11 mai 2012 - 23 : 00

Nous sommes couchés sur la pelouse.

Ma plus grand erreur est de regarder les étoiles, une main passant sur le gazon et l'autre caressant le peu de peau qui est exposé sous sa chemise. Des larmes de diamant liquide tombent du coin de ses yeux, glissent le long de sa tempe et disparaissent dans ses cheveux.

L'amertume de mon estomac me pique la langue. Je ne sais pas d'où ça vient juste que ça m'affaiblit. Il y a une tranquillité dans l'air qui suit la panique sourde atténuée par l'impassibilité de Bella et peut-être que c'est la seule chose qui me retient sur terre en ce moment.

Ma mâchoire commence à faire mal à cause de la pression croissante entre mes dents serrées et je peux sentir l'acidité des larmes réprimées se répandre sur mes joues. Regardant le ciel nocturne sans nuage et sentant le vent doux frôler les poils de mes bras je déverrouille ma mâchoire et respire par la bouche.

Un trèfle à quatre feuilles pincé entre le pouce et l'index et sa main gauche caressant l'endroit où la vie grandit, Bella tourne suffisamment la tête pour me regarder et un soupir passe entre ses lèvres.

"Ma mère ne veut pas que je le fasse mais elle m'a dit que c'était mon choix… ça ne fait pas mal. Ce n'est que quelques minutes et puis c'est tout. C'est fini."

Je n'ose pas essayer de bouger ou de parler. Ça fait trop mal.

Bella a toujours été sous contrôle des naissances. Cette nuit-là quand nous nous sommes rencontrés elle l'avait pris deux fois pour les deux jours manqués : un pour leur déménagement de Chicago et un pour ce vendredi. Et après avoir prit un shot de Jaeger, elle avait perdu jeudi vendredi et samedi dans les toilettes sans s'en rendre compte.

Et c'est ainsi que nous avons créé une vie.

"Juste comme ça," dit Bella. A qui croit-elle parler, je n'ai aucune de putain d'idée. Cette fille semble aussi perdue et foutue que moi.

Je ne commente pas car je n'ai pas la moindre idée de quoi dire.

N'avorte pas ?

Je ne pense pas, putain.

Peu importe ce que je vais dire, de ça j'en suis sûr… il n'y a rien que je puisse reprendre ou sauver, rien que je puisse dire en ce moment pour arranger ce qu'il se passe.

C'est irréversible.

Cela n'a aucun sens mais c'est tout à fait logique.

Il n'y a rien que je puisse faire à ce sujet car c'est la putain de pire des choses qu'il puisse arriver. Je n'ai pas choisi de me mettre dans cette situation et je ne vais pas décider comment en sortir.

C'est elle qui doit décider et je pense qu'elle aggrave la situation à chaque fois qu'elle touche son ventre. Elle ne réalise même pas qu'elle le fait.

C'est une vie que nous avons faite. Brightside et moi.

Alors pourquoi cela semble-t-il si loin d'un nouveau commencement ?

Je sais.

"Ouais," ma voix craque, sèche et aigre.

Bien sûr que je sais.

"Je suis désolée," dit-elle.

Nous sommes deux enfants fous et inaptes. Brightside ne peut pas avoir le bébé. Elle est trop jeune. Elle est trop dépendante et immature. Elle ne connait même pas la première chose de la vie en elle et moi non plus.

"Je suis vraiment désolée."

Elle fait ça parce que c'est la bonne chose à faire.

J'acquiesce, regardant les étoiles et essayant de repérer les constellations à travers mes yeux flous.

"Ouais moi aussi."

Putain alors pourquoi cela semble tellement nul ?

"Edward."

La vie est dure.

"C'était mon erreur."

Le bonheur n'est pas sans fin, la lumière n'a pas toujours le moyen de briller et même les commencements doivent avoir une fin. Elle n'a pas à me le dire, je sais. Je peux le sentir.

"Edward," sa voix est jolie, douce et toujours aussi attirante que si c'était la première fois que je l'entendais. Seulement maintenant je ne veux pas lever les yeux.

Ce n'est pas 'ils vivront heureux jusqu'à fin des temps', nous avons seize ans.

J'étire mon cou et trouve le trèfle à quatre feuilles qu'elle faisait tourner entre ses doigts il y a quelques instants, posé sur mon épaule tandis que mes yeux luttent pour rencontrer les siens.

Je n'ai pas besoin d'essayer plus longtemps car Bella s'enroule autour de moi plus vite qu'elle ne l'a fait la première fois que j'ai pensé que j'allais la perdre. Elle plonge ses mains dans mes cheveux et presse ses lèvres contre les miens.

"Embrasse-moi."

Sa demande n'est pas refusée car je ne peux pas faire autrement. Elle se nourrit de caresses en donnant tout ce qu'elle a à donner dans les baisers, ne me laissant ni le temps de répondre ni l'espace pour lui rendre la pareille. Je ne peux pas bouger, parce qu'elle essaie de se perdre en moi alors que je suis déjà perdu profondément dans ma tête.

Il n'y a pas de bonne option. Ils ont tous tort, putain.

"S'il te plaît," elle prend l'ourlet de son chemisier et l'enlève.

Son soutien-gorge est violet, avec deux nœuds noirs. Je ne dis rien cette fois-ci.

Je ne dis pas grand-chose. Pas lorsqu'elle enlève son short et glisse sa main sur la mienne. Pas lorsque je sens ses larmes glisser le long de ma gorge quand elle applique des baisers le long de ma clavicule. Même pas quand elle dit qu'elle est désolée et je ne peux pas répondre parce que cela fait trop mal pour être dit..

Je la laisse se déplacer au-dessus de moi en plaçant mes mains dans ses cheveux et j'essaie de sortir de ma propre tête.

Je ne suis pas là, sur le moment. Mais elle non plus.

Nos corps réagissent naturellement au toucher de l'autre mais nos pensées sont ailleurs en ce moment.

Aucune patience là-dedans mais je ne vois vraiment pas l'intérêt d'essayer autre chose.

Bella non plus.

Nous ne prenons pas notre temps, pas comme la première fois quand nous avons fait cette erreur.

Elle s'abaisse sur moi et nous faisons tous les deux des sons et des mouvements involontaires.

C'est dur.

C'est sale, parce qu'on est allongés dans l'herbe, putain.

C'est fou, la pire et la meilleure chose.

C'est désespéré et rapide, honteux et dégoûtant.

Je n'arrête pas de penser à la nouvelle vie.

Je continue à penser aux erreurs et à ne pas savoir comment m'en sortir autrement.

"Edward," mon nom est un cri désespéré sur ses lèvres.

Le gémissement de Bella me ramène.

Pendant une seconde, j'ai repoussé tout cela hors de ma tête. Je ne pense pas à la vie et aux nouveaux commencements, aux erreurs et l'impuissance ou à la patience. Il y a un moment d'espace vide, un vide non perturbé qui me permet de juste ressentir.

Ce n'est pas vraiment suffisant mais c'est juste le manque de concentration que j'ai besoin de relâcher.

La tête de Bella touche ma poitrine et je fais attention à la montée et à la descente de son dos alors qu'elle respire de façon irrégulière contre moi.

Je regarde enfin son visage et c'est exactement comme je l'avais imaginé. Joues tachées de larmes, yeux sans vie, lèvres fendues et une moue d'un désespoir irrémédiable.

Et je ne me suis jamais senti aussi inutile.

Alors je lui remets ses vêtements et j'embrasse ses joues. Je prends sa main et je la ramène dans ma chambre. Bella met un CD de Grouplove et nous écoutons une chanson joyeuse qui ne l'est pas vraiment. Nous rampons dans mon lit et je lui enlève l'herbe et les trèfles des cheveux et elle arrête de pleurer assez longtemps pour s'endormir. Son téléphone reste silencieux, et moi aussi.

J'ai envie de crier.

Qu'est-ce que je fais maintenant ?

Bella agit comme si c'était simple. Les filles se font avorter tout le temps.

Alors pourquoi ça ressemble à une fin ?


Note de l'auteur

Cela fait mal à écrire. Désolée de vous avoir rendu tristes. J'ai sauté le passage "Je suis enceinte".. Je l'ai écrit et ça ne collait pas. Nous l'avons vu venir et je n'ai vraiment pas senti le besoin d'élaborer.

Il est possible de tomber enceinte à cause de quelques pilules oubliées, ce n'est jamais efficace à cent pour cent.

Nous en apprendrons plus sur Bella et sur ce qu'il se passe dans sa tête mais pas encore.