The Brightside

Je suis une sprinteuse.

Je vais courir aussi vite que je peux, aussi longtemps que possible sans jeter un coup d'œil par-dessus mon épaule. J'inspire par le nez, expire par la bouche et je me sens en apesanteur tant que je ne regarde pas en bas.

Aujourd'hui je ne peux pas courir assez vite.

Mes chucks roses dérapent sur le béton et je n'entends rien d'autre que le son de mon pouls qui bat à mes oreilles.

Des fleurs tombent de mes cheveux et la fille derrière moi rit si fort qu'elle peut à peine respirer. J'ai du mal à empêcher ma robe de tomber mais Rosalie est une bonne amie. Elle l'attrape avant qu'elle ne touche le sol.

"Cours plus vite !" dis-je par-dessus mon épaule mais la beauté blonde a passé toute la matinée sur mes cheveux et a fumé un joint avant notre départ. Elle peut tout juste respirer et elle pense que c'est la chose la plus drôle qu'elle ait jamais vue.

C'est sa faute si nous devons courir. Elle a oublié de mettre de l'essence et la voiture s'est arrêtée à mi-chemin. La plupart des gens aurait appelé pour venir se faire chercher mais le téléphone de Rosalie est déchargé et j'ai laissé le mien chez moi parce que je ne savais pas où le mettre.

Je n'ai jamais dit que j'étais intelligente.

Alors nous courons en chucks rose et en ballerines, trébuchant et aspirant de l'oxygène parce que nous sommes fumeurs ou que nous ne sommes tout simplement pas en forme après avoir eu un enfant. On ressemble à des idiotes mais on s'en fout.

"Bel-la !" halète-t-elle, enroulant sa main autour de mon avant-bras pour me tirer en arrière. Je trébuche sur des lacets violets.

"Quoi ?" je demande en haletant. Elle me montre l'autre côté de la rue et je suis sa ligne de mire jusqu'à ce que mes yeux se dirigent vers une Impala brun clair. Je sens mes genoux fléchir de soulagement. Mon frère est assis derrière le volant de la voiture, pointant du doigt et gloussant en abaissant la vitre. Il se moque de moi. Je m'en fiche, je cours vers la portière passager avec Rosalie qui tousse et rit derrière moi.

"Et voilà il faut que tu sois en retard pour ton mariage !" marmonne Jasper, en secouant la tête et en déverrouillant la portière. "Tout le monde t'attend. La moitié de la ville pense que tu t'es enfuie mais ton petit-ami te connaît mieux que ça..."

"Edward va bien ?" je demande en montant et en refermant la portière. "Il est anxieux, pas vrai ? Il ne pense pas que je me sois enfuie ?"

Oh mon dieu, faites qu'il ne pense pas que j'ai pris peur.

Jasper agite la tête rapidement. "Non, bien sûr que non. Il te connaît mieux que ça. Il a dit qu'il savait que tu serais en retard et m'a demandé d'aller voir ce que tu faisais. Je n'aurais jamais pensé voir ça. Que s'est-il passé ?"

J'explique la situation pendant qu'il conduit. Les larmes coulent sur son visage avant le moment où j'ai fini de raconter, il rit hystériquement. Rose se concentre pour arranger mes cheveux alors que Jasper plaisante de ma stupidité. Elle se sert d'épingles pour fixer la bande de fleurs et arrange ma frange avec l'une des jonquilles tombées.

Jasper arrête la voiture devant le parc et je repère ma mère assise sur un banc à proximité. Elle porte une robe rose jusqu'aux genoux et regarde de l'autre côté de l'allée menant au lac où le futur mari pense probablement que je l'ai oublié.

"Allez retardataire," dit Jasper en secouant mon épaule pour attirer mon attention.

Je me tourne vers lui et hoche la tête en détachant ma ceinture. "J'arrive. Je vais lui parler mais ce sera rapide."

Il hoche la tête. "Ne mets pas longtemps, le temps passe."

Alors que Rosalie et Jasper sortent de la voiture, je vais voir ma mère.

Elle me remarque et se lève brusquement, un grand sourire apparaît sur son visage. "Oh Bella !" pleure-t-elle entre ses doigts. "Tu es si belle." Son sourire se fane. "Où est ta jolie robe ? Tu es tellement en retard. Qu'est-ce que tu faisais ? Tu as eu des ennuis avec cette Rose…"

"Maman..." je l'interromps en secouant la tête. "Non, on est tombé en panne d'essence à mi-chemin. J'ai dû courir tout le reste du trajet jusqu'à ce que Jasper nous trouve."

"Oh, quel jour de mariage ?!" fait-elle, avant de hocher la tête avec précaution. Ses yeux sont brillants alors qu'elle me regarde, en souriant. "Tu es sûre ? Je sais que tu es amoureuse mais tu es si jeune, bébé. Tu as l'éternité pour te marier."

"Non maman je n'ai pas l'éternité," je murmure en secouant légèrement la tête. "Je suis sûre pour Edward. Je l'ai toujours été. Nous sommes une famille et nous le serons toujours."

Elle accepte cette affirmation avec un grain de sel car ma mère est comme ça. "Tu n'avais que seize ans…"

"Et maintenant je vais l'épouser." Je prends une profonde inspiration alors que la chaleur provoquée par la colère éclate sur mes joues. "Aurais-tu les mêmes doutes sur nous si je n'étais pas tombée enceinte ?"

Je connais déjà la réponse. Ma mère n'a jamais eu de problème avec ma grossesse - c'était avec mon choix d'élever l'autre vie. Dès le début elle nous a soutenus Edward et moi. Elle pensait savoir ce que je voulais alors que je ne le savais pas moi-même. Elle était la voix dans mon oreille, me disant d'être rationnelle, de rester sur la voie que j'avais planifiée quand l'avenir que j'avais prévu s'était envolé par la fenêtre.

"Je voulais seulement ce qu'il y a de mieux pour toi." Les mots tombent d'une si petite voix que je peux à peine l'entendre. "Tu ne vois pas ça ? Je n'essayais jamais d'être méchante et ton père non plus. Nous voulions que tu fasses ce qui était bon pour toi. Tu avais un avenir si prometteur devant tout et quand tu as dû laisser tomber…"

"Je n'ai pas laissé tomber, maman," je réponds. "J'ai déjà ce qui est le mieux pour moi, j'ai une vie géniale. Je sais que quelquefois c'est difficile mais chaque seconde en vaut le coup."

Ma mère sait que nous nous galérons - elle ne demande jamais rien quand elle me donne de l'argent et elle ne nous juge jamais quand nous avons besoin d'aide.

Elle fait un sourire apaisant qui n'atteint pas ses yeux. "Je le sais. Eh bien, je suis sûre que tu peux comprendre… en tant que parent, tu voudras toujours ce qui est le mieux pour ton fils. Cela ne veut pas dire que tu sauras ce que c'est mais moi non plus. Tout ce que nous pouvons faire est d'essayer."

Je secoue la tête. "Si tu essaies de me dissuader d'épouser Edward, ça n'arrivera pas," je plaisante à moitié.

Son sourire s'agrandit alors qu'elle fait un pas en avant, enroulant ses bras autour de mes épaules. "Non je n'essaierai pas de vous séparer." Elle soupire, se reculant pour me pincer les joues. "Je ne faisais que taquiner - je savais depuis le début que ce garçon allait rester un petit moment." Elle ajuste les manches courtes de ma robe, brossant le tissu.

"Bien sûr," je souffle. "Si tu le dis..."

Je me retourne pour voir mon père avancer péniblement dans notre direction les bras écartés. "Où diable étais-tu ? Tu serais en retard pour tes propres funérailles, ma fille !"

J'aspire une bouffée d'air entre les dents, plissant les yeux de culpabilité. "Désolée, papa."

"Allez, il faut que je donne quelqu'un à son futur mari," dit-il en souriant, en me faisant signe divers l'endroit où il se trouve. "Le pasteur Webber - ce pauvre vieux - est sur le point de faire une sieste."

Je glousse et je traverse la rue en tenant fermement la main de ma mère. Elle place un baiser sur le dos de ma main avant de la passer à mon père qui sourit tellement que son visage pourrait se fendre en deux.

"Ta robe est sale," note-t-il en montrant la traîne. Je regarde vers le bas, remarquant le tissu en lambeaux au bout. Je rassemble le tissu inerte dans ma main libre, en prenant une grande respiration pour garder la nervosité qui envahit ma poitrine à distance.

"Merci, papa, " je murmure, en essayant de faire disparaître le brouillard de mes yeux.

Est-ce que je suis en train de mourir ?

La nervosité s'accumule et une sensation de battement douloureux se répand dans mon torse. Papa secoue mon bras et je regarde en arrière pour rencontrer ses yeux.

"Tu es magnifique," dit-il avec un sourire. "Ne t'évanouis pas maintenant, le gamin nous a déjà fait des frayeurs avec ses conneries de trépigner devant l'autel."

"Ok, je vais m'asseoir maintenant," annonce maman, en m'envoyant un sourire alors qu'elle descend le sentier qui mène au lac. "Ne mettez pas trop longtemps."

Je fais un petit signe de tête, permettant à papa de m'accompagner jusqu'aux marches en pierre qui mènent au bord du lac.

"Hé," dit-il avant que nous n'atteignions les marches, en tendant la main pour m'arrêter. Je lui jette un regard, en ravalant la boule de nerfs dans ma gorge. "Qu'est-ce que je t'ai dit ? Quand tu allais commencer l'école maternelle et que Jasper a renversé du jus d'orange sur ta barboteuse... tu étais si effrayée, tu braillais les yeux ouverts. Tu te souviens de ce que je t'ai dit ?"

Je roule les yeux. "Papa, ce n'est pas une barboteuse, c'est une robe de mariée. Et ce n'est pas le premier jour de la maternelle, c'est mon mari... " avalant l'air "...age."

"Ouvre les yeux, prends une grande respiration, fais comme si c'était juste toi et le professeur, et souris. "

Je lève un sourcil. "Professeur ?"

Ses sourcils se rejoignent. "Hmm. Eh bien, je suppose que tu devras remplacer le professeur par quelqu'un d'autre alors, n'est-ce pas ?"

Edward.

Je hoche vigoureusement la tête.

"Bien. Maintenant, peut-on en finir avec ça ? Je suis affamé," grogne papa.

J'ouvre les yeux, je prends une grande inspiration et je hoche la tête.

Vert.

J'essaie de trouver le vert. C'est dans la mousse qui s'accroche à la pierre quand je descends l'escalier, l'herbe que nous foulons et puis c'est parti. Je n'ai plus rien pour me distraire.

"Tes chaussures sont tellement géniales, Brightside," chuchote-t-il, et je retrouve le vert dans ses yeux souriants.

Je ris et ce n'est même pas un peu nerveux. "J'avais besoin de quelque chose pour courir."

Des mèches de cheveux de la couleur d'un penny tombent devant ses yeux alors qu'il glousse. Il passe une main dans ses cheveux pour les repousser, souriant en me regardant.

"Es-tu prêt ? Je demande.

Le temps s'est arrêté.

Je respire plus profondément.

Et Landon crie dans le fond,

"Je t'aime, maman !"

Je lui fais un bisou et il touche son cœur.

Edward sourit. "Je pensais que tu ne demanderais jamais."

FIN