BONJOUR ET JOYEUX NOËL ! Oui, c'est encore que le jour du réveillon mais j'ai toujours considéré que c'était aussi Noël. Et en cette occasion, voici mon Secret Santa pour le forum francophone MHA ! Harley, c'est pour toi ! Deux cadeaux dans la joie (c'est faux) et la bonne humeur (ça aussi) !


Parfois, Natsuo se dit que son cœur est trop faible. Comme quand il se rend dans un love hotel pour y retrouver quelqu'un et y passer la nuit, alors même qu'il est en période d'examen. Qu'il se laisse aller entre les doigts de quelqu'un qui n'aurait ni le moindre mal ni le moindre scrupule à le réduire en poussière. Qu'il gémit dans les baisers, les étreintes. Qu'il soupire dans ces mêmes baisers et ces mêmes étreintes. Qu'il oublie tout ce qui n'est pas l'instant présent. Qu'il ferme les yeux pour s'abandonner un peu plus. Ces mêmes yeux qu'il finit toujours par rouvrir pour se plonger dans cet éclat rouge.

Oui, son cœur est faible. Par ce qu'il suffit d'un baiser, d'une caresse, pour qu'il accepte tout ce bordel. Un rien de tendresse et il vacille et fait une exception, une de plus, pour ce qu'il jure être la dernière fois.

Mais Shigaraki est comme une drogue dure. On y goûte une fois et on ne peut plus que plonger pour y regoûter. On se sent mal après. On regrette. On a le corps qui flanche. Mais quand il revient, on accourt pour une nouvelle dose.

Natsuo sait, il le sait même très bien, qu'il doit arrêter. Le plus tôt serait le mieux. Que plus il attend et plus il s'enfonce et plus il s'éloigne de la surface et plus il aura du mal à remonter et peut-être qu'un jour il ne voudra même pas remonter. Avec un moral assez solide, tout pourrait finir. Changer de téléphone pour ne plus être tenté de répondre à ses invitations. S'occuper quand il voudrait le rejoindre. Profiter du temps qu'il gagnerait pour se concentrer d'avantage dans ses études ou pour aider sa famille.

Mais si son cœur est faible, son esprit l'est plus encore. Il obéit au moindre désir de son myocarde. Et ce qu'il veut, c'est ne jamais s'arrêter. Et tant pis s'il se fait mal, tant pis si c'est ridicule, tant pis si ça ne peut que mal finir, tant pis si un jour il se mangera le sol. Avant que ça n'arrive, il aura pu mordre à pleine dent dans le délice et l'interdit.

Et quand arrive le matin, quand Natsuo ouvre les yeux, la place à côté de lui vide et la porte claquante, il se promet que c'est fini. Qu'il ne viendra plus. Qu'il a eut sa dose et qu'il ne doit pas chercher à en avoir plus.

Parfois, ça marche. Il évite une ou deux rencontres. Il se reconcentre sur sa vie. Puis… Puis il y a un coup de fil. Un rien, une voix qui donne une adresse, un ordre et Natsuo sait qu'il est perdu. Parce qu'il ne faut jamais plus d'une phrase prononcée par Shigaraki pour qu'il cède. Parce que sa voix, elle raisonne dans sa poitrine et elle fait quelque chose. Parce que sa voix, elle ne tolère rien d'autre que l'obéissance. Parce que sa voix, Natsuo sait qu'il aura toujours besoin de l'entendre. Un jour ou l'autre, si ce n'est pas Shigaraki qui le somme de venir, il le fera. Il prendra son téléphone et appellera. Et il sait que sa voix ne sera pas aussi assuré qu'il le voudrait. Il le sait car c'est déjà arrivé. Car un soir, après avoir fini ses examens de fin de semestre, plus de trois mois sans avoir vu Shigaraki, il a craqué. Il était en manque et il ne comprenait même pas pourquoi. Il a appelé, donné une adresse et le lendemain, il avait eut sa dose. Triple dose même. Et que le lendemain, quand il a ouvert les yeux, il était toujours là. Avec ses foutus yeux rouges et ses cheveux si clairs et ses lèvres gercés et son air constamment énervé et… C'est sûrement ce jour là que Natsuo a sut qu'il était trop tard. La pente qu'il dévale, il ne la remontera pas. Et pourtant, quand Shigaraki l'a embrassé, il n'en a rien eut à faire.

Il sait que Shigaraki n'est pas quelqu'un de bien. Les médias parlent assez de lui pour ça et leurs habitudes sont aussi assez criantes de ce fait. Jamais deux fois de suite le même hôtel. Pas de SMS. Shigaraki choisit où. Ils arrivent séparément. Repartent séparément. Natsuo n'a même pas son numéro mais celui d'un téléphone sécurisé que plusieurs personnes se partagent. En fait, il ne sait même pas si Shigaraki a un téléphone.

Et dire qu'il y a encore quelques temps, Natsuo n'aurait jamais cru qu'il puisse faire quelque chose comme ça. Ça ne lui ressemble pas. Pas plus que ses mensonges, conséquence inévitable, car s'il ne le fait pas, c'est la vérité qu'il doit dire. Et s'il le fait, c'est finit. Lui et Shigaraki, quoi qu'il y ait entre eux, parce qu'il y a quelque chose, là, caché dans les silences et les nuits froides. Et il veut s'y accrocher, son cœur veut s'y accrocher. Parce qu'il est certain que Shigaraki ne resterait pas jusqu'au matin sinon. Parce qu'il est certain que ne lui poserait pas de questions sur lui, sur ses études, sur ses projets. Parce qu'il est certain qu'il n'y aurait pas cette étincelle dans ses prunelles carmines. Parce qu'il est certain que ses remarques seraient plus dédaigneuses, plus sarcastiques qu'elles ne le sont. Et peut-être bien que c'est ce qui rend le cœur de Natsuo si faible. Peut-être que c'est ce qui le pousse à mentir, à devenir bon à ça.

Il n'aime pas ça. Il déteste la fluidité avec laquelle ses mensonges se répandent. Il déteste les automatismes qu'il prend. D'abord penser à mentir. D'abord apposer un silence. D'abord faire semblant enfin être prêt à avouer. D'abord trouver les bons mots et la bonne intonation. Parfaire son jeu, sa gestuelle, ses omissions, ses regards, ses tics. Tout ça pour que son mensonge n'en soit que plus criant de vérité. Qu'on ne puisse pas penser qu'il ait été autre chose qu'honnête. Pas pour longtemps, Natsuo le sait. Toujours, son comportement se fait suspect. Toujours, les questionnements reviennent. Toujours, il les évite souplement.

Parce que son cœur ne supportera pas de ne plus recevoir ses doses. Parce que ses yeux ne supporteront pas de ne plus croiser ceux de Shigaraki. Parce que ses mains ne supporteront pas de ne plus se poser sur son corps. Parce que ses oreilles ne supporteront pas de ne plus entendre sa voix.

Parce que son cœur est faible, terriblement faible. Parce que Natsuo l'est plus encore. Parce que son amour ne fera que l'affaiblir, jusqu'au jour où il finira par avoir raison de lui.

Et parce que jusqu'à ce que ce jour arrive, Natsuo continuera. Encore. Encore et encore et encore et encore –