Juste pour être sure.
[Suite de Dévorée par la peur] : Être une Sans-visage a de nombreux avantages. La furtivité est l'un d'entre eux. Ou : Arya espionne Yara Greyjoy pour savoir si elle convient à sa sœur ou non. Yara/Sansa.
ND'A : Pour rappel, c'est un UA où Yara a aidé Jon et Sansa à reprendre Winterfell, Ramsay est mort (hourra !), Rickon est vivant, tout le monde est revenu à Winterfell à part Bran. Sansa est reine du Nord, et Yara est reine des Îles de Fer. Et Tommen et Margaery ont gagné contre les Moineaux et Cersei, et Petyr Baelish n'est pas là. Oublions les marcheurs blancs et Daenerys, ça vaudra mieux. (Les UA c'est la vie).
Arya n'était pas réellement la personne la mieux placée pour parler d'amour.
Contrairement à Sansa, jamais elle n'avait rêvé qu'un preux chevalier vienne l'emmener au loin, jamais ça ne l'avait intéressée.
Et maintenant que les rêves de sa grande sœur étaient partis en fumée, Arya se disait qu'elle avait eu d'autant plus raison.
Les princes charmants n'existaient pas.
Mais cela ne voulait pas non plus dire qu'Arya n'y connaissait rien du tout.
Et, lorsqu'elle voyait Yara et Sansa interagir ensemble, c'était l'un des rares moments où elle voyait Sansa autrement que comme la reine du Nord froide et fière qu'elle semblait être.
Quand elle était avec la reine des Îles de Fer, Sansa s'autorisait à laisser brièvement tomber le masque, comme elle le faisait avec Théon ou ses frères et sa sœur, Arya la revoyait sourire, rire, même rougir parfois.
Elle redevenait la jeune fille heureuse d'autrefois, la naïveté et l'innocence en moins.
Pas de doute.
Sansa était amoureuse de Yara Greyjoy.
Ça n'avait rien à voir avec son béguin passé et écervelé pour Joffrey, basé uniquement sur son apparence, les faux-semblants du prince, ses propres mensonges à elle-même, et les chansons en lesquelles elle croyait en toute bonne foi à l'époque.
Sansa avait grandit, avait mûrit, avait appris à voir à travers le masque des gens, ayant dû s'en forger un elle-même.
Et Yara les avait aidés à reprendre Winterfell, elle avait sauvé Rickon, et ça aurait sans doute dû être suffisant pour prouver sa bonne foi à Arya.
La Fer-née paraissait être une bonne personne, sans mauvaise intention particulière, et ne semblant qu'être déterminée à les aider.
Mais la Sans-visage avait compris depuis bien longtemps qu'elle vivait dans un monde où les gens ne faisaient en général rien par hasard, rien sans vouloir quelque chose en échange.
Alors elle avait commencé à l'espionner.
À épier les moindres de ses faits et gestes, pour à terme déterminer ce que la jeune femme voulait à sa sœur.
Il était simple pour Arya de lire les sentiments de Sansa sur le visage de celle-ci, c'était sa sœur après tout, et même si elle savait bien dissimuler désormais, elle n'était pas assez douée pour réussir à tout cacher à sa petite sœur.
Mais en ce qui concernait Yara... c'était plus compliqué.
Elle savait parfaitement bien cacher ses émotions quand la situation l'exigeait, même si elle laissait involontairement échapper certaines de ses émotions par les expressions de son visage, parfois.
Il y avait une lumière dans ses yeux quand elle regardait Sansa, quelque chose qui n'était là que quand elle regardait Théon.
En plus fort.
Quelques semaines passèrent, pendant lesquelles Yara sentit une sorte de présence non loin d'elle, sans qu'elle puisse réussir à déterminer d'où cela pouvait bien venir.
Et, plus Arya l'observait, plus elle devait faire face à l'évidence.
Yara aimait bel et bien Sansa, et contrairement à Joffrey, Littlefinger, Ramsay et tout les monstres auprès desquels sa pauvre sœur avait été forcée de vivre, elle ne semblait pas vouloir l'utiliser pour servir ses propres intérêts, ni même se servir d'elle tout court.
C'était... inattendu et rafraîchissant.
Et presque rassurant.
§§§§
Arya frappa doucement à la porte du bureau de sa sœur (c'était le bureau de Père autrefois. Sansa avait mis des semaines avant de commencer à l'utiliser. Comme si elle ne se sentait pas légitime en tant que dame de Winterfell.), et entendit un « entrez ».
Elle ouvrit la porte, et Sansa se mit à sourire en constatant que c'était sa sœur qui était là.
« Oh, bonjour Arya... Assieds-toi, je t'en pris.
Sa grande sœur était en train d'écrire quelque chose, et Arya regarda avec curiosité ce qu'elle écrivait.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je réponds à une lettre de Margaery. Elle me demande comment je vais maintenant, surtout après ce qu'il s'est passé avec Ramsay. »
Arya se permit de sourire.
Il était beau que désormais, malgré toutes les épreuves qu'elle avait traversées, sa grande sœur ait réussi à trouver la force de ne plus avoir peur du monstre qui avait essayé de la briser, et qu'elle en parle sans plus trembler.
« Très bien...
- Que fais-tu là ?
- Je suis venue pour te parler de Yara Greyjoy.
- Oh ? Et de quoi en particulier ?
- Je l'ai suivie, ces derniers temps, afin de déterminer ce qu'elle pouvait bien te vouloir.
La plume de Sansa s'arrêta brusquement dans l'air, et elle regarda sa petite sœur avec stupeur.
- Tu l'as espionnée ? Alors c'est pour ça que Yara m'a dit qu'elle se sentait surveillée ces derniers temps ! Moi qui pensait qu'elle était juste paranoïaque. Comment est-ce que tu as pu...
- Ne t'en fais pas, j'ai arrêté... »
Sansa soupira légèrement, renonçant à comprendre, avant de lever les yeux au ciel et de recommencer à écrire.
« Et quelles sont tes conclusions ? Demanda-t-elle avec une nonchalance feinte.
Le regard d'Arya s'adoucit alors considérablement.
- Elle t'aime... »
La main de Sansa se figea de nouveau, et elle se mit à rougir.
« Ah ? Dans quel sens exactement ?
- Sansa... ne joue pas les naïves avec moi. Elle est amoureuse de toi... et toi aussi, pas vrai ? Vraiment amoureuse. Pas comme avec...
- Pas comme avec Joffrey, termina Sansa sans trembler.
- Ça se voit Sansa tu sais. Moi je le vois en tout cas. Ce que tu ressens pour elle, c'est sincère, c'est vrai. Etçavient d'une non-romantique... »
Sansa éclata soudainement de rire, suivie par sa sœur.
« Plus sérieusement... qu'est-ce tu comptes faire à ce sujet ?
- Rien ? Enfin, je n'en sais rien... Je... C'est la première fois que je tombe amoureuse, et qu'il n'y a personne pour me dire quoi faire. C'est à la fois et merveilleux et terrifiant. Je suis libre, et je suis amoureuse... d'une femme.
La reine du Nord eut alors un rire gêné.
- Je ne suis pas sure que c'est ce que Mère aurait attendu de moi.
Arya se leva et prit les mains de sa sœur dans les siennes.
- Mère aurait voulu que tu sois heureuse... Peu importe que tu le sois seule, ou avec un prince... ou avec une reine... ajouta-t-elle avec une voix amusée. Tu l'aimes, elle t'aime, alors, si elle te rend heureuse... C'est tout ce qui compte. »
La gorge nouée par l'émotion, Sansa se leva et se dirigea vers sa petite sœur, avant de la serrer dans ses bras.
« Merci Arya... Je t'aime petite sœur.
- Moi aussi Sansa... moi aussi. »
Voilà au moins une chose que Port-Réal n'avait pas brisée.
