Jusqu'à ce que ma voix se casse.

[S1-3] : « Les princes charmants n'existaient pas. Sansa Stark commençait à croire que les Sept non plus. » Sansa/Joffrey & Sansa/Margaery même si c'est peu présent. Léger UA dans le sens où Joffrey meurt plus tôt.

Cette fic est écrite dans le cadre de la 108ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Prier". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.

ND'A : Texte écrit en plus d'une heure.

Sansa Stark avait grandi en apprenant à avoir la foi, que ce soit envers les anciens dieux ou les nouveaux, et ce, d'une manière sincère et inébranlable.

Sa mère lui avait enseigné le respect envers les anciens dieux, et Septa Mordane, elle, l'avait fait au sujet des nouveaux, et jamais la petite fille qu'elle était alors n'avait remis en question cette croyance.

(Elle avait bien grandi depuis...)

Sansa avait toujours écouté docilement ce qu'on lui disait, et surtout elle y avait toujours cru, que ce soient les histoires sur les princes charmants ou tout ce qui pouvait concerner les dieux.

Oui, elle le savait, les dieux étaient réels, et bons, et miséricordieux, et si on agissait suffisamment bien et si on les priait de la bonne manière, ils pouvaient vous accorder ce que vous désiriez le plus au monde.

Ce qui ne signifiait pas que l'on pouvait tout obtenir non plus, la jeune noble était peut-être naïve, mais pas à ce point-là non plus, elle savait pertinemment que tout avait un prix.

Mais, peut-être que si elle s'appliquait suffisamment à devenir la meilleure dans tout les domaines qu'une véritable dame se devait de maîtriser, peut-être aurait-elle droit à ce dont elle rêvait le plus au monde, peut-être les dieux l'exauceraient-ils !

Alors elle pria encore, et encore, et encore pour qu'un prince charmant survienne enfin, et veuille l'épouser, puisque c'était bien ce qu'on lui avait appris à vouloir, à chérir, à désirer.

Son vœu fut exaucé, bien évidemment.

Elle ignorait encore que les contes de son enfance n'étaient que des mensonges destinés à cacher aux enfants la véritable cruauté du monde.

§§§§

Port-Réal était le lieu des mensonges, des faux-semblants, de la dissimulation, du cynisme et de la cruauté.

Et elle, pauvre petite colombe, comment aurait-elle lutter contre tout ça ?

Sansa commençait lentement à s'en rendre compte, mais tout n'avait pas encore basculé, tout n'était pas que désolation pour elle, elle avait encore l'espoir que les choses se terminent bien, elle avait encore la foi.

Alors elle fit la seule chose qu'elle pouvait encore faire et qui avait peut-être des chances de marcher.

Elle pria.

Elle pria pour que Joffrey devienne quelqu'un de meilleur, elle pria pour que son père soit épargné, elle pria pour revoir sa mère et ses frères, et pour pouvoir un jour revenir à Winterfell, rentrer à la maison.

Elle prie pendant des heures, jusqu'à que sa voix finisse par devenir inaudible, qu'elle se brise, qu'elle se casse, comme on était en train de la briser elle-même, ici, dans ce lieu empli de menteurs et de traîtres, elle prie jusqu'à ce que ses genoux deviennent entièrement insensibles, jusqu'à ce que le froid glacial des dalles du Grand Septuaire de Baelor finissent par lui geler le corps et le cœur.

Elle prie, et personne ne l'entend, ni ne lui répond.

Elle prie, et cela ne change rien.

Elle prie, mais son père meurt quant même, et, naïvement, elle se demande ce qu'elle a bien pu faire de mal pour que les dieux soient si indifférents à ses suppliques.

Elle croit encore en eux, mais c'est ce jour-là que sa foi commence à vaciller.

§§§§

Les princes charmants n'existaient pas.

Sansa Stark commençait à croire que les Sept non plus.

Elle avait continué d'ardemment les prier, même après la mort de son père, même après la mort de sa mère et de son frère aîné aux Noces Pourpres, elle avait supplié pour leur survie, et pour sa propre survie, mais...

Ça n'avait rien changé non plus, et silencieusement, elle avait demandé pourquoi.

Aucun d'eux n'était intervenu pour la sauver des brimades et des cruautés de Joffrey.

Le Père, la Mère, la Jouvencelle, l'Aïeule, le Guerrier, le Ferrant, l'Étranger...

Aucun d'eux n'avait fait quoi que ce soit pour la protéger.

Pourquoi ?

Elle n'était pourtant pas une mauvaise personne, alors par les sept enfers, pourquoi était-elle forcée d'endurer tout cela ?

Pourquoi elle ?

Elle priait, encore et encore, et les choses ne changeaient pas.

Elle allait devoir se rendre à l'évidence.

Il faudrait qu'elle se sauve toute seule.

Les gens de Port-Réal avaient tort, elle n'était pas une colombe.

Elle était une louve, et un jour prochain, elle saurait sortir les crocs, et leur montrer à tous de quoi elle était capable.

§§§§

Elle était libre.

Elle avait tellement prié pour que ce jour arrive qu'elle n'arrivait même pas à y croire, et pourtant...

Joffrey était mort.

Sansa n'avait aucune idée du qui, du comment, ni même du quoi (en revanche, elle avait une très bonne idée du pourquoi) mais après tout, peu importe.

Les dieux l'avaient entendue, et même si ce n'était pas vrai, elle pouvait toujours y croire, non ?

Ils existaient peut-être, n'existaient peut-être pas, mais qu'ils soient réels ou non, miséricordieux ou cruels, Sansa n'en avait cure.

Elle avait bien conscience que pour survivre à Westeros, on ne pouvait compter que sur soi-même.

La jeune femme avait définitivement perdu ses illusions de petite fille, c'est vrai.

Mais ici et maintenant, à Hautjardin, trois ans après la mort de Joffrey, et main dans la main avec Margaery Tyrell, elle se permettait de croire et d'espérer en un avenir radieux pour elles deux.