Bonjour à tous !

Merci d'avoir été si nombreux à me lire/reviewer/suivre pour le 1er chapitre :)

Ca me fait plaisir de voir que l'histoire a des chances de plaire. Je n'étais pas sûre de mon coup en postant ce 1er chapitre et je suis un peu plus rassurée.

jo310 je suis contente que ma vision de l'après-guerre te plait, j'avais peur que ce soit trop "noir" mais il est plus réaliste (d'après moi) que le monde magique reste sombre encore quelques temps. Il y a toujours des gagnants et des perdants dans une guerre :) C'est vrai qu'on trouve plus des fics avec le POV d'Hermione mais j'étais plus inspirée par le personnage de Drago sur cette histoire-ci et je suis ravie que ça ne soit pas un blocage à la lecture :)

Luna Alice Pendragon merci pour les compliments :) C'est un exercice très délicat que de s'approprier les personnages de quelqu'un d'autre donc je suis ravie que ça ne paraisse pas complètement irréaliste. Je vois Drago comme quelqu'un qui avait un excès de confiance en lui mais qui a dû être totalement bouleversé par la guerre.

Snow Je suis contente que le fait de raconter l'histoire du "mauvais côté" plaise :) C'est un exercice sensible parce que j'essaie d'humaniser tout ça, les deux côtés. De rajouter une pointe de gris au milieu de tout ce noir et blanc. Mais c'est compliqué car je ne veux rien écrire qui puisse blesser ou heurter la sensibilité des gens (c'est du domaine de la fiction mais les guerres ont été réelles bien trop souvent !) J'espère dont rester sur cette voie du réaliste et qui plait pour la suite :)

Ecchymause J'adore ton pseudo :) L'ambiance est triste oui, et c'est justement ça qui m'inspire pour ce style d'écriture un peu particulier (que je n'utilise jamais normalement). J'espère que la suite te plaira :)

SaorieYuki Merci pour les compliments, comme j'ai dit plus haut j'ai toujours peur de faire n'importe quoi avec les personnages de Rowling. J'adore cet univers et j'essaie d'y coller à 100%, tout en adaptant pour les besoins de l'histoire bien sûr :) On voit quelques personnages du livre en plus ici, j'espère que ma vision d'eux te plaira autant :)

Un grand merci général pour vos mots, ça me touche beaucoup et me donne envie d'écrire une suite à la hauteur de vos attentes.

Je vous laisse avec le chapitre 2 de cette histoire, en vous souhaitant une bonne lecture ! :)


PARTIE DEUX : DOULEUR (2)

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2 octobre 1998, illusion.

Il y avait le titre de la Gazette du Sorcier qui s'agitait devant ses yeux comme pour le narguer. Malefoy, le visage de la lâcheté impardonnable. Le procès de Mr Lucius Malefoy s'était ouvert et déjà la presse se réjouissait de cette histoire aux accents délicieusement monstrueux. Drago fixait dans les yeux son père qui ne pouvait pas le voir, image mouvante d'un visage figé d'effroi. Ils ne s'étaient pas revus depuis la sentence, depuis la libération qui n'était rien d'autre qu'une forme comme une autre de sanction pour lui. Sois courageux Drago, sois fort pour ta mère avait-il murmuré de sa voix arrogante comme si il voulait encore donner l'illusion d'être le maître. Il n'était qu'un aveugle emprisonné dans des préjugés d'un autre temps pour ne pas se rendre compte que sa femme, le sexe faible, était la force de la famille et l'avait toujours été. Drago n'avait pas écouté les conseils de son père; tout sa vie ils ne l'avaient mené qu'à sa perte. Il devait bien se méprendre sur sa progéniture pour croire qu'une once de courage se trouvait dans son cœur.

- Pansy te passe le bonjour.

Theodore Nott était plongé derrière une missive, une de ces lettres parcheminée et colorée qui trahissait le luxe et les apparences préservées de leur monde. Pansy Parkinson, cette fille qui dans un autre monde avait été son pilier et son alter-ego féminin, n'était plus là. Elle n'avait pas été se battre, trop digne pour se salir les mains, trop intelligente pour prendre des risques. Les Parkinson étaient des vipères, de la race de celles qui s'échappaient toujours et glissaient constamment entre les mains sans pouvoir les arrêter. Ils avaient soutenu le régime de l'horreur sans s'avancer assez sur le devant de la scène pour être embêtés quand tout s'était effondré.

- Où est-elle ? demanda Drago.

Sa voix était rauque, basse, à peine un murmure. Il était comme un prisonnier qui aurait trop longtemps retenu sa voix si bien qu'il ne savait plus comment l'utiliser. Une ironie pour le geôlier que de conserver les symptômes de ses victimes. La réponse de Theo lui importait peu mais les remarques de son ami réveillaient parfois chez lui un instinct de politesse qu'il pensait à jamais disparu, des réflexes qui donnaient l'illusion, le temps d'un instant, qu'ils partageaient une vraie conversation.

- En France, chez sa tante.

Elle s'était enfuit loin de cette agitation, loin de ces ruines qui devaient être reconstruites. La princesse ne reviendrait dans son royaume que lorsqu'il luirait du même éclat. Quelqu'un l'avait-il prévenu que leur éclat était mort ? La société de l'aristocratie magique était définitivement terminée et ne se relèverait jamais de ses cendres, assassinée car elle était devenue assassine. Ils étaient devenus les parias, ceux qu'on ne voulait plus voir, ceux qui ne devaient plus exister. Puriste était la nouvelle insulte à la mode.

Et puis Théo reposa son journal et ils finirent leur repas en silence. Il n'y avait rien de plus à dire, comme si les mots étaient devenus trop précieux pour être gaspillés.

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7 octobre 1998, la toile de la haine.

Ils étaient rassemblés devant la liste, celle des noms sans vie : elle avait été souillée. La liste des héros avait été tâchée par la haine. Le nom de Daisy Fawley était barré et recouvert de lettres assassines : "puriste meurtrier". Fawley était l'ennemi car Fawley était de sang-pur. Daisy avait longtemps été une traître dans leur société, une de ces jolies brebis qui s'écartait du chemin tout tracé et qu'on ne pouvait jamais retenir, une jeune héritière envoyée honteusement à Poufsouffle. Elle s'était battue du bon côté, de celui des victorieux, et à ce titre elle avait été considérée comme héros. Morte à seize ans dans le lieu qui avait permis la libération de son âme. Morte sur le champ de bataille pour des idées qui dépassaient l'entendement, trop jeune pour être vraiment impliquée mais trop vieille pour accepter d'être écartée.

Elle n'était plus l'une des leurs depuis bien longtemps, mais visiblement elle n'était pas l'une d'entre eux non plus. Trop pure, trop bien née pour mériter de figurer sur une liste des martyrs.

- C'est honteux, lança quelqu'un - sans doute une vieille connaissance de feu Miss Daisy.

Il y eut des murmures mais personne n'alla dans ce sens. Ils n'étaient encore que des adolescents mais déjà leurs cœurs connaissaient la rancœur et la haine. Il était plus facile de faire le deuil en trouvant les coupables; et la liste des coupables s'était étendue à tous les sang-pur qui se revendiquaient comme tels. Auraient-ils dû renier leurs origines pour mieux s'intégrer ? Sûrement. Personne ne disait rien à un Weasley ou à un Londubat et pourtant leur sang écarlate était teinté du même éclat de pureté.

Le professeur McGonagall arriva, ses traits sévères tirés dans une expression de tristesse immense qu'elle ne parvenait pas à dissimuler. Même à Poudlard la haine parvenait encore à tisser les fils de sa toile. D'un coup de baguette majestueux elle fit disparaître les mots de la liste, qui se retrouva intacte. Mais c'était déjà trop tard : les lettres étaient imprimées dans un endroit qu'elle ne pouvait pas atteindre, bien visibles dans les esprits et dans les cœurs des élèves.

A Daisy Fawley, qui n'appartenait à aucun monde, trop différente pour tous.

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10 octobre 1998, réflexes de survie.

- A vos baguettes !

Flitwick les mit par groupe de deux, face à face. Drago Malefoy affrontait Sean Sestern. Il se tenait en position de duel et il sentait ses muscles se raidir dans cette posture, trop souvent sollicités pour un effort de survie, habitués à se battre jusqu'à la mort. C'était comme le rappel vivant des dizaines, ou des centaines, ou des milliers de combats vécus. Certains souvenirs paraissaient irréels, Drago ne savait même plus ce qui avait été vécu et ce qui avait été imaginé. La frontière entre cauchemar et réalité avait été effacée depuis bien trop longtemps. Tous ces visages de l'horreur formaient une ronde incessante dans sa tête mais il s'y perdait. Tout cela était-il vraiment arrivé ? Avait-il vraiment assassiné quelqu'un un jour ? La pensée paraissait impossible mais son corps s'en souvenait.

- Slodemeri !

Sean lança son sort au signal, rapide et vif, avec le réflexe propre à ceux qui s'étaient battus. Le sortilège était censé ralentir les mouvements de l'ennemi mais celui-ci avait été lancé avec tant de haine qu'il atteignit Drago en plein abdomen et le projeta violemment en arrière.

Et puis soudain il y eu les cris, le sang, la violence, la terreur : il était de retour sur le champ de bataille. Comme un soldat incapable de se défaire des automatismes qui avaient assurés sa survie, il se releva, baguette en main, prêt à en découdre avec l'ennemi, à lancer l'Avada Kedavra qui lui sauverait la vie. L'instinct de survie était plus fort que tout, c'était la seule chose encore capable d'animer son corps de marionnette vide.

- Malefoy !

La voix de Flitwick fut comme un rappel à la réalité. Il cligna des yeux, reprenant conscience de l'endroit dans lequel il se trouvait : Poudlard. Le champ de bataille n'était plus, il n'existait maintenant plus que dans ses souvenirs. Les autres élèves l'observaient avec méfiance et horreur. Il était encore un ennemi, il venait de le prouver. Sa manche était remontée et sa marque du démon bien visible. Il s'empressa de la recouvrir mais le mal était déjà fait. Le Mangemort était de retour et la moindre occasion serait bonne pour tenter de les anéantir.

La tension dans la salle semblait bien lourde. Drago baissa la tête car il imaginait la haine présente dans leurs yeux, l'envie meurtrière qui devait leur faire serrer les poings. Ses vieux réflexes étaient comme un rappel constant du monstre qu'il avait été, comme une seconde peau dont il ne pourrait jamais se défaire. Pire : le monstre l'animait, il ne restait que ça au fond de son cœur, que ça pour agiter un corps qui se laissait volontiers aller à la vie comme une épave dérivant infiniment sur une mer agitée.

Alors il sortit de la salle sans un bruit.

Maintenant il savait que la fuite était préférable au combat.

Maintenant il assumait sa lâcheté.

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15 octobre 1998, aveu.

- Prenez un biscuit Monsieur Malefoy !

A son ton et à son allure, on aurait presque pu penser que le biscuit renfermait un remède magique qu'il devait absolument prendre pour se sentir mieux. Il attrapa l'un des biscuits entre ses doigts, le croquant encore de son appétit fade. Il avait été si heureux avant de découvrir les joies gustatives d'un bon met. Aujourd'hui même le meilleur des puddings ne lui procurait aucune joie. McGonagall l'observait derrière ses lunettes strictes. Elle avait l'un de ces regards si particulier où il avait l'impression de mettre son âme à nue. Elle devait voir la noirceur et les ténèbres qui emprisonnaient son cœur comme si ils tentaient de l'étouffer.

- Filius m'a parlé de l'incident en cours de sortilèges.

Il avait peur que la sentence tombe, irrévocable, Allez-vous en ! Quitter Poudlard ne lui aurait provoqué qu'indifférence mais il pensait à sa mère qui ne voulait pas s'alourdir d'un fardeau supplémentaire. Elle devait déjà porter à bout de bras un Malefoy. Il n'aurait pas supporté, en plus de toutes les souffrances déjà endurées, de lire la déception dans le regard de Narcissa. Ça aurait été le coup de lame fatale pour faire saigner son cœur à jamais. Il méritait sa vie déchue mais Narcissa avait le cœur trop pur et aimant pour souffrir davantage.

- Il n'est pas rare d'avoir du mal à se défaire du passé lorsqu'on a subi de terribles épreuves. Le corps et l'esprit restent parfois bloqués à ces moments douloureux. Mais vous devez avancer. Vous êtes à Poudlard et vous assistez à la reconstruction d'un monde magique plus fort et plus harmonieux. Ne vous laissez pas entraîner par vos souvenirs, restez dans la réalité.

La voix était douce, le ton était sec. McGonagall se montrait d'un soutien invraisemblable. Ne voyait-elle pas le monstre qu'elle avait sous les yeux et qui menaçait son château ? Lui en était trop conscient. Son cœur battait dans sa poitrine comme si il voulait en sortir; il n'avait plus sa place dans ce corps dénué d'humanité.

- Je ne mérite pas d'être ici Professeur.

L'aveu était perçant et assourdissant. La pensée qui devenait une voix donnait une dimension étrange à cette réalité. Il n'étalait jamais ses états d'âme car il n'avait pas le droit. Hésiter, douter, se morfondre : c'était l'apanage des victimes et des martyrs. Les meurtriers et les monstres ne devaient qu'affronter la haine. A force ils s'y complaisaient, comme dans un berceau inconfortable qu'ils auraient finit par connaître par cœur. Drago préférait la haine à la compassion : la première était méritée, la seconde aurait été trop déplacée.

- Ce sont des sornettes Monsieur Malefoy ! Personne ne vous tient responsable de toute cette horreur. Vous devriez profiter de cette chance qui vous est donnée pour repartir à zéro.

Il ne répondit rien face à ce conseil absurde. Même un Oubliette n'aurait pas été assez puissant pour le faire repartir à zéro. L'horreur était trop présente dans ses veines et la scène en cours de sortilèges en avait été la parfaite illustration. Il n'avait pas envie de la contredire mais elle demandait l'impossible. Il eut un silence, puis un soupir.

- Il y a une psychomage à l'infirmerie pour aider Miss Pomfresh. Je vous conseille de la rencontrer.

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17 octobre 1998, coupable.

Le conseil de la directrice s'était transformé en convocation obligatoire. Drago attendait patiemment dans l'infirmerie qui avait été réaménagée : un nouveau bureau jouxtait celui de Pomfresh. Les lits neufs trahissaient l'envie de renouveau de ce lieu qui avait été celui des urgences médicales dans la bataille infernale. Greta Stone avait été détachée de l'hôpital Sainte-Mangouste pour prêter main forte à l'école de magie. Comme un navire prétendu insubmersible, Poudlard avait coulé. Le château avait retrouvé sa splendeur mais les âmes qui y vivaient ne retrouveraient jamais leur ancien éclat. Dans leurs yeux brillaient la peur et la douleur. Rien ne les ferait disparaître, si ce n'était peut-être le temps.

- Qu'est-ce que tu fais là Malefoy ? L'aide c'est pour les victimes.

La voix tonnante ne faisait qu'énoncer une vérité. Justin Finch-Fletchley brandissait sa haine comme une épée, la seule arme dont il disposait encore pour se protéger. Ses blessures à lui n'avaient jamais été physiques mais la cicatrice qui meurtrissait son cœur était une évidence pour tous. Drago savait quels crimes avaient été commis, quelles abominations avaient laissé une marque plus mordante qu'une simple cicatrice. Choisis : ton père ou ta mère. Greyback s'était fait un plaisir de raconter l'histoire de ce fils incapable de choisir entre ses moldus de parents pour sauver l'un d'eux. Alors ils avaient été torturés et exécutés devant le sang-de-bourbe, qui avait été lui-même emprisonné pour servir de divertissement occasionnel aux Mangemorts en manque d'horreurs. Il avait été une poupée vivante pour assouvir d'obscures envies.

Justin avait raison : il n'avait rien à faire là. Les victimes méritaient qu'une aide leur soit apportée et les coupables méritaient de subir mille souffrances infinies pour leurs péchés.

Docilement il se leva, le contourna et sortit.

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18 octobre 1998, curiosité.

D'un même mouvement les élèves commencèrent à rassembler leurs affaires pour se rendre au cours suivant. Il n'y avait guère que dans ces moments-là que Drago agissait comme les autres, se sentait le maillon d'un seul et même mouvement.

- J'aimerais, avant que vous ne partiez, vous informer du retour de Miss Lavande Brown à l'école dès ce vendredi. Je compte sur vous pour lui faire le meilleur accueil.

Une telle annonce aurait provoqué des murmures de curiosité dans un autre temps. Maintenant la curiosité s'était tarie car elle n'avait été que trop nourrie de l'horreur. Le sort de Lavande Brown n'était un secret pour personne : dévorée par la bête monstrueuse qu'était Greyback; plus tout à fait humaine mais loin d'être lycanthrope pour autant. Elle avait glissé dans un entre-deux insupportable et elle sentirait vite qu'elle n'avait plus sa place nul part. Les cicatrices et les habitudes liées à une nouvelle vie horrifiante avait eu besoin de temps pour être acceptées : six mois semblait peu, mais Lavande avait toujours été l'une des plus courageuses d'entre eux.

A l'époque de Poudlard, Drago avait détesté Lavande Brown. Aujourd'hui ce sentiment ne signifiait plus rien. Son coeur était vide de tout, si ce n'était du mélange épicé de culpabilité et de haine de soi. Les autres faisaient partie d'une fresque inanimée, comme un décor planté pour donner l'illusion d'activité alors qu'il évoluait dans une indifférence profonde de tout ce qui l'entourait.

Quand Lavande arriverait, ils feraient mine de ne pas voir son visage ravagé par la longue balafre courant de sa mâchoire à sa tempe, mangeant son nez, empiétant en partie sur son œil. Il était plus simple de faire semblant. Ignorer les traces de l'horreur et de la terreur c'était le seul moyen qu'ils avaient trouvé pour avancer.

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25 octobre 1998, la rancœur comme moteur.

Elle était violente la haine qu'il affrontait, comme une lame acérée qui s'insinuait dans son cœur meurtri. Sa souffrance était devenu comme une protection : elle était si forte que plus rien ne pouvait l'accentuer. Les blessures s'accumulaient mais sans jamais plus alourdir le poids. Mais Theo n'était pas comme lui, il ne courbait pas l'échine, il ne se sentait pas responsable de ses propres actions. Son moyen de survivre c'était de se décharger. Il avait préféré déposer sa culpabilité au sol comme un bagage abandonné sur le quai d'une gare et continuer d'avancer sans jamais se retourner.

- Calme-toi Patil, on ne t'as rien fait.

Elle était Lionne, c'était Parvati. Droite, inébranlable, rendue forte par la présence Lavande à ses côtés qu'elle devait maintenant protéger.

- Menteur ! Ca c'est les Carrow, et c'est à cause de toi !

Elle remonta sa manche pour brandir une cicatrice rosâtre qui contrastait avec sa peau foncée, comme elle aurait brandit un bouclier pour affronter un ennemi qui l'avait tant fait souffrir. C'était une petite cicatrice en forme de cœur, une horreur perfide des Carrow qui en plus de la torture avait décidé d'humilier leur victime. Souviens-toi Patil comme tu as été stupide et naïve.

Theo resta froid, renfermé sur lui-même, incapable de trouver une parade pour se décharger de la pierre qu'on tentait de lui mettre sur le dos. Drago songea que les marionnettistes eux-mêmes avaient été perturbés. Les fils de leurs poupées avaient été sectionnés et cela leur avait laissé des marques.

Drago n'avait pas été à Poudlard cette année-là. Les événements il ne les connaissait que par des rumeurs lointaines, des murmures échappés, des conversations entrecoupées. Les Carrow avaient semé la terreur en toute quiétude ici, sous la coupe d'un directeur de Poudlard plus malfaisant qu'eux-mêmes. Severus Rogue avait laissé la terreur prendre possession des murs du château et les élèves devenir les proies de prédateurs insatiables. Il avait fidèlement servi le Seigneur des Ténèbres et cette loyauté l'avait mené à la mort (1).

Quel lien unissait Patil et Theo ? Impossible à savoir, et sans intérêt. Comme ailleurs, la guerre avait fait rage au château sous une autre forme et ceux deux-là avaient été ennemis. La rancœur devait être le moteur de cette agitation, comme elle l'était devenue pour tout le monde magique.

- C'est une hystérique, commenta Theo lorsqu'ils firent demi-tour en direction de leur salle commune.

Son ton était sec et assuré, un jugement violent envers une jeune femme en colère. Mais pourquoi Drago entendait-il dans ses mots j'ai des regrets ?

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29 octobre 1998, un éclair.

Ils attendaient dans le couloir que le professeur McGonagall vienne leur ouvrir la salle de classe. La guerre avait changé beaucoup de choses, des grandes et des futiles : Minerva McGonagall avait perdu son habitude légendaire de ponctualité parfaite. Désormais elle avait la réputation d'être constamment en retard, sans doute trop sollicitée pour honorer dans les temps ses différents engagements.

Theo était silencieux. Les remarques de Patil l'avaient muré lui-aussi derrière un silence insurmontable. Ils passaient beaucoup de temps ensemble mais ils ne se tenaient pas compagnies : ils étaient deux âmes isolées simplement réunies géographiquement.

Lavande Brown se cachait derrière le dernier exemplaire de la Gazette du Sorcier. Ses cicatrices avaient altérées suffisamment sa beauté pour qu'elle se concentre désormais à l'unique développement de son âme. La guerre l'avait changé. Lavande si superficielle était devenue Lavande investie et studieuse. Sur la couverture Drago voyait son père s'agiter maladroitement sur le siège duquel il assistait à son propre procès. Il semblait désœuvré, presque effrayé. Depuis longtemps Drago avait perdu son admiration pour cet homme, mais le voir souffrir ainsi, si loin de lui, avait quelque chose de douloureux. Narcissa et Lucius étaient les seules personnes qui semblaient encore supporter sa présence, cela les rendait précieux.

- Ton père est un monstre Malefoy.
- C'est lui le monstre. Pourquoi personne ne dit rien ? Ca ne vous choque pas qu'il soit ici ?
- Bien sûr que si ! Ma tante est morte chez lui !
- Crève Malefoy.
- T'es qu'une ordure !

Les voix s'entremêlaient dans une comptine au refrain de haine assassine. Il gardait la tête baissée, attendant que l'orage cesse de gronder pour oser relever les yeux et observer les dégâts. Son quotidien depuis quelques semaines étaient rythmés par ces paroles meurtrières qu'il laissait volontiers se répandre. A quoi bon contester si c'était amplement mérité ? Tout ce qu'ils disaient, il le pensait déjà dans son for intérieur et aucune parole n'aurait pu le blesser davantage que ses pensées acides.

Et puis soudain, au milieu du tonnerre, il y eut un éclair. Foudroyant mais illuminant tout sur son passage, donnant une odeur nouvelle à l'environnement, révélant une vision jusqu'ici oubliée. Un éclair imméritée, un éclair bien trop tendre pour un châtiment si sévèrement mérité.

- Laissez-le tranquille, dit-elle de sa voix douce mais ferme.

Il osa un regard dans sa direction. Hermione Granger se tenait droite et fière comme elle l'avait toujours fait, son regard allumé de cette lueur de justice que rien ni personne ne pouvait atteindre, indomptable comme son insigne et refusant de se soumettre à l'effet de foule. Elle était comme un rocher qui se tenait à contre-courant et qui luttait pour rester à sa place. Elle était le héros et la guerrière, la main d'action, mais aussi le cerveau et le cœur. Elle était tout à la fois car elle avait toujours été singulière dans sa différence et son talent. Ce qu'il avait si souvent jalousé chez elle et qu'il aurait volontiers fait disparaître d'un coup de baguette magique venait soudain d'illuminer son univers entier.

Elle avait toujours été détestable, parfaite illustration de la magie volée, exemple violent du talent chez ceux mal-nés. Mais tout cela avait disparu aujourd'hui.

Et comme ce soutien révélait chez lui une force oubliée, l'ombre de l'homme qu'il avait jadis été, il la défia du regard.

Les vieilles habitudes n'avaient jamais eu un goût si délicieux.

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(1) Harry Potter connaît la vérité sur Severus Rogue : il a participé à la défaite du Seigneur des Ténèbres en se faisant passer pour un loyal soldat. En revanche, le monde magique n'est pas encore prêt à connaître cette vérité et Harry doit se battre pour se faire entendre et réhabiliter l'image de Severus. A ce stade de l'histoire, Severus Rogue est vu comme un vrai partisan de Lord Voldemort qui a été tué au cours de la bataille.