Courageux héros, preux chevaliers et autres mensonges.
[Pré-série & S3] : « Sansa Stark n'était pas la seule personne à avoir vu ses rêves d'enfant être piétinés par la dure réalité des choses. » Pas vraiment de Braime mais on peut dire que c'est quand même présent.
Cette fic est écrite dans le cadre de la 113ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Avorter". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.
- Défi du Mille-Prompts : 495. Dialogue – 'Quoi que nous faisions, nous sommes toujours en train de rompre tel ou tel serment'
- Défi de la collection restreinte : 31. Pas plus d'une ligne de dialogue dans une fic.
Jaime Lannister était un chevalier de la Garde Royale, c'était un fait clairement établi.
Mais pour lui, cela ne voulait plus rien dire désormais.
Ça n'avait plus aucun sens, aucune signification, aucune valeur même.
Il était chevalier, oui, effectivement, il avait une armure, une épée, un heaume, une belle cape, tout le tralala, tout l'attirail nécessaire pour pouvoir prétendre l'être, mais c'était aussi le cas de Gregor Clegane, et le fait est qu'on ne pouvait pas vraiment dire qu'il représentait fidèlement les valeurs de la chevalerie.
Celles-là même que Jaime avait autrefois juré de servir, qu'il avait fait le vœu d'honorer, et en lesquelles il croyait véritablement dans le temps, avant.
Ah, quelle bonne blague !
Aujourd'hui, il n'y croyait plus, c'était même plus radical, il ne croyait plus en rien.
Pas après tout ce qu'il avait vécu, et enduré...
Si il avait été confronté au lui d'autrefois, au Jaime Lannister de seize ans à peine qui venait tout juste d'être adoubé, qui avait encore plein d'illusions et de certitudes dans la tête et des rêves plein les yeux, il lui aurait sûrement rit au nez, se serait moqué de lui pour son innocence et sa naïveté...
Ou peut-être, bien au contraire, aurait-il pleuré sur ses rêves morts-nés et qui n'avaient jamais eu le temps d'exister, tout ses rêves qui étaient partis en fumée alors que les pauvres Rickard et Brandon Stark brûlaient sous ses yeux, et que personne ne faisait rien, lui y compris.
Comment cela aurait-il pu continuer à faire sens pour lui, après cela ?
Comment continuer à croire, à avoir la foi après avoir assisté à cela, comment avoir la force de continuer à défendre, à protéger, à servir le roi qui s'avérait n'être qu'un monstre ?
Comment réussir à concilier son devoir et sa conscience, son serment envers son roi, et celui envers ceux-là même qu'il était en train d'exécuter impitoyablement ?
Il l'avait dit plus tard à Catelyn Stark et Brienne de Torth...
« Quoi que nous faisions, nous sommes toujours en train de rompre tel ou tel serment. »
Et surtout...
Comment oublier ?
Oublier les hurlements de douleur et d'agonie des deux Stark, oublier les cris de la pauvre Rhaella, oublier le rire du roi fou, ou Aerys hurlant « Brûlez les tous », comment ne pas perdre espoir ?
Sansa Stark n'était pas la seule personne à avoir vu ses rêves d'enfant être piétinés par la dure réalité des choses.
Lui aussi avait grandi avec des histoires de courageux héros et de preux chevaliers, prêts à tout pour sauver ceux qui en avaient le plus besoin.
Lui aussi y avait désespérément cru, avant...
Lui aussi avait dû assister à la mort de ses rêves brisés en mille morceaux avant même de pouvoir les avoir vus éclore, lui aussi avait dû grandir vite, trop vite, pour ne pas perdre pied et ne pas se faire engloutir par ce monde bien trop grand pour lui.
La réalité lui avait collé une grande baffe en pleine gueule, et il avait dû se rendre à l'évidence : il n'était pas un héros et ne le serait jamais, et de toute façon cela ne servirait plus à rien d'essayer d'en être un.
Pour une simple et bonne raison...
Dans la vraie vie, les monstres gagnaient toujours...
Quand il avait suivi les règles, une femme avait souffert le martyr pendant des mois, et deux innocents avaient été tués (sans compter tout les autres tués par Aerys), mais, quand il avait planté son épée dans le dos du roi fou, c'était la première fois depuis qu'il était devenu chevalier qu'il avait l'impression de vraiment faire quelque chose de bien, de juste.
Et pourtant, on l'avait condamné pour ça...
C'était là qu'il avait compris que cela ne servait plus à rien de lutter, de se battre pour l'honneur, la chevalerie en général, la justice.
Dans un monde comme le leur, ça n'avait plus le moindre sens.
Alors il avait joué.
Il avait fait semblant, avait joué au chevalier sans honneur, à l'homme cynique, alors qu'une part de lui-même avait envie de faire cesser cette comédie, sans succès.
Ce n'était pas comme si qui que ce soit avait l'intention d'écouter ce qu'il avait à dire, d'entendre ce qu'il avait à hurler...
Ses rêves étaient morts pendant plus d'une dizaine d'années.
Et puis, ils avaient commencé à renaître, quand il avait rencontré Brienne, qu'il avait vu devant lui une femme qui n'avait, selon les critères officielles, rien d'un chevalier, mais qui, comme Catelyn Stark elle-même l'avait dit, était bien plus méritante, et l'était bien plus que lui ne l'était.
Peut-être était-ce naïf de sa part, mais, en la voyant ainsi, si forte, pleine de convictions et prête à les défendre, mais néanmoins pas naïve et étant bien consciente du monde dans lequel ils vivaient, hé bien, il avait eu envie de croire, à nouveau, que rêver était encore possible, et qu'être un chevalier pouvait encore signifier quelque chose de fort, même dans un monde aussi pourri que Westeros.
Peut-être qu'il n'était pas encore trop tard...
