Bonjour à tous ! :)
Je suis désolée, je suis en retard par rapport à ce que j'avais annoncé, mais je suis très contente de vous retrouver après ces quelques semaines d'absence. Je pensais pouvoir poster plus vite mais, à cause des examens j'ai abandonné l'écriture un certain temps et s'y remettre est toujours délicat. Mais me voilà relancée, toujours aussi motivée ! :)
Janvier étant encore d'actualité, il est encore temps pour moi de vous souhaiter une belle et heureuse année 2019 ;) J'espère que vous serez comblés.
J'en profite pour vous répondre individuellement :)
Lotucias effectivement Drago et Hermione sont loin d'avoir une conversation ahah ! J'imagine qu'après tant d'années à se haïr/s'insulter, c'est compliqué de s'apprivoiser. J'ai développé davantage leur lien dans ce chapitre (enfin je crois ^^) que l'époque après-guerre donc j'espère que ça te plaira quand même !
Ecchymause je suis super touchée de tes compliments, j'avais franchement peur de ne pas bien respecter les caractères des personnages (je n'écris jamais sur les personnages principaux à cause de ça en général..) donc je suis contente si rien ne choque pour le moment :) Et j'aime trop les personnages secondaires de HP (Luna, Neville, Seamus etc etc) pour ne pas les citer ^^ C'est vrai que je prends mon temps pour développer le lien entre Hermione et Drago, je trouve que le développement "avant" est toujours plus intéressant qu'un "après" :p
wen3sday wow, je crois bien n'avoir jamais eut de petits mots si gentils, je ne savais pas que mon histoire pouvait émouvoir à ce point mais j'en suis ravie :) Surtout que c'est un vrai challenge/test pour moi, bien loin du style que j'utilise habituellement. Drago est effectivement mal en point, mais ça n'empêche pas les adolescents/jeunes adultes d'être cruels entre eux. Après tout il était dans le "mauvais camp" et tout le monde le rend responsable pour les souffrances passées (à tort ou à raison) ^^
loulou-trl merci pour ta review :) je crois que ce chapitre-ci paraît moins sombre, mais j'espère que ça te plaira tout de même autant ! Il faut bien que le petit Drago sorte de sa torpeur à un moment, et je pense que le décor a été assez "planté" pour l'instant :)
Je vous laisse donc avec ce nouveau chapitre, qui j'espère vous plaira autant que les 3 premiers. J'attends vos remarques dans les commentaires ;)
De gros bisous à tous-toutes et à très bientôt :)
PARTIE QUATRE : DOULEUR (4)
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15 novembre 1998, réconfort sans saveur.
Drago laissa son regard glisser sur les mots écrits par sa mère. Sans aucun doute tentait-elle de se montrer réconfortante et de faire sentir à son fils adoré qu'il était aimé, et que l'article assassin d'une Gazette trop souvent cruelle ne devait pas l'atteindre. Mais elle avait tort de croire qu'aucun mot était en mesure d'apaiser son cœur meurtri, elle se méprenait en pensant qu'il y avait encore quelque chose à sauver dans ce pantin obéissant qu'était son fils.
Tu n'as pas mérité tout ça mon chéri, ils n'étaient pas à ta place ils ne peuvent pas comprendre, avait-elle écrit avec l'amour d'une mère qui refuse de voir l'horreur dans sa progéniture. D'une certaine façon Drago était d'accord avec elle : il n'avait pas mérité tout ça; il méritait bien pire.
- Tu te sens bien ? Demanda Theo avec une inquiétude déplacée.
Parler des sentiments avait toujours été tabou dans leur univers. Ils avaient des ambitions et des désirs qui devaient dépasser les émotions. Le meilleur moyen de ne pas s'y attarder et de faire comme si elles n'existaient pas. C'était un principe que Drago appliquait encore bien volontiers.
- Je dois aller à la bibliothèque emprunter un livre, murmura t-il en guise d'explication à sa fuite.
L'affection que Théo lui portait lui faisait mal, car elle était hypocrite et sans fondement. Il lui avait fallut du temps pour se rendre compte que Theodore Nott n'était pas le marionnettiste sans cœur que ses parents avaient souhaité faire de lui. Sa douleur était simplement plus subtile que celle des autres. Et dans sa souffrance et solitude il se raccrochait à la seule bouée de sauvetage qu'il avait trouvé. Malheureusement, la bouée était trop amochée pour ne pas sombrer avec lui.
Drago s'éclipsa discrètement mais les regards qui pesaient sur lui étaient trop lourds de haine pour ne pas faire de sa sortie un événement de la matinée.
L'article de la Gazette était sortit depuis deux jours mais il était encore sur toutes les lèvres. Drago y avait vu son intimité dévoilée. Tout avait été passé sous l'éclairage morbide de comment devient-on un tueur ?
Drago lui même ne connaissait pas la réponse.
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17 novembre 1998, personne n'est dupe.
Le cours de métamorphose était le cirque de cris et de rires en tout genre qui donnaient à la salle de classe une ambiance résolument déplacée et dérangeante. Drago les voyait s'amuser sans comprendre. Comment pouvaient-ils être aussi heureux et insouciants après les horribles épreuves traversées ? Il avait été idiot de se croire un jour surhomme alors qu'il était moins qu'un humain.
Theo était un fidèle allié mais qui ne comprenait pas tout à fait sa posture. Mais il était moins qu'un humain mais plus qu'un monstre; une espère de chimère qui à défaut de pouvoir être classée faisait l'objet de réactions variées.
- Ce n'est pas si drôle, commenta t-il devant la tête de Neville Londubat qui avait été remplacée par un magnifique Labrador.
Ils s'entraînaient à la métamorphose physique sur eux-mêmes. Ils devaient se transformer en chiens.
- Ils sont tous pareils, rajouta Theo.
Drago se garda bien de répondre.
Oui ils étaient tous pareils.
Mais son regard capta le temps d'une seconde et d'une éternité celui de Lavande Brown dont les plissements de lèvres étaient plus proches de la grimace que du sourire.
Elle ne s'amusait pas; elle voyait l'horreur en pleine face.
Malgré leurs différences et le fossé infranchissable entre eux pour lequel ils ne construiraient jamais de pont, Drago réalisa qu'il n'était pas seul. Lavande Brown avait elle aussi été rendue monstrueuse par la guerre. Elle donnait le change plus facilement que lui, mais la lueur sauvage dans ses yeux ne pouvait pas mentir.
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18 novembre 1998, mise à l'écart.
- Je préfère m'asseoir par terre qu'être a sa table.
Les voix reprenaient même dans l'endroit divin qu'était la bibliothèque. Il aurait pu en faire le refuge de sa vie, ses pensées occupées par des pages par milliers, mais ils étaient là. La fuite n'était pas envisageable, les "exclus du prêt" étaient trop précieux pour passer à côté. Les études étaient la seule chose qui maintenant un semblant d'occupation dans une vie vide.
La chanson de ces lieux était composée du même refrain rouillé : il s'asseyait a une table libre et personne ne venait jamais l'y rejoindre malgré les cinq places laissées vides. Cette solitude n'était pas pesante; elle était rassurante et Drago ne la méritait pas.
Ce jour là fut différent.
De sa démarche dont la férocité n'avait d'égale que celle de son esprit, Hermione Granger arriva a proximité et tira l'une des chaises de la table, celle à l'opposé de là où il était installé.
L'indifférence profonde qu'elle dégageait n'était que feinte. Ce geste qui semblait si anodin était d'une violence ahurissante pour les spectateurs de cette scène rêveuse. Eux-mêmes n'étaient pas dupes et se rendaient compte de l'hypocrisie dans laquelle elle enfermait son action.
Hermione Granger avait toujours été la plus intelligente d'entre eux.
Le simple fait de tirer une chaise pour s'asseoir à sa table était encore un acte divinement héroïque à ajouter à son palmarès. Elle en comprenait parfaitement les conséquences, il le savait. En l'ignorant, elle le traitait comme les autres. Il devenait l'un des autres. Il n'était plus un monstre, il redevenait simplement un humain méprisable.
Cette action résolument sans affection était pourtant le geste le plus humain que quelqu'un avait su lui témoigner depuis longtemps. Il s'aperçut que l'indifférence était plus difficilement supportable que la pitié, en ce sens qu'elle ne tenait pas compte de sa monstruosité.
Drago Malefoy ne pouvait pas laisser Hermione Granger le mépriser dans un silence indifférent. C'était une sanction trop douce pour lui.
Mais il décida qu'une telle résolution pouvait bien attendre le lendemain.
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19 novembre 1998, inquiétude professorale.
- Monsieur Malefoy, je vous prie de bien vouloir rester.
La voix de McGonagall était d'un ton sans appel, mais se donner tant de mal n'était plus nécessaire. La volonté n'avait plus de place dans son esprit; il était plus simple de se laisser aller à servir de marionnette au gré des volontés.
Les élèves s'éclipsèrent, il se retrouva seul devant la grande reine. Ses lèvres étaient pincées dans un air sévère qui était devenue son expression la plus connue. Mais depuis elle était devenue caduque. Minerva McGonagall pouvait essayer autant qu'elle le voulait de paraître aussi dure et ferme qu'elle l'avait autrefois été, l'inquiétude avait fait son nid si loin dans son cœur qu'elle ne parvenait plus tout à fait à donner le change.
- J'ai bien remarqué que vous restiez souvent seul. Ne souhaitez-vous pas vous intégrer davantage avec vos camarades ?
La naïveté de ses propos était d'un étonnement sans égal. La grande McGonagall qui savait tout ne savait rien. Il évitait son regard, préférant le spectacle rassurant de ses pieds. La tête baissée, les cheveux dissimulant son regard : c'était sa seule protection désormais.
- Monsieur Malefoy, répondez-moi je vous prie !
L'agacement commença finalement à se manifester, mais n'était-il pas qu'une conséquence de l'inquiétude ? Drago n'avait pas d'autres choix que de témoigner un peu de vie devant la directrice.
- Je me sens bien tout seul professeur.
Le mensonge était visible, comme un clair de lune dans une nuit sombre. Il ne se sentait pas bien seul, il se sentait jamais bien. Mais la douleur était plus supportable quand il n'avait pas à affronter les visages meurtris. Les cauchemars étaient plus maîtrisables quand il n'avait pas à en affronter les acteurs durant les journées.
- Je ne vous cache pas que votre situation m'inquiète. J'aimerais vous voir plus intégré avec les autres, sinon je serais dans l'obligation d'informer votre mère des difficultés que vous rencontrez.
Ce n'était pas une menace mais il voyait pourtant l'épée se dessiner au-dessus de sa tête. Faire peser un nouveau poids sur les épaules de Narcissa Malefoy était impensable. Sa mère était son héroïne mais elle avait des limites.
Il donna le change, sembla manifester sa compréhension et son désir de s'intégrer, alors qu'au fond de son cœur il ne pensait qu'au poids insupportable que son existence faisait peser sur les autres. La mort aurait pu être une parfaite issue de recours si son instinct de survie ne lui en avait pas fermement barré la route.
Stupide sentiment humain.
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19 novembre 1998, insupportable indifférence.
Le vendredi soir n'attirait pas vraiment les foules à la bibliothèque. Les élèves préféraient aller se reposer après le dîner ou profiter de la soirée ensemble dans leur salle commune. Drago avait longtemps été comme ces élèves, profitant de cette soirée pour discuter avec Pansy ou pour jouer aux échecs avec Blaise. Désormais il avait à peine la notion du temps et vendredi soir rimait avec désespoir. Comme les autres jours.
Mais au moins la solitude devenait moins pesante quand la bibliothèque était peu remplie. Il pouvait se plonger entièrement dans les ouvrages jusqu'à oublier le temps d'une minute le monde qui l'entourait.
Il avait sauté le dîner; la pièce était vide en dehors de la présence fantomatique de Mrs Pince et d'une paire de Poufsouffles bien trop jeunes pour se donner tant de mal.
Et puis les élèves revinrent prendre possession des lieux, tout doucement, par petits groupes à l'amitié apparente.
Il y avait énormément de tables libres.
Et pourtant quelqu'un tira une chaise pour s'asseoir à la sienne.
Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, Hermione Granger lui faisait l'honneur de s'installer à sa table en l'ignorant superbement. Elle avait beau ne pas lui jeter un regard, et s'installer aussi loin que possible, sa grandeur d'âme par la générosité de ce geste était évidente. Et c'était intolérable. Sa tentative de dissimuler sa gentillesse dans un mépris fermé était ridicule.
Il aurait sans doute dû laisser passer sans relever, faire mine de ne rien avoir remarqué à son comportement mais les mots de McGonagall étaient dans sa tête comme une ribambelle infernale. Sa passivité avait été remarquée; peut-être qu'en ressortant l'agressivité il tiendrait les démons de gentillesse assez loin de lui.
- Qu'est-ce que tu fais Granger ?
Sa voix était presque enrouée comme un prisonnier qui aurait oublié comment articuler. Les mots pesaient sur sa langue, tournaient dans sa tête.
Elle tourna la tête vers lui. Ses petits yeux noisettes étaient comme un hominem revelio particulièrement efficace. Son nez retroussé était légèrement haussé : elle se donnait un air hautain qu'il ne lui connaissait pas mais qui lui rappelait très fort l'adolescent qu'il avait été. Les rôles étaient inversés.
- Comment ça je fais quoi ?
Elle n'était ni douce ni gentille. Il aurait pu croire qu'il s'était trompé si ces dernières semaines n'avaient pas été écrites avec une telle clarté dans son esprit. Les autres se tenaient trop loin de lui comme des bourrasques infernales pour qu'il ne remarque pas le moindre changement de météo.
Il y avait toujours eu des éclairs entre eux, l'orage presque à poindre.
- Tu es ...
Il n'arrivait pas à le décrire, cela nécessitait une explication dont les mots lui semblaient intouchables. Était-elle trop gentille ? trop douce ? trop idiote ? trop généreuse ? aucun qualificatif ne fonctionnait dans ce schéma impossible qu'étaient devenus leurs vies. Drago insultait, Hermione subissait. Pourquoi la terre s'était-elle toute renversée ?
Elle restait muette, les sourcils froncés, l'air faussement étonnée. Sa passivité face à sa présence était insupportable. Elle était comme une lumière vive déchirant la nuit et son cœur meurtri.
- La bibliothèque ne t'appartient pas Malefoy, je suis libre de m'asseoir où je veux.
Et de son air autoritaire, elle classa l'affaire.
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21 novembre 1998., quelqu'un qui le vit mal.
Lavande Brown brossait les cheveux de Parvati Patil dans un spectacle aussi doux qu'insensé pour la Grande Salle. L'idiotie du geste était trop agréable à regarder pour quelqu'un puisse s'en offusquer. Le visage de la Lionne devenue louve était crispé. Les médicomages étaient des magiciens, mais pas tout à fait doués pour faire disparaître totalement la cicatrices laissées par les morsures enragées. Lavande était devenue laide mais l'image parfaite d'une martyre.
Theo avait le regard perdu, vide d'un amour qu'il ne prenait même plus la peine de dissimuler. Sa façon de regarder Patil était crève-cœur mais Drago avait perdu depuis longtemps la faculté d'empathie.
Ils furent interrompus dans leurs rêveries respectives par l'arrivée d'un grand hibou au plumage reconnaissable entre milles. L'oiseau tendit la patte vers Drago. Il n'avait aucune envie de lire une missive en provenance de Pansy mais le hibou était trop sévère pour le laisser tranquille. Il n'avait pas d'autres choix que d'attraper la lettre.
Il n'avait même pas ouvert la première qu'elle lui avait adressé quelques temps plus tôt. Elle reposait quelque part au fond de sa valise parmi les autres objets d'indifférence. Celle-ci suivit le même chemin que la première, dans sa poche, puis elle finirait au même endroit.
- Tu n'as pas répondu à Pansy ? Demanda Theo avec une curiosité déplacée.
Son esprit embué lui dictait un drôle de comportement, bien loin des règles strictes qui avaient formé une éducation parfaite.
Drago n'avait aucune envie de lui répondre.
Le changement brutal de scène au cours du spectacle lui donna une échappatoire. Lavande céda sa place à Dean Thomas, qui d'une main experte se mit à brosser lui aussi la chevelure de Parvati, ce qui les fit rire.
Toutes les interrogations de Theo s'envolèrent. Ne resta qu'une jalousie sourde qui l'obligea à quitter la salle, et à laisser Drago dans son cocon de solitude qui était devenu la seule chose supportable.
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21 novembre 1998, Mots (pas) apaisants.
Cher Drago,
Je t'écris cette missive car j'aimerais que tu tiennes l'information d'une personne qui t'aime et pas d'un torchon comme la Gazette du Sorcier.
La première partie du procès de ton père vient de s'achever.
Il a été reconnu coupable de ses actions.
Nous devons maintenant attendre la seconde partie pour savoir quelle peine sera appliquée.
Nous devons rester forts dans de tels moments.
Je t'embrasse,
NM
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21 novembre 1998, fuite face au trouble.
Le cours de potions allait commencer, quand il y eut une irruption de dernière minute. Hermione Granger, les cheveux plus ébouriffés que dans son état naturel, arriva avec une panique ridicule. Être en retard à un cours ! Où cela avait-il une importance sur le chemin bordé de cadavres ? Mais ses joues roses et son regard gêné indiquait l'importance qu'elle s'en faisait encore. Étrange créature.
Drago sentit sa présence déroutante venir troubler son espace personnel. Avec une indifférence déconcertante, elle prit place sur le banc à se droite. L'épisode de la bibliothèque ne lui avait laissé aucune marque, elle se perdait dans la continuité de son comportement invraisemblable.
Le professeur donna des indications, ils se lancèrent dans la confection de la potion.
Hermione Granger était penchée sur le chaudron, l'air concentré. Quelques mèches volages frôlaient son visage comme une fraîche brise de printemps qui aurait rehaussé son teint. Il y avait chez elle des détails qu'il avait toujours remarqué : ses cils que la nature avait exagérément retroussés, ses doigts fins qui ne semblaient pas connaître l'hésitation.
Son regard glissa sur ses mains qui s'agitaient devant le petit chaudron, écrasant les scarabées avec une douceur violente. Ses manches étaient remontées.
Son bras abordait une sorte bien étrange de marque des ténèbres. Une fine cicatrice courrait sur son avant bras, rosâtre comme si elle était encore fraîche, visible à vie et sonnante même encore après la mort. Hermione Granger avait été marquée par sa nature, par un "sang de bourbe" aussi véridique qu'insultant.
L'auteur du crime était la fleur du mal, une héritière digne noircie par les idéaux. Bellatrix Lestrange était folle mais Drago ne l'avait jamais autant compris. Quand les horreurs prennent place dans le paysage, le seul moyen de les surmonter est de les accepter. Elle s'était accrochée à sa haine comme la seule bouée disponible dans tout l'océan.
Ce n'était qu'une cicatrice, rappel inanimé d'un souvenir qu'on tentait d'oublier. Mais quand Drago posa ses yeux dessus, il fut renvoyé à cet instant précis, à celui qui avait coûté à Hermione Granger la marque du démon. Il n'avait pas assisté à la scène, trop lâche pour affronter les conséquences de ses actions. Mais là où la vision pouvait facilement être coupée, l'ouïe avait dû tout supporter. Les cris lui avaient semblé irréels, inhumains.
L'étau de culpabilité se referma une nouvelle fois sur son cœur, emportant sous sur son passage. Cette élève si appliquée et si concentrée que rien ne semblait pouvoir bouleverser avait été victime de l'ignominie de l'être humain dans sa forme la plus pure et la plus atroce. Il ressentit l'horreur et l'enfer de sa propre personne. Il n'était pas digne de se tenir là. Bourreau et victime travaillant ensemble dans un cours de potions, avait-on déjà entendu plus abjecte histoire ?
La pensée de sa présence déplacée atteint un point insupportable. Comment faire semblant d'appartenir à leur monde alors qu'il avait tenté de l'éradiquer ? La farce n'avait que trop duré. D'un geste étonnamment vif pour quelqu'un de si souvent amorphe, il attrapa son sac, se leva et prit la sortie.
La solitude était douce, il ne la méritait pas; mais eux méritaient d'être tranquilles.
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26 novembre 1998, délaissement cruel.
- Ca fait longtemps que tu n'es pas venu, commenta Mimi de sa voix pleine de reproches.
Quatre jours, au cours lesquels Drago avait passé la majorité de son temps enfermé dans le dortoir. L'infirmière lui avait diagnostiqué une fièvre de Centaure très sévère. Il avait raté la fin de semaine de cours et était anxieux à l'idée d'affronter de nouveau le monde du lundi matin.
- J'ai oublié un livre ici.
Drago se pencha vers son petit tas d'affaires pour trouver l'ouvrage en question. Cet endroit qui était devenu son refuge ne lui évoquait plus rien maintenant qu'il en avait été éloigné. La force des habitudes n'était que feinte; un simple bouleversement pouvait les balayer sans en laisser une seule poussière. Laisser Mimi derrière ? Elle était déjà morte.
Mimi resta pleine de silence en l'observant, flottant dans l'air près d'une vie humaine qu'elle ne pourrait plus jamais toucher. Sa tristesse était une évidence que Drago ne remarqua pas.
- J'espère que tu reviendras bientôt, murmura t-elle alors qu'il se dirigeait vers la porte.
Mais Drago ne sembla pas l'entendre.
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26 novembre 1998, l'indigne personne.
La bibliothèque était quasiment déserte en ce dimanche soir d'après-repas. Encore nauséeux de sa fièvre, Drago avait trouvé l'excuse parfaite pour manquer le dîner. Il serait plus simple d'affronter la semaine qui s'annonçait si son esprit pouvait avoir un peu de répit. C'était immérité mais le maladie ne donnait-elle pas le droit à un exceptionnel joker ?
Il fut seul un instant, puis quelques habitués d'après-diner pointèrent le bout de leurs nez.
Comme si elle en avait pris l'habitude, Hermione Granger se dirigea vers sa table en arrivant dans les lieux sacrés.
S'asseoir ici ne la réjouissait pas et le soupir las qu'elle poussa en le faisant en était le témoignage. Elle n'avait pas envie d'être ici, elle se forçait pour sa bonne action. Il l'observait avec une douleur habituelle mais une curiosité nouvelle.
Ne comprenait-elle pas le ridicule de la situation ?
- Va plus loin Granger, grogna t-il avec une hargne qu'il s'était oublié.
Elle réveillait les chiens qui sommeillaient en lui. Il se sentait assez mal par sa simple existence, pourquoi cherchait-elle à alourdir ce fardeau ? de la vengeance ? de la pitié déplacée ? la réponse était importante, car il méritait la punition et pas un allégement de sa peine.
Il pensait qu'elle s'acquitterait volontiers de cette remarque, qu'elle trouverait l'issue parfaite à ce labyrinthe qu'elle s'était elle-même construit. Mais il ne la connaissait pas assez pour préjuger de ses réactions.
La fureur pris possession de ses traits délicats. Son expression et sa crinière ébouriffée ne lui avait jamais donné autant l'apparence d'une vraie Lionne. Il avait en face de lui l'adolescente qu'elle avait été jadis, et qui semblait ne jamais avoir disparue. La guerre ne l'avait pas faite plier, elle était trop solide pour ça.
- Pourquoi ? Parce que je suis indigne encore ? Ce n'est pas fini ces comédies ?
Elle était trop douce et trop digne pour simplement jurer. L'éducation parfaite que lui-même avait reçu avait été biaisé par un caractère trop arrogant. La sienne, médiocre, mais appliquée à un esprit avancé en avait fait une reine d'élégance des mots.
Drago comprit qu'il s'était trompé : Hermione Granger était capable d'être une véritable idiote.
Sa remarque le laissa estomaqué, trop surpris pour comprendre le sens de ses mots l'espace d'un instant.
Ils avaient si fort bataillé des années durant - lui si fier de sa naissance haut placée, elle si désireuse de se faire sa place dans un monde encore inconnu - qu'elle ne parvenait plus à voir la situation avec les yeux de la réalité. Elle était encore amère de toutes ces insultes et disputes. Son comportement était insensé. Elle prenait la peine de lui témoigner de l'indifférence immérité alors qu'elle voyait encore le monstre qu'il était.
Mais elle se trompait sur une chose.
Drago rassembla ses affaires pour les ranger dans son sac.
- Ce n'est pas toi qui est indigne Granger, marmonna t-il en passant près d'elle sur le chemin de la sortie.
L'aveu était aussi douloureux que salvateur.
