Je ne te reconnais plus.
[4x06] : « Qui était donc l'homme en face d'elle, cet homme brisé qui n'avait rien à voir avec le Théon d'autrefois ? Yara n'en savait rien, et elle n'était pas sure de vouloir connaître la réponse. »
Cette fic est écrite dans le cadre de la 110ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Blêmir". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.
L'opération avait été un fiasco complet.
Ça n'aurait pas dû se passer comme ça.
Pourtant, tout son plan était bien huilé, et il n'aurait dût souffrir d'aucun accroc, elle et ses hommes étaient suffisamment expérimentés et unis pour que les choses se passent bien.
Cependant, il y avait une seule chose sur laquelle elle n'avait pas compté.
Son propre frère.
En le voyant ainsi, aussi misérable et en être réduit à n'être plus rien du tout, enfermé dans cette atroce cage, elle n'avait pas hésité une seule seconde.
Il était prisonnier, il était maltraité, il était blessé, évidemment qu'il voudrait s'évader.
Quand il avait refusé de la suivre, qu'il s'était débattu, rebellé, qu'il avait hurlé contre elle, elle n'avait pas compris, et, même si elle était restée forte sur le moment, elle avait brusquement blêmi, complètement perdue face à l'absurdité de la situation.
Elle était là pour le sauver, et lui, il refusait de la suivre ?
Mais... pourquoi ?
Qu'était-il arrivé entre sa défaite à Winterfell et maintenant ?
Qui était donc l'homme en face d'elle, cet homme brisé qui n'avait rien à voir avec le Théon d'autrefois ?
Yara n'en savait rien, et elle n'était pas sure de vouloir connaître la réponse.
La jeune femme l'avait appelé par son nom, lui avait dit de la suivre, avait essayé de l'entraîner avec elle, pour son bien, et lui...
Il avait hurlé de plus belle.
« Pas Théon, Reek ! »
Sur le moment, elle n'y avait pas fait attention, et ce n'est que plus tard, bien plus tard, qu'elle avait réalisé que son frère n'était plus lui-même.
Elle l'avait regardé droit dans les yeux, des yeux effrayés, apeurés, et elle n'avait rien vu.
Aucune étincelle de vie, rien, nada.
Juste une peur panique, ainsi qu'une incompréhension totale.
Il ne l'avait pas reconnue...
La Fer-née avait une nouvelle fois blêmi d'horreur face à ce constat.
Son petit frère ne se souvenait plus d'elle, n'avait aucune idée de son identité, et ce n'était pas comme à Pyk, où les circonstances et la longue séparation passée entre eux avait rendu cela logique, et également drôle d'une manière atrocement tragique.
Son frère était bel et bien mort à l'intérieur, il était même allé jusqu'à la mordre, bon sang !
Puis, lorsque Ramsay Snow avait fini par arriver, elle avait compris qu'il était trop tard, et elle avait eu à la fois envie de s'écrouler, et de se mettre à pleurer de frustration.
C'était la colère qui l'avait dominée, la colère qui l'avait poussée à se battre, contre l'homme qui avait détruit son frère, mais malgré ça, elle avait été forcée de battre en retraite, sa détermination s'évanouissant au fur et à mesure qu'elle s'éloignait de Fort-Terreur.
Toute cette expédition, tout ces efforts mis en œuvre, pour qu'ils soient réduits à néant en à peine quelques minutes, tout ça pour que son frère les fasse repérer en hurlant sans aucune raison apparente, et elle n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi.
(Elle comprendrait un jour, bien sûr, mais plus tard, bien plus tard.)
Tout ça pour ça !
Tout ça, en fin de compte, pour rien !
Elle n'était même plus en colère, en fait, elle était juste... vide.
Sans force.
« Et votre frère, madame ? Lui demanda un de ses soldats une fois qu'ils se furent extirpés du piège mortel que représentait Ramsay, ses hommes et ses chiens. »
(Sans oublier Théon lui-même, pensa-t-elle avec tristesse.)
Pendant quelques secondes, elle repensa à cet homme qu'elle avait vu dans la cage, cet homme effaré, apeuré, terrorisé par sa simple vue.
Ce n'était pas son frère.
Si elle avait pu se voir dans une glace, elle aurait remarqué à quel point son visage était encore blême, empli d'incompréhension, tandis que le mot pourquoi résonnait dans sa tête, encore et encore.
« Mon frère est mort, annonça-t-elle d'une voix morne. »
Je n'ai plus de frères, ajouta-t-elle en pensée, tâchant le plus possible de rester de marbre, de glace, de fer, réalisant que hormis son père et son oncle, il ne lui restait désormais presque plus personne.
Comprenant avec horreur que, si jamais elle retournait à Harloi pour voir sa mère, et que celle-ci lui demandait, comme à son habitude : est-ce que tu as ramené Théon à la maison, elle ne pourrait rien lui offrir d'autre comme réponse que des larmes et des regrets.
Son frère n'était plus, il ne voulait pas qu'elle le sauve, ou du moins il était parfaitement incapable de vouloir quelque chose désormais, étant complètement brisé en mille morceaux.
Elle aurait voulu le sauver.
Vraiment.
Mais désormais, il était bien trop tard, n'est-ce pas ?
Ce n'est qu'une fois seule qu'elle s'autorisa à le pleurer.
Je suis désolée petit frère.
Je suis tellement désolée.
