3 mai 2012 - 10 : 10
Logiquement je sais qu'il n'y a aucune raison de paniquer… pas vraiment. J'ai vu le frère de Bella ce matin elle n'est donc pas mourante ou quoi que ce soit. Je sais que si elle était vraiment malade elle aurait envoyé Jasper me le dire ou peut-être qu'elle aurait appelé sur le téléphone d'Emmett.
D'un autre côté peut-être qu'elle ne le ferait pas car elle n'aime pas que les gens s'inquiètent pour elle.
Pas besoin de paniquer, me dis-je à moi-même.
Pas besoin de m'inquiéter, mais il me semble que je meurs de l'intérieur.
Emmett et Rose m'ont dit que je m'inquiète pour rien mais Brightside n'est pas là et mon niveau d'anxiété est très haut. Je ne l'ai pas vue ce matin au début des cours mais j'ai supposé qu'elle était en retard comme toujours. Elle dort le matin donc ce n'est pas une surprise quand elle ne se pointe pas en cours à l'heure.
Mais il est dix heures, la deuxième sonnerie vient de retentir et Bella n'est toujours pas venue à son casier. Elle n'est pas là, comme d'habitude à dix heures du matin, tout sourire et à moitié endormie.
Je suis en train de paniquer.
Je suppose que c'est ce que ressentent les toxicomanes lorsqu'ils se sèvrent.
Mes pensées s'emballent avec un million de pires scénarios.
Et si elle était morte ?
Et si elle avait eu un accident en chemin pour l'école ?
Et si elle avait renversé son Sunny D et dévié sur la voie de gauche comme elle l'a fait la dernière fois mais s'il y avait eu un énorme camion pour engloutir sa voiture ?
Pas possible Cullen. Les gros camion ne passent pas par la route B.
Mes pensées ont été comme ça presque toute la matinée. Jusqu'à présent j'ai réussi à maîtriser ma crise de panique imminente.
Parce que même si elle est en retard, elle est toujours à ce stupide casier à dix heures dix.
J'aurais vraiment aimé avoir acheté un putain de téléphone. Ce n'est pas comme si je ne gagnais pas assez pour payer la facture, je suis juste rempli de raisons de ne pas faire les choses alors que je devrais les faire. Je suis juste cet idiot. Je sais que j'ai besoin d'un téléphone mais je ne suis jamais allé en acheter un. Peut-être que si je l'avais j'aurais su qu'elle n'allait pas venir à l'école...
Il faut que je sache où elle est.
Alors je pars à la recherche de Jasper.
10 : 18
Son frère n'est pas difficile à trouver. Il est exactement là où Bella a dit qu'il était à cette heure de la journée.
Je trouve Jasper Swan dehors, appuyé contre le côté est du bâtiment avec une cigarette à la bouche et un téléphone portable entre ses mains. Ses doigts bougent rapidement sur son iPhone alors qu'il compose un texto et il ne lève pas les yeux lorsque la porte se ferme derrière moi. Il ne semble pas remarquer que je suis là alors je fais quelques pas vers lui.
"Bella ne viendra pas aujourd'hui," dit-il sans me regarder. "Désolé mec."
Putain de capitaine, ça c'est clair.
Je bouge. "Ouais je m'en suis rendu compte. Est-elle malade ?"
Il hausse les épaules levant les yeux de son téléphone vers moi. "Je ne sais pas. Elle était dans la salle de bain toute la matinée donc je ne peux pas te dire."
Je ne sais pas si je dois me sentir soulagé mais cela n'aide en rien mon anxiété tenace. J'ai parlé à Bella hier soir. Elle avait l'air d'aller bien. Elle n'avait pas l'air malade ni quoi que ce soit.
"Tu devrais y aller," me dit-il. "Je peux lui envoyer un texto si tu veux. Pour savoir si elle va bien."
Cela ne suffira pas.
Alors je dis : "Elle est à la maison là ?"
10 : 44
"J'aurai aimé que tu appelles." Renée Swan a le pied coincé entre le montant de la porte et la porte moustiquaire pendant qu'elle me parle. "Bella ne se sent pas bien aujourd'hui. Elle ne t'a pas envoyé de sms ?"
"Je n'ai pas de téléphone." J'essaie de voir dans la maison par dessus elle. "Que voulez-vous dire par elle ne se sent pas bien."
"Je pense que c'est juste un truc de filles." Elle me sourit en clignant de l'oeil. "Mais ma fille ne me tient pas plus au courant. Elle ne pense pas avoir besoin de mon aide je suppose, alors je ne peux faire que des suppositions."
Je me sens stupide.
Elle fait ce rire léger, symphonique.
Je pense que Bella a hérité du rire de sa mère.
"En fait on dirait qu'elle va un petit mieux maintenant. Tu veux monter et voir si elle a l'intention d'aller en cours aujourd'hui ?"
Je la regarde en fronçant les sourcils me demandant si elle essaie de me faire tuer.
"Le chef n'est pas à la maison mon gars," dit-elle, en m'ouvrant la porte plus largement et en me laissant suffisamment de place pour que je puisse la croiser. "Tu as séché un cours juste pour voir si elle va bien ?"
Je ne sais comment répondre alors je hausse les épaules pendant qu'elle me conduit vers l'escalier. Elle s'arrête et fait signe du doigt. "Première porte à droite. Elle est probablement fermée mais tu sauras laquelle est la sienne."
Je la remercie et monte les marches deux par deux.
Le couloir est sombre mais je peux facilement voir quelle chambre est la sienne. Sur la porte il y a un panneau d'affichage avec des notes autocollantes et des photos. Il y en a une de Brightside bébé et une autre avec son frère faisant des grimaces.
Je frappe trois fois à la porte, les deux premiers plus doux que le dernier. Elle me crie d'entrer.
J'ouvre et scanne la pièce bleu vif. Je repère Brightside enterrée sous une pile de couvertures rose et violette. "Maman je vais bien." Sa voix est étouffée par le tas de couvertures. "Arrête d'essayer de me faire manger de la soupe de laitue."
Mon anxiété se dissipe en un instant.
Je fais quelques pas à l'intérieur jusqu'à ce que je sois devant son lit.
"Mais je l'ai fait exprès pour toi chérie," dis-je, en faisant une mauvaise imitation de la voix aiguë de Renée et j'essaie de ne pas rire.
La pile de couverture se soulève alors que Bella sort du lit. Ses yeux sont fatigués de sommeil et le mascara s'est répandu sous eux et s'écarquillent sous le choc. Son visage éclate en l'un de ses typiques sourires les plus étendus et les plus époustouflants que j'aie vus sur elle.
"Edward !"
"Bonjour à toi aussi." Je ris alors qu'elle se débarrasse de ses couvertures et saute du lit dans un mouvement de sylphe. Elle enroule ses bras autour de moi et me serre très fort. "Tu vas bien ?"
"Ça va." Elle soupire dans mon épaule. "Je vais bien maintenant."
"Sûre ?" Je me recule mais garde mes mains sur ses avant-bras. "Je suis juste venu pour voir comment tu allais."
"Tu n'avais pas besoin de faire ça. " Elle arbore toujours ce sourire éclatant, ses yeux bruns brillants. " Tu… aurais pu appeler de l'école ou autre chose."
Mais si tu étais mourante, tu m'aurais quand même menti.
Je n'ai aucun regret.
"Te sens-tu, hum... mieux ? " Je demande, ne sachant pas comment lui demander si elle a besoin de quelque chose d'autant plus que je sais qu'elle a des "problèmes de filles". Je suis assez maladroit comme ça mais j'achèterais des tampons pour cette fille. " As-tu, genre... besoin de quelque chose ? "
Elle secoue la tête, se dirige vers sa commode. "Je vais bien maintenant, je le jure. Je pensais que j'avais... des problèmes d'estomac ou autre mais je me sens mieux maintenant. Bien. Je pense que c'était juste quelque chose que ma mère a fait."
"Ouais," je suis d'accord, comme le trou du cul que je suis. "Sans vouloir offenser Renée, mais... c'est quoi cette putain de soupe de laitue ? Est-ce qu'elle essaie de te tuer ?"
Elle rit pendant qu'elle fouille dans ses tiroirs pour trouver une tenue à porter. "En fait, ce n'est pas si mal. J'ai... eu pire."
Je trouve cela difficile à croire.
"Je reviens tout de suite," dit-elle, en disparaissant avec une pile de vêtements drapés sur son bras. " Reste ici. "
Comme si j'allais partir ailleurs.
Je me retrouve à errer vers sa commode et à regarder ses photos. Brightside a beaucoup d'amis, ce qui n'est pas le moins du monde surprenant. Il y a probablement quinze photos coincées le long de la fente entre le cadre et le miroir de sa commode. Une fille est présente partout, une fille petite avec des cheveux noirs qui semble toujours être celle qui la fait sourire.
"C'est la petite amie de Jasper," dit Bella derrière moi. "Elle est incroyable."
Je me retourne et je blanchis quand je la vois à quelques centimètres de moi, son visage dangereusement proche du mien.
"Désolée." Elle rit, en reculant d'un pas. Je vois qu'elle est déjà entièrement vêtue d'un jean, de tongs et d'un sweat à capuche. Elle a les cheveux attachés dans un chignon en désordre et les traces de maquillage sous ses yeux ont disparu. Je peux sentir une étrange odeur de cannelle épicée et je pense que c'est le dentifrice de Brightside. Je regarde ses lèvres et je dois me forcer à détourner le regard.
Patience.
"Merci d'avoir pris de mes nouvelles..." Sa voix douce se transforme en un chuchotement, ses yeux vacillent sur mon visage. " Tu n'avais pas besoin de faire ça. Personne de ma connaissance n'aurait fait ça pour moi, Edward."
"Je devais être sûr," 'admets-je, en regardant entre elle et le sol. Enfin, je pose mes yeux sur son visage puis hausse les épaules. "Je ne pouvais pas supporter de ne pas savoir si tu allais bien, Bella. Ça me rendait fou. Je pensais que je perdais la tête sans toi. J'ai imaginé un million de scénarios différents et je me déteste pour ne pas avoir eu de téléphone. Je vais m'en procurer un, je le jure. Mais je pense que je serais probablement quand même là si j'en avais un, parce que Jasper m'a proposé de t'envoyer un texto et j'ai pensé que c'était des conneries. Je devais voir en personne juste pour savoir que tu allais bien, même si je savais que tu n'étais pas morte. J'ai en quelque sorte perdu la tête quand j'ai réalisé que tu n'étais pas en cours."
J'expire une énorme bouffée d'air.
Je ne savais pas que j'étais capable d'en dire autant, aussi vite.
Ses yeux se radoucissent, sa bouche s'ouvre. Elle aspire sa lèvre inférieure dans sa bouche et hoche la tête. Ses yeux deviennent un peu brillants et je ne suis pas vraiment sûr mais je pense qu'elle pleure.
"Vraiment ?" Sa voix craque, et elle sourit plus fort que le soleil.
Je veux lui dire que nous devrions y aller mais je suis incapable de bouger en regardant son sourire. Je me sens contraint de faire quelque chose mais je pense que c'est peut-être juste mes hormones qui se mettent en surrégime après ma crise de panique.
Bella revient sur la distance qu'elle avait parcourue il y a quelques minutes et quelque chose à l'intérieur se déclenche.
C'est presque comme un fardeau qui se libère.
Soudain, mes bras et mes jambes se sentent légers. Mon esprit se vide et tout ce que je vois est le brun chaud avant que mes pieds me portent plus près d'elle. Je ne peux rien ressentir d'autre en ce moment jusqu'à ce que je ferme les yeux, je mets mes doigts dans ses cheveux, et je pousse mes lèvres contre les siennes.
Je me fige.
Oh putain.
Je regrette ma décision pendant trois secondes, jusqu'à ce que Brightside me jette ses bras autour du cou, pousse sa poitrine contre la mienne et approfondisse le baiser.
Je me permets de profiter de ce moment, où je me retrouve à goûter du dentifrice à la cannelle et la saveur naturellement vanillée et sucrée des lèvres de Bella.
C'est comme si un poids avait été enlevé de ma poitrine.
Rien de tout cela n'est gênant. Bella n'a même pas besoin de rire pour que ce soit bien, elle m'embrasse en retour. La chose meilleure que bonne que j'attendais patiemment s'est enroulée autour de moi et je ne doute pas un instant. J'ai du mal à croire que j'ai jamais douter.
Je me détends et je l'embrasse en retour.
C'est bâclé.
Un peu humide.
Plutôt humide.
Elle fait ce gémissement guttural et j'enroule mon bras gauche autour de son dos. Nous nous cognons les dents. Brightside rigole dans ma bouche. Moi aussi.
"Euh hum..." Quelqu'un s'éclaircit la gorge derrière nous et je me fige à nouveau.
Bella rit contre mes lèvres, et j'entends aussi sa mère. Elle s'éloigne et je regarde la porte. "J'espère que je n'interromps rien mais peut-être que les personnes malades ne devraient pas échanger leur salive, jeune fille. Va en cours. Maintenant."
Je n'ai jamais vu un rougissement aussi prononcé. "Oui, maman."
Je ne sais pas s'il y a un bon moment pour embrasser une fille à laquelle tu ne peux pas t'empêcher de penser. Même si Bella est un peu malade et que nous manquons des cours… et que nous venons de nous faire choper par sa mère…. ça en vaut la peine.
Cela vaut la peine d'être patient.
Cela vaut la peine de paniquer et de se sentir ridicule.
Cela vaut la peine à chaque moment ou expression gênante.
Elle en vaut la peine.
Brightside.
