Dès qu'ils eurent posé le pied sur le pont, Jack et Barbossa recommencèrent à se battre verbalement pour savoir qui serait capitaine. Il fut finalement décidé que Barbossa dirigerait le bateau, tandis que Jack serait en charge de décrypter la carte. La première nuit, un événement étrange se produisit. Ce fut Liz qui le repéra la première, en même temps que les pirates Pintel et Raggetty. Elle vit, flottant à quelques centimètres sous la surface et se déplaçant au fil du courant, des dizaines de silhouettes d'hommes, de femmes et d'enfants. Pintel suggéra de lancer des boulets de canon sur eux, « pour voir ce que ça ferait », ce que Raggetty approuva vivement. Ils y renoncèrent cependant en voyant le regard de Tia Dalma. Liz s'approcha d'elle, bientôt rejointe par ses amis.

- Que sont-ils ? Demanda-t-elle doucement.

- Les esprits de ceux qui sont morts en mer, répondit la sorcière d'une voix tremblante de rage. Ils devraient être au soin de Davy Jones. C'est le devoir du Hollandais. Et en échange, tous les dix ans, il pouvait revenir à terre pour retrouver celle qui l'aimait vraiment.

- Alors il n'a pas toujours été... tentaculaire ? Demanda Raggetty.

- Non. Autrefois, c'était un homme...

- Voilà des bateaux, dit Tom, intrigué.

- Même dans la mort, on n'est pas tous égaux, dit sombrement Mia.

Ils regardèrent silencieusement passer les bateaux. Ils n'étaient désormais plus les seuls à regarder.

- Ils ne nous voient pas ? S'étonna Benedict.

- À leurs yeux, nous ne sommes que des fantômes, répondit Tia Dalma.

Un appel se fit soudain entendre.

- Père !

C'était Elizabeth, qui venait d'apercevoir le gouverneur Swan. Celui-ci se retourna vers sa fille.

- Elizabeth ? Es-tu morte ?

- Quoi ? Non !

- Je crois bien que je le suis.

Et il raconta les derniers instants dont il se souvenait. Liz saisit la main de Tom, et il la serra contre lui. Enaya regardait la scène, un air indéchiffrable peint sur le visage. Elizabeth ordonna qu'on lance un cordage, ce qui fut fait.

- Attrape la corde, père ! Attrape la corde !

Mais il n'en fit rien.

- Je suis si fier de toi..., dit-il d'une voix qui sonnait comme un adieu.

- Père !

Elizabeth monta sur le bastingage, prête à sauter.

- Elle ne doit pas quitter le navire ! S'écria Tia Dalma.

Benedict, qui se trouvait le plus près d'elle, s'empressa de la retenir. Elle se débattit violemment, et l'acteur finit par ceinturer la jeune femme.

- N'y a-t-il rien à faire ? Demanda Will à Tia Dalma.

- Il n'appartient plus à ce monde, répondit-elle en secouant la tête.

Enaya réfléchit un instant, puis décrocha une bourse qu'elle portait à sa ceinture, et la lança au gouverneur. Celui-ci la rattrapa, l'ouvrit, regarda à l'intérieur, et hocha la tête en remerciement.

- J'embrasserais ta mère pour toi, dit-il à sa fille alors que la barque s'éloignait.

Puis il se tut, et regarda de nouveau devant lui. Lentement, au gré du courant, la barque s'éloigna du navire.

- Qu'est-ce que c'était ? Demanda Tom à Enaya.

- Celle-ci se dirigea vers Elizabeth, qui avait cessé de se débattre. Elle ôta un collier qu'elle portait autour du cou, et le mit dans la main de la jeune femme. Celle-ci releva les yeux vers elle.

- Le jour où vous aurez vraiment besoin de lui, mettez ça autour de votre cou, et mettez-vous face à un miroir, expliqua-t-elle. Il vous apparaîtra. Moi, je n'en ai plus l'utilité.

Puis, elle s'en alla jusqu'à la proue du navire. Tom vint la rejoindre, et l'enlaça avec douceur. Elle ne se retourna pas vers lui, et garda les yeux fixés sur l'horizon. Elle ne le repoussa cependant pas.

- À qui appartenait l'autre partie ? Demanda-t-il.

- Freddie, dit-elle après un temps. Je l'ai retrouvé juste après la cérémonie.

- Je suis désolé.

- Il était temps de tourner la page.

- Il te manque ?

Elle ne répondit pas. Elle se tourna vers lui, et le regarda avec des yeux tristes.

- Ne tombe pas amoureux de moi, Tom, dit-elle. Je porte malheur.

Ce fut à son tour de détourner le regard, sans pour autant la lâcher.

- Ça, ce n'est pas à toi de décider, dit-il d'une voix ferme.

Elle laissa aller sa tête contre son épaule.

- Je suis si fatiguée de tout ça, Tom...

- Je sais. On trouvera une solution.

- Je ne veux pas te faire de mal...

- Tu ne m'en feras pas. Je te le jure. Et quand bien même, c'est à moi de décider ce que je veux.

Elle soupira.

- C'est l'enfer, dit-elle.

- Oui, bien sûr, répondit-il. Mais l'enfer avec toi, c'est juste un autre mot pour le paradis.

Un silence suivit.

- En fait, ce n'est pas tout à fait exacte, dit-il soudain avec un sourire. Ce n'est pas l'enfer, c'est l'antre de Davy Jones.

Elle eut un rire léger, et ne dit plus rien. Il fut satisfait, et ils restèrent ainsi un long moment, regardant l'horizon, jusqu'à ce qu'ils soient appelés à faire autre chose.