Et soudain, il n'y eut plus rien.

[3x09] : « Et dans son cœur meurtri, mais encore anesthésié par la douleur, chantaient et résonnaient en boucle les mots : Trop tard, trop tard, trop tard. »

ND'A : Et oui, après un texte bien fluffy, retour à quelque chose rempli d'angst, ouais !

Arya Stark de Winterfell avait longtemps été ce qu'on pouvait appeler une privilégiée.

Elle était noble, elle avait une grande famille qui l'aimait, elle vivait en paix, elle était heureuse même si elle ne se sentait parfois pas complètement à sa place.

Et c'était encore une enfant en partie ignorante de la laideur et de la pourriture qu'on pouvait trouver dans le monde.

Enfin ça, c'était avant que le roi Robert Baratheon n'arrive dans le Nord et ne commence à tout ficher par terre.

La première fois qu'Arya avait compris qu'elle était sur le point de tout perdre, et qu'elle avait vu son monde directement s'effondrer sous ses yeux, fut quand elle assista à la mort brutale de son père (même si contrairement à Sansa, elle n'avait pas vu la scène d'une manière véritablement frontale) exécuté à seulement quelques pas d'elle.

Ce fut à cet instant précis qu'elle comprit définitivement que plus rien ne serait jamais comme avant.

La mort de son maître d'arme quelques heures plus tôt avait déjà été un évènement suffisamment horrible pour être marquant pour elle.

Mais à vrai dire, elle n'avait pas réellement eu le temps d'y penser sur le moment, puisqu'elle n'avait fait que courir pour sa vie après cela, et pour elle, tout avait été très confus, et ses pensées n'avaient été dominées que par la peur.

Mais quand elle avait entendu les hurlements de Sansa, le bruit rapide et retentissant de l'épée résonnant dans l'air, le son de la tête roulant sur le sol, à terre, elle n'avait pu que penser à cela, au fait que son père venait de mourir, et que sa sœur était toute seule aux mains des Lannister, et qu'elle ne pouvait absolument rien faire.

C'était cette mort-là qui avait signé la fin définitive de son innocence.

Mais le pire était encore à venir.

§§§§

Arya, désormais aux Jumeaux, accompagnée du Limier, avait encore du mal à comprendre ce qu'il se passait.

Elle avait fuit loin du Limier dès qu'elle avait pu, et celui-ci l'avait bien évidemment suivie, refusant de perdre sa si précieuse otage, mais à vrai dire, elle n'en avait cure.

Sa mère et son frère étaient quelque part, et il fallait qu'elle les trouve, et...

Mais, que faisait Vent Gris ici ?

Avant même de pouvoir répondre à cette question, elle vit des hommes qu'elle identifia immédiatement comme des Freys (à cause de leur blason bien visible malgré la noirceur de la nuit, et ce grâce aux nombreuses torches aux alentours) se diriger vers des soldats de la maison Stark, et commencer à les assassiner implacablement.

Elle se figea, étouffant avec difficulté son hoquet d'horreur en voyant également le loup de son frère être tué juste devant elle, à seulement quelques mètres de là où elle se trouvait.

Qu'est-ce que...

Qu'est-ce qu'il était en train de se passer ?

Pourquoi ?

Cette soirée était supposée signifier l'union de leurs deux familles, pas la destruction de l'une par l'autre !

L'histoire se répétait, se rejouait une nouvelle fois, de la même manière, et encore une fois, il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour empêcher la tragédie de se produire.

Sa mère et son frère étaient en danger, il fallait qu'elle les prévienne, qu'elle...

Soudain, un hurlement de douleur déchira l'air, et Arya se figea une nouvelle fois.

Elle connaissait cette voix.

Maman !

Elle n'avait même pas besoin d'être présente sur place, de voir la scène pour comprendre ce qu'il était en train de se dérouler là, aux membres de sa famille, à la fois si proches et si loin d'elle.

Elle sut immédiatement, alors que l'éclat de rire de Walder Frey retentissait à son tour dans l'air, indifférent qu'il était à la mort de sa toute jeune épouse, autant qu'il semblait se réjouir de celle de Robb et Catelyn Stark.

Arya sentit son souffle s'arrêter dans sa gorge.

Sa mère et son frère venaient de mourir.

Et dans son cœur meurtri, mais encore anesthésié par la douleur, chantaient et résonnaient en boucle les mots : Trop tard, trop tard, trop tard.

Elle était arrivée trop tard, encore, comme à Port-Réal.

Mais qu'aurait-elle bien pu faire ?

Elle n'était qu'une enfant !

Elle n'était pas de taille à lutter contre Walder Frey et ses sbires.

Walder Frey était en train de mettre à bas la famille Stark, pour de bon, et si elle ne s'enfuyait pas de là le plus vite et le plus loin possible, il allait finir par réussir.

Sauf qu'elle n'arrivait plus à bouger.

Son cœur et son corps étaient gelés, incapable de faire quoi que ce soit, tandis que la douleur de la trahison que venait de subir sa famille était en train de lui déchirer le cœur.

Sa mère venait tout juste de mourir, et le pire était que c'était sans même savoir qu'elle avait été là.

Catelyn Stark avait péri en croyant sa petite fille loin d'elle, peut-être même morte qui sait, puisqu'ils n'avaient plus aucune nouvelle d'elle.

Morts, morts, morts.

Elle n'avait plus personne, elle n'avait plus rien.

Rien si ce n'est sa rancœur, sa haine, son désir de vengeance, de meurtre, son envie de tous les faire payer (même si à cet instant précis seule sa douleur émergeait de son cerveau qui avait encore du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer) tous autant qu'ils étaient, les Freys, les Lannister, tout ces monstres qui pensaient s'en sortir impunément une fois leur crime accompli.

Ils ne la connaissaient pas encore, n'avaient aucune idée de ce qu'il leur tomberait bientôt dessus.

La jeune fille encore figée sur place accueillit le coup sur la tête que lui administra le Limier pour l'assommer comme une véritable délivrance.

À son réveil, quelques heures plus tard, elle avait un certain nombre de nouveaux noms à rajouter à sa liste.

Oh, oui, maintenant c'était certain.

Arya Stark de Winterfell n'était définitivement plus une enfant.