16 avril 2012 - 15 : 32

"Tu sais tu n'as pas besoin d'être triste." Bella conduit sur la voie rapide B avec un sachet de vers en gomme entre ses jambes. Un des ces bonbons pend de ses lèvres tandis que ça fait dix minutes qu'elle le mâche, comme si elle avait oublié comment mangeait une personne normale.

Elle n'est pas normale mais ça ne fait aucune différence pour moi.

Je ne comprends pas comment Brightside peut sourire tout le temps mais sa lumière est addictive. Elle est idiote et ridicule et quelquefois elle est complètement folle.

Quelquefois elle appelle mon frère au milieu de la nuit et lui dit de me donner son téléphone. Quelquefois elle ne fait que parler et je ne fais qu'écouter. Quelquefois elle me confie quelque chose à son sujet que personne d'autre ne sait, comme ses insécurités et ses peurs.

Je sais beaucoup de choses à propos de cette fille. Je sais que sa couleur préférée est le vert et qu'elle écoute Mumfortd & Sons quand elle veut pleurer. Sa mère pense qu'elle est Stevie Nicks* et son père doit cacher ses tatouages sur les bras parce que les gens pensent qu'il fait partie d'un gang de motard alors qu'il est flic.

Elle sent la lavande et la vanille parce que sa mère n'achète que du gel douche bio. Elle dit que tout le reste est mauvais pour sa peau sensible - et c'est la raison pour laquelle elle n'utilise que des savons sans odeur.

Quelquefois elle vient s'asseoir à côté de moi pour le déjeuner mais tous les gens se disputent constamment pour avoir son attention.

Bella Swan est comme une drogue pour cette ville. Elle est arrivée et elle nous a tous foudroyés. Elle a volé nos cœurs avec son sourire radieux et elle nous a tous tués avec son rire. Elle est magnétique et douce, le rayon de lumière revigorant que nous attendions tous. Tout le monde la veut, veut être avec elle, veut la voler et ne jamais la lâcher.

Je sais que c'est égoïste mais au diable tous les autres.

"Qui a dit que j'étais triste ?"

"Personne n'a besoin de me le dire." Elle pose un bonbon-ver en gomme sur son genou. Il est à moitié bleu et à moitié jaune. "Je peux le sentir."

Cette fille rend ma journée meilleure tous les jours, alors peut-être que je suis un peu triste. Je récupère ma voiture demain et je continue à souhaiter que Charlie ait une autre excuse pour la garder plus longtemps. Je souhaite que son papa flic viril ne soit pas aussi sympathique pour que je puisse me sentir en colère contre lui de m'avoir enlevé ma raison de voir Brightside chaque matin.

Bella m'aide même à livrer les journaux. Nous écoutons de la musique et mangeons de cochonneries qu'elle appelle le petit-déjeuner : toujours Little Debbie's et Sunny D.* et j'ai probablement du diabète maintenant mais ça valait le coup.

Alors oui, je me sens triste.

Je me sens comme si j'allais la perdre. Je ne pense pas seulement perdre le fait de l'embrasser et tout le reste mais elle est comme ma nouvelle meilleure amie.

"Tu peux sentir la tristesse des autres gens," lui dis-je.

Elle souffle par le nez, me regardant du coin de l'œil. "Oui on peut. Spécialement quand c'est quelqu'un dont tu t'inquiètes. Nous sommes pratiquement une seule et même personne Edward."

"Tu as l'air cinglé" je mens.

"Si j'ai l'air cinglée alors toi aussi. Nous sommes un et unique." Elle reste tranquille trois secondes. "Jake Black m'a parlé aujourd'hui."

Je lève le nez de mon carnet et fronce les sourcils vers cette fille qui laisse toujours sa nourriture dans des endroits étranges pour que je la trouve. Hier c'était un Jolly Rancher* dans mon sac à dos. Aujourd'hui c'est ce ver en gomme sur ma jambe. Je le jette dans ma bouche et commence à mâcher. "D'accord… ?"

"Tu es en train de dessiner ?" demande-t-elle au lieu de répondre, en montrant mon carnet. Ses yeux basculent rapidement entre la route et mon carnet. "Waouh c'est un putain d'ange ?"

Je gémis en claquant mon carnet pour le fermer.

"Tu dessines des anges ? Ils sont genre mauvais durs à cuire, Edward," dit-elle avec enthousiasme en me souriant. "Montre-moi ! tu as du talent mon frère. Je veux dire, vraiment… putain d'artiste. Tu devrais voir les œuvres de mon frère. A Chicago il faisait des graffitis. Je parie que vous pourriez créer un chef-d'œuvre monumental ensemble. Je ne connais rien à l'art mais je pense que tu es doué."

J'essaie de ne pas froncer les sourcils à la façon dont elle dit "frère" parce que c'est cette fille que je pense à embrasser tout le temps. Je ne veux pas être son frère.

"Jacob Black ?" Je change de sujet, pas d'humeur à discuter de mon soi-disant talent.

"Ah oui." Elle suce le reste du bonbon aigre-doux et hoche la tête. "Eh bien de toute façon pendant que tu étais occupé à dessiner des pétasses avec des ailes, Jake m'a arrêtée au déjeuner et m'a demandé pour le foutu bal de promo."

"Quoi ?" Je ne voulais pas le dire comme je l'ai fait. C'est sorti plus durement que prévu. Plus sur la défensive. Plus jaloux. Plus méchant. "Bal de promo ?" Je me rends compte à quel point je ressemble à une reine du drame mais ça m'est égal. "Je veux dire… tu vas y aller ?"

Elle me jette un coup d'œil et fronce les sourcils. "Je veux dire… bien sûr." Elle hausse les épaules de façon imagée. "Tu sais très bien combien j'aime la musique country."

Je blêmis en plissant les yeux.

"Bien." Elle se redresse, en clignant des yeux vers la route. "Est-ce que tu emmènes quelqu'un au bal de promo ?" Elle me voit en train de lancer un regard noir et se retourne vers la route.

"Je veux dire, je sais qu'il y quelqu'un dans cette école qui mérite qu'on danse. Allez, livreur de journaux... pour qui as-tu le béguin?"

Je soupire, me détendant sur mon siège. "Tu veux vraiment savoir ?"

"Dis-moi, Edward." Elle me regarde avec un sourire. "Allez, le campagnard. Dis-moi. Qui a volé ton cœur ?"

"La vérité ?" Je demande, incapable d'imaginer ce que je fais ou même ce que je pense dire.

Mon cœur bat la chamade, je le sens battre dans ma gorge. Mes paumes sont moites et mes jambes chancelantes. Je ne sais pas ce qui m'arrive mais je sais que je veux dire à cette fille qu'elle a le plus beau sourire que j'ai jamais vu et que je n'arrive pas à me défaire de son putain de rire. Je veux lui dire que je ne veux jamais avoir l'impression de la perdre, parce qu'elle est ma drogue.

Bella me regarde et fait un signe de tête.

Je prends une respiration tremblante. "Toi." Je fixe mes chaussures mais je lève les yeux avant de continuer. En homme. "Je juste... je veux dire, je voudrais t'emmener au bal de promo... Je veux dire..." Je suis en train de bredouiller. C'est mauvais. "Je déteste la musique country mais je la détesterais probablement un peu moins si tu étais là, avec moi."

Ce n'est même pas une fraction de ce que je veux dire.

La voix d'Emmett résonne dans ma tête : "Dis juste des trucs sympas. Les filles adorent la merde douce. Dis-lui ce qui la rend différente des autres salopes."

C'est pas mal.

Le sourire de Bella n'en est pas un que j'ai déjà vu. Elle n'est pas Brightside-heureuse pour un instant, elle est Timide.

Sa bouche s'ouvre et ses joues se teintent de rose-rouge. Elle essaie de lutter contre la courbure de ses lèvres mais c'est inévitable.

Et peut-être que le fait que je l'ai fait sourire comme ça est la raison pour laquelle je dois aussi combattre un sourire.

Après un moment d'angoisse, elle se mord la lèvre et me regarde. Les yeux bruns et chauds sont gentils et ouverts et pendant un moment, j'arrête d'entendre la musique à la radio. " Tu ne plaisantes pas ? "

Je secoue la tête, en la regardant attentivement.

S'il te plaît, ne t'enfuis pas.

"Ok." Sa voix est plus faible que d'habitude, plus féminine. Timide et douce. Elle me regarde

et elle lutte encore contre un sourire ce que j'aimerais qu'elle ne fasse pas. "Alors... allons-nous, au bal de fin d'année ou autre chose ?"

J'y réfléchis un moment et je me rends compte à quel point c'est ridicule de paraître réticent à aller au bal de fin d'année avec Bella. J'irais à un putain de concert de Nickelback pour cette fille. Il n'y a pas grand chose que je ne ferais pas pour elle.

Ça, et, qu'est-ce que j'allais faire d'autre, bordel ?

Je hoche la tête. "Ouais, je suppose. Alors, tu vas... ?"

Elle me regarde et fait comme si elle n'avait aucune idée de ce dont je parle. Ses sourcils se voûtent, les lèvres se courbent en un froncement.

C'est une putain de comédienne.

"Vas quoi ?" demande-t-elle en souriant.

Je gémis. "Veux-tu venir au bal avec moi ?"

Bella me regarde puis retourne son regard vers la route. Elle met une main sur son cœur et rit d'un soulagement exaspéré. "Mon Dieu, Edward..." dit-elle en râlant. "J'ai cru que tu ne demanderais jamais. Bien sûr, je serai ta cavalière. J'aimerais beaucoup cela."

Je crois que je l'aime.

* chanteuse américaine

* jus d'orange et biscuits très sucrés

* bonbon à sucer au goût de fruit)