Aujourd'hui, ils sont vivants.

[8x03] : « Au fil des années, Arya Stark avait pris l'habitude d'enfermer beaucoup de choses au fond d'elle-même, dans des petites boites, de petits compartiments qu'elle se refusait encore à déterrer. Son identité, ses peurs, ses sentiments en tout genre. Ses sentiments pour Gendry notamment. Mais aujourd'hui, en ce jour fatidique où elle avait faillit mourir, tout ce qu'elle avait eu tant de mal à enfouir en elle était en train de remonter à la surface. » Post-bataille de Winterfell. Arya/Gendry.

Cette fic est écrite dans le cadre de la 108ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Compartiment". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.

ND'A : Déjà, spoil de l'épisode donc fuyez si vous ne l'avez pas vu. Et ensuite : le Gendrya est canon, youpi !

Au fil des années, Arya Stark avait pris l'habitude d'enfermer beaucoup de choses au fond d'elle-même, dans des petites boites, de petits compartiments qu'elle se refusait encore à déterrer.

Son identité, ses peurs, ses sentiments en tout genre.

Ses sentiments pour Gendry notamment.

Tout cela n'avait pas le droit d'exister.

Parce qu'il n'était pas temps, pas encore, parce qu'elle ne pouvait pas redevenir elle-même, pas tout de suite, parce que la guerre était là, à leur porte, que les morts arrivaient, et qu'elle n'avait plus le temps de vivre.

Pendant longtemps, elle n'avait plus été Arya Stark de Winterfell, mais Arry, seulement Arry, un petit garçon sans famille se battant pour survivre et destiné à rejoindre la Garde de nuit, puis elle était devenue personne, et surtout, elle était devenue un assassin sans peur et sans reproche.

Ou du moins, c'est ce qu'elle s'était efforcée de croire, parce qu'en réalité, elle n'était qu'une enfant, une enfant qui avait peur, peur de mourir, peur de tout perdre, et qui ne voulait que retrouver sa famille et faire cesser cet horrible cauchemar.

Et puis, la petite fille avait grandi, et elle s'était jurée qu'elle n'aurait plus jamais peur.

Elle était devenue personne, et elle avait pu faire semblant, faire semblant de ne plus avoir peur, de ne plus avoir mal, faire semblant de ne plus rien ressentir, ni peur, ni colère, ni haine, ni amour.

Mais aujourd'hui, en ce jour fatidique où elle avait faillit mourir, tout ce qu'elle avait eu tant de mal à enfouir en elle était en train de remonter à la surface.

§§§§

Tout s'était déroulé dans un brouillard incompréhensible.

Elle avait tué le Roi de la Nuit, avait à peine eu le temps de se lamenter sur la mort de Théon (Théon, mort en héros, mort pour sauver Bran, mort pour protéger les vivants, mort chez lui, en Stark, et qu'est-ce que ça changeait à l'injustice de son destin exactement ?) tant tout son corps et son cœur lui apparaissaient comme au moins aussi gelés que l'avaient été les marcheurs blancs encore quelques secondes plus tôt.

Elle avait vu Sansa pleurer Théon, elle l'avait vue la serrer dans ses bras, tout comme Jon, qui était arrivé quelques minutes après, et c'était là que l'improbable vérité lui était finalement apparue.

Ils étaient vivants.

Elle s'était tellement préparée à mourir que, pour être honnête, elle ne savait pas vraiment comment elle allait désormais faire pour simplement vivre.

Tout n'était pas terminé, bien sûr, il y aurait encore une autre guerre à mener, la guerre de Daenerys, ou plutôt, la guerre contre Cersei, mais, comme elle l'avait déjà dit au Dieu de la mort, ce ne serait pas pour aujourd'hui.

Pas encore.

Désormais, une simple et terrible peur agitait le cœur d'Arya Stark.

Son petit frère allait bien, sa grande sœur aussi, tout comme Jon, Daenerys, Brienne, mais aussi le Limier (qui aurait cru quelques années plus tôt qu'elle aurait pu être soulagée par le fait qu'il s'en soit sorti), mais il y avait encore une personne qu'elle n'avait pas revu, une personne dont elle était encore incertaine du sort.

Gendry.

Alors qu'elle déambulait dans Winterfell en ruine, évitant adroitement tout les survivants qui la cherchaient pour lui montrer leur reconnaissance (elle ne voulait pas de leur reconnaissance. Elle voulait Gendry.), elle sentait son cœur battre à tout rompre.

Parce que, quelque part entre Port-Réal et Braavos, la petite fille qu'elle était autrefois avait fini par grandir, à la dur, elle était devenue une femme, et elle était tombée amoureuse.

Puis, la femme rouge lui avait arraché Gendry, et quand elle avait compris ce qu'elle ressentait, il était déjà trop tard, bien sûr.

Et maintenant, alors qu'elle courait à en perdre haleine au cœur du château, elle se mit à prier tout les dieux qu'elle connaissait pour que lui au moins puisse survivre.

Elle avait passé tellement de temps à ne plus rien ressentir, tellement de temps à essayer de ne plus penser à son père et sa mère mort, à Robb décapité, à tout ses frères et sœurs en danger de mort, que désormais, alors que le calme, la paix et le silence étaient revenus, elle ne savait plus comment réagir.

Et, alors qu'elle apercevait enfin le visage de Gendry, non loin d'elle, et surtout sain et sauf, Arya Stark eut l'impression que toutes les boites représentant ses émotions, ses joies, ses peurs et ses peines, qu'elle avait enfouies en elle étaient en train d'exploser de joie, tout comme son cœur, ce qui lui donna une furieuse envie de pleurer et de rire en même temps.

Que dit-on au Dieu de la Mort ?

Pas aujourd'hui.

Non, en effet.

Aujourd'hui, ils sont vivants.