Bonjour à tous !

Désolée pour ce retard, je fais au mieux mais c'est parfois compliqué de trouver le temps d'écrire.

Luna Alice Pendragon Je comprends, j'ai hâte d'écrire l'évolution de la relation entre Drago et Hermione mais je suis du genre à prendre mon temps donc... On va dire que c'est un grain de sable à chaque chapitre ahah ! Je trouve ça plus logique qu'un rapprochement ne s'effectue pas en 2 chapitres : on parle de 2 personnes qui se détestent de base, et dont 1 qui est vraiment au fond du trou ! J'espère que tu ne seras pas découragée par cette "lenteur" :)

Snow J'ai été super lente pour la suite malheureusement ! J'espère que tu seras toujours dans le coin :) Pour Hermione je ne compte pas écrire des scènes de son côté donc son état d'esprit sera laissé à votre imagination ;) Mais je compte apporter quelques éléments de réponse au fil des chapitres ! Disons que s'attarder sur Drago ce n'est pas une idée personnelle !

Lotucias Alors non, ce n'est pas toi qui li trop vite, c'est que les chapitres sont courts ! J'ai décidé de poster plus court mais plus souvent pour cette histoire (même si le résultat pour "plus souvent" est pas tout à fait là...). J'espère que ce nouveau chapitre te plaira. Effectivement dans les fanfictions on voit plus le point de vue de Hermione, mais ici c'est à vous de deviner ahah. J'ai une idée pécise de pourquoi/comment de ses actions mais c'est à découvrir un petit peu plus tard :) Ca ne sera pas détaillé mais ça donnera quelques éléments de réponse.

Marceine1992 Merci beaucoup pour ton petit mot, j'espère que ce chapitre-ci te plaira, je ne sais ps si on peut parler d'évolution mais je trouve qu'il y a un petit changement quand même :p

lineae Wahou, merci pour ces très beaux compliments :) Le réalisme d'une histoire/des sentiments/des personnages me tient toujours très à coeur, on écrit du "aux" mais toujours avec du "vrai" donc franchement merci, c'est l'un des plus beaux compliments que tu pouvais me faire ! Ca me touche beaucoup et j'espère que la suite sera à la hauteur de ces gentils mots.

Zebulonrr J'ai mis du temps pour la suite, mais la voilà enfin ! Pour Drago son évolution ne va pas être du jour au lendemain, mais promis ça avance petit à petit :) Ca donne envie de lui faire des câlins à ce petit chou ! (ouais, j'ai un petit crush sur Drago)

Fan's Alors pour le "rapidement" on y est pas, mais "la suite" c'est bon ;) L'vantage d'avoir découvert cette fanfiction qu'en août, c'est que tu as eu moins de temps d'attente ahah ! J'espère que cette suite te plaira :)

Je vous remercie tous pour vos mots doux, et votre fidélité :)

Petite nouveauté : vous pouvez suivre l'avancée du chapitre sur mon profil :) J'essaie d'actualiser dès que j'écris un peu, comme ça vous voyez en temps réel ! C'est disponible aussi pour ma seconde fanfiction (Silly Ginger and Haughty Viper).

Sur ce, bonne lecture à tous et à bientôt ! :)


PARTIE CINQ : DOULEUR (5)

# # #

1 décembre 1998, doux poudlard.

Drago regardait la grande silhouette du château se dresser fièrement, presque férocement dans ce ciel qui avait failli s'abattre sur sa tête. Elle avait vécu la guerre, le sang, les morts, la douleur et pourtant elle était aussi étincelante qu'au premier jour, trop prestigieuse pour laisser de la place à l'horreur. Il enviait son intangibilité; il redoutait ses entrailles aussi fort que sa vue l'apaisait. Poudlard était mieux qu'un château de conté de fée : il était réel. Il avait ses défauts, des tours bancales, des murs aussi froids que l'hiver le plus rude, des cachots autant humides que la mousson, mais ce n'était que des arguments supplémentaires à un charme indéniable.

Drago savait qu'il ne méritait pas ce sentiment de sérénité qu'il ressentait en voyant le château, mais la culpabilité ne gagnerait pas ce combat : il garda les yeux fixés sur cette silhouette qu'il avait tant aimé et qu'il faudrait bientôt quitter.

Et après ?

Ils se posaient tous la question, vieux adolescents prêts à prendre part à leurs vies d'adultes accomplis, sauf Drago Malefoy. L'avenir était pour lui une inconnue mystérieuse qu'il n'avait pas envie de résoudre. Le moment présent était déjà compliqué à envisager, trop difficile pour le surmonter. Son esprit n'aurait pas supporté le calvaire supplémentaire d'un avenir incertain; alors son instinct de survie le préservait de ces questions stériles et sans réponses.

- Hé, Malefoy !

C'était Hannah Abbot, fidèle à elle-même avec ses joues roses et ses nattes serrées que rien ne pouvait atteindre, pas même une guerre. Elle était l'ennemie, mais pas une soldat du front; plutôt une douce partisane utopiste qui n'avait pas pu se résoudre à perdre son âme. Elle n'avait pas perdue son innocence au combat : si Drago se concentrait assez, il était certain de pouvoir voir son auréole.

- Tu as fait tomber ça.

Elle lui tendit une lettre qui avait dû tomber de sa poche, peut-être pas volontairement mais la volonté n'était pas toujours contrôlable. L'écriture de Pansy, toujours aussi délicate et agressive, insistante après des siècles de silence. Il ne l'avait pas ouverte : les mots avaient cessé de l'intéresser depuis bien longtemps.

- Merci, murmura t-il vaguement en reprenant le parchemin.

Dans ce monde si douloureux et en pleine reconstruction, il s'étonnait encore que la politesse ait encore toute sa place.

Hannah Abbot lui jeta un drôle de regard, un regard curieux qui tentait de voir jusqu'au plus profond de son âme. L'inquisition était désagréable mais Drago avait perdu depuis longtemps la force de se mouvoir. Il se laissa faire comme une poupée inerte parce que c'était le seul rôle qu'il devait encore jouer dans cette grande pièce de théâtre qu'était devenu le monde.

Un instant elle sembla prête à dire quelque chose, mais la raison la rattrapa et Hannah Abbot s'éloigna.

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2 décembre 1998, péché délicieux.

- Tu as fini ? Je peux l'emprunter ?

Le silence venait d'être brisé par la douceur d'une voix particulière. Elle avait continué à venir s'asseoir à sa table en silence, brisant tous les interdits moraux qui existaient dans ce château, mais elle s'était faite si discrète que Drago avait tôt fait d'oublier sa présence pour tenter de se concentrer sur les ouvrages qui glissaient sous ses doigts. Acquérir de nouvelles connaissances était le meilleur moyen de ne pas penser à l'Horreur. C'était un soulagement qu'il ne méritait pas mais la faiblesse d'un homme est parfois son seul salut.

Drago releva la tête. Leurs regards se croisèrent.

Les années s'étaient écoulées sans qu'aucun d'entre eux ne les sentent réellement passer. De jeunes adolescents impressionnables ils étaient passés à jeunes adultes impressionnés. Il n'y avait qu'un seul visage devant ses yeux, celui d'une jeune étudiante sérieuse en quête d'un livre, mais à cette vision se superposait celle d'une petite née-moldue projetée dans un monde qui ne voulait pas tout à fait d'elle. Elle avait été moquée - pas seulement par lui, mais par tous. Ceux qui étaient devenus ses alliés pour l'éternité l'avaient d'abord rejetés. Les choses auraient été bien différentes si ils n'avaient pas changé d'avis pour lui faire don de leurs amitiés. Sans Hermione Granger, la guerre aurait été perdue, il en était sûr.

Ils étaient ennemis, ils l'avaient toujours été. Elle lui parlait maintenant avec une politesse qu'il méritait moins maintenant qu'avant. Le monde était tombé sur la tête.

- Oui, vas-y, répondit-il au bout d'un moment.

Aurait-il seulement pu lui refuser quoi que ce soit ? Elle était Reine dans ce monde et il n'avait pas le force de contester son pouvoir.

Contre toute attente, péripétie inattendue au milieu d'une aventure ténébreuse, elle tira la chaise à côté de la sienne pour s'y asseoir. Cette intrusion dans son espace personnel était violente, cassante, paralysante. Il n'y était plus habituée et la surprise le cloua au sol. Surprise ! Vainqueur par KO.

- Tu as terminé le devoir de métamorphose ? Demanda t-elle en commençant à feuilleter le livre, le laissant entre eux comme si ils travaillaient ensemble.

Sa tentative d'engager une conversation civilisée aurait pu passer inaperçu si elle n'avait pas été aussi déplacée pour deux ennemis de l'histoire. Ils étaient comme Anglais et Français, incapables de s'entendre tout à fait, toujours ennemis d'une guerre. Qu'elle se montre d'un coup si amicale avec lui semblait encore plus invraisemblable que sa libération. Le monde magique allait de travers : c'était peut-être ça ce qu'on appelait les conséquences de la guerre.

Mais elle était mal à l'aise. Il le sut car ses joues rosirent en posant la question. Il s'étonna de pouvoir encore remarquer les sentiments humains. Un monstre n'était-il pas trop distancié de l'humanité pour ça ?

- Euh, non.

Sa voix était basse et froide et hésitante. Il n'arrivait pas à donner le change avec autant d'aisance qu'elle. Il ne pouvait pas être acteur parce qu'il avait simplement oublié comment être quelqu'un. Il ne pouvait plus être lui-même, Drago Malefoy était un monstre qu'il avait fallu enterrer. Il ne restait que cette espèce de coquille vide dont l'animation au quotidien lui prenait toutes ses forces.

- Tu as besoin d'aide ?

Sa gentillesse était exagérée. Le manque de naturel était si évident que l'instinct de survie reprit le dessus. Drago la dévisagea, ses traits las se faisant soudain froids.

Il dû lui jeter un regard froid; en tout cas c'est ce qu'il devina de l'animation des traits de son visage. Il était si peu habitué à laisser transparaître ses émotions (parce qu'il n'en n'avait aucune) qu'il avait du mal à les identifier. Des sourcils qui se froncent, une bouche pincée : était-ce ça le visage de quelqu'un de contrarié ? Il ne savait plus.

Mais Hermione Granger sembla réagir à ce regard, à cette semi-attaque, reprenant son visage défensif marqué par l'arrogance, une expression d'un autre temps.

- Je voulais juste aider vu tes notes.

Avec un geste presque imperceptible elle remonta le nez en l'air avec un air fier. Des années s'étaient écoulées, des événements d'un autre temps, des choses qui auraient dû balayer tout ce qui avait existé auparavant et pourtant elle trouvait le moyen de retrouver de vieux sentiments. Elle voulait s'imposer face à celui qui l'avait si souvent rabaissé.

- Pas d'aide, murmura t-il simplement.

Il attrapa son parchemin, sa plume et son sac avec une dextérité digne d'un champ de bataille puis se leva et s'éloigna en direction de la sortie.

Ses pas étaient lourds sur le sol et sa démarche déterminée. Les sentiments et les émotions s'étaient depuis longtemps effacés derrière la culpabilité envahissante, si bien qu'il ne savait plus les remarquer. Il savait juste qu'il ne méritait ni son aide, ni sa pitié. Il méritait tous les châtiments que les autres lui imposaient : la haine qu'il leur inspirait, et le dégoût. Mais de tous, la pitié de Hermione Granger à son égard était le pire.

# # #

3 décembre 1998, propos déplacés.

L'étrange spectacle qui s'agitait sous ses yeux montrait à Drago à quel point les choses avaient changé, malgré la volonté de tous de reprendre leurs habitudes là où ils les y avaient laissé. Parvati Patil ne cessait de se pencher vers Lavande Brown pour se lancer dans un de ces babillages pour lesquels elles étaient si célèbres au château, mais au lieu de lui répondre, Lavande se murait dans un silence que la volonté de Parvati ne pouvait pas briser. Elle gardait les yeux fixés sur son parchemin, rédigeant les notes demandées par McGonagall sans se laisser distraire. Elle lui tournait le dos, Drago ne pouvait pas voir son visage, mais il était aisé de deviner l'air concentré qu'elle devait avoir. Lavande Brown était devenue une première-de-la-classe, une de ces élèves qui passait le plus clair de son temps à rêvasser près d'une page d'un bouquin au point d'en oublier le monde extérieur.

Parvati était vexée mais déterminée. Tous les autres prenait la défigurée en pitié.

Drago voyait clair dans son jeu : les bouquins et les parchemins étaient les pierres du mur qu'elle tentait d'établir entre elle et le monde. Ils étaient différents, mais unis par le dégoût qu'ils s'inspiraient eux-mêmes. Il voyait le monstre en elle, aussi sûrement qu'il voyait le sien.

- Elle te plait, Lavande ?

Les choses avaient sûrement changé pour que Théo se permette d'appeler une Gryffondor par son prénom, comme si ils avaient été intimes. Trop d'heures passées auprès de Parvati avaient certainement rendus les Gryffondors plus sympathiques à ses yeux.

La question était déplacée, d'un autre monde, un monde que Drago ne voulait plus jamais entrevoir. Un monde plein de futilités qu'il ne comprenait plus.

- Certainement pas.

Elle était le reflet du dégoût qu'il s'inspirait, la regarder était douloureux mais c'était le rappel nécessaire de ce qu'il était, sa punition personnelle. Il ne pouvait pas expliquer ceci à Théo, c'était trop intime, ça nécessitait l'utilisation de trop de mots. Si Théo voulait tirer ses propres conclusions, ainsi soit-il.

Mais Théo est trop curieux et ne sait pas se tenir.

- Est-ce que ça va ? Rajouta t-il face à sa mine fermée.

Drago se tourna vers lui. Avait-il vraiment la force de révéler la vérité ? Il pouvait essayer. Lavande était un monstre avec son visage défiguré, et pourtant son âme était encore pure. Il était tout l'inverse : aucun de traits de son corps n'avait souffert de cette guerre, il n'en gardait qu'un tatouage pour illustrer le chemin qu'il avait emprunté. Et pourtant il se sentait comme si son âme entière avait été détruite. Quelque part il était mort. Ne restait qu'une coquille vide et un semblant de volonté pour l'animer. Drago Malefoy tel qu'il existait avant avait disparu, et il ne manquait à personne. Il ne restait que le monstre. Le tueur, le sanglant, le lâche, le faible.

Répondre honnêtement aurait coûté trop de forces, alors Drago se contenta de hausser les épaules.

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3 décembre 1998, compagnon d'infortune.

Drago regardait ces visages qui autrefois lui auraient semblé si familiers mais étaient maintenant revêtus de masques qui les rendaient méconnaissables. Ils tentaient de retrouver leurs anciennes habitudes, comme si la guerre n'avait été qu'une parenthèse dans leurs vies. Peut-être l'était-elle, à regarder de plus près la facilité déconcertante avec laquelle ils jouaient les rôles qui avaient toujours été les leurs. Rien ne semblait avoir changé pour eux, à part la Haine qui avait enflé comme la nouvelle plaie du monde magique. Drago avait appartenu à cette minorité remplie de supériorité et de haine pour les être inférieurs; maintenant il faisait parti de cette minorité qui était l'objet de la haine de la majorité.

- T'as un problème Malefoy ?

Kendall Grint la dévisageait avec tout le mépris dont elle était capable. Dans un autre monde il aurait pu se sentir offusqué de son expression; dans ce monde-ci il ne savait que trop bien qu'il l'avait mérité. La haine qu'elle avait envers lui ne pourrait jamais atteindre celle qu'il avait envers lui-même.

- Calme-toi Grint.

La voix de Théo, posée comme toujours, calme, imperturbable, comme tout ce qui constituait son être, venait enfin de rappeler à l'ordre. Il avait été son compagnon silencieux, celui qui ne disait rien car derrière sa façade bien montée, il se flagellait lui-aussi. Son regard et son expression ne le trahissait que lorsqu'il jetait un coup d'oeil en direction de sa Victime, Parvati Patil.

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, pervers.

Ravie de son insulte bien trouvée, elle se retourna sur sa chaise. La lutte qu'elle leur menait était méritée. C'était comme l'Enfer et elle était le démon personnel qui leur avait été assigné pour leurs tourments. Théo était peut-être moins la cible des insultes et de la haine car il avait été plus discret : un élève dans le mauvais camp, mais un élève tout de même... Lorsqu'ils regardaient Drago, les élèves le voyaient comme un soldat assassin. Il n'avait peut-être pas tué personnellement leurs pères, leurs mères et leurs êtres chers, mais il était l'image de celui qui l'avait fait. Il ne pouvait pas sentir d'injustice dans ce propos. Il était assassin, il était meurtrier et il était libre. Le baiser du Détraqueur aurait été plus doux que cette liberté.

Et puis soudain, au milieu de cette ronde habituelle que rien ne changeait : l'inattendu.

Théo était un homme droit, fier, imperturbable, un homme d'acier.

Quand Drago le regarda, ses yeux brillaient d'une humidité inhabituelle.

Il la connaissait trop pour ne pas la voir lorsqu'elle se jetait sous ses yeux : la souffrance dans son expression la plus sombre. Théodore Nott venait de craquer comme une brindille qui casse sous la pression d'un pied assassin. Un instant Drago vu dans ses traits la même souffrance qui habitait les siens. Le dégoût avait une allure très particulière. Pendant une seconde, il eut l'impression de partager son fardeau avec quelqu'un mais la pensée s'échappa comme de la fumée. Théo n'était pas comme lui, Théo ne méritait pas toute cette haine.

Il laissa son seul ami faire face à ses propres démons.

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5 décembre 1998, paroles d'antan.

Lucius Malefoy, la condamnation attendue.

Drago voyait s'étaler en première page une photo familiale, celle d'un homme comblé par sa femme à l'élégance remarquable et son jeune fils au mépris déjà apparent. Lucius Malefoy avait les traits d'un autre temps, celui d'une jeunesse qui n'avait pas été ravagée que par les années mais aussi par l'horreur, la douleur, la rancœur. Il était un paon fier, le maître de l'univers, une apparence agréable pour toutes les faces d'une même pièce. Quand on monte si haut, la déchéance n'est que plus violente. Faible chez les uns, monstre chez les autres : Malefoy avait tout perdu.

Il détourna le regard de ce spectacle qui n'était plus joué depuis des années.

- Malefoy, il faut faire équipe pour le devoir de potions. Rejoins-moi à la bibliothèque à vingt heures.

La petite voix rayonnante venait de refaire son apparition. Hermione Granger, drapée dans toute sa dignité et animée par une gentillesse déplacée, venait de s'adresser à lui. La tête droite, les épaules fixes, elle faisait face à cette tablée de Vipères qui l'avait si souvent méprisée. Elle était devenue une héroïne, même pour eux.

L'invitation était affirmative et ne souffrirait d'aucun rejet. Comme si Drago avait été dénué de toute faculté de décision, la Lionne s'éloigna sans lui laisser le temps de réagir.

La fuite était la solution la plus gérable pour tous. Qu'aurait pu répondre Drago face à ces mots tombés du ciel ? Il ne méritait pas sa pitié, pas sa gentillesse, pas sa compassion. Elle aurait dû le haïr au point d'en devenir le Diable de son Enfer personnel. Hermione Luficer Granger. C'était le rôle qu'il lui avait attribué dans son esprit. Mais loin de vouloir se couvrir des cornes du mal, elle tenait à ses ailes d'ange. Ou alors tout cela n'était-il qu'une ruse pour le faire souffrir davantage ? Nul n'était plus roublard que le Diable. Sa pitié était bien plus difficile à supporter que sa haine, et elle s'entêtait malgré ce qu'il lui contait.

Il était tiraillé entre ce sentiment si humain de se sentir exister, et celui si monstrueux de savoir qu'il ne méritait pas ces quelques égards.

Et puis une remarque d'un autre temps sembla tout balayer.

- Qu'est-ce qu'elle croit la sang-de-bourde, que tu lui obéis ?

Elia Rosier venait de passer à côté de lui, et dans un murmure elle lui signifia tout son soutien. Du haut de ses quinze ans elle était une jolie poupée épargnée par la guerre mais toujours franchement manipulée par des idéaux familiaux. Ils n'avaient pas tous disparus, Drago le savait, il restait encore certains des leurs. Ils se cachaient, effrayés à l'idée d'être découverts et traqués. De chasseurs, ils étaient devenus proies et ils connaissaient suffisamment le jeu pour ne pas le perdre.

Il croisa ce regard si plein de haine qui avait un jour été le sien.

Ne voyait-elle pas le monstre qu'elle allait devenir ? Ne comprenait-elle pas qu'elle devait se forger sa propre opinion avant d'être engloutie par celle des autres ? Il n'avait jamais cru aux vertus de la tolérance et de l'égalité, et pourtant il n'avait jamais tout à fait cru à la supériorité des sang-purs. Il s'était laissé aller à ce confort dans lequel il avait grandi parce que c'était la facilité et le luxe qui s'offrait à lui, deux éléments qui ne l'avaient rendu que plus arrogant et suffisant. Cette facilité l'avait conduit à sa perte.

En d'autres temps, il aurait eu les mêmes paroles qu'elle, mais cette époque était morte en même temps que cette partie de son âme. Si il avait été courageux - mais dans aucun univers parallèle cette qualité ne pouvait lui être attribué - il lui aurait fait remarqué qu'elle devait faire davantage que répéter les paroles de ses aînés. Que la réflexion sonnerait sa libération.

Mais il resta muet face à cette vision d'un autre temps qui le dégoûtait autant qu'elle lui manquait.

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5 décembre 1998, l'étincelle.

Il n'aurait pas dû y aller, il n'aurait pas dû accepter cette démonstration de solidarité. Elle méritait mieux que sa présence, elle était si lumineuse qu'elle aurait pu avoir n'importe quel partenaire. C'était lui son choix, le coeur sans doute rempli de pitié. Il ne méritait même pas ce sentiment-là.

Il était un prisonnier de sa propre horreur et de son propre dégoût. Son enfer serait éternel car il ne cesserait jamais d'être lui-même. Sa seule libération serait la mort, mais il était trop lâche pour l'affronter, ou trop conscient que la sortie de prison n'était pas méritée. Ses mains étaient meurtrières et son cœur assassin. Il en porterait le fardeau toute sa vie.

La prison était méritée et il aurait dû resté enfermé dans sa chambre car c'est là que les barreau lui apparaissaient le plus clairement. Mais les hommes sont faibles et Drago le premier. Peut-être était-ce la curiosité, ou peut-être était-ce le respect du héros, mais il se décida à aller à la bibliothèque. Il honora le rendez-vous.

Elle était déjà là lorsqu'il arriva. Sa tête ébouriffée était plongée dans les bouquins. La guerre avait changé beaucoup de choses, elle avait aussi changé des personnes, mais pas l'amour de Hermione Granger pour les études et les bouquins. C'était l'une de ces choses que rien ne pouvait atteindre.

Il se dirigea vers elle. Il était trop conscient des regards qui le dévisageait et le transperçait. Ils étaient tous trop conscients qu'il n'avait aucun droit d'être ici et aucun droit de se diriger vers elle. Ils avaient raison et cette pensée faillit l'entraîner vers la fuite. Mais elle releva le visage vers lui, remarqua sa présence, alors ses pas le menèrent jusqu'à elle.

Il tira une chaise à ses côtés. Ce geste simple qu'il avait exécuté des millions de fois ne lui avait jamais paru aussi important qu'en cet instant. De sa propre volonté, il prenait place aux côtés d'une sang-de-bourbe. Le monde était tombé sur la tête.

Aussitôt, telle une impératrice du devoir qui sait mieux que les autres ce qu'il faut faire, elle glissa vers lui un ouvrage, une plume et un morceau de parchemin.

- Salut. Il faut que tu notes tous les éléments caractéristiques de l'essence de Tarentule.

Il resta figé, elle sembla songeuse. Il n'avait jamais été à l'aise avec les sentiments humains, et encore moins maintenant, mais il sentait qu'elle voulait dire autre chose. Il la fixa; elle parla.

- Je me dis qu'on devrait peut-être faire équipe pour les autres cours aussi.

Elle avait un air doux sur le visage. Il était facile d'y reconnaître un semblant de pitié. Elle voulait être gentille, elle se flattait elle-même en mettant en action ses dignes qualités. Il n'était qu'une façon de plus pour elle de tester sa bonté d'âme. Il état un jouet, ou plutôt un projet pour apprendre à améliorer son âme. Cet état de fait le gênait. Elle voulait améliorer sa propre existence en l'aidant dans la sienne. Mais il ne voulait pas : la prison était méritée et il aurait été injuste de s'en sortir. Ses barreaux étaient son châtiment, la seule chose qui rendait son existence insupportable pour la rendre plus supportable

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? Souffla t-il.

Enfin les mots trouvaient le chemin de la sortie, comme une habitude oubliée mais qui n'avait pas été totalement perdue. Il y avait si longtemps que sa bouche ne s'était pas animée dans tant de syllabes différentes qu'un instant sa voix s'enroua. Mais il réussit à aller au bout de sa phrase, brève mais si longue pour un homme muet depuis si longtemps. Il avait été si habitué à dire "oui", "non", "d'accord", que l'utilisation de ces nouveaux mots lui ravissaient l'esprit. Il n'avait pas vraiment oublié comment les utiliser, il avait simplement oublié quel intérêt il avait à le faire. Et Hermione Granger venait de lui en donner un.

- Comment ça ?

Elle n'était pas agressive mais sur la défensive. Un instant il avait de nouveau en face d'elle cette jeune adolescente qui doutait d'elle-même et qui savait que tout le monde n'acceptait pas sa place dans ce monde. Un instant elle redevenait la sang-de-bourge et il redevenait le plus fier des sang-pur. Un instant il était Roi et elle était esclave.

- Ta présence me dérange.

L'arrogance était un trait de personnalité que la souffrance et le dégoût n'avait pas tout à fait gommé. C'était une sensation délicieuse mais terriblement interdite que de sentir que sa volonté avait un pouvoir. Il n'était pas arrogant car il se sentait supérieur; il était arrogant car il tentait de s'imposer. Dans sa construction, l'arrogance était le ciment pour construire un mur défensif.

Il n'aurait pas dû parler à Miss Granger de cette façon-là. L'héroïne méritait respect et révérence. Il était inconvenant pour lui de lui tenir tête et de lui faire part de sa volonté si elle était contraire à la sienne. Elle aurait dû avoir tous les pouvoirs car elle était Reine et qu'il avait perdu depuis longtemps le droit de se manifester. Il était une ombre et n'avait pas le droit de revenir à la lumière.

- Bien Malefoy, ce n'était pas par plaisir de toutes façons. Adieu, crétin.

Son insulte était ridicule mais elle était bien trop digne pour en utiliser une autre. Il avait toujours eu le don de déclencher son agacement et sa colère plus que les autres. Peut-être car il la renvoyait à sa propre image d'insécurité et de rejet. Elle avait déjà perdu pied en sa présence; elle l'avait même déjà giflé. L'éclair qu'il avait aperçu dans ses yeux à ce moment-là se manifestait de nouveau. Hermione Granger ne l'appréciait pas. Elle avait pitié, elle se faisait un devoir moral que d'être sympathique à son égard mais elle n'en avait pas envie, il le savait et il le sentait.

Drago Malefoy et Hermione Granger avaient toujours été de vieux ennemis et rien ne changerait ça.

L'air moins calme qu'elle ne l'aurait voulu, elle referma ses livres, roula son parchemin et balança ses affaires dans son sac. Il avait gagné. Il observa son visage aux traits fins, à l'air si fermé et si agacé. Elle ne le regardait plus; il était certain que sa simple vision aurait déclenché davantage de colère. La Lionne qui se donnait une image si digne et si neutre venait de craquer et les vieux sentiments négatifs refaisaient surface. Il était muet mais il pouvait pas détacher ses yeux du spectacle et la fixa jusqu'à ce qu'elle s'éloigne.

Hermione Granger avait disparu depuis longtemps mais il resta figé comme une poupée de cire. Au fond de lui il sentait cette petite lueur. C'était comme une étincelle, si perdu dans cet océan d'obscurité qu'elle était difficile à trouver. Elle allait bientôt de nouveau se faire manger par les ténèbres mais il apprécia sa présence autant qu'il pu. Le temps qu'elle fut là, la réflexion ne l'anima pas, mais quand elle disparu, il s'interrogea ça : qu'était-elle ?

Alors il devina : l'étincelle c'était l'animation, c'était l'impression d'être vivant. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas connu ce sentiment-là.

Et il était délicieux.