Le sang et la mort.

[S8 UA] : « Sansa Stark fait des cauchemars à cause de ce qu'elle a vécu. Jaime Lannister fait des cauchemars à cause de ce qu'il a fait, ou n'a pas fait. Ils se rejoignent au moins sur un point : avoir tout deux côtoyé l'horreur et l'enfer. » Sansa/Yara. Braime.

Cette fic est écrite dans le cadre de la 121ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Elle". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.

ND'A : Ce texte se passe dans le même univers que Trois gouttes d'espoir, Essayer d'avancer et Une simple rencontre (oui ça fait longtemps je sais).

Elle court, elle court aussi vite que possible, Theon à ses côtés, pour fuir les chiens de Ramsay et ses soldats, elle court pour sa vie, pour sa liberté, pour son salut, pour ne plus jamais être la prisonnière de son époux, pour ne plus jamais souffrir à cause de lui, pour ne plus être une victime, non, ça, plus jamais.

Elle était prête à courir jusqu'au bout du monde, au point d'avoir les pieds en sang s'il le fallait, si cela signifiait pouvoir échapper pour de bon à son tortionnaire.

Elle a froid...

Elle a froid, elle tremble, elle a peur, les poursuivants se rapprochent de plus en plus d'eux, aucune échappatoire n'est possible, ils sont perdus, ils ont perdu, il n'y a plus que la peur qui la pousse à bouger, elle a peur, tellement peur, et elle va mourir.

Sansa se réveilla en sursaut, le souffle court.

Un autre cauchemar, encore.

La jeune femme réussit à calmer sa respiration erratique, les poings serrés, une envie de hurler s'agitant en elle et qu'elle eut bien du mal à réprimer, et une sourde terreur commença à prendre place dans son ventre quand elle réalisa qu'elle était de retour dans son lit, dans sa chambre, à Winterfell là où il...

Non.

Il ne fallait pas qu'elle pense à ça.

Elle n'était plus en danger désormais, elle ne le serait plus jamais, Ramsay était mort, il avait perdu à la Bataille des Bâtards, elle l'avait tué, et il était mort, dévoré par ses propres chiens, son sourire fou et sadique n'était plus maintenant, et elle n'avait plus rien à craindre de lui, ni même de qui que ce soit d'autre.

Joffrey était mort, empoisonné, elle l'avait vu s'écrouler, il ne la ferait plus souffrir, Roose Bolton était mort, Walder Frey était mort, Littlefinger était mort, sous ses yeux, tué par Arya, Cersei Lannister était morte, tout les monstres qui avaient essayé de détruire sa famille étaient morts, et elle, elle était vivante, elle avait vaincu.

Elle était une survivante.

Elle était la dame de Winterfell, la reine du Nord, elle n'avait plus peur de qui que ce soit.

Plus de raison valable d'avoir peur.

Et pourtant, cette nuit encore, les ombres revenaient pour la hanter.

Se retournant dans son lit, elle ne parvint à retrouver pour de bon son calme qu'en voyant le visage de celle qui partageait sa couche depuis maintenant plusieurs jours et qui contrairement à elle dormait paisiblement.

Yara Greyjoy.

Ça lui avait pris du temps, vraiment beaucoup de temps, non seulement pour tomber amoureuse d'elle, mais aussi pour lui faire suffisamment confiance pour accepter de la laisser dormir avec elle, mais maintenant c'était le cas, et surtout elle savait avec certitude qu'elle ne lui ferait jamais de mal.

Mais, même si la Fer-née avait souffert bien des choses dans sa vie, la jeune femme ne pourrait jamais réellement comprendre ce qu'elle avait enduré, à Port-Réal, aux Eyriés et plus tard à son retour à Winterfell.

Elle n'était pas encore vraiment prête à en parler avec elle non plus cela dit.

Soupirant, elle se leva alors, en tentant de faire le moins de bruit possible, et sortit de la chambre sur la pointe des pieds une fois habillée, et se rendit directement dans le bois sacré.

Elle n'était pas la seule personne à Winterfell à souffrir fréquemment de cauchemars la nuit...

§§§§

Elle n'aurait pu dire quand exactement elle et le Régicide avaient commencé à se retrouver durant la nuit au bois sacré après un cauchemar, mais le fait est que depuis quelques mois, cette petite routine s'était installée entre eux.

Quand elle arriva là où ils avaient chacun le réflexe de se réfugier après un cauchemar, tout d'abord seuls, puis rejoints par l'autre, il était déjà là.

« Qu'est-ce que c'était cette fois ?

- Ramsay... Se contenta-t-elle de dire sans épiloguer. Et vous ?

Il eut un sourire sans joie.

- Ce n'était pas Aerys, pas cette fois... c'était l'explosion du septuaire...

- Oh, je vois... »

Elle n'ajoute pas un mot, ne sait pas trop quoi dire.

Ça commence à être habituel entre eux de toute façon.

Sansa Stark fait des cauchemars à cause de ce qu'elle a vécu.

Jaime Lannister fait des cauchemars à cause de ce qu'il a fait, ou n'a pas fait.

Ils se rejoignent au moins sur un point : avoir tout deux côtoyé l'horreur et l'enfer.

Ils ne parleront pas cette nuit, pas des cauchemars qui les hantent en tout cas, mais d'autre chose, de la fin de l'hiver qui commence à se profiler petit à petit, de tout sauf de ce qui leur fait encore mal.

Il y a le feu, il y a les flammes, le feu grégeois, il court au milieu de Port-Réal, mais pas pour échapper aux cendres, non, il court pour arrêter le massacre, pour faire ce qui est juste, pour sauver ce qui reste, pour tuer le roi, le roi fou, qu'il aurait dû tuer avant mais il n'a pas pu le faire à temps, et maintenant des gens sont morts, et c'est de sa faute, et le seul moyen pour arranger tout ça, c'est de tuer Aerys.

Il rentre dans le Donjon Rouge, et il ne voit plus que le feu, les flammes, le rouge du sang versé, des innocents assassinés, mais aussi le vert, c'est l'explosion de feu grégeois, c'est la folie, c'est l'horreur qu'il n'a pas su empêcher.

Il fonce vers la salle du trône, l'épée à la main, alors qu'autour de lui, tout n'est plus que cendres, et mort, et quand il fait face au roi, il a envie de vomir, et...

Et le roi se retourne, et ce n'est pas le roi.

C'est Cersei.

C'est Cersei, Cersei et ses yeux émeraudes, aussi verts que les siens, emplis de folie, le rouge, le vert, l'explosion, les flammes, les cendres, c'est elle, c'est toujours elle, ça a toujours été elle, et ce sera toujours elle.

Il devrait fuir.

Il ne le fait pas.

Elle sourit, et le Donjon Rouge explose, et lui avec.

Non, ils n'en parleront pas.

Un jour ils en parleront à quelqu'un, peut-être.

Mais pas maintenant.

Pas aujourd'hui.

Cependant, ils sont heureux et soulagés de savoir qu'une autre personne, pour autant qu'ils soient tout les deux différents, comprenne au moins un peu ce que l'autre a enduré.

C'est déjà mieux que rien...