11 mai 2012 - 17 : 45
L'air printanier étouffant imprègne la douce odeur de l'herbe mouillée, du barbecue, des gâteaux en entonnoir et de la bière. Les deux seules lumières du stade que notre école peut se permettre éclairent le terrain mais le soleil commence seulement à se coucher. Une teinte jaune orangé se répand à l'horizon et je regarde le match, les yeux protégés par une paire de lunettes de soleil bleu foncé.
Emmett se plaint que ses crampons restent coincés dans la boue mais l'entraîneur Weber s'en fiche. Il veut terminer ce match et il en a fini avec la merde de mon frère parce qu'il joue au baseball comme des enfants de cinq ans jouent à Candyland.
Il dit : "C'est injuste."
Et : "C'est une putain de conneries ici."
Et, "Quoi ? Non ce n'était pas un retrait, c'est de la triche."
Mon frère est un idiot et un coéquipier de merde mais il peut jouer mieux que quiconque dans cette ville. C'est la seule raison pour laquelle il n'a pas été expulsé de l'équipe parce que je suis presque sûr qu'il a déjà enfreint toutes les règles.
J'enfonce ma main dans la poche de mon sweat à capuche pour en sortir mon mon téléphone neuf, je roule des yeux vers Emmett en tapant le code pour vérifier mes messages.
Rosalie prétend que mon téléphone est juste pour Bella. J'ai essayé de discuter mais cette chose a le nom de ma copine écrit partout. La carte mémoire est déjà remplie avec ses chansons et le répertoire téléphonique contient les numéros de presque tous les restaurants du coin et il y a une photo des écouteurs de Brightside sur mon lit, étalés en forme de cœur, en fond d'écran.
Je lui ai dit que je ne voulais pas de cœur sur mon téléphone mais elle a dit que je m'en remettrais parce que je l'aime et que je ne pouvais pas en discuter.
"Où est Sunshine ?" crie Emmett au-dessus de la foule bruyante assise sur les gradins derrière nous. "Elle est allée acheter des bottes de pluie pour le bal de promo ou autre chose ?"
"Elle viendra plus tard," lui dis-je, en jetant un regard à Jake Black quand je le vois me regarder. C'est le genre de regard qui lui dit : Occupe-toi de tes affaires. Il se retourne vers le Coach Weber faisant comme s'il n'était pas curieux et n'essayait pas de découvrir où est ma petite-amie.
Je détourne le regard d'Emmett. "Elle devrait appeler bientôt."
Me tournant le dos, il hoche la tête et commence à gratter la boue collée à ses crampons à l'aide d'une brindille trouvée dans l'herbe. "Cool."
Vers midi, la mère de Bella l'a emmenée à un rendez-vous médical en dehors de la ville. Elle n'a pas voulu me dire de quoi il s'agissait parce qu'elle-même n'en sait rien. Apparemment Renée a réagi de façon excessive à la maladie de Bella la semaine dernière mais Bella pense que c'est la nourriture d'ici. Elle mange de la nourriture bio depuis qu'elle a six ans et ici nous n'avons pas tout ce qu'ils avaient à Chicago.
Je suis d'accord avec sa mère là-dessus, il faut qu'elle comprenne ce qui ne va pas. Je doute que ce soit la nourriture parce que Brightside mange des bonbons comme si elle était accro. Sauf si elle a le diabète ce qui…. est une possibilité.
Oh mon dieu.
Cette fille me rendra fou d'inquiétude.
Il est difficile de ne pas s'en faire quand je ne peux que penser aux pires scénarios.
"Elle va bien." Rosalie est assise à côté de moi avec un paquet de popcorn à moitié vide dans sa main.
La copine de mon frère sent l'herbe et l'orchidée mais l'odeur est trop forte et âcre comme si elle s'était aspergée de parfum. Remontant ses jambes pour les replier devant elle, Rosalie cache ses yeux mi-clos sous les lunettes aviateur de mon frère et me sourit. Elle lève une main pour me pincer la joue et écrase le sac de pop-corn contre sa poitrine.
"Tu es une petite coccinelle d'amour inquiète, Eddie boy." Elle rigole, trop fort. "Tu es tellement mignon quand tu t'inquiètes, E."
Je roule des yeux, m'éloignant d'elle. "Laisse-moi tranquille."
Rose fronce les sourcils se rapprochant trop près de moi. "Tu ne peux pas me faire ça pour toujours Edward. Je vais bientôt à l'université et tu ne me reverras plus jamais. Je sais que je vais te manquer alors tu ferais mieux de me dire maintenant que tu m'aimes. Je sais que tu m'aimes. Je vais te manquer alors arrête de faire comme si tu t'en fichais."
Je fronce les sourcils, m'éloignant d'elle aussi loin que possible, j'ouvre la bouche en plissant les yeux. "Tu sais ce que c'est l'université ?"
Elle me pince le bras. "Idiot."
Je rigole et passe mon bras autour de son dos et pose un baiser dans ses cheveux. "Je t'aime. Mais tu ferais bien de venir me voir ou putain, je te tue."
Elle sourit, glissant sur le banc pour revenir où elle était à l'origine. "Peut-être."
Rose et Emmett ont postulé partout, ils sont déterminés à aller à l'université ensemble. Miraculeusement ils ont tous les deux obtenu des bourses partielles à l'université de l'Arizona.
Bien qu'ils n'aient pas trop été impressionnés par les notes d'Emmett, ils ont dû être satisfaits par ses statistiques au baseball.
Quant à Rosalie je suis à peu près sûr qu'elle s'est ajoutée comme fondatrice de son faux club de photographie sur son application et a inclus quelques photos pas si fausses de son talent caché. Elle va à la School of Art pour un programme de licence en studio d'art ou quelque chose du genre.
Bien que Rosalie ait raison, même étant un peu triste, je suis plutôt heureux pour eux.
Ils méritent de filer d'ici.
Mon téléphone vibre dans mes mains et je regarde en le numéro de ma copine qui apparaît.
" Tu vois..." Rose rit, "... elle est vivante."
Je roule des yeux et je mets le téléphone à mon oreille.
"Hé," dis-je, en soupirant de soulagement.
"Salut." Sa jolie voix est inhabituellement calme. " Je peux te voir."
Je raidis mes épaules, scrutant le terrain. "Tu peux ?"
"Je suis derrière les bancs, près de la buvette."
Je tourne les yeux vers les gradins bondés et je fronce les sourcils. Bien plus de la moitié de cette ville est ici et cela rend la recherche difficile. Je vois des boucles brun-rouge et je soupire de soulagement quand je la repère.
De l'autre côté du terrain, Bella se tient à l'entrée du parc avec ses doigts accrochés à des trous dans la clôture. Habillée d'un short en jean foncé et d'une de mes vestes dont je ne m'étais pas aperçu de la disparition jusqu'à présent, elle a la capuche sur la tête et ses longs cheveux roux sont repliés par-dessus son épaule.
"Est-ce que ça va ?" Je demande.
En se déplaçant, elle baisse la tête pour fixer ses pieds. Elle traîne une tong violette à travers l'herbe, en traçant un demi-cercle autour de son autre pied. Ses lèvres se transforment en un lugubre froncement et ses yeux produisent une obscurité inhabituelle.
"J'ai été mieux."
Je sens un mal de gorge inexplicable, comme si on venait de m'annoncer la pire des nouvelles.
Je me racle la gorge contre la sensation de piqûre et je me penche pour mieux la voir. "Pourquoi ?"
J'entends le doux son des pleurs qui s'échappent de ses lèvres, qu'elle essaie d'étouffer avec sa main. C'est de courte durée et retenu mais c'est impossible de louper.
Je peux sentir mon cœur se vider dans mon estomac.
"Qu'est-ce qui ne va pas ? Ne pleure pas, Brightside." C'est ma faible tentative de trouver ce qui ne va pas avec elle.
"Ne m'appelle pas comme ça." Elle hoquette, s'essuyant les yeux avec la manche de sa chemise. "Est-ce que j'ai vraiment l'air lumineuse en ce moment, Edward ?"
J'avale la boule dans ma gorge et je hoche la tête. Je soutiens son regard et un petit sourire joue sur ses lèvres et je m'en délecte. C'est mieux. "Tu es magnifique pour moi."
Bella lève la main sur ses yeux et je la regarde essuyer les larmes de ses joues souriantes. "Ne fais pas... ne me fais pas sourire dès maintenant. Je ne le mérite pas."
Je n'en peux plus.
"Qu'est-ce qui ne va pas, Bella ?"
Elle émet un doux soupir, en levant la tête assez longtemps pour croiser mes yeux à nouveau. Jake Black passe, la bloquant momentanément de ma vue, avant que mes yeux ne se posent sur le brun chaleureux à nouveau.
"Pouvons-nous aller quelque part et parler ?"
Je regarde la fille qui m'a donné un commencement et je commence à me demander si tout cela n'est pas juste une sorte de rêve éphémère.
Je crois que je sais.
Je suis presque sûr que je sais.
C'est écrit partout sur elle.
C'est dans la façon dont son soupir tremble et elle ne veut pas me regarder. C'est la façon dont elle me demande si nous pouvons parler au lieu de simplement me dire ce qu'il se passe.
C'est la douce chute de ses lèvres et combien ce moment semble vraiment inconsolable. La sobriété de ses paroles lui vole l'éloquence d'une manière qui me permet de savoir ce qui se passe avant même qu'elle ait la chance de me le dire.
Bien sûr que je le sais.
Peut-être que mon plus grand souvenir est aussi ma plus grande erreur.
"D'accord." J'avale la masse la plus épaisse qui se forme dans ma gorge. "Ouais."
Alors je me dirige vers elle.
