1 ère année - (1ère partie)
La lutte est réelle putain.
Ne vous méprenez pas, je ne m'attendais pas à ce que ce soit facile. Mais jusqu'à récemment je n'avais pas la moindre idée de ce que "la lutte" voulait vraiment dire.
J'ai dix-sept ans, j'ai un enfant que je ne vois jamais, une petite-amie qui a arrêté l'école pour s'en occuper et j'ai un boulot qui devrait m'offrir des avantages pour le nombre d'heures que j'y passe. Ma vie est maintenant ce que vous appelez "vivre au jour le jour", une lutte constante pour essayer de joindre les deux bouts, voir ma nouvelle famille et espérer qu'un jour j'aurais les moyens de nous remettre sur pied.
J'essaie de me rappeler que ça vaut le coup. Parfois il est difficile d'empêcher mes pensées de se cacher dans l'endroit sombre dans lequel elles s'étaient nichées pendant des années. Bella me permet de voir plus facilement la lumière mais je me demande toujours ce que tout cela signifie.
Je me demande souvent comment nous sommes arrivés ici. Surtout je me demande pourquoi je ne pensais pas que nous pouvions le faire avant. Pourquoi je ne pensais pas être assez bon.
Pourquoi n'ai-je pas vu ça avant ? Pourquoi n'ai-je pas vu combien je pourrais être pour eux ?
Certains jours, je me sens presque fier de moi, fier de Bella. C'est en quelque sorte incroyablement époustouflant de voir la vie dont j'ai passé ces derniers mois à m'inquiéter se transformer en… une vraie vie. Je ne m'attendais pas à ce que cela me paraisse si naturel d'assumer la responsabilité de quelque chose qui me rendait si faible autrefois.
Il y a un étrange sentiment de force qui est arrivé quand j'ai tenu Landon Carlisle pour la première fois. J'ai réalisé que je ferais n'importe quoi pour lui, dès que j'ai baissé les yeux sur son petit visage potelé et je l'ai fait.
La plupart du temps je suis trop occupé pour remarquer à quel point tout a changé.
Les deux premiers mois se sont bien passés. Esmée gardait le bébé quand Renée et Charlie ne le pouvaient pas mais il restait à plein temps chez les parents de Bella. Il n'a pas fallu longtemps avant que les horaires de nos parents commencent à se chevaucher. C'est alors que Bella a mis le pied à terre et a décidé qu'elle allait prendre soin de lui plutôt que d'aller à l'école.
Il est sa responsabilité. Par conséquent tout problème qu'il cause à nos parents est de sa faute.
La logique de Bella est ridicule mais je n'ai pas eu mon mot à dire à cette décision. Elle l'a fait toute seule.
Le pire c'est qu'elle était à trois mois de l'obtention de son diplôme lorsqu'elle a abandonné les cours.
Maintenant elle a un travail à temps partiel dans un magasin de vêtements de seconde main, Lilly's pendant qu'elle étudie pour obtenir son diplôme. Quand je ne travaille pas, Landon Carlisle reste chez moi, avec moi. Cette lutte est réelle aussi.
"Edward," marmonne patiemment maman depuis l'embrasure de la porte. "Tu dois lui tapoter le dos, chéri. Apaise-le."
Je serre les dents.
Je le calme.
Landon (il semblerait que nous l'appelions plutôt LC - ce qui ressemble davantage à 'Elsie' quand c'est dit à voix haute - mais peu importe) ne pleure pas comme ça avec Bella. Elle a cette magie qui fait que les pleurs cessent et que le rire revient. Ni Esmée ni moi ne possédons ce talent.
J'enrage.
Pas vraiment, j'essaie juste de comprendre pourquoi je ne peux pas arrêter mon fils de pleurer.
"Edward," répète-t-elle plus fort, pour que je puisse l'entendre par-dessus le bruit. Je retiens ma respiration et gonfle mes joues, penchant la tête et la tournant pour voir maman.
"Quoi ?" je crache.
Elle tend ses bras vers moi, avec une expression compréhensive. Mes yeux s'adoucissent, regrettant immédiatement mon attitude précédente envers elle. Ma mère a été patiente avec moi - mais plus que tout, avec Landon.
Esmée n'est plus la même personne qu'il y a un an, elle ne boit plus, ne me laisse plus seul pendant des jours et elle me dit exactement quand elle part ainsi je sais si elle sera là ou non pour m'aider. Le plus triste c'est que je n'avais jamais remarqué combien j'avais besoin d'elle avant de voir combien Landon avait besoin de moi.
Elle ne mérite pas toute la merde que je lui ai fait subir.
"Et si je prenais le bébé pendant que tu fais tes devoirs ?" demande-t-elle.
Je regarde vers le visage tout rouge du bébé dans mes bras, souhaitant connaître le fonctionnement de l'esprit Jedi.
Arrête de pleurer.
S'il te plait, ne laisse pas maman penser que je ne suis pas capable de faire ça.
"Je suis désolé," je marmonne en le lui passant. "Peut-être qu'il a besoin de manger à nouveau ?
Je veux ma copine. Où est-elle putain ?
Elle essaie d'étudier sans un bébé... c'est ce qu'elle fait...
"Tu deviens frustré." Elle prend le bébé sur un bras et utilise l'autre pour passer ses doigts dans mes cheveux. "Je sais que c'est difficile mais ce ne sera pas comme ça pour toujours, bébé. Pense à ce pourquoi tu fais ça. Ça va en valoir la peine à la fin."
"Ça vaut le coup ?" je répète et ça se transforme en une piqûre sournoise en deux secondes. Je ne sais pas d'où vient mon attitude mais je n'arrive pas à la contrôler. "Bella a quitté l'école…"
"Elle y reviendra," me dit-elle. "Ces choses prennent du temps. Je sais que tu n'approuves pas sa décision mais elle a promis d'aller à l'université l'année prochaine."
"Non à l'université communale," je corrige. "Et ce n'est pas juste. Elle a travaillé pour aller dans une université réputée pour un cycle long et…"
"Bella est une fille intelligente, Edward," m'interrompt-elle. Elle sourit à Landon; "Il y a juste un petit arrêt, c'est tout. Elle va revenir dans la course, tout comme toi." Elle fait un clin d'œil, "Monsieur le diplômé."
Je suis loin d'être sur la bonne voie, même si ma mère a raison sur une chose : l'obtention du diplôme c'est dans deux mois.
Une fois que maman m'a pris LC, je me rends compte que je ne me souviens de rien de ce que j'ai lu pendant que je le tenais. C'est comme si toutes les informations avaient été effacées de mon cerveau alors je retourne en arrière pour relire ces quelques chapitres.
Je me force à parcourir les premiers paragraphes, trouvant difficile de me concentrer à cause des cris provenant de la pièce à côté.
Mes genoux rebondissent d'anxiété, mon corps me fait mal, il veut aller voir ce qu'il se passe. J'essaie de lire et de comprendre plus vite, voulant en avoir déjà fini avec ça. En fait je n'en peux plus, je ferme le livre et descends du lit juste au moment où tout devient silencieux.
Mes sourcils se froncent de confusion.
Sorcellerie…
Je laisse mes pensées de côté et sors de ma chambre pour les chercher. Moins de mi-chemin entre ma chambre et le salon, je m'arrête en entendant un étrange grincement. Il... rit ?
La raison en devient claire lorsque j'entre dans le salon et que je vois ma mère et Bella assises sur le canapé. Landon est allongé sur les genoux de Bella avec ses pieds dans ses mains pendant qu'elle lui chatouille le ventre.
Le soulagement m'écrase et je sens mes genoux fléchir à cette vision.
Merci merci merci.
Bella est toujours dans son uniforme de travail, les cheveux en arrière et les yeux brillants sur notre monde entier. Elle lève un pied à sa bouche et souffle, provoquant un grincement aigu de sa part.
"Petit gars idiot… tu dois laisser papa étudier," murmure-t-elle faisant des cercles sous ses pieds. Landon enfonce deux doigts dans sa bouche faisant du bruit. Elle soupire. "Tu te fous de tout ça pas vrai ? Tu veux juste jouer toute la nuit."
Ce n'est pas souvent que je les vois tous les deux ensemble comme ça. Peut-être une fois ou deux par semaine nous avons un moment seuls mais à part ça…
Ma poitrine se resserre de plénitude, voyant la bonne chose que nous avons faite, riant avec la fille qui lui a donné la vie.
Et il ne le sait même pas.
J'entre dans le salon pour faire voir que je suis là, je me racle la gorge. "Que fais-tu là ? Je ne pensais pas que tu finisses avant dix heures."
Bella me regarde, surprise. "Oh non… nous faisons trop de bruit ?" demande-t-elle inquiète. Je secoue la tête et vais vers elle pour l'embrasser.
"Non j'ai fini. Les cours sont en train de me botter le cul, "j'explique, en m'asseyant sur l'accoudoir du canapé alors que Bella arrange LC sur ses genoux, face à nous. "Landon voulait m'aider apparemment."
"Pauvre petit gars, il n'arrête pas de pleurer," intervient Maman. "L'été sera plus facile mais je ne pense pas qu'un appartement serait la meilleure chose pour vous deux en ce moment."
Nous nous tournons vers elle avec la même expression confuse. "Maman…" je secoue la tête, " nous allons emménager ensemble. Bella s'est occupée de LC depuis six mois, nous voulons être ensemble. Nous pouvons le faire."
L'expression de maman passe d'inquiète à contemplative. "Je ne dis pas que nous ne pouvez pas. Je dis simplement que vous devez prendre un peu plus de temps. Pour l'instant, la fin de l'année et le diplôme sont suffisants et vous avez un bébé dont il faut s'occuper. Pas simplement un travail, des cours mais aussi un bébé. C'est vraiment énormément de travail." Elle porte une main à sa joue me lançant un regard plein d'appréhension
Bella et moi nous regardons avant de nous tourner vers elle. "Nous le savons," disons-nous en même temps.
"Nous voulons être une famille Esmée," gémit Bella, en souriant à Landon. Il regarde de moi à Bella avant que son corps ne se recroqueville.
Je suppose qu'il force pour enfin faire le numéro deux.
"Nous voulons être ensemble," finis-je en me penchant pour attraper la main de LC. "Pas vrai Landon? On te fait peur avec cette conversation ?"
Bella rit avant de me regarder. Ses yeux brillent d'un sourire. "Ce ne sera pas si grave Edward. Nous travaillons tous les deux et nous avons un solide système de soutien… ce sera du travail mais ça en vaut la peine."
J'acquiesce de la tête, sentant mes lèvres se tirer avec un petit sourire.
Ça vaut le coup.
"Il est mignon," dit Renée en pinçant les joues de Landon. "Mais s'il garde encore son grand-père éveillé toute la nuit... nous allons avoir des problèmes."
Je sais qu'elle taquine mais souvent je trouve ses commentaires condescendants. La semaine dernière Bella a été appelée au travail à la dernière minute. Elle a laissé le bébé à sa mère et quand elle est revenue, Renée lui a a fait vivre l'enfer parce qu'elle ne le lui avait pas demandé plus tôt.
Parfois je pense que je préfère laisser Landon avec Max.
"Il ne dérange personne," objecte Charlie, atteignant le siège auto de Landon pour le déboucler. "Tu entends les nouvelles, petit gars ? Maman a obtenu son diplôme aujourd'hui…" il soulève le bébé du siège - "bien un bon diplôme - mais il faut que tu te souviennes de ce jour parce que nous sommes fiers d'elle. Maman et papa travaillent très dur, ils font tout ce qu'ils peuvent pour te donner une bonne vie."
Renée sourit et ma mâchoire tombe.
"C'est vrai," murmure-t-elle en se tournant pour me faire face. Elle évalue ma tenue un moment, avant de hocher la tête. "On se voit ce soir ? Minuit ?"
Je hoche la tête, en piquant mes clés sur la table de la cuisine. J'embrasse la joue de Landon. "Je reviendrai avec maman plus tard, mon pote," je lui promets. "Sois sage avec grand-mère et grand-père." Je me tourne vers Renée. "Merci encore, de faire ça."
Elle fait des signes dédaigneux. "Ne dis rien. "
Quinze minutes plus tard, je suis assis dans ma voiture devant le travail de Bella, me demandant pourquoi je n'ai pas pris ce temps pour une sieste.
Parce que j'aime Brightside.
Parce que nous ne sommes pas nuls.
Parce que nous pouvons encore être des enfants, tout en ayant un enfant.
C'est ridiculement difficile d'avoir un moment seul avec Bella. Je sais que c'est l'une des nombreuses conséquences de notre décision mais j'ai la chance de pouvoir gagner une seconde pour la prendre dans mes bras, sans parler de l'embrasser sur la bouche.
Je n'ai jamais été doué pour les romances, c'est évident. J'ai dû me saouler et me défoncer pour rassembler le courage d'embrasser Bella la première fois et je ne lui ai même pas demandé si c'était d'accord avant. Je lui ai dit, "Putain" et plongé sans prévenir. Non pas que Bella se soit jamais plainte mais je n'ai plus exactement seize ans et je ne suis plus effrayé de l'embrasser. Ce soir, il s'agit de lui montrer de l'amour, bien que j'aie l'intuition qu'elle va être assez énervée contre moi pour ne pas l'avoir avertie.
"Hé !" dit-elle en montant dans la voiture. Elle s'arrête et regarde vers le siège arrière en fronçant les sourcils.
"Où est Landon ?"
J'aspire de l'air entre mes dents. "Je l'ai oublié."
Ses yeux s'écarquillent. "Quoi ?!" Elle me donne un coup de poing dans le biceps droit. Je me mets à rire. "Arrête de te moquer de moi, où est-il ? Tu ne l'as pas vraiment laissé avec ta mère, n'est-ce pas ? Elle doit travailler, je lui ai dit que tu..."
Je secoue la tête, en me ressaisissant. "Allez, Bella. Je ne l'oublierais jamais." Je lui adresse un froncement de sourcils découragé. "Je ne peux pas croire que tu aies oublié ce que c'est ce soir."
Sa lèvre inférieure ressort, avec ses sourcils qui se rejoignent en signe de confusion.
"Qu... quoi ?" Elle fixe le toit, comme si elle essayait de se rappeler ce qu'elle aurait pu dire lors des dernières heures. Je lève un sourcil, en la narguant. "Hum ... Je ne ..."
"Hum… ?" je me moque, en jetant un regard par la fenêtre. "Réfléchis, Bella... ça commence par un P ?"
Je me retourne pour voir ses lèvres se contorsionner de façon étrange. "P... Push-Pops ?"
Je me retourne, en gloussant. "C'est toujours de la nourriture avec toi ?" Je demande, en riant si fort que mon estomac me fait mal.
Elle me frappe encore une fois le bras et je me recroqueville. "Arrête de te moquer de moi, abruti ! Et pourquoi es-tu… habillé ? Où est le bébé ?"
"Les parents," je me démène, en essayant toujours de me contenir. Je suis inhabituellement excité pour ce soir.
Elle se détend dans son siège, en fermant la portière de la voiture pour que les lumières s'éteignent. Elle gonfle ses joues, en secouant la tête. "Je ne me souviens pas, Edward."
Je la fixe encore un moment avant de décider que j'ai fini de la torturer. " Le bal de promo, , je réponds.
Elle pâlit. "Quoi ?" Elle secoue la tête avec véhémence. "Edward, non."
Je me gratte la joue, en hochant la tête. "Tu as promis."
"Il y a un an !" crie t'elle. "Non, pas question."
"Une promesse est une promesse, Bella." Je hausse les épaules, me penchant vers l'avant pour mettre la voiture en marche. "Tu ne peux pas reculer maintenant, nous sommes déjà en route".
"Je-je..." elle bégaie, croisant ses bras sur sa poitrine. "Fais demi-tour, Edward. Je te jure..."
Je secoue la tête.
"Pourquoi me fais-tu ça ? Je n'ai même pas de robe."
"Tu en as acheté une l'année dernière."
Elle ricane. "Comment tu sais ça ?"
"Je lis dans les pensées ?" Je transforme ça en une question, qui correspond à son ton. "Je plaisante, Rose me l'a dit. Elle est derrière."
Je vois sa moue dans ma périphérie. "Je suis trop grosse pour porter ça."
"Tu as pris deux kilos après la naissance de Landon, Bella."
Je ne le sais pas vraiment mais elle me semble toujours la même. Belle et rayonnante comme toujours. Elle agit comme si elle avait pris cent kilos.
"Je te déteste."
J'arrête la voiture alors, en soupirant. Je me déplace sur mon siège pour lui faire face. "Si tu dois vraiment me détester pour ça, alors nous n'irons pas. Mais je sais que tu manques à tes amis, Bella. Ils s'inquiètent pour toi et demandent de tes nouvelles en permanence. Aussi, je n'ai pas eu l'occasion de le faire la dernière fois." Elle s'agite sur son siège, tâtonnant avec ses mains dans un geste nerveux. "Quoi ?"
"Mais..." Elle secoue la tête. "Tout le monde sait que j'ai laissé tomber..."
"Et alors ?" Je réponds. "Personne ne se soucie de ce que tu as fait hier, ils ne se soucient que de ce que tu fais aujourd'hui."
Je n'ai aucune idée d'où vient celle-là mais je pense que c'est encore une phrase que mon père a probablement dit à Emmett ou moi quand nous étions petits.
Elle continue de mâchonner sa lèvre, regardant entre la route et moi. Après quelques secondes de silence gênant, elle parvient finalement à faire un petit signe de tête.
Je souris et je me penche sur la console pour l'embrasser. "Merci," je marmonne contre ses lèvres. Je tends la main vers l'arrière pendant que je l'embrasse et recule une fois que j'ai trouvé ce que je cherche. Je jette la boîte qui contient le petit bouquet sur ses genoux. "Maintenant, mets ce truc, on va être en retard."
Elle jette sa tête en arrière et rit. "Ce truc ?"
Je hoche la tête et je prends la boîte pour en sortir un petit bouquet blanc. "Ouaip." Je glisse la bande sous mes doigts pour le passer sur son poignet. "Essayons encore une fois. Bella Swan."
Elle soupire, luttant contre un sourire qui s'agite aux commissures des lèvres. "Oui ?"
"Je sais que j'ai le timing le plus inopportun et il ne m'est pas venu à l'esprit de faire cela il y a six heures" - elle rit - "mais il est important pour moi que nous fassions cette dernière chose avant de retourner à notre vie normale. Un rite de passage très, très important-"
"Rite de passage ?" intervient-elle.
"Chut, je parle..." je continue, "Bella Swan, veux-tu s'il te plaît aller au bal avec moi ?"
Elle cligne des yeux. "Ça va être nul mais... très bien, j'irai au bal avec toi."
Je peux à peine contenir mon sourire.
Parce que juste pour ce soir, on va redevenir des enfants.
Le centre commercial pendant l'été : l'enfer.
"Comment ça, tu t'en vas ?"
Je veux rentrer à la maison.
Non, je ne sais même pas où est la maison. Bella est à la maison. Landon est à la maison. Je n'ai pas de maison sans eux... c'est pourquoi je travaille ici. Pour gagner de l'argent. Pour subvenir aux besoins de mon foyer.
"C'est, ah..."
"Borderlands 2 vient juste de sortir !" s'exclame-t-il. "Comment se fait-il que vous soyez déjà en rupture de stock ?"
Je regarde devant moi, me demandant ce que ce type veut exactement de moi. "C'est ... épuisé."
Les yeux du mec deviennent énormes, déconcertés.
"Bonjour !" intervient Alec , arborant un sourire amical pour le client impoli, tout en regardant dans ma direction.
"Comment allez-vous aujourd'hui, monsieur ?"
"Comment je vais ?" répète-t-il, en m'envoyant un regard acéré. "On vient de me dire que Border ..." Je l'oublie ... je me désintéresse de tout. Rien d'autre n'entre dans ce cerveau aujourd'hui.
C'est comme si j'étais coincé en marche arrière. Tout est à l'envers. Chaque pas que je fais, tout ce que j'entends, tout est… faux.
Cela fait presque six jours que je n'ai pas vu Bella.
Lundi, elle a eu un rendez-vous anticipé chez le médecin avec LC avant qu'elle ne parte travailler.
Mardi, j'ai eu Landon toute la matinée mais j'ai dû le déposer chez Renée pour pouvoir aller travailler.
Mercredi et jeudi se sont déroulés de la même manière. Nous avons tous les deux travaillé en laissant le bébé à nos parents.
Vendredi et samedi, j'ai travaillé dix heures et je me suis évanoui avant même d'avoir eu la chance de l'appeler.
Aujourd'hui, je travaille jusqu'à dix heures, et demain …
"Tu es excité par l'université, mon pote ?" demande Alec, en me tapant sur l'épaule. Je regarde alors que le mec impoli de tout à l'heure sort du magasin avec un sourire sur le visage. "Allez, tu as eu tout l'été. Ne prends pas cet air déprimé."
Demain, je commence l'université.
"Je ne le suis pas," je mens. "On devait visiter des appartements cet été mais ça n'a pas été fait. Nous... nous n'avons pas eu le temps."
"Ne te précipite pas, Edward. Vous avez tous les deux été occupés, à essayer de passer du temps ensemble et à travailler... Je… sais comment c'est. Il suffit d'en parler à Bella. Il n'est jamais trop tard."
Je hoche la tête.
Une chose que j'ai apprise cette année : nous ne travaillons pas de la même façon si nous ne sommes pas ensemble. Nous ne pouvons pas être partenaires - parents - à moins que nous soyons ensemble.
Les huit premiers mois de la vie de Landon ont été passés à faire des allers-retours entre la maison de Bella et la mienne. Sa chambre est chez les parents de Bella mais il est constamment en mouvement. Il n'y a pas de système auquel nous nous conformons lorsque nous l'élevons. Il n'est jamais au même endroit pendant longtemps et cela doit changer.
"Je déménage," j'annonce en rentrant chez moi lundi après-midi, en jetant mon sac à dos par terre.
Maman et Max transfèrent leurs regards de la télévision vers moi.
Esmée se pince les lèvres. "Salut, chéri... comment c'était à l'école ?"
"C'était l'école. C'était nul mais je fais des progrès dans la vie, alors c'est bien !" je râle complètement hors sujet. Je m'arrête avant d'oublier ce que je voulais dire. "Peu importe - j'ai besoin de sortir Bella et Landon de là. Ce n'est pas sain, on va mourir si on continue comme ça".
Maman cache son rire avec sa main "Edward, mon chéri, tu es devenu fou."
Je râle et je passe la main dans mes cheveux. "Oui, je sais. Alors, écoute, je ne suis pas riche ou quoi que ce soit mais j'ai juste assez d'économies pour prendre un appartement. Les deux premiers mois de loyer, peut-être. Je n'ai pas de crédit, cependant, alors peut-être que je peux vendre un rein ? Je..."
"Je connais un endroit près de la FCC qui serait bon pour toi," interrompt Max. Maman se retourne pour lui faire un regard interrogateur. Il hausse les épaules et me fait face. "Le loyer ne sera pas un problème et les services sont couverts avec le loyer - je peux t'aider si tu veux."
Je souris.
Je savais bien qu'il y avait une raison pour laquelle j'aimais ce connard.
