se retrouver tous les deux ne se présenterait jamais… Alors, Queudver. Tu refusais de nous dire qui était ton destinataire car c'était l'un de nous mais vu que je sais que c'est Lily qui doit m'offrir quelque chose… Remus ou Sirius ?
Peter sourit légèrement.
- Sirius, avoua-t-il. D'ailleurs, tu fais bien de me le rappeler, je voulais t'en parler !
- Je t'écoute ?
- Quand il s'est enfui de chez ses parents, Sirius nous avait raconté que toutes les photos qu'il avait de nous étaient restées dans sa chambre. Je pensais lui refaire un album, j'en ai vus quelques-uns à Pré-au-lard autour d'une quinzaine de mornilles. Pour les photos j'en ai plusieurs mais pas assez pour le remplir. Tu en aurais, toi ?
- Oui, ma chambre en est remplie ! Je vais envoyer un hibou à mes parents pour leur demander de leur jeter un sort de duplicata et de me les envoyer. C'est une sacrément bonne idée, tu es certainement celui qui a le plus avancé parmi nous quatre !
- C'est vrai, avoua Peter, je m'en tire pas mal du tout. Tu as eu quelques idées pour Rogue ?
- Aucune, avoua James. Je n'ai pas l'intention d'être privé de Quidditch pour tout le reste de ma dernière année ici mais je ne vois strictement rien que je pourrais offrir à Servilus. Si on avait pu mettre plusieurs gallions dans le prix j'aurais certainement trouvé quelque chose susceptible de lui plaire à Pré-au-lard et ça serait resté peu cher payé pour avoir la paix vis-à-vis des profs. Mais à moins d'un gallion ? Je ne vois rien qui ne donnerait pas ostensiblement l'impression que je me paye sa tête.
- C'est vrai que ce n'est pas évident, grimaça Peter en réfléchissant également. Surtout que tu lui as déjà fait un cadeau qui n'a pas de prix l'an dernier ! Tu lui as ni plus ni moins sauvé la vie en l'arrachant des griffes de Lunard ! Alors certes, c'était Sirius qui l'y avait envoyé mais… Ça devrait pouvoir compter quand même ! Je t'ai sauvé l'an dernier, c'est un cadeau suffisant pour deux ans d'affilés, voilà !
James avait éclaté de rire en écoutant la proposition de Peter mais finit par acquiescer :
- C'est vrai que ce serait terriblement tentant ! Tu sais quoi ? Je me la garde dans un coin de ma tête. Si je ne trouve vraiment rien, je réfléchirai à une façon de le tourner pour que ce soit socialement acceptable !
- Quoi ? s'exclama Peter. Je disais ça pour rigoler moi !
- Trop tard, trancha James. C'est cent fois mieux que tout ce que j'avais jusqu'à présent. Merci infiniment Peter !
- A ton service ! déclara-t-il avec un léger sourire. Mais ne désespère pas pour autant, on va t'en trouver un, un cadeau acceptable !
James laissa échapper un léger rire de dépit avant d'admettre :
- Je pense honnêtement que réussir à trouver quelque chose d'acceptable pour ce Secret Santa sera ma plus grande épreuve de ces sept années.
- A tous les coups les profs ont tout calculé ! déclara Peter. Ils se sont dit un truc du genre « Ils vont affronter la guerre en sortant, il faut qu'on leur impose cent fois pire maintenant comme ça après, les combats contre les mangemorts, ce sera du gâteau pour eux ! ».
Cette fois, James éclata de rire sans parvenir à se contrôler. Il rigola pendant plusieurs longues secondes avant de parvenir à se redresser, les larmes aux yeux, et de sourire avec un air reconnaissant.
- Merci Peter. Je crois que j'avais définitivement trop besoin de rigoler autant de la situation.
Jodie frappa à la porte du cachot et entra. Devant elle, Rogue s'était retourné précipitamment, sa baguette tendue. Il la baissa en la reconnaissant mais son regard resta méfiant.
- Relax, souffla Jodie. Les autres s'inquiétaient de ne pas te voir au dîner et tu viens toujours te planquer ici quand tu as des trucs à faire. Tu faisais quoi ?
- Je travaillais sur mon Secret Santa, avoua Rogue. Je n'ai pas envie de subir les railleries des autres quant à ma destinataire.
- Tu ferais donc partie de ceux qui ont menti en prétendant que c'est l'un de nous ?
- Bien sûr. Tu peux tenir ta langue, je suppose ?
- Je serai muette comme une tombe, promit Jodie.
- C'est Lily Evans.
- Une Gryffondor qui a passé les six dernières années à te détester chaque jour un peu plus, tu sembles avoir tiré le gros lot, commenta Jodie.
- Justement ! C'est une occasion en or de me faire pardonner, de lui rappeler ce qui nous unissait avant notre entrée à Poudlard. Et je n'ai pas besoin des grands discours de Bellatrix sur le fait qu'elle ne mérite que de se faire tuer à notre sortie de Poudlard.
En parlant, le corps de Rogue s'était un peu détendu et il laissa Jodie le contourner pour qu'elle puisse voir ce qu'il y avait devant lui. Dans un bocal rempli d'eau, une fleur de lys s'ouvrait et se fermait à intervalles réguliers par magie.
- Lors de notre première rencontre, elle s'extasiait de parvenir à faire s'ouvrir des fleurs, expliqua Rogue. C'est là que je lui ai expliqué ce qu'était la magie, pourquoi elle arrivait à faire tout ça… Je voulais lui rappeler ce moment-là.
- C'est trop mignon, lança Jodie avec un grand sourire. Tu lui offres ça, elle se souvient de l'époque où vous étiez amis, elle vient te voir et s'excuse de t'avoir ignoré pendant toutes ces années, tu t'excuses également de tout ce que tu as pu lui dire sur le coup de la colère, vous faites la paix, tombez dans les bras l'un de l'autre, vous vous mariez et avez beaucoup d'enfants. C'est ça ton plan ?
- C'est un peu exagéré mais ça y ressemble, avoua Rogue.
- Tu me fais vomir, sérieusement, Severus, trancha Jodie.
Il n'y avait plus l'ombre d'un sourire, même ironique, sur son visage qui n'exprimait plus que du dégoût et, devant l'air d'incompréhension affiché par Severus, elle reprit :
- Est-ce que tu veux bien prendre le temps de revenir sur toutes les discussions que vous avez pu avoir tous les deux depuis ces six dernières années, et entendre ce qu'elle t'a réellement dit à chaque fois ? Parce que là, j'ai surtout l'impression que tu ne l'écoutais que d'une oreille en te persuadant qu'elle exagérait, qu'elle ne le pensait pas ou qu'elle parlait sous l'émotion. Sauf que non. Son avis sur toi, elle a eu six ans pour se le forger, sans influence extérieure, sans être manipulée. Elle t'a vu sympathiser avec nous tous, elle t'a vu chercher des excuses à tous ceux d'entre nous qui ont utilisé de la magie noire sur des sang-de-bourbes, elle t'a vu être beaucoup trop à l'aise au milieu de nous tous. Mais surtout, à chaque fois qu'elle a essayé de te faire comprendre à quel point elle désapprouvait, tu as refusé de l'écouter. Et pourtant Merlin sait à quel point elle a essayé. Mais toi, tu t'es borné à te chercher des excuses, à mettre en comparaison les agissements de Potter et Black en espérant que les tiens passent ainsi comme étant acceptables, et surtout, surtout, à nier le fait que vous n'êtes et ne serez jamais dans le même camp et que votre amitié est désormais impossible. Tu l'aurais compris depuis longtemps si tu ne t'étais pas bouché les oreilles et baigné dans ta fierté et ton orgueil à chaque fois qu'elle te l'a dit. Et comme tu as à chaque fois refusé de l'écouter, on arrive à ce genre de situation où ton manque de considération pour elle te conduit à penser qu'elle acceptera de te pardonner grâce à une fleur en cadeau.
Rogue était resté silencieux mais avait encore plus pâli que d'habitude en écoutant Jodie qui reprit :
- Tu veux te rapprocher d'elle et passer votre vie ensemble ? C'est facile. Renie tout ce que tu es, renie-nous, renie le Seigneur des Ténèbres. Arrête catégoriquement la magie noire, rejoins l'Ordre du Phénix et jette-toi corps et âme dans la guerre pour nous vaincre un jour et lui permettre de vivre libre, sans insultes, sans discriminations, sans risquer de se faire tuer du jour au lendemain à cause de ses origines. Et comme ça conduirait à te renier toi-même, à renier tout ce que tu es et tout ce en quoi tu crois, tu ne le feras pas, parce que tu ne croiras pas une seconde être dans le bon camp. Tu parviendras peut-être à faire semblant pendant quelques mois ou quelques années, et il y a une chance infime mais présente que tu finisses par être convaincu et changer véritablement de camp. Mais tu en souffriras, atrocement, nous te manquerons, tu passeras ta vie à douter et à te demander ce que tu fais là, parce que ce camp, il ne conviendra pas à tes opinions, il ne te conviendra pas et ne te représentera pas. Ou alors, elle peut aussi rejoindre le Seigneur des Ténèbres, s'inventer une origine sorcière pour faire croire qu'elle est de sang-mêlé et être acceptée. Mais là encore, elle ne le fera pas, pour exactement les mêmes raisons, parce que ni elle, ni aucune fille au monde, ne sera jamais du genre à renier qui elle est et ses convictions les plus profondes par affection pour quelqu'un et encore moins quand le type en question refuse de le voir et d'accorder de l'importance aux dites convictions. Et ça, Severus, malgré toutes vos conversations sur le sujet, tu as toujours refusé de l'entendre, parce que ton ego t'a toujours empêché de comprendre que tu ne seras, qu'aucun homme ne sera, plus important que son identité et ses convictions et ses passions.
Rogue avait paru se ressaisir mais il ne tenta pas de répondre pour autant et laissa Jodie conclure avant de s'en aller :
- Ton problème, Severus, c'est que tu t'estimes légitime à ravir son attention sans l'ombre d'une considération pour ce qu'elle pense réellement de toi. Avec un tel comportement et un tel déni de ta part, tu ferais presque passer des crétins comme Potter pour des compagnons acceptables en comparaison.
- Monsieur Potter, Miss Evans ! Entrez, invita le professeur McGonagall, et asseyez-vous.
James et Lily s'étaient retrouvés devant sa salle de classe pour la retenue dont ils avaient écopé pour avoir essayé de dérober la liste du Secret Santa. Sur les deux tables devant le bureau de la professeure, des grandes boites à moitié rongées d'humidité étaient posées. McGonagall expliqua :
- Ces boites contiennent la majorité du suivi des inscriptions. Qui a reçu sa lettre pour Poudlard, qui y a répondu positivement ou négativement, par quel moyen… Nous les conservons à des fins statistiques. Celles-ci ont été complètement trempées suite à un raz-de-marée provoqué en fin d'année dernière.
Son regard était devenu suspicieux et s'était posé sur James qui protesta :
- Je vous ai déjà dit cent fois que je n'avais rien à voir là-dedans !
- Le fait que nous n'ayons jamais trouvé de preuve de votre implication, à vous ou à Monsieur Black, ne suffit pas à vous rendre innocent, Potter. Peu importe, ce n'est pas la question. J'aimerai que vous les décryptiez tant qu'elles sont encore lisibles et que vous les recopiiez au propre.
Ils acquiescèrent et s'installèrent devant les tables en sortant parchemins, encriers et plumes. James saisit la première fiche et soupira. Remplie de tâches d'humidité, trouée par endroits, l'eau avait délavé l'encre écrite dessus, laissant les caractères à peine discernables.
- S'il y a des trous sur le nom des élèves, demandez-les moi, indiqua McGonagall. Pour le reste, vous devriez réussir à reconstituer le texte en fonction des mots autour.
James fronça les sourcils et, suivant du bout de sa plume les traits d'encre encore visibles, parvint à identifier le nom autrefois écrit. Il le recopia avant d'attaquer la suite.
Andromeda Black. Année scolaire 1973. Hibou envoyé le 13 juin 1973. Réponse positive reçue par retour de hibou le 18 juin 1973.
Il acheva de recopier le parchemin avant de jeter à la poubelle l'ancien pour ne conserver que le nouveau. Le voyant finir une fiche, Lily s'étonna :
- Tu arrives vraiment à déchiffrer quelque chose là-dessus ?
- En chuchotant, jeunes gens, demanda McGonagall qui avait sorti un paquet de copies à corriger.
- Ça va en fait, avoua-t-il en baissant la voix. Fais voir ?
Lily lui montra le parchemin sur lequel elle n'avait reconnu que le nom.
- Année scolaire 1963, déchiffra James. Hibou envoyé…
- Comment tu peux lire tout ça ? se plaint Lily. C'est illisible !
- C'est un coup d'œil à avoir, mais celui-là est tordu, avoua-t-il. Voilà, hibou envoyé le 16 juin 1963 ! La syntaxe se ressemble, on devrait avoir de moins en moins de mal au fur et à mesure.
Il observa Lily recopier les informations qu'il lui dictait.
- T'écris super vite, nota-t-il. Eh ! On peut se répartir la tâche autrement ! Ça te dérange de tout écrire ? Je les déchiffre tous et te les dicte, tu les écris ?
- Tout plutôt que d'essayer lire ces torchons, soupira Lily. Vendu !
James finit de lire le parchemin pendant que Lily recopiait quasiment aussi vite qu'il le lisait et il s'en empara d'un autre. Il remarqua qu'ils avançaient relativement vite comme ça, et s'il s'était inquiété que Lily finisse par fatiguer de tout écrire, sa plume continuait à voler au-dessus des parchemins sans ralentir. Ils atteignirent rapidement leur année.
- Bellatrix Black, lut-il. Année scolaire 1971. Hibou envoyé le 25 juin 1971. Réponse positive reçue par retour de hibou le 1e juillet 1971. Elizabeth Bloom. Pareil que Bellatrix pour l'année scolaire et l'envoi de hibou. Réponse négative. Motif : Inscription à Durmstrang. Joséphine Bones… Hey !
- Quoi ?
- Cette fille, Joséphine. Ça fait un moment qu'on cherche à savoir qui elle est. L'un de nous l'a eue en destinataire du Secret Santa. On voulait demander au préfet de Poufsouffle s'il la connaissait mais Remus et Sirius n'ont pas réussi à le rattraper hier soir. Tu m'avais bien parlé d'une fille surnommée Sephy à Poufsouffle ? Tu saurais si c'est elle ?
- Ce n'est pas elle, non. Sephy s'appelle Perséphone McMillan. Et… continua-t-elle en réfléchissant. Oui, j'ai en tête les prénoms des filles de notre année à Poufsouffle. Il n'y a pas de Joséphine parmi elles.
- Au moins ça fait une maison de moins dans laquelle chercher, admit James. Merci !
- Je t'en prie. Alors, Joséphine Bones ? Ses dates de réception de hibou et d'inscription ?
- Ah oui. Hibou envoyé le 25 juin 1971. Visite du professeur McGonagall à son domicile le 26 juin 1971. Confirmation orale d'inscription ce même jour. Pourquoi un prof se serait déplacé chez elle ?
- Ça doit être une née-moldue, répondit Lily. Quand ta famille ne connait rien à la magie, quelqu'un de Poudlard vient chez toi pour tout expliquer à tes parents, te dire où est le Chemin de Traverse, comment accéder au quai 9 ¾, etc. Moi c'était le professeur Flitwick qui était venu. Mine de rien, quand tes parents n'ont jamais entendu parler de magie auparavant, ça les rassure pas mal.
James acquiesça d'un hochement de tête et continua à dicter les feuilles pendant que Lily les recopiait. En une heure, James déclara que c'était le dernier parchemin. Lily posa le point final sur celui qu'elle écrivait.
- Eh bah on a fini alors !
McGonagall releva la tête de son paquet de copies et contrôla quelques uns des parchemins recopiés avant d'acquiescer d'un hochement de tête.
- Bon travail jeunes gens ! Vous pouvez y aller !
Ils sortirent de la salle de classe et, quand la porte fut refermée, James soupira :
- Merci pour la répartition du travail, franchement. J'aurais mis des heures à tout écrire.
- J'aurais mis des heures à tout déchiffrer, avoua Lily. On a géré.
- Super travail d'équipe ! confirma-t-il. Bien joué !
Son poing s'était serré instinctivement pour imiter le geste qu'il partageait avec l'équipe de Quidditch après un match gagné. Avant qu'il ne se souvienne que Lily ne faisait pas partie de l'équipe, celle-ci parut cependant comprendre son intention et laissa échapper un léger soupir amusé avant de fermer également le poing et le cogner légèrement contre celui de James.
- Bien joué, sourit-elle.
Ils regagnèrent la Grande Salle où les maraudeurs étaient encore en train de dîner. Lily partit s'asseoir un peu plus loin et James se glissa à côté de Sirius.
- Pas trop pénible ? s'inquiéta-t-il.
- Pas trop pénible, et instructif ! répondit-il. Elle nous a fait recopier des fiches d'archives d'élèves et on est tombés sur Joséphine Bones, Remus. Apparemment c'est une née-moldue, et Lily est certaine qu'elle n'est pas à Poufsouffle. Il ne… Quoi ?
Sirius, Remus et Peter s'étaient figés avec des yeux ronds en l'entendant raconter ce qu'il avait découvert.
- Qu'est-ce qu'il y a ? reprit James. Ne me dis pas que tu as croisé le préfet de Poufsouffle et qu'en fait elle y est ?
- Non, répondit lentement Remus. J'ai pas pu lui demander. Par contre j'ai croisé celui de Serdaigle qui m'a juré qu'elle n'était pas parmi eux.
- Quoi ? demanda James en commençant à comprendre ce qui les avait dérangés. Mais… Si elle n'est ni chez nous, ni à Serdaigle, ni à Poufsouffle…
- Attends, c'est pas possible ! protesta Sirius. Toute la bande de Serpentards de notre année, Bellatrix, Rogue, Avery, Lestrange… Ils sont tous soudés comme les doigts de la main, on n'en voit jamais un sans tous les autres, tous unis dans leur haine des moldus et leur engagement auprès de Voldemort… Si ce que tu as trouvé est vrai alors…
- Alors ça veut dire qu'il y a parmi eux une née-moldue qui réussit depuis plus de six ans à leur mentir et tous les berner sur son statut du sang, conclut Remus.
Assise sur le canapé de la salle commune, devant la cheminée, Jodie fixait une plume achetée l'après-midi même chez Scribenpenne. Bellatrix la rejoignit et supposa :
- Le cadeau pour Lupin ?
- Oui. J'aimerais la personnaliser un peu, qu'elle s'anime ou écrive un truc… Quelque chose de surprenant. Mais je n'ai aucune idée de quoi faire…
- Un cadeau en apparence innocent qui recèlerait en fait une mauvaise blague ? sourit Bellatrix. Je te reconnais bien là, ma chérie.
Jodie laissa échapper un petit rire et son regard brilla quand elle répondit :
- Tu l'as dit toi-même, je suis la plus Serpentard de nous tous réunis.
Bellatrix rigola également mais étouffa rapidement un bâillement.
- Je ne vais pas tarder à aller me coucher.
- Ne m'attends pas, répondit Jodie. Je n'ai pas sommeil, je vais en profiter pour finir mes devoirs en retard. Bonne nuit !
- Comme tu veux. Bonne nuit également dans ce cas.
Bellatrix s'éclipsa dans les escaliers, suivie petit à petit par Rogue, Lestrange et Avery. Jodie resta seule, lovée sur le canapé, mais elle ne sortit pas ses devoirs. Elle patienta, longtemps. Le temps lui semblait interminable et elle aurait eu envie de se lever au bout d'une minute, mais elle ne pouvait pas prendre le risque. Aucun d'entre eux ne dormait, n'importe lequel d'entre eux pouvait encore redescendre. Quand une demi-heure fut écoulée, elle s'autorisa à se relever et sortit de la salle commune.
- Lumos !
Sa baguette éclairant les cachots, elle se faufila sans une hésitation dans les longs couloirs de pierre, bifurquant à plusieurs reprises avant de s'arrêter devant l'une des portes.
- Alohomora.
Elle n'attendit pas le cliquetis de serrure pour actionner la poignée et ouvrir la porte. Un courant d'air glacial passa dans son dos au moment où elle entra et elle se retourna, brandissant sa baguette devant elle. Mais rien. Elle était seule. Elle referma la porte sur laquelle elle relança le collaporta qui la protégeait. D'un coup de baguette, Jodie alluma les torches au mur, éclairant un cachot d'une dizaine de mètres carrés. Le long du mur face à la porte, plusieurs coussins posés par terre formaient une espèce de banquette improvisée. Aux murs au-dessus des coussins, plusieurs photos s'étalaient. Jodie à 10 ans, entourée d'un groupe d'amis dans un parc de Leicester. Ses parents. Son petit frère qui n'aurait pas tardé à recevoir sa lettre de Poudlard s'il avait développé les mêmes pouvoirs qu'elle. Toutes les photos étaient immobiles, tous les gens dessus étaient habillés en moldus. Son regard s'était arrêté sur la photo de son frère et, dans un réflexe routinier, elle déposa un baiser sur sa main qu'elle envoya en direction de son image.
- Salut mon chéri, soupira-t-elle. Tu me manques.
Une seconde de silence tomba mais fut trop rapidement rompu par une voix derrière elle :
- Tu parles à qui ?
Elle se retourna d'un bond en brandissant sa baguette devant elle. Remus Lupin était appuyé contre le mur à côté de la porte, une cape d'invisibilité dans la main. Elle s'était apprêtée à jeter un sortilège mais Remus n'avait même pas sorti sa baguette. Bellatrix n'avait pas encore déteint sur elle au point qu'elle parvienne à attaquer quelqu'un qui n'essayait même pas de se défendre. Elle se contenta de faire un geste de sa baguette pour lui désigner le coin opposé du cachot.
- Écarte-toi de la porte.
Remus obtempéra et ils se déplacèrent tous les deux, jusqu'à ce que Jodie soit appuyée contre la porte, bloquant la seule sortie, pendant que Remus lui faisait toujours face.
- Qu'est-ce que tu fais là Lupin ? Qu'est-ce que tu me veux ? D'abord, comment tu as trouvé cet endroit ?
- Je suis là parce que je voulais te parler. Pour te trouver, j'ai mes sources.
Elle avait jeté un coup d'œil suspect au parchemin qui dépassait de la poche de sa robe mais releva les yeux vers lui.
- Qui d'autre est au courant de cet endroit ?
- Personne. Pas même James, Peter ou Sirius. Je ne le connaissais moi-même pas, ça faisait juste quelques jours que j'attendais que tu sortes de la salle commune et je t'ai suivie.
- Et qu'est-ce que ça t'a apporté de découvrir cet endroit ?
- J'avais déjà compris que tu es née-moldue. Pour le reste, je t'ai juste vu envoyer un baiser à un mur vierge. Un sortilège de Fidelitas dont tu es la gardienne, je suppose ? C'est de la belle magie, franchement. C'est insoupçonnable que tu caches quelque chose ici.
- Je te remercie, souffla-t-elle en esquissant l'ombre d'un sourire fier. Et comment tu as su que j'étais née-moldue ?
- James l'a lu dans une fiche d'archives conservée par McGonagall.
- J'avais détruit ces fiches en inondant le cachot l'année dernière ! protesta Jodie. Les autres avaient appris leur existence et voulaient dénicher des infos sur toi et tes secrets. Je pouvais pas prendre le risque qu'ils trouvent la mienne.
- James a réussi à la déchiffrer tout de même. Je dois avouer que c'était bien joué. Et je dois te remercier également, il y avait moyen que cette fiche trahisse mes propres secrets. On est quittes ?
- Quittes ? rigola Jodie. Lupin, ce n'est pas comme si tu m'en avais dit beaucoup sur toi ! Qu'est-ce que tu veux, tu ne m'as pas répondu ? Si tu voulais me parler tu pouvais tout aussi bien venir me voir à notre table pendant un repas !
- Tu aurais été libre de dire grand-chose ? s'étonna Remus.
Jodie soupira ostensiblement.
- Tu ne comptes pas me foutre la paix avant d'avoir toutes tes explications, pas vrai ?
- Non, en effet.
Jodie s'éloigna vers les coussins et se lança tomber dessus, s'installa confortablement avant de déclarer :
- OK je t'écoute. Profite-en, tu n'auras pas d'autres occasions.
- Comment tu as réussi ça ? Comment une née-moldue a réussi à berner les héritiers des plus grandes familles de sangs-purs ?
- J'ai eu de l'aide, avoua Jodie.
Elle ferma légèrement les yeux, se replongeant dans ses souvenirs au fur et à mesure qu'elle racontait son récit.
Jodie monta ses bagages dans le filet avant de se retourner vers les fenêtres pour adresser un vif geste de la main à ses parents et son frère restés sur le quai. Elle ne les quitta pas des yeux jusqu'à ce que le train s'éloigne trop pour qu'elle puisse encore les voir. Elle se détourna de la fenêtre et s'installa plus confortablement contre la banquette.
- Salut ! On peut s'asseoir ici ?
Elle releva la tête vers le garçon qui avait parlé. Environ seize ans, plutôt agréable à regarder, un sourire avenant sur le visage qui donnait envie de lui faire confiance. Il portait déjà son uniforme et une cravate jaune et noire. A côté de lui, une fille de son âge paraissait plus réservée et portait une cravate verte et argentée.
- Bien sûr ! Jodie. Enfin Joséphine, mais tout le monde m'appelle Jodie, bafouilla-t-elle. Joséphine Bones. Enchantée.
- Julius Montague, se présenta le garçon, et ma sœur, Mia.
Julius s'assit face à elle et Mia monta rapidement leurs bagages dans les filets. Elle avait levé un sourcil surpris quand elle s'était présentée et, une fois assise, elle demanda :
- Bones, de la famille d'Edgar et Amélia ?
- Oh non. Je… Ma famille est moldue, bafouilla-t-elle. Je doute que grand-monde nous connaisse à Poudlard.
- Je vois, répondit simplement Mia.
Son air mi-timide mi-renfrogné avait légèrement inquiété Jodie.
- Ça pose un problème ? D'être née-moldue ?
Mia parut hésiter sur la réponse et ce fut Julius qui répondit :
- Pas pour nous. Mais pour d'autres sorciers, oui. Certains… Certains considèrent que seules les familles qui sont sorciers depuis des générations ont le droit d'apprendre la magie. Personnellement j'estime que ce sont des bêtises, que la magie n'apparaîtrait pas chez des enfants de moldus s'ils n'en étaient pas dignes. Mais certaines personnes commencent à l'affirmer de plus en plus fort, à se faire remarquer pour ce genre d'idées, à mener des attaques sur des nés-moldus… Si tu veux mon avis, il vaudrait mieux que tu restes loin de ce genre de personnes.
Jodie avait acquiescé mais Mia se renfrogna encore plus.
- En fonction de la maison dans laquelle elle tombe, ça risque d'être compliqué cette année.
- Pourquoi ? s'étonna Jodie.
- Il y a pas mal d'enfants de vieilles familles sorcières anti-moldus qui entrent à Poudlard, expliqua Julius. Rodolphus Lestrange, Sirius et Bellatrix Black, le petit Avery… S'ils suivent le parcours de leur famille, il y a de fortes chances qu'on les retrouve tous à Serpentard. Si tu y es envoyée aussi, alors oui, tu ne pourras pas les éviter.
- OK, raisonna Jodie. Si je ne vais pas dans leur maison alors je suis tranquille. Et si j'y suis… Je pourrais cacher mes origines moldues ? Leur dire que mes parents sont sorciers ?
- Bonne chance, souffla Mia. Et si tu commences à envisager toutes les éventualités possibles dès maintenant alors je peux dores et déjà te souhaiter la bienvenue parmi nous.
Julius était resté pensif.
- C'est vrai que tu pourrais bien y être envoyée. Quant à te faire passer pour l'une des leurs… C'est compliqué. Déjà tu as l'avantage de t'appeler Bones. C'est un pur hasard mais tu arriveras peut-être à leur faire croire que tu es une sœur d'Edgar et Amélia, née après que leurs parents aient coupé les ponts avec les autres familles de sang-pur. Il te faudra… Du culot. Beaucoup de culot et d'audace. Un minimum de connaissances sur leurs familles. Tout ce que les Bones – les autres – ont dû apprendre. Mais au moins ils te pardonneront ton manque de connaissance sur les bonnes manières ancestrales.
- Ça se tente, honnêtement, admit Mia. Si vraiment tu te retrouves avec eux ce sera une vraie fosse aux serpents où tu seras condamnée dès qu'ils apprendront que tu es née-moldue. Alors autant tenter. Ils te haïront de toute façon, avec ou sans cette trahison.
Jodie avait légèrement pâli devant l'ambiance décrite par Mia et Julius reprit :
- On n'y est pas encore bien sûr. Il paraît que certaines personnes ont réussi à demander au Choixpeau de les envoyer dans une maison en particulier. Si tu n'es pas avec eux, nous t'aurons juste fait peur pour rien.
- Tant pis, trancha Jodie. Je ne compte pas attendre d'être effectivement avec eux pour m'y préparer. S'il te plaît… Ça te prendrait beaucoup de temps de m'en dire suffisamment pour que… Ça puisse effectivement se tenter ? Si vraiment je suis envoyée à Serpentard ?
Julius haussa les épaules.
- Au pire ça te fera de la culture générale sur les familles sorcières !
Il avait passé tout le trajet à lui parler des vieilles familles du monde sorcier, leurs mentalités, leurs croyances, les familles traîtres à leur sang, cette famille Bones dont elle ignorait tout. Elle les avait quittés quand le train était arrivé à la gare de Pré-au-lard. La traversée du lac, l'arrivée au château éclairé dans la nuit, le hall d'entrée, le professeur McGonagall qui les accueillait, tout passa comme en accéléré, jusqu'au moment qu'elle appréhendait le plus. La répartition. Elle reconnut certains noms appelés – Avery, Bellatrix Black, Sirius Black. Deux sur trois à Serpentard.
- Bones, Joséphine !
Elle s'avança et le Choixpeau tomba sur ses yeux.
- Oh, intéressant, souffla-t-il à l'intérieur de sa tête. Une envie de faire ses preuves à toutes forces, de la ruse, beaucoup de ruse. Oui je crois que le chemin va être tout tracé pour toi…
- Tu penses à Serpentard, c'est ça ? demanda Jodie. Il n'y a vraiment pas d'autres options ?
- Serpentard t'effraierait-il à ce point ? Je t'y verrais vraiment comme un poisson dans l'eau. Nous pourrions réfléchir à une solution si vraiment tu ne le souhaites pas mais… Ce serait dommage. Oui, peut-être que Poufsouffle pourrait te faire une place. Mais tu y seras toujours moins à l'aise qu'à Serpentard.
Jodie réfléchit quelques secondes. Julius lui avait décrit les maisons, leurs qualités, leurs défauts, leurs ambiances. Mia lui avait parlé de Serpentard, Julius de Poufsouffle. Et elle ne pouvait pas le nier. Serpentard l'avait fait rêver. Dans leurs explications, leurs descriptions, elle avait petit à petit décidé qu'elle adorait cette maison. Peut-être qu'elle en baverait au milieu de condisciples plus racistes les uns que les autres – elle l'ignorait, seuls deux d'entre eux avaient été répartis. Et elle aimait déjà cette maison.
- Non, c'est bon. Va pour Serpentard.
- Et nous sommes donc d'accord sur SERPENTARD !
Elle avait rejoint la table sous les applaudissements et cris de joie et avait achevé de se convaincre qu'elle les aimait déjà. Elle s'assit en face de Bellatrix – deux personnes la séparaient de Mia. Bellatrix l'avait toisée à son arrivée et, quand la répartition continua, elle garda les yeux fixés sur elle.
- Bones, c'est ça ?
- En effet, approuva-t-elle. Pourquoi cette question ?
- J'ignorais que les traîtres à leur sang d'Elisabeth et Edward Bones s'étaient multipliés à ce point.
Le regard de Bellatrix était resté soupçonneux. Du culot. De l'audace, ce serait ce qui la sauverait. Elle se redressa légèrement.
- Les penses-tu sincèrement du genre à envoyer un faire-part de naissance aux familles respectables de ce monde ?
Bellatrix ne masqua pas sa surprise.
- Tu serais vraiment en train de dire qu'ils auraient réussi à avoir une descendante attachée aux valeurs sorcières ?
- S'ils ont réussi à les renier, il doit m'être également possible de faire machine arrière en les laissant s'enfoncer seuls dans leur amour des moldus. Ne penses-tu pas ?
La question obligea Bellatrix à réfléchir et donc, à ne pas chercher les failles ou signes de manque de confiance qu'elle aurait pu manifester en prononçant cette phrase sans avoir la moindre idée d'à quel point elle était crédible. Elle finit par acquiescer d'un hochement de tête convaincu et la méfiance quitta son regard.
- Dans ce cas tu vas avoir besoin d'aide pour revenir dans le droit chemin, c'est même un miracle que tu ne t'en sois pas éloigné tant que ça. Je peux t'y aider. Appelle-moi Bella, proposa-t-elle en lui tendant la main.
Elle serra sa main en lui rendant son sourire :
- C'est très aimable à toi, vraiment. Appelle-moi Jodie.
En lâchant la main de Bellatrix, Jodie aperçut Mia esquisser l'ombre d'un sourire admiratif.
Une seconde de silence tomba dans le cachot quand Jodie conclut le récit de sa première soirée à Poudlard et Remus finit par le rompre :
- Impressionnant, admit-il. Bellatrix n'a vraiment jamais rien soupçonné ?
- Oh si, souvent pendant notre première année, admit-elle. Quand elle évoquait quelqu'un que les Bones fréquentaient et que j'ignorais tout de cette personne ou qu'elle me proposait des chocogrenouilles sans que j'ai la moindre idée de ce que ça pouvait être ou encore qu'elle tombait sur des photos de mon frère. Elle doutait mais je parvenais à dévier la conversation le temps de retrouver Mia ou Julius qui me briefaient sur le sujet. Si elle me parlait d'Harvey McMillan, le partenaire d'affaires d'Edward Bones, je lui disais que ça me rappelait qu'il y avait une Perséphone McMillan dans notre année et l'interrogeait sur un possible lien de parenté entre eux. Je répondais que les chocogrenouilles ne m'avaient jamais intéressée plus que ça. Que mon frère était le fils d'amis moldus de mes parents qui m'avaient obligée à emmener des photos de lui en souvenir. Ce genre d'explications suffisamment vagues pour que, peu importe le sujet, ça puisse passer. Puis, quand les Montague m'avaient expliqué la situation, je ramenais dans la conversation suivante une anecdote sur Harvey McMillan ou lui proposait des patacitrouilles. Et j'ai fait disparaître toutes mes photos dans ce cachot, protégées par des sorts de plus en plus puissants au fil des années. Et les doutes qu'elle avait pu avoir disparaissaient. Julius en avait touché un mot à Amélia et Edgar Bones qui ont accepté de jouer le jeu d'une sœur dont ils désapprouvaient les choix. Au final ça revenait juste pour eux à m'ignorer royalement, je ne pense pas que ça les ait tant dérangés que ça. Mia est partie de Poudlard à la fin de notre première année, et Julius à la fin de la deuxième, mais j'en avais appris assez pour me débrouiller seule. Et ça tient depuis plus de six ans.
- Et après ? s'interrogea Remus. Quand vous sortirez de Poudlard, tu comptes faire quoi ? Tu ne pourras pas rester proche d'eux sans t'engager auprès de Voldemort, ni les fuir sans qu'ils se posent des questions dont tu ne pourras plus fausser les réponses.
- J'ai bien l'intention de rester en vie après Poudlard, même si ça implique de rejoindre le Seigneur des Ténèbres.
- Quoi, tu espères réussir à le tromper lui aussi ?
- Personne ne peut le tromper. Mais vu le nombre de ses partisans, tu ne me feras pas croire qu'il n'y a que des sang-purs parmi eux. Il y a forcément des sang-mêlés, peut-être même des nés-moldus dont il est le seul à connaître le statut du sang. Bellatrix a déjà ses entrées auprès de lui, elle le rassurera quant à ma loyauté.
- Il ne s'arrêtera pas là ! s'exclama Remus. Jodie, tu n'as pas idée de ce qu'il te demandera pour prouver tes convictions ! Tu réagiras comment le jour où il te demandera de tuer tes parents ou ton frère ?
Jodie avait légèrement pâli à cette évocation et Remus reprit :
- Tu vaux mieux que ça Jodie… Malgré toutes les apparences, tu ne me feras pas croire que tu es aussi convaincue et prête à tout pour tuer des moldus que Bellatrix ou Rogue ou Avery…
- Qu'est-ce que tu en sais, Lupin ? Tu ne m'avais jamais remarquée auparavant, je ne suis pas sûre que tu savais même que j'existais…
- Justement, fit remarquer Remus. Contrairement à eux, tu ne t'es pas faite remarquer. Tu n'as jamais attaqué ou insulté qui que ce soit, tu n'as jamais été aussi loin qu'eux. Et je suis bien placé pour savoir que lorsqu'on refuse de prendre part à des attaques ou des harcèlements, c'est que peu importe à quel point on ne veut pas décevoir ceux qui en sont les auteurs, au fond de nous on désapprouve ce comportement. Tu n'es pas comme eux et quand vous sortirez de Poudlard, tu ne pourras plus rester en retrait. Tu seras obligée soit d'aller au front pour leur prouver ta loyauté, soit d'être une ennemie. Il n'y a pas de camp neutre dans cette guerre, il n'y en a plus.
- Alors qu'est-ce que tu suggères ? demanda Jodie en haussant les sourcils. Que je retourne dans mon dortoir réveiller Bellatrix et lui avouer qu'elle partage le dortoir d'une née-moldue depuis six ans ?
- Oh je ne te demande pas d'arrêter de faire semblant tant que tu es obligée de vivre avec eux, nota Remus. Mais… Tu les apprécies ? Honnêtement ? Au point d'avoir sincèrement envie de continuer à les fréquenter quand vous serez sortis de Poudlard ?
Jodie marqua une seconde d'hésitation avant de répondre :
- Figure-toi que je n'ai pas beaucoup d'éléments de comparaison. Ils sont ma maison, ma famille de Poudlard, mes seuls amis. Est-ce que j'ai été heureuse parmi eux pendant ces six ans ? Bien que ça ait été stressant au début, avec le recul, la réponse est oui. J'ai appris à les aimer, à être à l'aise au milieu d'eux, à aimer rentrer dans ma salle commune le soir ou m'asseoir avec eux le midi. Est-ce que j'ai été plus heureuse que si j'avais été honnête avec eux ? Oui, clairement, je n'ose pas imaginer ce qu'auraient été ces six années si j'avais été isolée seule dans cette maison contre eux tous. Est-ce que j'aurais été plus heureuse auprès d'autres gens avec qui j'aurais pu être honnête ? Ça je n'en sais rien. J'ai sincèrement aimé ces six dernières années avec eux, les autres hypothèses n'ont pas d'importance. Fin du débat.
- Et quand tu ne pourras plus faire semblant ? Quand Voldemort te donnera le choix entre tuer ta famille ou révéler la vérité à Bellatrix et la lancer à tes trousses ? Tu seras prête à les envisager, tes autres éventualités ?
Jodie resta silencieuse à nouveau, l'air légèrement renfrogné.
- Qu'est-ce que tu sais de lui ? finit-elle par demander sur un ton agressif. Qui te dit que cela finira obligatoirement avec un ultimatum impossible à respecter ?
- Au vu du nombre de ses anciens sympathisants dont on retrouve les corps, je doute qu'il soit du genre à respecter les personnalités et convictions des gens qui l'approchent, nota Remus. Jodie, tu as d'autres solutions. Tu auras à choisir de toute façon et si tu nous choisis, nous pourrons te protéger.
- Je n'ai pas besoin d'être protégée. Si j'ai réussi à m'en sortir en partageant leur salle commune pendant autant de temps alors j'estime pouvoir me débrouiller dehors également.
- Tu ne pourras pas être sur tous les fronts ! Tu ne pourras pas mettre ta famille à l'abri, te défendre toi-même également et encore moins mener une vie normale !
Remus sembla sur le point de continuer mais hésita puis se ravisa. Il se redressa, quittant le mur sur lequel il s'était adossé. Jodie se releva d'un bond et ressortit sa baguette mais Remus leva les mains en signe d'apaisement.
- Je ne compte pas passer la nuit à essayer de te convaincre. Je suis venu ici pour que tu saches que tu avais d'autres solutions que de les suivre après votre sortie de Poudlard. Maintenant que tu le sais, je n'ai pas de raisons d'insister ou de t'empêcher de profiter de cet endroit et des photos de tes proches. Tu permets ? demanda-t-il en désignant la porte.
Jodie acquiesça d'un hochement de tête, l'air plus renfrogné que jamais, et Remus rejoignit la porte. En l'atteignant, il se retourna vers elle :
- Je suppose tout de même que ça t'a fait du bien de parler de tout ça après autant d'années de silence ? Crois-moi, en parler c'est un premier pas vers le fait de trouver une solution. Réfléchis-y !
Il se retourna vers la porte et posait sa main sur la poignée quand il entendit Jodie ricaner légèrement.
- Sérieusement, Lupin, tu crois franchement être le premier crétin qui arrive à découvrir la vérité et que je suis obligée d'amadouer ?
Remus se retourna mais n'eut pas le temps d'attraper sa baguette, Jodie avait déjà brandi la sienne.
- Oubliettes !
Les Serpentards descendirent dans leur salle commune en bâillant. Les cheveux de Bellatrix étaient encore plus emmêlés que d'habitude, Jodie avait juste ramené les siens en un vague chignon. En bas de l'escalier du dortoir des garçons, Rodolphus paraissait encore avoir les yeux collés de sommeil et Rogue semblait plus renfrogné que jamais. Une mélodie jouait des cantiques de Noël en boucle dans la salle et, au pied du sapin installé à côté de la cheminée, une montagne de cadeaux étaient posés. Plusieurs élèves s'affairaient déjà pour trouver les leur. Ce vendredi était le dernier jour avant les vacances de Noël et, en conséquence, celui de la distribution des cadeaux. La veille, ceux qui devaient offrir un cadeau à quelqu'un d'une autre maison l'avaient remis au directeur de la maison concernée qui s'était chargé de la distribution. Ils s'approchèrent du sapin et, restant derrière les premières années qui s'affairaient encore à chercher leur nom, tâchèrent de sonder chaque paquet.
- Oh ! s'exclama Jodie. Tiens Severus, je crois que c'est à toi ça !
Elle avait désigné quelque chose au milieu d'un tas de paquets et demanda à un plus jeune devant elle :
- Tu peux faire passer le parchemin devant toi, là, celui au nom de Severus Rogue ?
Le jeune s'exécuta et remit à Jodie un rouleau de parchemin maintenu fermé par un ruban rouge et or.
- Ça promet, grommela-t-il.
Rodolphus acquiesça d'un hochement de tête et Rogue alla s'asseoir dans un fauteuil proche avant de dérouler la lettre.
Rogue,
Je te laisse aisément deviner à quel point j'ai pu galérer à trouver quelque chose à t'offrir de suffisamment symbolique. Nous nous sommes haïs depuis notre premier jour, nous n'avons eu de cesse de nous envoyer différents sortilèges à chaque occasion, je t'ai attaqué en public, tu répliquais avec des sortilèges de magie noire, et ce dans une querelle sans fin.
Inutile de te dire, donc, que je voyais difficilement ce que je pourrais t'offrir qui annulerait purement et simplement six ans de rivalités. Mais Peter m'a rappelé que, au milieu de cette guerre sans fin, je t'ai sauvé la vie l'année dernière. Nous n'en serions pas arrivés là sans Sirius, certes, peu importe. Je t'ai sauvé et les lois sorcières en vigueur considèrent que tu as une dette de sang envers moi dont nous ne serons quittes que lorsque tu m'auras sauvé à ton tour.
Le problème, c'est que, pour toutes les raisons que j'ai citées plus haut, je préfère rester éloigné de toi autant que faire se peut jusqu'à la fin de l'année et ne plus du tout entendre parler de toi après. J'imagine aisément que tu dois plus ou moins penser la même chose. Et cette dette de sang, en t'obligeant à m'être redevable, risquerait de venir perturber ce souhait commun. Alors bien sûr, ce sujet n'était jamais revenu sur la table depuis la nuit où je t'ai fait sortir du saule cogneur, mais j'ai une pleine confiance envers la foutue fierté des Serpentards pour me douter que cela t'était tout de même resté en tête.
Puisqu'on nous demande un geste symbolique d'apaisement à l'occasion de ce cadeau, je t'offre donc de briser ce lien entre nous. Peu importe si tu ne me sauves jamais, je préfère que tu n'essaies pas et reste loin de moi. Ceci est une annulation formelle de la dette qui nous reliait encore, considère qu'elle n'existe plus et que tu ne me dois plus rien. A notre sortie de Poudlard, repartons sur des bases neutres et dans un monde où nous pourrons en toute tranquillité rester le plus éloigné possible l'un de l'autre. Je ne peux rien te proposer de mieux en termes d'apaisement.
Passe de bonnes fêtes.
James Potter.
- Impressionnant ! commenta Avery qui avait lu par-dessus son épaule. Ce crétin n'y va pas de main morte quand il s'agit d'oublier de vieux conflits.
- Ça ne me fera jamais oublier les actes de ce crétin, nuança Rogue, mais j'avoue que c'est appréciable. Je suppose que je ne pouvais en effet rien attendre de mieux de sa part.
Il roula le parchemin et le fourra dans la poche de sa robe pendant que Bellatrix, qui avait réussi à s'approcher du sapin, s'emparait de deux cadeaux :
- Rodolphus, j'ai les nôtres !
Elle tendit un paquet à Rodolphus qui l'ouvrit rapidement. Accompagné d'une carte signée de Bellatrix, il contenait une petite chaîne dorée au bout de laquelle un pendentif était accroché. Rodolphus reconnut le pendentif, il avait appartenu à Bellatrix qui le jugeait trop banal pour le porter. Mais elle l'avait modifié. Sur l'une des parois extérieures du collier, une marque des ténèbres avait été finement gravée, à peine discernable si l'on n'y prêtait pas attention, mais avec un sens du détail et une perfection remarquable. L'intérieur du pendentif contenait, de chaque côté, une photo d'eux.
- Joyeux Noël mon chéri, souffla Bellatrix à son oreille.
Rodolphus se retourna vers elle et l'embrassa furtivement.
- Tu es parfaite. Il est parfait. Merci beaucoup. Et toi, qu'as-tu eu ?
- Mon crétin de cousin m'a rendu une gourmette qu'il m'avait volée quand nous étions enfants. J'ai du mal à considérer comme un cadeau le fait de me rendre quelque chose qui m'appartenait de toute façon, mais je suppose que je ne pouvais pas en attendre plus de sa part.
Ils relevèrent la tête vers Jodie qui avait extirpé un paquet du pied de l'arbre. Elle l'ouvrit pour découvrir un gros paquet de patacitrouilles accompagné d'une carte :
Ton vrai cadeau se trouve tu-sais-où. Joyeux Noël. Remus Lupin.
- Qu'est-ce qu'il y a écrit dessus ? demanda Bellatrix.
Elle tenta de se rapprocher mais Jodie fourra la carte dans sa poche.
- C'est juste la signature de Lupin. Mais j'avoue que ça me fait super plaisir ! Tu en veux ?
Elle ouvrit le paquet de patacitrouilles dans laquelle elles en piochèrent une chacune et les friandises captèrent toute l'attention de Bellatrix.
- Il ne va pas falloir traîner si on veut avoir le temps de manger, fit remarquer Severus.
Elles levèrent les yeux vers l'horloge et acquiescèrent. Ils remontèrent tous s'habiller et se préparer et, quand ils se retrouvèrent à la sortie de la salle commune dix minutes plus tard, Jodie lança :
- Mince, je me demande si je n'ai pas oublié le sachet de patacitrouilles sur une table de la salle commune. Je n'ai pas envie qu'on me le vide dans la journée. Filez devant, ne m'attendez pas pour le petit-déjeuner !
Ils acquiescèrent et Jodie rentra dans la salle commune, laissant le pan de mur ouvert jusqu'à ce qu'ils aient disparu vers le hall. Elle ressortit et s'élança dans les cachots. Comment Remus pouvait-il se souvenir de cet endroit ? Elle n'avait pas bien dosé son sortilège d'amnésie, celui-ci avait été tellement puissant que Remus avait été complètement déboussolé et qu'elle avait dû le traîner jusqu'au hall d'entrée pour qu'il se reconnaisse et retrouve le chemin de sa salle commune. Elle ne doutait pas qu'il avait rapidement repris ses esprits après, mais il ne pouvait plus avoir de souvenirs de la soirée. Est-ce que quelqu'un d'autre l'avait suivie ?
Elle entra dans le cachot qu'elle referma derrière elle avant d'allumer les torches aux murs. Devant elle, un assortiment de friandises et gâteaux moldus était entreposés. De la poudre de réglisse, des biscuits à la vanille, des rondoudous, des gaufrettes fourrées au caramel… Ses yeux clignèrent légèrement de stupéfaction. Elle avait toujours adoré ces friandises, toutes, au point d'en faire une consommation excessive à chaque vacances pour tenir un an de privation par la suite. Un parchemin était posé devant et elle s'en saisit :
Avant toute chose, ne t'inquiète pas. Je ne me souviens effectivement pas de notre entrevue, James m'avait suivi de loin et m'a permis de retrouver le cachot. Rien de plus. Le reste n'existe pas pour moi et je m'excuse par avance si je vais te dire dans cette lettre des choses auxquelles tu aurais déjà répondu ce soir-là.
Tout ce que j'ai pu déduire de mon absence de souvenirs, c'est que tu tiens à tes secrets. Une seule erreur de ta part te dévoilera aussitôt, une seule personne au courant suffit à menacer un secret et je comprends que tu aies préféré me faire tout oublier. Je le regrette, mais je le comprends. Cependant, je refuse de penser que quelqu'un qui a définitivement renié ses origines garderait aussi profondément dans le château une pièce dédiée à ses souvenirs et à sa vie d'avant.
Je sais à quel point notre identité peut être difficile voire impossible à assumer à Poudlard et je ne te reprocherai aucun des choix que tu as pu faire par le passé, jamais. Ce que je tenais juste à te dire, c'est que tu es encore libre des choix futurs que tu auras à faire. Je refuse que tu penses que tes choix faits quand tu avais onze ans conditionneront le reste de ta vie. Tu as le droit d'être toi-même, tu as le droit d'aimer ta famille et tes origines et surtout, contrairement à ce que de plus en plus de gens essaient d'affirmer, tu as le droit de retirer de la fierté de cette famille et ces origines que tu aimes plus que tout. Tu as le droit d'aimer à la fois ta famille et tes amis de Poudlard, tu as le droit de refuser de les renier sans pour autant avoir à quitter le monde sorcier, tu as le droit de vivre une existence libre et heureuse et de crier sous tous les toits que tu mérites cette existence.
Il y a normalement assez de friandises pour que le stock te tienne jusqu'à la fin de l'année, Dumbledore avait fixé le prix à un gallion mais il n'a jamais donné de limites pour l'argent moldu. Ce n'est bien sûr pas grand-chose, mais peut-être que savourer des friandises moldues au milieu de la pièce de Poudlard dans laquelle tu es chez toi t'aidera à réaliser qu'il n'y a qu'un pas pour t'assumer pleinement, dans l'entièreté de ton identité et de tes origines, et que ce pas est beaucoup moins dur à franchir que tu pourrais le penser.
En espérant que ça te plaise. Si tu désires en parler, tu sais où me trouver.
Les yeux fixés sur la lettre, elle s'assit en tailleur devant le stock de friandises, cherchant à digérer les mots qu'elle venait de lire. Elle ne savait pas si elle lui en était plus reconnaissante pour les friandises, pour les mots écrits ou pour le fait qu'il était impossible pour quelqu'un qui aurait découvert ce cachot de comprendre à qui la lettre était adressée. Rien dans la lettre n'indiquait dans quelle maison elle était ni même si elle était un garçon ou une fille, et ce fait l'aida à se persuader que son secret resterait effectivement gardé. Elle finit par rigoler légèrement de dépit et prit le temps de croquer et savourer plus que jamais une gaufrette au caramel avant de remonter en cours.
- Wahou ! s'exclama James. Rien que pour voir cette montagne de cadeaux au pied d'un sapin ça valait la peine d'organiser ce Secret Santa !
- Tu es bien conscient qu'il n'y en a qu'un seul pour toi, Cornedrue ?
- Ne me gâche pas le plaisir, Patmol. Bon. Où sont les nôtres ?
James entreprit de se frayer un chemin jusqu'au pied du sapin et inspecta les noms sur les paquets de différentes tailles. Il remarqua finalement un parchemin roulé et fermé par un ruban vert portant une étiquette Lily Evans. Avisant la rouquine quelques mètres plus loin, il lui fit signe et, quand il eut capté son attention, lui lança le rouleau qu'elle attrapa au vol.
- Merci ! lança-t-elle.
Elle s'éloigna de la foule autour du sapin et s'installa dans un fauteuil pour le dérouler.
Lily,
J'ai longtemps réfléchi à la meilleure façon d'utiliser ce Secret Santa pour t'offrir quelque chose grâce auquel tu serais capable de me pardonner et d'accorder une deuxième chance à notre amitié. Seulement, et avec certes un peu d'aide, j'ai fini par comprendre à quel point ce n'était pas possible, à quel point nos points de vue sont désormais irréconciliables et surtout, pourquoi ils le sont. Je te jure que je le regrette, sincèrement, et je ne saurais pas dire si les choses auraient pu être différentes si nous avions été répartis différemment, si nous avions rencontré d'autres personnes, ou quoi que ce soit d'autre. Peu importe.
Je t'ai toujours considérée comme la meilleure amie que j'ai jamais eue, et si ce Secret Santa m'a permis de faire le deuil de cette amitié, je ne cesserai de la regretter. Pour autant, les choses sont ce qu'elles sont et la dernière chose que je te dois est de m'avouer à moi-même sincèrement que rien ne sera plus comme avant Poudlard entre nous. Nous sommes partis, chacun de notre côté, et nous le resterons.
Rien de ce que je pourrais t'offrir ne changera cela, j'ai fini par l'admettre, mais je te dois encore des excuses. Pour mon acharnement de ces dernières années, pour m'être beaucoup trop longtemps entêté à croire que nous étions encore proches malgré des points de vue irréconciliables, pour être délibérément resté sourd à tous tes reproches, pour avoir continué aveuglément à me comparer à d'autres crétins pour m'empêcher de voir mes propres défauts. Je m'excuse, sincèrement, et la seule chose que je peux t'offrir pour me faire pardonner est ma promesse d'avoir compris et de respecter tes choix. Nos choix. Tu seras éternellement quelqu'un de particulièrement spéciale à mes yeux, quelqu'un que j'ai aimée, profondément. Mais nos convictions nous empêchent d'avoir désormais chacun une place dans la vie de l'autre, et si tu n'as jamais cessé de me le répéter ces dernières années, je viens seulement de l'accepter. Je l'ai accepté. Cette lettre est probablement la dernière que je t'enverrai, les derniers mots que je t'adresserai, et un ultime au revoir. Je ne ferai plus partie de ta vie, je n'essaierai plus de m'imposer comme j'ai pu le faire ces derniers temps, et je te souhaite d'être heureuse, peu importent les choix que tu feras. Tu as ma promesse la plus sincère que je disparaîtrais désormais de ta vie et, à cet instant, j'ai l'impression que c'est le cadeau le plus respectueux que je puisse te faire.
Au revoir.
Severus.
Lily avait conservé un visage impassible tout au long de sa lecture mais, quand son regard s'arrêta sur la signature, elle ne put s'empêcher de soupirer en ressentant un mélange de soulagement et de regrets. Il ne pouvait plus en être autrement entre eux, elle l'avait compris depuis des années et voir Severus le comprendre également avait quelque chose d'apaisant. Elle releva les yeux de la lettre quand un cri de joie résonna dans la salle commune. Sirius venait d'ouvrir un paquet cadeau contenant un album photo qu'il parcourait en s'extasiant devant chacune des images animées présentes dedans.
- J'y crois pas, on était encore en première année ! On était de vrais gamins… Merci Peter, tu as tellement géré !
Lily esquissa un sourire en voyant Peter rendre son étreinte à Sirius. Elle n'aurait pas su dire lequel d'eux deux était le plus heureux, Sirius du cadeau ou Peter de voir à quel point son cadeau rendait Sirius heureux. Son regard se détourna cependant vers James qui continuait à fouiller au pied du sapin.
- Hey ! J'ai eu quelque chose moi aussi ! sourit-il en sortant un rouleau de parchemin.
Il leva un regard surpris vers Lily. James savait déjà qui lui devait un cadeau et une part de lui avait dû s'attendre à ce qu'elle s'arrête à sa proposition de ne rien lui offrir. Il s'éloigna légèrement du sapin pour la rejoindre à côté du fauteuil.
- Merci, souffla-t-il. Tu n'étais pas obligée.
- Attends de voir ce que c'est pour me remercier, répondit Lily avec un sourire.
James déroula le parchemin et déchiffra l'écriture fine et légèrement penchée.
Potter,
Comme tu le sais déjà, ta proposition de ne rien t'offrir était on ne peut plus tentante, d'autant plus pour quelqu'un comme toi qui paraît ne manquer de rien. Je m'étais presque résignée à cette solution de dernier recours – qui aurait plus ressemblé à un abandon – avant notre retenue commune avec McGonagall. Je dois avouer que travailler en équipe et discuter avec toi était agréable, au point que je ne regrette pas une seconde d'avoir été collée de cette façon. Je suppose que la proximité de gens à qui tu voulais jeter des sorts pour t'amuser m'avait jusque là empêché de le remarquer. Je n'ai toujours pas de cadeau pour toi, mais est-ce que pour me faire pardonner, tu accepterais que je te paye un verre lors de la prochaine sortie à Pré-au-lard ?
Cordialement,
Lily.
James rigola légèrement devant la lettre et releva les yeux vers Lily :
- Tu n'as rien à te faire pardonner. Mais avec plaisir ! répondit-il avec un sourire amusé. Merci !
- Oh je t'en prie c'est le cadeau le plus insignifiant de toute l'histoire des Secret Santa, soupira-t-elle.
- Pas pour moi, vraiment, avoua James. Encore merci.
Une exclamation ravie de Remus attira leur attention. Il venait de déballer une magnifique plume de chez Scribenpenne et l'examinait sous tous les angles avec un air ravi sur le visage. Il s'empara dans son sac d'un parchemin et d'un encrier pour la tester mais, dès qu'il plongea le bout de la plume dans l'encrier, celle-ci s'anima et s'échappa de ses mains. Elle demeura en lévitation au dessus du parchemin sur lequel elle traça : Merci.
- Wahou, s'étonna Lily. C'est de la super belle magie. Qui te l'a offert ?
- L'une des plus puissantes sorcières de notre promotion, répondit simplement Remus avec un sourire. Sans offense pour toi, bien sûr !
Lily esquissa un sourire amusé et se détourna vers Peter qui déballait un splendide marque-pages vert et argent.
- Les couleurs sont pas trop appropriées à la maison, mais il est classe quand même, commenta-t-il.
- Qui t'a offert ça ? demanda Sirius.
- Rodolphus Lestrange, répondit-il en lisant la carte l'accompagnant qui ne contenait rien d'autre qu'une signature.
- Malgré leur mauvais goût pour les couleurs, ils ont tout de même à peu près su jouer le jeu, commenta Remus.
- Les sanctions si on ne jouait pas le jeu étaient trop dissuasives, commenta James. Je maintiens que sans ça, le cadeau de Servilus lui aurait explosé à la figure.
Lily soupira de dépit à côté d'eux pendant que Sirius éclatait de son rire semblable à un aboiement de chien.
La journée passa rapidement dans une ambiance électrique, chaque élève commentant avec enthousiasme les cadeaux des autres, et les professeurs semblaient avoir renoncé à l'idée de les faire travailler, se contentant de leur donner des révisions ou leur permettre de faire ce qu'ils voulaient tant que ça ne dérangeait pas la classe. Beaucoup d'élèves restaient à Poudlard pour les vacances mais les maraudeurs rentraient tous chez eux. Ils étaient à peine une cinquantaine à embarquer dans le Poudlard Express et ils trouvèrent sans mal un compartiment vide. Alors que le train s'ébranlait, ils virent passer devant la porte le groupe de Serpentards, mené par Bellatrix qui éclatait de rire à ce que Jodie venait de lui dire. Lorsqu'ils furent un peu éloignés, Peter demanda :
- Tu penses que tu vas l'avoir convaincue Remus ? Qu'elle nous rejoindra pendant la guerre ?
- Aucune idée, avoua-t-il. L'année n'est pas finie et Bellatrix la tuera le jour où elle l'apprendra. Elle ne peut pas retourner sa veste aussi facilement, pas pour l'instant. Au moins elle a eu le message. Elle sait qu'elle a le choix et que notre porte est ouverte. On ne peut rien faire de plus. Le choix lui appartient, nous ne serions pas mieux qu'eux si nous essayions de l'obliger à nous rejoindre.
Peter approuva d'un hochement de tête et se détourna vers la partie de bataille explosive entamée par James et Sirius. Le voyage passa vite et, quelques heures plus tard, ils descendirent sur les quais de la gare de King's Cross. Les Potter attendaient déjà James et Sirius, Remus devait transplaner jusqu'à chez lui et les parents de Peter avaient l'habitude de le retrouver sur le parking de la gare. Il trouva rapidement leur voiture dans laquelle il monta avec enthousiasme. Toutes les vacances avaient ce goût amer de quitter ses amis aussitôt remplacé par la joie de retrouver sa famille et il avait fini par s'y habituer. En arrivant chez lui, il traîna sa valise dans sa chambre et se motiva à la vider avant le dîner. Au moment où il finissait de ranger ses robes, quelque chose trembla légèrement dans l'une des pochettes intérieures, là où il avait rangé le marque-page de Lestrange. Il ouvrit la poche et constata qu'effectivement, son cadeau tremblait de plus en plus vite. Intrigué, il voulut le prendre mais, dès qu'il le toucha, il eut l'impression d'être attiré par le nombril dans un grand tourbillon. Il retomba à plat ventre sur un sol de pierre sur lequel il se releva péniblement. Devant lui, un grand homme pâle aux yeux rouges et avec une fente à la place des narines le regardait avec un léger sourire. Avant qu'il n'ait pu comprendre ce qui s'était passé, Voldemort lança :
- Merci de me l'avoir amené, Rodolphus.
- A votre service, Maître, répondit une silhouette encapuchonnée à ses côtés.
Avant toute chose, Destrange, j'espère sincèrement que ça t'a plu, vraiment. Mais n'hésite pas à le dire quand même si ce n'est pas le cas, je ne mords pas. (Et si vraiment tu n'as pas aimé, toutes mes promesses que ce n'était pas fait exprès pour rebondir sur le titre de la fic)
Ensuite, les personnages de Julius et Mia Montague ne m'appartiennent aucunement. Ils sont à Oceanna, dans le cadre de sa fic "Aux âmes bien nées" et de ses annexes "Les visages sont souvent de doux imposteurs" et "L'oeuvre de tant de jours". Elle m'a aimablement autorisée à me servir dans tous les personnes qu'elle a créés pour cet univers et... Seigneur, si vous aimez les time travel, les intrigues, les personnages et familles sorcières développés sur sept générations, allez lire "Aux âmes bien nées", elle en vaut cent fois le détour.
Sur ce, je vous souhaite à tous, et tout particulièrement à toi Destrange, un très Joyeux Noël. Prenez soin de vous.
