Soif de sang, soif de mort.

[S5] : « Il y a un fantôme qui hante Winterfell, et ce n'est pas une Stark. »

- Défi des Mille-Prompts : 695. Scénario – Un personnage voit des fantômes .

- Si tu l'oses... : 4. La réalité blesse.

- POP Ariel : écrire sur un personnage qui a la capacité de respirer sous l'eau.

- La collection restreinte : 43. Pas de « saut dans le temps ».

- Défi des belles paroles : 29. L'Enfer est vide. Tous les démons sont ici.

Jamais Winterfell n'avait semblé aussi froid pour Sansa Stark.

Oh, bien sûr, qui disait Nord disait un froid certain, et glacial, c'est vrai, même en Été, mais d'une part la solitude qu'elle subissait, séparée des membres de sa famille, était bien suffisante pour lui geler le cœur, et d'autre part, ce n'était pas tant un froid physique qu'une froideur émotionnelle.

La jeune Stark ne se sentait plus chez elle ici désormais.

Pas alors que les Bolton en étaient les possesseurs.

La réalité blesse, la jeune femme l'avait appris à la dure, et celle-ci n'avait jamais autant torturé Sansa que depuis qu'elle était revenue ici.

Celle de la mort de ses parents, de ses frères, enfin, de son frère, puisqu'il s'était avéré que Bran et Rickon étaient peut-être encore vivants, et elle s'y accrochait comme une forcenée, à ce dernier espoir que Ramsay avait essayé de lui arracher, sans succès.

Elle aurait aimé pouvoir s'enfuir, être une fée, s'envoler au loin de là, ou même mieux, d'aller jusqu'à la mer, de pouvoir se transformer en sirène, plonger sous la mer, et y vivre pour toujours, sans jamais en repartir.

Elle se souvenait de ce que Septa Mordane lui avait dit autrefois, sur les Sept Enfers et que c'était là où les gens méchants allaient après leur mort, et étaient punis de tout leurs crimes, en endurant des souffrances atroces que le commun des mortels ne pouvait même pas se figurer tant elles étaient épouvantables.

Elle en avait eu terriblement peur, à une époque.

Mais maintenant, elle aurait pu en rire, d'un rire triste et faux bien sûr.

Sa Septa avait eu tort, et elle le savait désormais.

L'Enfer est vide, pensa-t-elle sombrement, se souvenant de Joffrey, Cersei, Tywin, Littlefinger, Roose et Ramsay Bolton.Tous les démons sont ici.

Ils n'étaient pas les seuls êtres « non-humains » à exister en ce bas-monde par ailleurs, et Sansa avait fini par s'en rendre compte au bout d'un moment.

Il y a un fantôme qui hante Winterfell, et ce n'est pas une Stark.

Elle était seule le jour où elle s'en rendit compte.

Oh, bien sûr, elle avait entendu les rumeurs sur ce prétendu fantôme dès son retour, mais le voir en vrai...

C'était tout à fait autre chose.

Roose Bolton était elle ne savait où (et elle s'en moquait bien), Ramsay était en train de torturer Theon, et Sansa s'était réfugiée dans la chambre de ce dernier, qui était inoccupée (logique, puisqu'il n'y dormait plus depuis bien longtemps), parce que contrairement à sa propre chambre (enfin, sa chambre et celle de Ramsay maintenant), c'était un des rares endroits que le bâtard de Fort-Terreur n'avait pas souillé par sa simple présence.

Et, soudain, elle était apparue, comme attirée par sa présence.

Sansa avait sursauté, interloquée, ne comprenant pas ce qu'il se passait.

Et elle l'avait vue, elle.

Le fantôme de Winterfell.

La créature dont on parlait tant depuis des mois.

Sansa avait pensé au premier abord que l'apparition serait un membre de sa famille, quelqu'un issu du passé, mort des années plus tôt, son oncle Brandon, sa tante Lyanna, son grand-père Rickard, voire son père, sa mère ou Robb.

Elle avait même cru un temps qu'il s'agissait de Bran ou de Rickon (avant d'apprendre qu'ils étaient vivants tout les deux), ce qui aurait eu du sens : qui de mieux placé pour hanter un château que deux enfants qui y étaient morts de façon violente ?

Sauf que ce n'étaient pas eux, ça n'avait même jamais été un ou une Stark.

La femme qui se trouvait devant elle avait des cheveux blancs, le regard sombre et hanté, et elle portait des habits qui n'étaient typiques ni de Winterfell ou du Nord, ni du Sud, pour ce que Sansa en savait.

Non.

Ce n'était pas une Stark, définitivement pas.

La jeune louve s'était assurée qu'il n'y avait absolument personne aux alentours, refermant précautionneusement la porte à clef, avant de reporter son attention sur le fantôme juste devant elle.

Son visage lui semblait étrangement familier, bien qu'elle soit certaine de ne l'avoir jamais vue avant, et si elle avait encore été vivante, elle serait apparue aux yeux de Sansa comme étant faible et amaigrie, et ses yeux...

Dieux, par les Sept, ses yeux étaient tellement tristes.

La jeune femme prit son courage à deux mains, avant de demander :

« Qui êtes-vous ?

Le regard de l'inconnue se posa sur elle, ne semblant même pas la voir, et alors que ce regard mort passait à travers elle, Sansa sentit un frisson glacé la traverser de p art en part.

- Où est mon fils ? Demanda le fantôme d'une voix rauque.

Sansa cligna des yeux, stupéfaite.

- Que... pardon ?

Sans même prendre en compte sa question, le spectre commença à déambuler sans but dans la chambre, regardant avec tristesse tout ce qui s'y trouvait.

- Ils m'ont pris mon fils... murmura la femme sans plus faire attention à elle. Ils me l'ont pris, ils l'ont emmené loin de moi, loin de la maison, alors que ce n'était qu'un gamin. Ils me l'ont volé, tout comme ils ont tué mes autres fils avant cela. Ils ont fait de lui un prisonnier condamné à rester ici, et maintenant, je n'ai plus rien. Même ma fille est partie elle aussi... »

Sansa la regarda plus attentivement, observa son visage dans les moindres détails, et, soudain, elle sut.

Elle sut qui était la femme morte devant elle.

Elle aurait dû le savoir depuis le début, non ?

En dehors d'elle-même, il n'y avait qu'un seul prisonnier à Winterfell.

« Vous êtes Alannys Greyjoy, n'est-ce pas ? »

La femme hocha la tête, esquissant un léger sourire.

« Cela fait si longtemps qu'on ne m'a pas appelée ainsi...

- De quoi êtes-vous morte ?

- De désespoir... On m'a pris mon dernier fils, je les ai suppliés de ne pas le faire, mais personne ne m'a écoutée. Et maintenant, mon petit garçon est là, à se faire torturer... »

Votre fils a trahi ma famille, il a trahi mon frère, il a attaqué Winterfell, il a attaqué sa maison, fut tentée de lui dire Sansa.

Puis, elle pensa que cette femme n'avait rien à voir avec tout ça, que son fils était devenu un otage quand elle était encore vivante et qu'elle en avait de toute évidence terriblement souffert.

Et elle pensa à sa propre situation à Port-Réal, quand elle était encore aux mains des Lannister, elle repensa à sa propre mère, morte la gorge tranchée durant les Noces Pourpres.

Et elle se demanda si, en ce moment même, Lady Catelyn Stark hantait les Jumeaux depuis sa mort.

Une part d'elle l'espérait, tandis qu'une autre ne voulait qu'une seule chose : qu'elle repose en paix.

Elle sentit une vague de compassion pour Alannys Greyjoy la traverser.

Jamais elle n'avait mérité ça.

« Je suis désolée Lady Greyjoy... fit-elle alors, retrouvant ses bonnes manières d'autrefois. Je suis sincèrement désolée de tout ce qu'il vous est arrivé.

Le visage de la noble s'adoucit alors.

- Moi aussi je suis désolée petite louve... J'ai vu ce que ce monstre t'as fait subir, personne ne mérite d'endurer de telles horreurs. »

C'était la première fois qu'on l'appelait louve et non colombe ou oiseau...

Et en entendant ces mots, Sansa se sentit redevenir un peu plus forte qu'auparavant.

Un peu moins seule, aussi.

« Mais je ne comprends pas... Pourquoi hanter Winterfell ? Ce n'est pas chez vous !

- Tu penses que j'aurais laissé mon fils être torturé ainsi sans essayer de faire quelque chose contre ça ? Malheureusement, je suis morte maintenant, et je ne peux pas faire grand-chose pour lui... C'est mon fils, et je ne peux même pas l'aider.

- Personne ne le peut... »

Une lueur d'espoir prit place dans les yeux du fantôme.

« Si... toi tu le peux, Lady Sansa. Mon fils a besoin d'aide, il a besoin de toi pour se souvenir de qui il est vraiment. Moi, je ne peux rien faire, il ne peut pas me voir clairement, tu es la première à m'avoir aperçue pour de vrai, tu es la seule à pouvoir me parler, toi seule peut faire quelque chose. Je t'en pris.

- Mais... quoi ?

- Aide le à se souvenir de qui il est... S'il te plaît...

C'était sa seule porte de sortie si elle espérait un jour échapper à Ramsay, elle allait avoir besoin d'alliés, et d'alliés vivants de préférence.

Et faire que Theon redevienne Theon et ne soit plus Reek, ce serait une autre victoire contre son bourreau, si jamais elle y parvenait.

- Je ne vous promets pas de réussir Alannys... Mais je vous jure d'essayer. »